Ce cépage fait la gloire des vins de Sancerre et de Pouilly (Fumé), il est souvent associé au Sémillon en Bordelais, et il a pris pied un peu partout, de la Nouvelle-Zélande au Chili en passant par l’Australie…
» Au nez, il développe des notes intenses de fruits à chair blanche et de fleurs printanières. Mais ce sont surtout les agrumes (citron, pamplemousse) et les nuances végétales nobles (bourgeon de cassis, herbe coupée) qui font sa renommée.«
Mais ce qui nous amène à en parler n’a rien à voir, c’est une chanson du dernier album qui fait fureur de la catalane Rosalia.
Passée du flamenco au reggae, la chanteuse donne maintenant dans la fusion de styles de musique pop, classique et de chanson traditionnelle. Son dernier album, Lux, publié le 7 novembre 2025, chanté en 14 langues, bat des records d’écoute et devient l’album le plus écouté au monde avec 42 millions d’écoutes en 24h sur Spotify (cf wikipedia).
Sauvignon blanc, 13ème chanson de l’album, est une chanson d’amour, inspirée par Thérèse d’Avila, apprend-on. Amour charnel ou divin ? Qui sait ?
Tu amor será mi capital ¿Y que más da? Si te tengo a ti No necesito nada más
Sauvignon Blanc a tu lado Mi futuro será dorado Ya no tengo miedo del pasado Está en el fondo de mi copa de Sauvignon Blanc En mi copa de sauvignon blanc, mm ……
Yo beberé Sauvignon Blanc a tu lado
Ton amour sera mon capital.. Si je t’ai, j’ai n’ai besoin de rien d’autre… Avec du Sauvignon Blanc au fond de ma coupe, mon futur sera d’or, je n’aurai plus peur du passé…
Voici ce qu’en dit ZOÉ SCHULTHESS MARQUET dans VOGUE : Avec “Sauvignon Blanc”, Rosalía poursuit son ère mystique et radicale, où rupture et renaissance se mêlent dans une quête spirituelle universelle. “Sauvignon Blanc” concentre l’essence de LUX : solitude, purification et renaissance… Le vin, ici le Sauvignon Blanc, prend un rôle symbolique. Il n’est plus simple boisson, mais refuge et consolation.
.Voici une chanteuse populaire qui s’est à plusieurs reprises attaquée à la dépendance à l’alcool. En 2005 avec Promesse d’ivrogne : »Moi c’est réglé, j’arrête de boire »
Las, ça ne va pas durer. Cinq ans plus tard, en 2010, la voila qui revient sur le sujet avec J’prendrais bien un verre(de N’importe quoi)
Et en 2021, voilaJ’prends un verre. Lynda y fait son coming out d’alcoolo en 88 octosyllabes et des poussières. C’est touchant de vérité.
Bon, chacun fait comme il peut. Bon courage, Lynda. Mais quelle mouche t’a piqué de t’attaquer frontalement au vin rosé, avec cette dernière chanson : l’idée d’boire du rosé ?
C’est quoi l’idée d’boire du rosé Les rouges, les blancs sont tellement bons ? … En boire, « ç’a’pas d’maudit bon sens !
En 20 stances de 4 octosyllabes, tu lances une vraie charge contre le prince de l’été ! Ta rhétorique ne montre qu’une chose : ton ignorance (ou la mauvaise qualité des rosés vendus au Québec).
Ah ! si tu connaissais le Bandol Barouveou, (viens boire un ptit coup à la maison, Lynda, il m’en reste une bouteille). Et viens à Sanary au prochain festival Just Rosé. Un festival international (surtout par les clients), c’est du 8 au 10 mai 2026.
C’est le nom d’un ensemble musical rencontré lors d’une soirée des associations de quartier. Ils cultivent la musique chantée du 18 ème siècle, qui parle souvent d’amour, et aussi de vin bien sûr.
deg.à dr. Petronille, Maylis et Sylvain
Sylvain, Petronille et Maylis, voila une belle équipe, qui joue des cordes, de la flûte, et de la voix. Et qui savent faire chanter l’assistance, peu coutumière de ces airs anciens, mais qui apprend vite.
