Boire, ou ne pas boire… avec Boris Grebenchtchikov

Curieuse figure que celle de Boris Borissovitch Grebenchtchikov, « БГ », un des fondateurs dans les années 70 de la scène rock russe avec son groupe Akvarium, considéré aujourd’hui comme le grand-père du rock russe. Emule des Beatles et de Bob Dylan, compositeur prolifique,  « le plus grand poète-chanteur en langue russe vivant »  s’est intéressé aux philosophies orientales, et vit actuellement entre Paris et Londres quand il n’est pas sur la route avec son « never ending tour » à la mode dylanienne.

Ces jours-ci il chante à Marseille au théâtre Toursky (le 4),

et les 12 et 13 décembre il sera au Studio de l’Ermitage à Paris.

Avec la fougue de la jeunesse il a chanté la bière bien fraiche (Холодное пиво) : Album Арокс и Штёр  1982-86 )

Quelques années plus tard, il chante encore cette chanson, avec moins de fougue peut-être.

Les années passent, voici Gertrude (Album : Кострома Mon Amour, 1994).

Un cheval à tête de femme parcourt la ville, quelqu’un lui dit : « Ne buvez pas de vin Gertrude, boire n’embellit pas les femmes. A te saouler tu ne feras que dégoûter tes compagnons et amis. Accroche toi à l’ancre, elle ne te lâchera pas. Et si tu comprends que le Samsara est le Nirvana, alors toute tristesse passera. »

On pourrait croire la chanson inspirée par Hamlet (Gertrude, mère d’Hamlet, boit le vin destiné à empoisonner son fils). Cette splendide animation fait plutôt référence au Pays des Merveilles de Lewis Carroll

Не пей вина, Гертруда, Пьянство не красит дам. Напьешься в хлам – и станет противно Соратникам и друзьям.

Dans cette chanson, il est déconseillé aux femmes de boire. Quant aux hommes….

Dans les années 2000, le ton change, avec l’album Беспечный русский бродяга (le Vagabond russe insouciant ) paru en 2006, avec trois chansons mettant en scène le buveur insouciant, l’alcoolique obstiné (стаканы : les verres) et l’adulte résolu à s’en sortir (Мама, я не могу больше пить : Maman, je ne peux plus boire).

Мама, я не могу больше пить : Maman, je ne peux plus boire

Maman, je ne peux plus boire, Les patriotes diront que je suis faible, que je trahis ma patrie…
Mais je ne veux plus vivre dans le mensonge..
Le démon Alcool est à chaque porte

 Беспечный русский бродяга : le vagabond russe insouciant

Je suis un vagabond russe insouciant.
Depuis les rives de la Volga
J’ai mangé ce qu’on m’a donné et bu ce que Dieu m’a donné.
Aux chants du rossignol et du loriot.

J’ai bu à Saint-Pétersbourg et j’ai bu à Moscou.
J’ai bu à Kostroma et à Ryazan.
J’ai bu du Lagavulin et j’ai bu du Lafroig.
J’ai pris de l’herbe et des champignons…

Je me souviens que j’ai été tenté par un démon.
J’ai été tenté, bien sûr, mais je n’ai pas cédé.

Où que j’aille, il y a l’Eden tout autour.
Car je suis un vagabond russe insouciant.

Cтаканы : les verres

Ну-ка мечи стаканы на стол…
Все говорят, что пить нельзя,
А я говорю, что буду.

Jetez les verres sur la table. ..
Ils disent tous qu’ils ne faut pas boire,
mais moi je dis que je boirai.

Tôt le matin, quand il fait encore nuit
Et que tout le monde est encore au lit,
Pour savoir où aller,
Et comprendre pourquoi,
Descends tes cent grammes de vodka 
Et tu atteindras tes objectifs.

