Un été lyrique

Bonnes pioches cet été pour les amateurs d’airs bachiques lyriques, avec La belle Hélène d’Offenbach montée à Bruniquel, et la Dame Blanche de Boieldieu à Saint-Céré. Et bien sûr Pomme d’api au festival d’ Avignon, dont nous avons déjà parlé

Frank T’Hézan et sa bande réunie chaque année à Bruniquel ne risquaient pas grand chose à monter cette Belle Hélène, joyau de la couronne des oeuvres du Maître, loufoquerie d’une grande finesse toujours actuelle, dans le cadre splendide du château et avec le concours de la population locale.

Emmanuelle Zoldan dans le rôle d’Hélène, ça tombait sous le sens, Dominique Desmons en Ménélas, ça promettait, mais Christophe Crapez en Achille, Jeanne-Marie Lévy en Ajax 2, Aude Fabre en Oreste, voila qui était inattendu… et réussi !

On ne peut pas hélas citer tous les participants de la troupe, qui eurent l’occasion comme d’habitude de prolonger le spectacle, au cours des fameuses tables d’hôte, de leurs facéties et morceaux de bravoure jusqu’à potron-minet.

Mais venons en au fait. La fatalité poursuit la belle Hélène de Sparte qui résiste tant bien que mal aux assauts du berger Paris, fils du roi Priam de Troie. Vénus furieuse de voir ses plans contrariés , met au coeur des femmes de Grèce un immense besoin de plaisir et d’amour… Les maris quittent leurs femmes, les femmes quittent leur s maris, c’est une débâcle générale.

(pour plus de détail voir le livret)

Nous sommes au début du 3ème acte, à Nauplie, au bord de la mer. Le choeur mené par Oreste chante

Dansons ! aimons ! 
Buvons ! chantons ! 
Et trémoussons-nous avec verve !… 
Gloire à Vénus ! 
Gloire à Bacchus ! 
Et foin de la chaste Minerve !..

En attendant le DVD, voici de quoi se faire une idée de cet air avec le choeur des musiciens du Louvre..

(A propos de DVD celui de la Vie Parisienne jouée l’an dernier (et qu’on a pu (re)voir au cinéma de Caussade) est sorti. On peut le commander là. On y retrouvera le baron, joué par Frank T’Hézan, dans la fameuse scène de la griserie.

le baron qui n’est pas encore tout à fait gris

Et comparer avec la version de 2013. (on pourra relire l’article publié à l’époque)

Montauban n’est qu’à quelques lieues de Bruniquel, et son musée Ingres Bourdelle mérite une visite. On peut y voir cette « enfance de Bacchus« , de Raymond Balze (1840)

et ce « Silène et les quatre saisons » de l’atelier de Jordaens (après 1640)

On peut admirer aussi ces « plaques Campana », céramiques antiques d’Italie centrale, du nom de leur collectionneur : des satyres vendangeurs et fouleurs. Un air de déjà-vu ?

Et ce « Nymphe et Faune » de Pierre-Paul-Léon Glaize (1861)

Filons maintenant vers le nord, pour retrouver le château de Castelnau-Bretenoux où se jouait la Dame Blanche de François Adrien Boieldieu, sur un livret de Scribe, d’après Walter Scott, créé en 1825 et qui connut un immense succès.

Nous ne détaillerons pas l’argument (le retour d’un héritier légitime aux yeux des paysans au moment de la mise aux enchères du château familial hanté par une mystérieuse Dame Blanche) et filerons à la grande scène de l’hospitalité qui voit le héros adoubé comme parrain d’un nouveau-né.

II faut rire, il faut boire à l’hospitalité. 
A l’amour, à la gloire,
Ainsi qu’à la beauté!

Une fois n’est pas coutume, le spectacle joué pendant la pandémie à Rennes a été mis en ligne, pour notre grand plaisir.

Merci !

Le pouvoir est au bout … du goulot

Août est déjà bien entamé et nous n’avons pas encore signalé l’émission de Clément Rochefort sur France Musique : « Au bout du goulot » consacrée aux chansons à boire.

Si beaucoup étaient connues des lecteurs du bon clos , il s’en est trouvé quelques autres.

Ainsi Vinum bonus et suave , parodie d’un cantique à la Vierge de Roland de Lassus, proposée le 4 juillet.

La version proposée par le choeur de chambre de Namur commence à 02m:18s

Le texte dit : « Vinum bonum et suave, nunquam bibi vinum tale, vinum cor lætificat », soit : « Vin bon et doux, jamais je n’ai bu un tel vin. Le vin réjouit le cœur »

En voici une autre version par le choeur Ex Cathedra, dir. Jeffrey Skidmore

Les amateurs de Carmina Burina ne confondront pas avec une autre oeuvre commençant par les mêmes mots, ci-dessous par l’ensemble Alegria

ou encore celle-ci dont l’accompagnement musical laisse mieux saisir les paroles

Le 6 juillet, c’est « quand la mer rouge apparut« , une des chansons à boire les plus connues du 18ème siècle qui était proposée. L’air fut repris par l’organiste et compositeur Michel Corrette pour en faire un chant de Noël nous dit-on. A moins que ce ne soit le contraire…

On trouvera partition et paroles sur chansons à boire.com par exemple.