Les revoilà chez Luc, le président de leur association de soutien. Toujours le même brio et le même entrain.
Les morceaux se suivent, le public est invité à se restaurer, à goûter l’excellent Pouilly-fumé et le Pessac-Léognan.
de g. à dr. Guillaume (guest star), Maylis et Sylvain
Quelques clés de compréhension sont données : les trois compositeurs majeurs de ces brunettes et autres cantatilles et passacailles des années 60 (du 18ème siècle) sont Pierre de Lagarde (1717-1799 : maître de musique des enfants de Louis XV), Jacques Naudé (169?-1765) auteur dont on ne sait pas grand chose sinon qu’il fut prolifique (onze recueils qui restent encore à explorer), et Antonio Albanèse (1728-1803) le « faiseur de tubes » de Louis XVI (dont le fameux « que ne suis-je la fougère« …)
Une fois tout le monde restauré et abreuvé, on passe aux choses sérieuses : chanter ensemble. C’est le grand talent, le mérite et la marque de fabrique de ce trio de s’attacher à faire chanter l’auditoire : à l’unisson, en canon, à deux voix… Et ça marche !
Voici quelques partitions de cette époque louénntaine et si charrmannte…
« quand je vois ma chère bouteille, je sens les transports les plus doux.. »
« Laissons là dormir Grégoire, il est fou, il est sou(l), ce faquin ne sait pas boire ce vin doux comme nous… », « faisons tous de longs glous glous.. »
Voici un groupe de musique traditionnelle québécoise qui connait un grand succès :plus de 2000 concerts dans le monde entier en un peu plus de 20 ans. Ils chantent aujourd’hui a Paimpol, au festival des chants de marins. Caramba, nous les avons raté !
Nous sommes allés enquêter et avons trouvé quelques chansons à notre goût. En chemin, nous avons recroisé la route de Bernard Simard, rencontré à Paimpol il y a une paye, et membre du groupe à ses débuts, hélas décédé en 2020. Est-ce sa voix dans « chers amis buvons »?
Chers amis buvons, ne perdons jamais la raison J’ai du bon vin dans ma bouteille Prends ton verre et moi le mien Ebréissons nos chagrins J’ai de l’argent à dépenser, que mon grand-père m’avait laissé Des écus et des pistoles et des demi-quarts d’écus C’est pour y faire la tramponne à la table du vieux roi Bacchus
Dans la même veine, voici Le bon buveurLe reel du quatrième (in Les amants du Saint-Laurent, 2005)
amis buvons caressons la bouteille pour passer notre temps Un bon buveur c’est l’ami de la bouteille Le soir et le matin il me dit à l’oreille j’aime la bouteille moi
Vigneron, paru dans Tromper le temps (2012) raconte l’histoire d’un employé qui surprend son maitre en train de galvauder son vin.