« БГ » a écrit des centaines de chansons, on trouvera leurs textes, avec des traductions en anglais, français, etc. sur le site lyricstranslate.com

Le calendrier des concerts est sur bg-aquarium.com/en/concerts

Pour aller plus loin : voir ici un article sur le rock en Russie

Les trois tailleurs (comptine alsacienne)

Es reiten drei Schneider wohl über den Rhein… Trois tailleurs au bord du Rhin…

Voici une comptine exhumée par l’ami J.C. Keck. Est-elle vraiment alsacienne ? Sans doute, mais pas que, et elle existe sous diverses variantes dans toute la vallée du Rhin.

C’est l’histoire de trois tailleurs (ou de jeunes gens, des cavaliers..) désargentés, qui s’arrêtent dans une auberge car ils veulent boire du vin, qui font des tours de magie à l’aubergiste lequel, pour les remercier, leur offre un dé à coudre de vin.

En voici une version dans un recueil paru en 1852 (Des Mägdleins Dichterwald: Stufenmäßig geordnete Auswahl deutscher Gedichte …);

On trouvera une autre version plus facile à lire sur www.lieder.net

Le texte serait de Ludwig Uhland (vers 1840) et la mélodie de Friedrich Silcher, apprend-on sur le site deutscheslied.com

On pourra l’entendre dans ce pot-pourri de chansons à la gloire du vin du Rhin, à 4mn:58s

King Arthur

C’est une version rafraichissante du »semi-opéra » de Purcell, bien connu pour sa scène du froid mais pas que, que l’on peut voir ces temps-ci à l’Opéra de Versailles.

Le spectacle, dirigé par Hervé Niquet et mis en scène par Dino et Shirley, tourne depuis des années et fait penser aux Monty Python ou mieux, à Kameloot ! Hervé Niquet s’explique (texte complet là) :

« Lorsque j’ai décidé de remonter le King Arthur avec Le Concert Spirituel, il a fallu faire un choix : en effet, la partie musicale de cette oeuvre ne représente qu’un tiers de l’ouvrage original. Ce n’est qu’un commentaire disséminé tout au long de la pièce de Dryden, ce qui explique, si on lit le livret, le peu de rapport existant entre chaque tableau de ce King Arthur. J’ai préféré ne conserver que la musique de Purcell et vous la proposer sous la forme d’un divertissement entrecoupé d’intermèdes assurant les liaisons du spectacle.

Qui pouvait assurer mieux que Corinne et Gilles Benizio (alias Shirley et Dino) le rôle périlleux de metteurs en scène et de fantaisistes, de cet opéra sans queue ni tête afin de vous prouver que les chanteurs de Purcell sont les proches cousins des Monty Python ?
J’ai donc réinventé une histoire qui fonctionne sur les seuls fragments musicaux du King Arthur. Il ne s’agit plus d’un affrontement entre Arthur le Breton et Oswald le Saxon pour obtenir la main d’Emmeline, mais des épisodes du règne d’Arthur entre batailles et châteaux. »

Le DVD qui en a été tiré semble indisponible, mais on peut trouver l’enregistrement en ligne :

Dans la version originale, Arthur, roi des bretons, assisté de l’enchanteur Merlin, est confronté à Oswald, roi des saxons, assisté du magicien Osmond. C’est Arthur qui triomphe, épouse sa fiancée Emmeline tandis que l’enchanteur Merlin fait surgir les îles britanniques…

Les lecteurs du Bon Clos trouveront dans l’oeuvre de Purcell deux airs intéressants : l’appel des Saxons au Woden’s Hall ( au 1er acte (à 0h:15mn:00s). Il est savoureux d’entendre les Saxons se réjouir de boire le breuvage qui rend les Bretons hardis : la potion magique, déjà ?

