C’est l’ami Jean-Christophe Keck qui nous a mis sur la piste de cette opéra-comique qu’Offenbach composa en 1855 (et que Keck fit chanter en version de concert en décembre dernier à l’Odeon de Marseille).
Jean, contrebandier de son état, et sa jeune épouse Fanchette, vont faire boire le douanier Hercule pour qu’il ne fasse pas capoter les affaires…
Il y a dans cette oeuvre sans prétention un air intéressant : Allons Fanchette ! On peut l’écouter dans cet enregistrement qui date de 1969, par l’orchestre lyrique de l’ORTF, sous la direction de Robert Martignoni, avec la distribution
Fanchette ………… ……… ……… ……… .. Monique Stiot
Hercule ………… ……… ……… ……… …. Joseph Peyron
Jean ………… ……… ……… ……… ……. Bernard Demigny
Allons Fanchette allons, versez ma ménagère De chez vous commencez à faire les honneurs Du vieux vin jusqu’au bord Emplissez votre verre Quand nous aurons vidé la bouteille dernière La cave est là tout près pleine de vins meilleurs Ouverte aux francs-buveurs !
Aimons le vin pour fêter la nature Avec le vin dans le monde enchanté Le créateur verse à la créature L’espoir, l’amour,la force et la santé Le ciel sourit dans les coupes vermeilles Pour oublier nos maux de chaque jour A notre sang mêlons le sang des treilles Le front paré des roses de l’amour !
Que l’ivresse charmeresse s’allume en nos coeurs joyeux C’est pour vivre qu’on s’enivre d’amour jeune et de vin vieux.
Depuis le temps qu’Eve a cueilli la pomme On la reproche aux femmes sans pitié Mais le raisin qui réjouit tant l’homme Peut bien aussi réjouir sa moitié ! La femme doit dans les coupes vermeilles Boire la force et l’espoir chaque jour Rougir sa lèvre au sang divin des treilles Le front paré des roses de l’amour
Ces paroles d’une chanson de Graeme Allwright, elles nous accompagnent depuis si longtemps… Et voilà que leur auteur nous tire sa révérence, à 93 ans quand même. Ecoutons-la, chantons-la encore et encore.
C’est une chanson qui parle des retrouvailles, de vieux amis, de vieux amants, mais ils n’ont plus le temps..
Buvons encore une dernière fois A l’amitié, l’amour, la joie On a fêté nos retrouvailles Ça m’fait d’la peine, mais il faut que je m’en aille
Le temps est loin de nos vingt ans Des coups de poings, des coups de sang Mais qu’à c’la n’tienne: c’est pas fini On peut chanter quand le verre est bien rempli
Et souviens-toi de cet été La première fois qu’on s’est saoulé Tu m’as ramené à la maison En chantant, on marchait à reculons
Je suis parti changer d’étoile Sur un navire, j’ai mis la voile Pour n’être plus qu’un étranger Ne sachant plus très bien où il allait
J’t’ai raconté mon mariage A la mairie d’un p’tit village Je rigolais dans mon plastron Quand le maire essayait d’prononcer mon nom
J’n’ai pas écrit toutes ces années Et toi aussi, t’es mariée T’as trois enfants à faire manger Mais j’en ai cinq, si ça peut te consoler
On n’oubliera pas Graeme Allwright, qui fit connaitre Woody Guthrie, Pete Seeger et bien d’autres chanteurs folk d’outre Atlantique, comme Tom Paxton et sa sacrée bouteille (bottle of wine) que les lecteurs du bon clos connaissent.
N’oublions pas non plus son « ça je ne l’ai jamais vu« , adaptation des seven drunken nights, masis on préfère la version des Dubliners !
Hélas, on n’entend jamais que 5 de ces 7 nuits de biture ! Les curieux pourront connaitre la version intégrale là.
Autour de la Saint Vincent les réjouissances se multiplient, avec les chapitres, intronisations, et leurs dégustations, leurs festins, leurs chants et leurs danses. Et parfois des messes qui font mentir l’adage « courte messe et long repas font la joie du chevalier« .
Ainsi le 25 janvier les Echansons recevaient leurs Compaignons et Amis au Musée du Vin, sous le signe de la Corse, belle terre de vins.
Après la Sérénade du Souffle de Bacchus, qui permit de (re) découvrir des airs anciens (comme un vibrant air à boire du Bourgeois Gentilhomme, ou encore le coassant « Sommes nous des grenouilles ») et modernes (comme ce p’tit verre du p’tit vin du pays, de l’opérette Méditerranée), on procéda aux rituelles intronisations.