Vigneron
Ah c’était un jeune garçon vigneron et il travaillait dans la maison V’l’a qu’il aperçoit son maître en faisant semblant de rien Il faisait du galvaudage met de l’eau dans son vin
Et là mon maître que faites-vous pourquoi donc ce vin baptisez vous Ce vin n’est pas assez rustique ne le baptisez donc pas Car moi qui travaille la vigne je ne l’tolère pas
Eh vigneron mon petit ami fais donc ton paquet tu vas partir Mais je le veux bien mon maître vous êtes maître chez vous Comptez moi mon dû tout de suite j’m’éloignerai de vous
Je te donnerai mes blancs chevaux et mes serviteurs et mes habits Et si tu t’en vas demain dans ton village natal J’n’aurai rien vu rien entendu elle n’en saura rien
Mais la maîtresse elle lui répondit toi le vigneron tu restes ici Tu la travailleras la vigne tu la travailleras fort bien T’auras toujours la bouteille le soir le matin
« L’Auberge », paru en 2022 dans l’album anniversaire 20 printemps est » une ode a cappella pour célébrer l’amitié et le partage, une religion dont l’autel du temple possède un comptoir et des fûts! «
L’autre jour dans une auberge avec plusieurs de mes amis J’ai passé la nuit à boire, ma maîtresse auprès de moi
Moi, j’aime à boire, je m’en fais gloire Je veux dépenser mon bien J’suis toujours d’humeur égale Je prends le temps comme il vient
Tous les jours ma mère me gronde, elle me traite de libertin Elle m’dit que j’suis dans le monde pour lui causer du chagrin
Laissez-passer les robes noires, laissez les cantiques passer On leur dira qu’on est après boire, tout l’argent d’leurs héritiers
L’autre jour dans une auberge, avec plusieurs de mes amis Ce sont des gens comme nous autres, qui s’enivrent à la boisson
Le bedeau, ce grand ivrogne, boira-t-il tout comme nous? Boira-t-il dans l’autre monde, comme il a bu parmi nous ?
Dans le même album, Si vous voulez
Si vous voulez que je chante, versez-moi un verre de vin Qu’il soit doux et qu’il m’enchante, pourvu que l’amour nous rassemble
Ah ah ah! Ne me donnez pas, si vous voulez que je chante Ah ah ah! Ne me donnez pas, jamais de l’eau entre les repas
Allez donc tous à la table, chercher du vin nouveau Pour remplir tombleurs et verres, les bouteilles et puis les pots
La veillée est terminée, il faut penser à s’en aller Il est grand temps que je parte, avant que je meure sur quatre pattes
Le matin quand je m’éveille, je me sens tout friponné D’avoir vidé, verres et bouteilles, de ce bon vin qui nous réveille
Je voudrais que les rivières, les fontaines et les ruisseaux Viendraient rincer, les choppes, les verres, les bouteilles et puis les pots
On termine avec Verse Verse, paru en 2018 dans l’album
J’avais fait le choix d’une jolie maîtresse Mais par un trahi, je m’en suis retiré
Verse verse ah oui verse à plein verre Verse verse, mon verre y é pas plein
Ami buvons ne craignons rien mon frère Nous savons bien que le vin nous soutient
Toi, tu es riche tu payeras les dépenses Pas’ moi chu pauvre pis j’ai rien d’quoi payer
Nous avons parcouru les quatre coins de la terre De bons buveurs n’ont jamais peur de rien
Cette petite ville, chef-lieu d’un district viticole au nord est de la Serbie, dans le Banat serbe (occidental), organise chaque année une fête des vins début juillet. L’occasion de goûter les vins locaux, d’écouter des chansons du cru, et de faire de belles rencontres.
On peut voir ce triptyque de Vršac , oeuvre de Paja Jovanović (1859-1957), au musée municipal.
Voici aussi un tableau que l’on peut voir au domaine Helvecja, bâti par un suisse en 1880.
L’hotel Serbja arbore fièrement l’affiche du festival
et les bouteilles de vin local.
Sur l’allée piétonne où se tient le festival, on croise Vinko Lozic, un personnage créé par Jovan Sterija Popovic dans son calendrier satirique , allégorie du citoyen bon vivant, protecteur des vendanges et mascotte de la ville.
sculpture de Zivko Grozdanic
En voici une incarnation publicitaire
On y fait bien d’autres rencontres et l’on peut déguster toute sortes de crus.
Pas de fête sans musique, les orchestres se succèdent sur la scène.
Voici quelques chansons typiques : » Kad čujem tambure, ja skočim na bure » (Quand j’entends des tambourins, je saute sur le tonneau) ; « Donesi vina, krcmarice Marko Nesic » (Apporte moi du vin, aubergiste »; et « Tamburica » (tambourin)
Kad čujem tambure ja skočim na bure, popijem litru dve, i pevam do zore.