I call, I call, I call you all
to Woden’s Hall
Your temples round,
With Ivy bound
In goblets crown’d
And plenteous bowls of burnish’d gold
Where ye shall laugh and dance, and quaff
The juice that makes the Britons bold
Je vous convie, vous convie, vous convie tous
Dans le temple de Woden
Où , le front ceint
et couronné de lierre tressé
Vous rirez, danserez et boirez
Dans des coupes d’or poli et bien remplies,
Le breuvage qui rend les Bretons hardis.
texte et traduction du site http://musicalis.jj.free.f

et l’invitation de Comus, dieu des libations et des banquets, à fêter les moissons : « We ‘ll toss our ale till we cannot stand », à l’acte V (à 2h:00mn:56s)

We’ll toss our ale, till we cannot stand ;
And heigh for the honour of old England ;
Old England, old England 
Nous allons avaler d’un trait notre bière, jusqu’à en perdre l’équilibre
Hé ! mais c’est pour rendre hommage à notre vieille Angleterre.
Vieille Angleterre, vieille Angleterre…

Voir ici l’analyse des arts florissants, et la partition chantée en video (I call à 9mn:50s)

Drinkin’wine with Jerry Lee

L’immense Jerry Lee vient de tirer sa révérence, à 87 ans. Ce pionnier du rock, surnommé « the killer », avait chanté dans les années soixante « Drinkin’ wine Spo-Dee-o-dee….

En voici une autre version, live à Memphis Tennessee. Un pianiste fabuleux qui joue… même avec les pieds !

La chanson vient de loin. Elle aurait été entendue à l’armée par Stick McGhee qui en donna la fin des années 40 une version R&B avec ses Buddies.

puis plus tard par Johnny Burnette et son Rock’n Roll Trio

Les paroles varient d’une version à l’autre…

Down in New Orlean, where everything is fine
All them cats is drinkin’ that wine
Drinking that mess to their delight
When they gets drunk, start singing all night
Drinkin’ wine spo-dee-o-dee, drinkin’ wine, bop ba
Wine spo-dee-o-dee, drinkin’ wine, bop ba
Wine spo-dee-o-dee, drinkin’ wine, bop ba
Pass that bottle to me
Drinking that mess to their delight
When they gets drunk, start fighting all night
Knocking down windows and tearin’ out doors
Drinkin’ half a gallons and callin’ for more
Drinkin’ wine spo-dee-o-dee, drinkin’ wine, bop ba
Wine spo-dee-o-dee, drinkin’ wine, bop ba
Wine spo-dee-o-dee, drinkin’ wine, bop ba
Pass that bottle to me
Hoy, hoy, hoy
Wine, wine, wine, Elderberry
Wine, wine, wine, or Sherry
Wine, wine, wine, Blackberry
Wine, wine, wine, half an’ half
Wine, wine, wine, oh boy
Pass that bottle to me
If you wanna get along in New Orleans town
Buy some wine and pass it all around
Age runs up for tonight
All those cats they love sweet wine
Drinkin’ wine spo-dee-o-dee, drinkin’ wine, bop ba
Wine spo-dee-o-dee, drinkin’ wine, bop ba
Wine spo-dee-o-dee, drinkin’ wine, bop ba
Pass that bottle to me
Hoy, hoy
Wine, wine, wine, Elderberry
Wine, wine, wine, or Sherry
Wine, wine, wine, Blackberry
Wine, wine, wine, half an’ half
Wine, wine, wine, oh boy
Pass that bottle to me
Drink that slop
That’s what I’m talkin’ about
Ah, drink it
Sneaky Pete
Now down on Rampart street at Willy’s Den
He wasn’t selling but a little gin
One cat wanted a bottle of wine
He hit that cat for a dollar and a dime
Drinkin’ wine spo-dee-o-dee, drinkin’ wine, bop ba
Wine spo-dee-o-dee, drinkin’ wine, bop ba
Wine spo-dee-o-dee, drinkin’ wine, bop ba
Pass that bottle to me
Hoy, hoy
Wine, wine, wine, Elderberry
Wine, wine, wine, or Sherry
Wine, wine, wine, Blackberry
Wine, wine, wine, half an’ half
Wine, wine, wine, oh boy
Pass that bottle to me
I’ve got a nickel, have you got a dime
Let’s get together and get a little wine
Some [Incomprehensible]
And some [Incomprehensible]
Oh when you’re buying sharing, now you’re doing things smart
Drinkin’ wine spo-dee-o-dee, drinkin’ wine, bop ba
Wine spo-dee-o-dee, drinkin’ wine, bop ba
Wine spo-dee-o-dee, drinkin’ wine, bop ba
Pass that bottle to me

source: https://www.lyricsondemand.com/s/stickmcgheelyrics/drinkinwinespodeeodeelyrics.html