5 heureux élus furent jugés dignes de rejoindre la Confrérie :
Luc de Saint-Maurice, « maitre campeur » à la Belle Etoile, camping près de Melun, et fondateur de la Confrérie du Brie de Melun,
Michel Devot, Président de la Coordination des Confréries d’Ile de France (Cocorico) et Grand Maitre de la Commanderie des Chevaliers de Saint-Grégoire,
Michel Devot s’apprêtant à vider le tastevin
et Christiane Baquier, choriste au Souffle de Bacchus,
tous admis au grade de Compaignon ;
ainsi que Sylvain Andres, sommelier familier des grandes maisons et aujourd’hui formateur professionnel basé en Occitanie, qui fut adoubé Grand Bouteiller.
Le festin qui s’ensuivit ne laissa personne sur sa faim avec ses délicieux filets de rouget à la bonifacienne, ses filets de marcassin et ses aumônières aux pommes et miel corse. Mais ce sont bien sûr les vins (de Sartène, du Cap Corse…) qui les accompagnèrent qui portèrent à son comble le plaisir des convives.
Quelques jours plus tard, c’est le Devoir Parisien du Beaujolais qui prenait le relais,
le 1er février, ayant dû reporter son chapitre d’hiver en raison des grèves. Il recevait au Chai Brongniart, un établissement historique situé dans l’enceinte du Palais du même nom, et l’on put y déguster les 12 appellations du Beaujolais en évoquant mentalement les générations de courtiers et spéculateurs qui s’y sont abreuvés.
On y retrouva de vieilles connaissances, forcément,
il y eut bien sûr des intronisations
et l’on y fit aussi de belles rencontres, comme celle de Marielle, poétesse, maire de la Commune Libre de Montmartre (qui fête ces jours-ci ses 100 ans), venue présider à l’intronisation de son fils Frédéric, sommelier au Divellec
ou encore Cendrine Bonami-Redler, venu promouvoir DANS SON JUS, son ouvrage de dessins sur les zincs de Paris,
Et dès le lendemain, il fallut se lever de bonne heure pour rallier Sannois et les Amis de l’Asperge et du Vin qui y prospèrent depuis 60 ans !
Il ne sera pas possible de citer toutes les Confréries présentes tant celles-ci étaient venues nombreuses. Il faut dire que la réputation du Chapitre de Sannois, avec son banquet qui joue à guichets fermés, est établie.
Il y avait là les Toursiveux du vieux tiyou de Namur, les canardiers de Picardie, les closiers de Montlouis, les Bangards, qui gardaient jadis les vignes en Alsace,
la tarte tatin de Lamotte Beuvron, les Goustiers de l’Andouille de Guéméné, les Haricots d’Alençon, les chipirons de Bidart et du Pays Basque, les Talmeliers et bien d’autres Confréries d’Ile de France, sans oublier, last but not least, les Cons et fiers de l’être.
On a bien lu. En fait, c’est une organisation caritative, qui se lit : « Coeur Ouvert Naturellement Simplement ». Il fallait quand même oser (c’est à même à cela qu’on les reconnait, dit-on )!
Le déjeuner fut à la hauteur des espérances, avec ses asperges,
son homard, ses cailles farcies…, son gâteau d’anniversaire,
et ses chanteurs et danseurs étonnants venus de l’ex Union Soviétique, qui interprétèrent avec brio les grands standards russes. Merci à Volodymyr Yemets et ses amis.
Et merci au Grand-Maitre Antonio, dont on connait les qualités lyriques, qui nous interpréta una Historia de un Amor que l’on n’oublie pas. Et qui nous fit la grâce de nous recevoir comme Compagnon dans sa docte compagnie.
C’est un portrait désabusé, l’histoire d’un jeune désargenté, que sa copine a plaqué mais qui se dit heureux parce qu’il fume et qu’il boit. ParHank William III , la troisième génération d’une famille de musiciens country.
If I think I’m gonna have a bad time,
I got a little bit of smoke an’ a whole lotta wine.
Une autre chanson caustique racontée à la première personne est All the wine, du groupe The National qui dresse un portrait au vitriol d’un californien infatué pour qui All the wine is for me parce que God is on my side… (sortie en 2005)
De la poésie dépressive, disent les critiques… paroles
NB : ces chansons ont été sélectionnées, avec d’autres, par des journalistes du Monde en les accompagnant du message sanitaire : « l’abus d’alcool est dangereux pour la santé. A consommer avec modération. »
Il ne faudrait pas oublier cette chanson sortie en 1963 du regretté Jean Constantin, parolier de « Mon Manège à moi c’est toi« , qui a mis la clé sous la porte il y a vingt-trois ans…
Le Beaujolais, je l’ai, je l’ai… dans ma cave Le lait j’ai beau, j’ai beau… m’forcer à en boire je préfère nettement le pinard. D’abord le lait c’est blanc c’est laid ça s’garde qu’au frais ça fait qu’ça fait des frais Tandis qu’le vin c’est du satin d’raisin surtout, clients, le vin que j’vous vend Mon Beaujolais je l’ai dans ma cave. A la rigueur j’boirais du lait, si de raisin se nourrissaient toutes les vaches du Beaujolais Si Lollobridgida me donnait la têtée !!!