REF : Hej, haj vinca, ca vinca rumena, ha, ha
Iz Vršca stiže glas u vinu leži spas, ko vino ne pije, taj nek se ubije.
Gospodin profesor izašo na prozor, i spazi bratiju gde pije rakiju.
Quand j’entends des tambourins, je saute sur le tonneau, je bois deux litres et je chante jusqu’à l’aube.
Hé, hé, vinca, ça, vinca rouge, ha, ha, Hé, hé, vinca, ça, vinca rouge.
Une voix vient de Vršac, dans le vin se trouve le salut, qui ne boit pas de vin, qu’il se tue.
Monsieur le professeur, est sorti par la fenêtre eta vu le frère, où il boit du raki.
Donesi vina, krcmarice, rumenog kao tvoje lice. Daj da pijem, tugu da razbijem. Srce me bole, jadi ga more.
Rumeno lice, dve ruzice, a oci carne zeravice. Oko tvoje srce mi izgore. Muce mene muke paklene.
Oj, Boze, Boze,sto je stvori, da mlade momke muci i mori. Celo selo za njom se zanelo, i svi piju da jad razbiju.
Apporte-moi du vin, aubergiste, rouge comme ton visage. Laisse-moi boire, pour apaiser mon chagrin. Mon cœur souffre, il est tourmenté par la mer.
Un visage rouge, deux roses, et des yeux comme des braises noires. Mon cœur brûle à ta vue. Je suis tourmenté par les tourments de l’enfer.
Oh, mon Dieu, mon Dieu, pourquoi l’as tu créée, pour tourmenterles jeunes gens ? Tout le village est épris d’elle, et chacun boit pour apaiser son chagrin.
Kad zasviram sa jaranima ne dolazim kuci danima od vina i pjesme poludim cesto kraj druge se budim i mnoge prespavam dane zbog vina, ljubavi, kafane
Ref. Sve zbog moje tamburice vole me ljepotice bila smedja ili plava svaka mi je ljubav prava kad se igra i pjeva najbolje mi stoji garava
Idem kuci zora svanula tambura mi kod nje ostala ona nece da je vrati zeli da joj opet svratim doci cu sunce moje najsladje su usne tvoje
Quand je joue de la tamburica Je ne rentre pas à la maison Le vin et les chansons me rendent fou Je me réveille souvent chez les autres Et je passe beaucoup de nuits dehors À cause du vin, de l’amour, des cafés
Ref. Tout ça à cause de ma tamburica les belles me veulent qu’elle soit brune ou blonde chaque amour est vrai pour moi quand on joue et chante c’est là que je suis le mieux
Je rentre à la maison, l’aube est levée ma tamburica est restée chez elle elle ne veut pas me la rendre elle veut que je lui rende la pareille jusqu’à ce que le soleil se lève tes lèvres sont les plus douces
Le soir, l’ami Nikola nous a emmenés chez lui, sur le coteau qui domine la ville. On boit en parlant poésie et en mangeant des spécialités serbes.
Nikola le serbe, et Janesz le slovène, amis par le vin
Nikola est le grand maitre de la confrérie bachique Saint Théodore, qui célébrait ses 20 ans. Dans son caveau il tient sous clé des bouteilles pour ses petites filles, lorsqu’elles auront l’âge; et quelques oeuvres à déguster avec les yeux…
Merci Nikola pour ton accueil !