Pendant qu’on y est, en voici deux autres dans la même veine de Stick McGhee

Head Happy With Wine

et  Drank Up All The Wine Last Night

Bye bye Jerry ! (Stick Mcghee et Johnny Burnette sont morts jeunes dans les années 60)

California drinking song

Merci à nos amis californiens Jo Ann & Charlie, de passage à Paris, qui nous ont fait connaitre cette chanson populaire dans les milieux estudiantins de San Francisco.

En voici une version par les UC Men’s Octet

et voici celle du University of California Marching Band

La chanson est attestée dès 1939. Les paroles peuvent varier d’une version à l’autre.

Oh, they had a little party down in Newport;
There was Harry, there was Mary, there was Grace.
Oh, they had a little party down in Newport,
And they had to carry Harry from the place. 

Oh, they had to carry Harry to the ferry,
And the ferry carried Harry to the shore;
And the reason that they had to carry Harry to the ferry
Was that Harry couldn’t carry any more. 

For California, for California,
The hills send back the cry,
We’re out to do or die,
For California, for California,
We’ll win the game or know the reason why. 

And when the game is over,
We will buy a keg of booze,
And drink to California
’till we wobble in our shoes. 

So drink, tra la la,
Drink, tra la la,
Drink, drank, drunk last night,
Drunk the night before;
And I’m gonna get drunk tonight
Like I never got drunk before;
For when I’m blitzed, I’m as happy as can be
For I am member of the Souse family. 

Now the Souse family is the best family
That ever came over from old Germany.
There’s the Highland Dutch, and the Lowland Dutch,
The Rotterdam Dutch, and the Irish. 

Sing glorious, victorious,
One keg of beer for the four of us.
Sing glory be to God that there are no more of us,
For one of us could drink it all alone. Damn near.
Here’s to the Irish, dead drunk.

The lucky stiffs, they had 4 fifths
and a sixpack too, of Irish brew
and there was grandma swingin on the outhouse door
without her nightie and grandpa yellin
more more more, for she was nude.

Voir des informations détaillées sur le site calband.berkeley.edu

Gillette de Narbonne

C’est une opérette composée par Edmond Audran sur un livret d’Alfred Duru et Henri Chivot, que l’on peut voir ces jours-ci à l’Auguste Théâtre, montée par la Compagnie Fortunio.

Représentée pour la première fois le 11 novembre 1882 au Théâtre des Bouffes à Paris, son livret est inspiré d’une nouvelle du Décaméron de Jean Boccace : La femme vaillante, qui raconte la revanche d’une épouse sur son mari volage et inconséquent.

Si nous en parlons, c’est qu’il s’y trouve un bref air à boire qui a sa place ici.

En joyeux et bons militaires, buvons, chantons, festoyons mes amis !
Ici gaiement vidons nos verres, en attendant les ennemis !

En voici un enregistrement par la classe de chant du conservatoire de sarreguemines en 2017

Il faut aller voir ça ! Digué lé que vengué mon bon !

Pour les amateurs, la partition complète est sur Gallica

Boire à la capucine…

c’est boire pauvrement,
Boire à la Célestine
C’est boire largement,
Boire à la Jacobine,
C’est chopine à chopine,
Mais boire en cordelier,
C’est vuider le cellier !

Cette chansonnette ancienne moque gentiment les façons des moines et religieux, grands buveurs au Treillis Vert de la rue Saint-Hyacinthe. Que est son sens, son histoire et sur quel air la chantait-on ?