Il a fait aussi une chanson très douce, d’un style bien différent, la chanson du vigneron…
les mains bleues de raisin, le vigneron te fait signe, du haut de la vigne… entends son pas, comme il est lourd et résonne dessous le poids qu’une hotte que personne d’autre que lui ne peut arracher gorgée de fruits jusqu’à déborder
Ce roman, qui relate la vie légendaire d’Alexandre de Macédoine, a connu un succès considérable au Moyen Age. Il en existe de nombreuses versions, en toutes langues, comme celle écrite en vers français (alexandrins) par Alexandre de Paris vers 1180. Il en reste plusieurs manuscrits richement enluminés. C’est dans le manuscrit MS Bodley 264 de la Bodleyan Library d’Oxford que se trouve cette illustration, montrant des singes vuidant un tonneau et remplissant jarres et calices.
Comme souvent, le texte voisin n’a strictement rien à voir, on lit en effet :
Puis a pris le c(h)eval dont il éstoit méstiers, (dont il avait besoin) si l’a rendu son frere qui monta volentiers
Londres est un de ces lieu rêvé pour les amateurs de belles choses, encore faut-il aller les chercher dans leurs cachettes comme à la Fondation Wallace.
On y retrouve dès l’abord Lady Hamilton en bacchante (d’après Vigée Lebrun)
puis cette superbe bacchante noir et d’or et cette autre avec l’enfant Bacchus.
On découvre de joyeuses bachanales sur ce piédestal et cette horloge en ivoire.
Encore une horloge… et un miroir bachiques
Et encore un florilège de sculptures bachiques en bronze, porcelaine, marbre, de ou d’après des sculpteurs comme Etienne Maurice Falconet, Jean-Pierre Antoine Tassaert, Jean-Joseph Foucou, Joseph Charles Marin, Joseph ou Jean Baptiste Broche, François Duquesnoy…
Ce petit vendangeur de Bernardino Luini, élève de Léonard de Vinci, a été transféré d’une fresque de la villa Pelucca près de Milan.
Remontons vers le Nord, au Siècle d’Or où la peinture flamande et néerlandaise connait son heure de gloire. Voici La richesse de l’automne (encore une bacchanale) de Jacob Jordaens
On reconnait un thème cher à Frans von Mieris et à ses descendants sur ce tableau représentant un couple prenant du bon temps (vers 1680)
Celui-ci, représentant une joueuse de luth, serait de Willem von Mieris (1711) le petit-fils
Ferdinand Bol (1616-1680) un des meilleurs élèves de Rembrandt, a peint ce buveur
Ian Steen a peint vers 1674 cette scène de taverne où l’on s’amuse bien et qui mérite d’être regardée en détail. Elle nous en rappelle d’autres !
Continuons notre périple.
On tombe en arrêt devant ce déjeuner de chasse. Un air de déjà vu ? Il est de Jean-François de Troy (1737)…
C’est l’époque des fêtes galantes et des marivaudages, le raisin et le vin ne sont jamais loin.
Watteau peint vers 1719 ce petit concert en plein air (noter à droite le seau où les bouteilles sont mises à rafraichir par un petit serviteur) « les charmes de la vie »
Des couples batifolent sur des meubles précieux et des vases
Cette petite paysanne italienne de Dominique Papety (1815-1849) fait la pause pendant la vendange.
Mort à Marseille à 34 ans du choléra, Ingres aurait dit de lui : « Ce ne fut jamais un élève, c’était un maître dès qu’il toucha un pinceau« .
Le thème des paysannes semble l’avoir inspiré, voici une autre vendangeuse
On ne quittera pas cette magnifique demeure sans saluer le collectionneur Richard Wallace, et Sir John Murray Scott son secrétaire qui après sa mort en 1890 en fit un musée ouvert au public. Le voici un verre à la main vu par Herman G.Herkomer
A 1h30 en train de Londres, Bath est une digne cité construite autour d’une source chaude qui coule toujours deux mille ans après que les Romains y ont construit des thermes. Abandonnée puis redécouverte au 16ème siècle, elle devint un lieu de villégiature fameux. Galeries d’arts, antiquaires y sont en nombre. La ville vaut le voyage. Quelques grapilles ont aussi intéressé les reporters du Bon Clos.
Rex Whistler, (1905-1944) a peint vers 1933 ce tableau intitulé « the foreign bloke », soit l’étranger. Sans doute celui de droite qui boit du vin. Un Français ?