Et adieu aussi à la Jelen…
Allez encore une chanson ! Vino i Gitare (Chanson d’Arsen Dedić et Gabi Novak ‧ 1970)
Vin et guitares Laisse-les remplir à nouveau ma nuit Ce vieux vin et ces guitares Des amis viendront ce soir Vino i gitare Nek’ opet ispune mi noć To vino staro i gitare Večeras će prijatelji doć’
Laisse le temps s’arrêter Quand tout le monde se rassemble ici La vie d’un autre côté Nous resterons debout ce soir Vrijeme neka stane Kad ovdje okupe se svi Životu s neke druge strane Večeras stajat’ ćemo mi
Laissons partir la jeunesse aussi La vie doit aller quelque part’ Des blessures même visibles tout passera I mladost neka ide Život mora nekud poć’ Pa i rane što se vide Sve će proć’
Vin et guitares Je veux être chez moi ce soir Quand de vieux amis viennent Qu’ils ne trouvent pas de douleur dans mon cœur Vino i gitare Želim noćas ja u domu svom Kad stari prijatelji dođu Nek’ ne nađu bol u srcu mom
C’est le titre d’un opéra-comique de Charles Lecocq qui date de 1882. Il recèle un boléro fameux : «un soir Perez le capitaine… », un air de l’héroïne, la princesse Micaëla.
Nous avons eu la chance de l’entendre (parmi d’autres merveilles) il y a quelques jours aux Offenbachiades du Briançonnais, chanté par Isabelle Philippe, soprano colorature, bien connue des lecteurs du Bon Clos (voir le mariage aux lanternes, et doux jus de pomme par exemple). Elle était accompagnée au piano par Yoshiko Moriai.
« L’intrigue tourne autour d’un mariage royal arrangé et de la détermination de l’époux réticent à le renverser. Il découvre finalement que son épouse royale est en fait la femme dont il est tombé amoureux sans connaître sa véritable identité.»
Poussé par la curiosité, nous avons découvert que « Le coeur et la main » recelait aussi des couplets à boire, qu’on peut retrouver sur la partition (pp 42-)
Car bien vite apparait une troupe de soldats. Ils ont soif !
Au soldat après la parade, Sous les chauds rayons du soleil, Il faut bien qu’on verse rasade D’un vin généreux et vermeil. Mais si c’est la main d’une femme Qui lui remplit son gobelet Le soldat a la joie à l’âme Car il a tout ce qui lui plaît.
Le soldat est d’humeur vaillante, Le danger ne lui fait pas peur ; Mais lorsque la soif le tourmente Il perd moitié de sa valeur. Le soldat adore les femmes Et pour admirer deux beaux yeux II irait au travers des flammes, L’amour le vin voila ses dieux.
Ah ! Pepita verse rasade A ta santé ! Et nous trinquons camarades A la beauté. Allons, verse nous rasade : A ta santé ! Buvons, trinquons camarades : A la beauté ! Allons verse, verse,verse,verse, verse nous rasade… (ad lib.)
On retrouve les soldats plus tard, un des leurs (Baldomero, un brigadier) est nommé lieutenant.
Cette chanson moque des moines qui font bombance en oubliant leurs compagnons. Nous verrons comment ceux-ci voudront se venger et ce qu’il en advint. Nous sommes bien là dans une tradition rabelaisienne, que l’auteur décrit ainsi : « Il n’ a rien de plus agile, de plus spirituel et de plus malin que le Fond de la besace. On dirait que le souffle de Voltaire a passé la-dessus ». Et plus loin il confesse : « Je l’avoue humblement, il n’y a guère de chansons que nous n’ayons plus chantées que celle-ci, mes camarades de collège et moi, aux heures de promenades et de récréations… »
les 3 frères Etienne, Eugène et François
Un jour le bon frère Etienne Avec le joyeux Eugène, Tous deux la besace pleine, Suivis du frère François, Entrant tous à la Galère*, Y firent si bonne chère Aux dépens du monastère, Qu’ils s’enivrèrent tous trois.
Ces trois grands coquins de frères, Perfides dépositaires Du dîner de leurs confrères, S’en donnent jusqu’au menton : Puis, ronds comme des futailles, Escortés de cent canailles, Du corps battant les murailles, Regagnèrent la maison.