Nous l’avons découverte dans Héloïse ouille !, déchirante histoire contée par Jean Teulé dont l’action se passe au 12ème siècle, ce qui semble assez anachronique, l’ordre des capucins ayant été créé au 16ème siècle.

Elles est citée par Charles Monselet, dans Gastronomie, récits de table (1874), et par le prince Pierre Dolgoroukow, dans ses Mémoires, à propos de Lestocq, un personnage étonnant rencontré à la cour de Russie… Elle figure dans la revue MELUSINE, recueil de mythologie, littérature populaire, traditions et usages, publié dans les années 1880 par H.Gaidoz et E.Rolland (tome 3 p 430), avec une variante pour le deuxième quatrain (boire à la Célestine/ c’est pinte sur chopine/ en carme et cordelier/c’est vider le cellier), impliquant les Carmes, que l’usage a oublié ; et une attestation en 1701 dans un cahier de collégien à Lyon.

Sylvie Reboul la qualifie de menuet dans son article « de la plume au verre« , paru dans Territoires du vin en décembre 2021, avec une mention de publication (« Les menuets chantants sur tous les tons », recueillis par Christophe Ballard, imprimeur du Roy, Tome 2, Paris, 1725.)où nous ne l’avons pas retrouvée.

L’air « boire à la capucine » est cité pour la recette des « fricandeaux en ragoût » dans « le Festin Joyeux ou la Cuisine en Musique« , de J. Le Bas, paru en 1739, qui invitait les dames de la Cour à cuisiner en chantant.

Et, bingo! l’air « boire à la capucine » se trouve en fin de volume :

La chanson daterait donc du 17 ème siècle ou de la fin du 16ème, comme sans doute la ronde enfantine « dansons la capucine » (que Jean Baptiste Clément connut enfant, avant d’en faire une chanson révolutionnaire).

Revenons aux capucins. Ces franciscains à capuche vivaient dans la pauvreté et ne buvaient donc guère. Ce n’était apparemment pas le cas des Célestins (bénédictins) et des Jacobins (dominicains).

franciscain cordelier

Quant aux Cordeliers, autres franciscains, c’est peu dire qu’ils avaient mauvaise réputation. On s’en convaincra en lisant quelques nouvelles de l’Heptaméron de Marguerite de Navarre (vers 1545), comme la Juste punition d’un Cordelier pour l’étrange pénitence qu’il avait voulu faire faire à une jeune Demoiselle, ou encore Comment une batelière de Coulon, près de Niort, trouva moyen d’échapper aux entreprises de deux Cordeliers. (Et quant aux Carmes, n’en parlons pas – ne disait-on pas : bander comme un carme ?)

Un été lyrique

Bonnes pioches cet été pour les amateurs d’airs bachiques lyriques, avec La belle Hélène d’Offenbach montée à Bruniquel, et la Dame Blanche de Boieldieu à Saint-Céré. Et bien sûr Pomme d’api au festival d’ Avignon, dont nous avons déjà parlé

Frank T’Hézan et sa bande réunie chaque année à Bruniquel ne risquaient pas grand chose à monter cette Belle Hélène, joyau de la couronne des oeuvres du Maître, loufoquerie d’une grande finesse toujours actuelle, dans le cadre splendide du château et avec le concours de la population locale.

Emmanuelle Zoldan dans le rôle d’Hélène, ça tombait sous le sens, Dominique Desmons en Ménélas, ça promettait, mais Christophe Crapez en Achille, Jeanne-Marie Lévy en Ajax 2, Aude Fabre en Oreste, voila qui était inattendu… et réussi !

On ne peut pas hélas citer tous les participants de la troupe, qui eurent l’occasion comme d’habitude de prolonger le spectacle, au cours des fameuses tables d’hôte, de leurs facéties et morceaux de bravoure jusqu’à potron-minet.