Ce « château Latour » vu chez RedRag est du britannique Michael Kidd
Près de la gare, dans une librairie cette gravure de Benozzo Gozzoli (le vignoble de Noé)
La scène est tirée d’une fresque du Cimetière de Pise (le Camposanto, vers 1470)
Sur Bartlett Street nombreux antiquaires, beaux seaux à Champagne et jarres à vin comme cet in vino veritas
ou encore cette tapisserie aux grappes de raisin.
Concluons cette promenade en Angleterre par cette pub trouvée dans un pub !
En ce début d’année VIN VIN, le Bon Clos adresse à tous ses lecteurs, réguliers ou occasionnels, ses meilleurs voeux de santé, réussite et prospérité.
C’est avec ce portrait du peintre bavarois Hans Muelich que nous vous le souhaitons.
Il date de 1548. On ne connaitra de cet homme à la belle prestance que son âge : 42 ans, et son goût certain pour le vin. C’est un ami du Clos, Claude, qui l’a découvert à la Pinacothèque Ambrosiane de Milan. Qu’il en soit remercié.
Ne tournons pas la page de 2019 sans nous remémorer quelques moments que vous auriez pu rater :
Notre curiosité nous a fait découvrir Lanzarote, cette ile volcanique des Canaries qu’un terrible séisme a vidé de sa population dans les années 1730, et où la vigne a retrouvé de façon incroyable un terrain favorable .
Elle nous a aussi mené à Vevey où se tenait la fête des vignerons qui n’a lieu qu’une fois tous les 20-25 ans, dernière chance pour certains !
A Versailles nous avons visité les petites écuries, rarement ouvertes au public, qui abritaient jadis les équipages de la Cour remplacés aujourd’hui par des milliers de statues et moulages d’époque.
Nous avons croisé des poètes comme Alan Seeger, américain engagé en 14 et mort sur le front, qui nous a laissé un bel hommage au Champagne.
Que penser de la campagne lancée par l’association Alcohol Concern au Royaume Uni depuis bientôt 7 ans, incitant les buveurs à décliner toute boisson alcoolisée pendant tout le mois de janvier ? D’après le site doctissimo, 4 millions de britanniques auraient relever le défi l’an dernier, avec des bénéfices patents pour leur santé. Et une telle campagne a-t-elle une chance de marcher en France ?
L’initiative est louable, et au Bon Clos nous menons campagne pour le bien boire et le boire modérément. Il est bon de suspendre régulièrement sa consommation, mais le mois de Janvier est-il pertinent ?
Nous pensons que le mois de Février conviendrait mieux, et que c’est le seul mois qui pourrait convenir.
Janvier, c’est le mois des voeux et des galettes des rois. Comment faire des voeux sincères sans lever un verre ? Comment tirer les rois sans un verre même de cidre, à défaut de champagne ou de bière comme dans les pays nordiques ? Et comment feront les vignerons pour fêter leur patron, St Vincent ?
le roi boit (jan miense molenaer)
Mars ne convient pas : va-t-on priver les buveurs de la bière de Mars ?
Avril, Mai : v’là l’printemps, saison des amours. Imagine-t-on Vénus sans Bacchus ?
Bacchus et Venus (Spranger)
Juin, Juillet, Août, c’est l’été, les vacances, la convivialité : va-t-on supprimer l’apéro, le rosé, le pastaga, le pineau, le petit muscat ?
Septembre, Octobre : les vendanges. On oublie.
les vendanges à Romagnat en 1967
Novembre, le mois du vin nouveau, une tradition qui remonte à l’Antiquité que le Beaujolais Nouveau fait revivre avec intelligence.
le vin de la saint martin (Breughel)
Décembre : les fêtes. On oublie aussi.
Reste Février, qui comporte l’avantage d’être un mois de 28 jours (en général), rendant l’effort 10% moins élevé qu’en Janvier. On objectera que le Carnaval tombe le plus souvent ce mois là. Et bien, on fera une exception pour la semaine précédant Mardi Gras!
Cet opéra comique d’Offenbach, qui n’avait pas été joué depuis 1861, a enfin été monté l’an dernier par l’Opéra du Rhin avec Pauline Texier dans le rôle de Maïma. Et pour cause, la partition De Barkouf était perdue… jusqu’à ce que l’infatigable Jean-Christophe Keck, spécialiste mondial d’Offenbach, la retrouve…
Remercions-le, ainsi que la troupe, et Benoit Duteurtre, qui a diffusé sur France Musique un air à boire assez atypique. En effet, l’invitation à boire s’adresse à des empoisonneurs…. qui ne peuvent plus supporter d’être gouvernés par un chien, Barkouf!