Le portier, qui les voit ivres, Leur demande où sont les vivres. « Bon ! dit l’autre, avec ses livres, Nous prend-il pour des savants ? Je me passe bien de lire, Mais pour chanter, boire et rire, Et tricher la tirelire, Bon! à cela je m’entends.»
Au réfectoire on s’assemble, Vieux dont le râtelier tremble Et les jeunes tous ensemble Ont un égal appétit. Mais, ô fortune ennemie ! Et bien fou qui s’y confie, C’est ainsi que dans la vie, Ce qu’on croit tenir nous fuit.
Arrive frère Pancrace, Faisant piteuse grimace De ne rien voir à sa place, Pour boire ni pour manger. A son voisin il s’informe, S’il serait venu de Rome, Quelque bref portant réforme Sur l’usage du dîner.
« Bon ! répond son camarade, N’ayez peur qu’on s’y hasarde, Sinon, je prends la cocarde Et je me ferai Prussien. Qu’on me parle d’abstinence Quand j’ai bien rempli ma panse, J’y consens ; mais sans pitance, Je suis fort mauvais chrétien.
— Resterons-nous donc tranquilles Comme de vieux imbéciles ? Répliqua père Pamphile Oh ! pour le moins vengeons-nous ; Prenons tous une sandale, Et sans la crainte du scandale, Allons battre la cymbale Sur les fesses de ces loups. »
Chacun ayant pris son arme, Fut partout porter l’alarme ; Mais au milieu du vacarme, Frère Etienne fit un p… Mais un p… de telle taille, Que jamais jour de bataille, Canon chargé de mitraille, Ne fit un pareil effet.
Ainsi finit la mêlée ; Car la troupe épouvantée, S’enfuyant sur la montée, Pensa se rompre le cou ; Tandis que le frère Etienne, Riant à perte d’haleine, Et, frappant sur sa bedaine, Amorçait un second coup.
Les paroles sont de je ne sais qui (anonyme). S’appuyant sur la phrase « et je me ferais prussien », Nisard date la chanson de l’époque de la guerre de sept ans (1756-1763).
L’air est celui des Trembleurs de Lully (Isis, 1677), consigné dans la Clé du Caveau (731), dont s’inspirera Purcell pour son fameux Cold Song dans King Arthur (1691), et que reprendront des dizaines d’oeuvres comme on peut le voir sur le site Theaville.
Des chansons bachiques, dont Nisard va chercher les origines jusqu’aux scolies des Grecs (Alcée, Anacréon, Simonide), son ouvrage en écrit l’histoire, jusqu’à la glorieuse époque du Caveau fondé en 1729 ou 35, c’est selon, dont il cite les plus populaires à son époque :
« Plus on est de fous, plus on rit », et « l’Eloge de l’eau », avec le refrain : C’est l’eau qui nous fait boireDu vin (ter); l’une et l’autre d’Armand Gouffé; le Cabaret: « A boire je passe ma vie »,., par J.-J. Lucet; le Mouvement perpetuel,« Loin d’ici, sœurs du Permesse, » etc., et le refrain fameux « Remplis ton verre vide, Vide ton verre plein, » etc.; Vive le vin! la Barque à Caron; les Glouglous; plus récemment, une demi-douzaine de chansons de Désaugiers, comme le Panpan bachique : Lorsque le champagne. Fait en s’échappant Pan pan, Ce doux bruit me gagne L’âme et le tympan le Délire bachique: Quand on est mort, c’est pour longtemps. Dit un vieil adage Fort sage le Carillon bachique : Et tic, et tic et tic, et toc et tic, et tic et toc, De ce bachique tintin Vive le son argentin enfin le « Nec plus ultra de Grégoire »
J’ai Grégoire pour nom de guerre. J’eus en naissant horreur de l’eau Jour et nuit, armé d’un grand verre Lorsque j’ai sablé mon tonneau, Tout fier de ma victoire Encore ivre de gloire, Reboire, Voilà, Voilà Le Nec plus ultra Des plaisirs de Grégoire
Ensuite, « dès que Béranger commença de faire un peu de bruit… Lui seul ou à peu près chanta pendant trente ans, et l’on ne chanta que ce qui venait de lui. »
Mais nous avons vu qu’on n’en avait pas fini avec la chanson bachique…
Dans le vieux port de Copenhague Je pars sur un vieux bâtiment Comme le vent pouss’ au grand largue Je suis le matelot errant. Volant là-haut dans le gréement Je ne peux qu’espérer demain Je tourn’ et vir’ au cabestan Et pleur’ la tête dans les mains.