Mais venons en au fait. La fatalité poursuit la belle Hélène de Sparte qui résiste tant bien que mal aux assauts du berger Paris, fils du roi Priam de Troie. Vénus furieuse de voir ses plans contrariés , met au coeur des femmes de Grèce un immense besoin de plaisir et d’amour… Les maris quittent leurs femmes, les femmes quittent leur s maris, c’est une débâcle générale.

(pour plus de détail voir le livret)

Nous sommes au début du 3ème acte, à Nauplie, au bord de la mer. Le choeur mené par Oreste chante

Dansons ! aimons ! 
Buvons ! chantons ! 
Et trémoussons-nous avec verve !… 
Gloire à Vénus ! 
Gloire à Bacchus ! 
Et foin de la chaste Minerve !..

En attendant le DVD, voici de quoi se faire une idée de cet air avec le choeur des musiciens du Louvre..

(A propos de DVD celui de la Vie Parisienne jouée l’an dernier (et qu’on a pu (re)voir au cinéma de Caussade) est sorti. On peut le commander là. On y retrouvera le baron, joué par Frank T’Hézan, dans la fameuse scène de la griserie.

le baron qui n’est pas encore tout à fait gris

Et comparer avec la version de 2013. (on pourra relire l’article publié à l’époque)

Montauban n’est qu’à quelques lieues de Bruniquel, et son musée Ingres Bourdelle mérite une visite. On peut y voir cette « enfance de Bacchus« , de Raymond Balze (1840)

et ce « Silène et les quatre saisons » de l’atelier de Jordaens (après 1640)

On peut admirer aussi ces « plaques Campana », céramiques antiques d’Italie centrale, du nom de leur collectionneur : des satyres vendangeurs et fouleurs. Un air de déjà-vu ?

Cette Bacchante au raisin d’Emile-antoine Bourdelle (1907)

Et ce « Nymphe et Faune » de Pierre-Paul-Léon Glaize (1861)

Filons maintenant vers le nord, pour retrouver le château de Castelnau-Bretenoux où se jouait la Dame Blanche de François Adrien Boieldieu, sur un livret de Scribe, d’après Walter Scott, créé en 1825 et qui connut un immense succès.

Nous ne détaillerons pas l’argument (le retour d’un héritier légitime aux yeux des paysans au moment de la mise aux enchères du château familial hanté par une mystérieuse Dame Blanche) et filerons à la grande scène de l’hospitalité qui voit le héros adoubé comme parrain d’un nouveau-né.

II faut rire, il faut boire à l’hospitalité. 
A l’amour, à la gloire,
Ainsi qu’à la beauté!

Une fois n’est pas coutume, le spectacle joué pendant la pandémie à Rennes a été mis en ligne, pour notre grand plaisir.

Merci !

Le pouvoir est au bout … du goulot

Août est déjà bien entamé et nous n’avons pas encore signalé l’émission de Clément Rochefort sur France Musique : « Au bout du goulot » consacrée aux chansons à boire.

Si beaucoup étaient connues des lecteurs du bon clos , il s’en est trouvé quelques autres.

Ainsi Vinum bonus et suave , parodie d’un cantique à la Vierge de Roland de Lassus, proposée le 4 juillet.

La version proposée par le choeur de chambre de Namur commence à 02m:18s

Le texte dit : « Vinum bonum et suave, nunquam bibi vinum tale, vinum cor lætificat », soit : « Vin bon et doux, jamais je n’ai bu un tel vin. Le vin réjouit le cœur »

En voici une autre version par le choeur Ex Cathedra, dir. Jeffrey Skidmore

Les amateurs de Carmina Burina ne confondront pas avec une autre oeuvre commençant par les mêmes mots, ci-dessous par l’ensemble Alegria

ou encore celle-ci dont l’accompagnement musical laisse mieux saisir les paroles

Le 6 juillet, c’est « quand la mer rouge apparut« , une des chansons à boire les plus connues du 18ème siècle qui était proposée. L’air fut repris par l’organiste et compositeur Michel Corrette pour en faire un chant de Noël nous dit-on. A moins que ce ne soit le contraire…

On trouvera partition et paroles sur chansons à boire.com par exemple.