Alors je pars à la dérive Visitant tous les continents J’erre comme le bateau ivre Qui sombrerait en s’enivrant Et le vin devient dans ma quête Bleu comme l’eau bleue des lagons Rouge comm’ le sang d’une aigrette Coulant à flots sur son plastron
‘ayez crainte que je ne meur’ Et n’en ayez point de remords Satan n’a point sonné mon heur’ Affûté sa faux dame mort Voilà que les lumièr’s s’éteignent A demain seigneur aubergiste Entends ces deux enfants qui geignent Mon dieu que le vin me rend triste.
C’est ce qu’on dit encore aujourd’hui en Angleterre pour porter un toast à l’époque de Noël. Nous avons déjà rencontré cette expression d’origine nordique qui veut dire à votre santé.
Elle a donné son nom à un breuvage que l’on boit en Angleterre à Noël et jusqu’à la nuit des rois (la 12ème nuit voire au delà), à base de cidre chaud, ou de bière, d’hydromel, d’épices, les recettes varient.
En 1913 Camille Chemin, professeur au lycée de Caen, écrivait dans un article consacré au poète Robert Herrick (1591-1674) : « A Christmas …on boit le wassail, liqueur antique « faite d’ale, de noix muscade, de gingembre, de sucre, où l’on ajoutait des rôties de pain ou de pommes sauvages ».
ci-dessus présentant une bouteille de cidre à la reine Elizabeth
Il la fait remonter au 8ème siècle, au temps des vikings conquérants qui disaient vas heil en vieux norrois, expression qui devint wes hael en vieil anglais, formule utilisée dès lors comme formule de boisson, à quoi les anglo-saxons répondaient drinc hail ! A partir du 9ème siècle, waes hail devient le nom du breuvage accompagnant le plus souvent ces libations.
La coutume du wassailing se répandit en Angleterre. Lors de la nuit des rois, les manants allaient de porte en porte, chantant et offrant à boire en échange de dons.
wassailing, une illustration de Jack et le haricot magique (the beanstalk)
Ces chants différaient d’une région à l’autre, en voici quelques uns.
wassail du Kent: wassail, drincail, to you a hearty wassail !
wassail de Gower (pays de Galles): Fal the dal, drink and be merry it’s a jolly wassail !
wassail de l’Essex : come listen to our call !
Gloucestershire Wassail
Wassail, wassail all over the town! Our toast it is white and our ale it is brown; Our bowl it is made of the white maple tree; With the wassailing-bowl we’ll drink to thee!
une autre version dans un verger.
Et en effet, plus étonnant, le waissaling des arbres fruitiers (Orchard-visiting Wassail) est une coutume toujours vivante où les pratiquants vont de verger en verger boire à la santé des arbres fruitiers pour qu’ils produisent des fruits en quantité. Ce court poème de Robert Herrick évoque cette tradition
Wassail the trees, that they may bear You many a plum, and many a pear: For more or less fruits they will bring, As you do give them wassailing.
Les pommiers à cidre faisaient l’objet d’un culte particulier :
Apple tree, apple tree, we all come to wassail thee, Bear this year and next year to bloom and to blow, Hat fulls, cap fulls, three cornered sack fills, Hip, Hip, Hip, hurrah, Holler biys, holler hurrah.
On trouvera de nombreuses paroles et chants dans ce toolkit