Le 7 juillet, nous avons eu droit à « Amis enivrons du vin d’Espagne en France » un air du 17ème d’Etienne Moulinié, que nous connaissons ; et à « quand je tiens ma chère bouteille », de Jean Boyer, violiste et compositeur de la même époque, (à 2m:18).

On en a retrouvé la partition.

Le 8 juillet, c’étaient des airs à boire du très sérieux Marc-Antoine Charpentier (dont le Te Deum est bien connu des téléspectateurs des années 60) : « Veux-tu Compère Grégoire » (à 1m:38s), et « Ayant bu du vin clairet » (par les Arts Florissants)

Voici aussi la version du château de Versailles de Compère Grégoire

De la même époque « Je ne mettrai plus d’eau dans mon vin » conte l’histoire d’un mari que le décès de sa femme libère…

la voici,(émission du 20 juillet), chantée par les Frères Jacques (à 1m:25s)

Un siècle plus tard, voici « l’enlèvement au sérail » du génial Wolfgang Amadeus, dont on connaît les savoureux airs à boire. Au cours de cet opéra-bouffe, le geôlier de 2 prisonnières du pacha Selim boit du vin (contenant un somnifère) offert par leurs amoureux qui se proposent de les enlever.

Vivat, Bachus!
Bachus lebe!
Bachus, der den Wein erfand! (Bachus, qui inventa le vin !

Ecoutez l’air à 1m:20s

En voici une video sous-titrée en grec et en anglais

Bien plus près de nous, voici « les vins de France« , chantés par Fabia Gringor

« Qu’un vin soit noble ou roturier, c’est un bon vin s’il est français,
Blanc, rouge, gris ou bien rosé, rien au monde ne peut l’égaler »
.

Un peu scolaire (il s’agit de n’en oublier aucun) et cocardier peut-être ?

Et ça se termine avec les cadets de Bourgogne et leur A toi buveur !

Amis chantons avec ardeur, Honneur et gloire à toi buveur !

Merci à France Musique pour ce florilège, et bonne écoute à tous !

Pomme d’Api en Avignon

Revoici cette petite merveille de maître Jacques, (vue il y a quelques lustres au théâtre Marsoulan), mis en scène par le nivernais Théâtre du Temps pluriel, pour quelques semaines au festival off d’Avignon, au théâtre Girasole, tous les soirs (sauf les lundis) à 21h15 jusqu’au 30 juillet.

Le 9 juillet, c’était la première, et, vu de la salle, tout s’est passé à merveille. On a pu réentendre l’air du gril, bien sûr, et l’air à boire, un des plus beaux d’Offenbach : Ah ! versez, versez, versez encore ! Allez, allez jusqu’au bord…

L’histoire, s’il faut la résumer, c’est le huis clos amoureux d’un bellâtre (Franck Vincent), oncle d’un freluquet (Joris Conquet) qu’il a obligé à mettre fin à son amourette avec Pomme d’Api (étonnante et puissante Alice Fagard), laquelle, éplorée mais endurcie par l’épreuve, est envoyée comme bonne par le Pôle emploi de l’époque. On imagine la suite…

On ne reprochera pas au metteur en scène Olivier Broda d’avoir truffé le spectacle de gags et d’extraits d’air de griserie (la Périchole, le baron de la Vie Parisienne), c’est la coutume et la licence artistique permise, et il faut bien aller chercher les petites cuillers ! Mais quid du poème en allemand dit par Catherine ?

La réponse est arrivée : c’est le Wünschelrute de Eichendorff, clin d’oeil au Maître de la germaniste Alice

On n’omettra pas non plus de saluer la pianiste et directrice musicale Delphine Dussaux qui met aussi la main à la pâte… de la farce.

Merci à tous pour cette belle prestation !

Et en attendant des videos du spectacle, voici quelques airs sympathiques de productions plus anciennes.