Le 7 juillet, nous avons eu droit à « Amis enivrons du vin d’Espagne en France » un air du 17ème d’Etienne Moulinié, que nous connaissons ; et à « quand je tiens ma chère bouteille », de Jean Boyer, violiste et compositeur de la même époque, (à 2m:18).

On en a retrouvé la partition.

Le 8 juillet, c’étaient des airs à boire du très sérieux Marc-Antoine Charpentier (dont le Te Deum est bien connu des téléspectateurs des années 60) : « Veux-tu Compère Grégoire » (à 1m:38s), et « Ayant bu du vin clairet » (par les Arts Florissants)

Voici aussi la version du château de Versailles de Compère Grégoire

De la même époque « Je ne mettrai plus d’eau dans mon vin » conte l’histoire d’un mari que le décès de sa femme libère…

la voici,(émission du 20 juillet), chantée par les Frères Jacques (à 1m:25s)

Un siècle plus tard, voici « l’enlèvement au sérail » du génial Wolfgang Amadeus, dont on connaît les savoureux airs à boire. Au cours de cet opéra-bouffe, le geôlier de 2 prisonnières du pacha Selim boit du vin (contenant un somnifère) offert par leurs amoureux qui se proposent de les enlever.

Vivat, Bachus!
Bachus lebe!
Bachus, der den Wein erfand! (Bachus, qui inventa le vin !

Ecoutez l’air à 1m:20s

En voici une video sous-titrée en grec et en anglais

Bien plus près de nous, voici « les vins de France« , chantés par Fabia Gringor

« Qu’un vin soit noble ou roturier, c’est un bon vin s’il est français,
Blanc, rouge, gris ou bien rosé, rien au monde ne peut l’égaler »
.

Un peu scolaire (il s’agit de n’en oublier aucun) et cocardier peut-être ?

Et ça se termine avec les cadets de Bourgogne et leur A toi buveur !

Amis chantons avec ardeur, Honneur et gloire à toi buveur !

Merci à France Musique pour ce florilège, et bonne écoute à tous !

Pomme d’Api en Avignon

Revoici cette petite merveille de maître Jacques, (vue il y a quelques lustres au théâtre Marsoulan), mis en scène par le nivernais Théâtre du Temps pluriel, pour quelques semaines au festival off d’Avignon, au théâtre Girasole, tous les soirs (sauf les lundis) à 21h15 jusqu’au 30 juillet.

Le 9 juillet, c’était la première, et, vu de la salle, tout s’est passé à merveille. On a pu réentendre l’air du gril, bien sûr, et l’air à boire, un des plus beaux d’Offenbach : Ah ! versez, versez, versez encore ! Allez, allez jusqu’au bord…

L’histoire, s’il faut la résumer, c’est le huis clos amoureux d’un bellâtre (Franck Vincent), oncle d’un freluquet (Joris Conquet) qu’il a obligé à mettre fin à son amourette avec Pomme d’Api (étonnante et puissante Alice Fagard), laquelle, éplorée mais endurcie par l’épreuve, est envoyée comme bonne par le Pôle emploi de l’époque. On imagine la suite…

On ne reprochera pas au metteur en scène Olivier Broda d’avoir truffé le spectacle de gags et d’extraits d’air de griserie (la Périchole, le baron de la Vie Parisienne), c’est la coutume et la licence artistique permise, et il faut bien aller chercher les petites cuillers ! Mais quid du poème en allemand dit par Catherine ?

La réponse est arrivée : c’est le Wünschelrute de Eichendorff, clin d’oeil au Maître de la germaniste Alice

On n’omettra pas non plus de saluer la pianiste et directrice musicale Delphine Dussaux qui met aussi la main à la pâte… de la farce.

Merci à tous pour cette belle prestation !

Et en attendant des videos du spectacle, voici quelques airs sympathiques de productions plus anciennes.

Bordeaux en juin

Juin à Bordeaux, c’est tous les deux ans, depuis 1998, les fêtes du vin, du 23 au 26 juin cette année. Les quais, où de vieux gréements sont amarrés, sont investis par des stands où l’on peut déguster des vins de toute la « Nouvelle-Aquitaine ». Les Médoc, Graves-Sauternes, et Saint-Emilion-Pomerol sont bien sûr les plus courus ; il vaut mieux anticiper et venir dès le jeudi, muni d’une carte (et d’un verre de dégustation remis avec), donnant droit à onze « shots » de 6 cl.
Et ce sont aussi des expositions en ville, et à l’incontournable Cité du Vin avec Picasso et l’effervescence des formes (jusqu’au 28 août) .

Sur les quais, une grande carte du vignoble a été livrée au public, le résultat sera-t-il mis aux enchères ?

Pour déguster on n’a que l’embarras du choix…

Les discussions vont bon train entre dégustateurs/rices.

Entre deux dégustations on peut utiliser les jeux mis à la disposition du public

ou suivre des cours de dégustation

puis mettre son savoir à l’épreuve en répondant au Quiz

L’association pour l’information et la prévention de l’alcoolisation festive (APIPAF) prodigue ses conseils et propose un test à qui veut

Les grilles du Jardin Public présentent les gestes du vin

Et la Cité du Vin nous offre une exposition de photos de viticulteurs,

La famille Baudet et son château Monconseil-Gazin

où l’on découvre aussi la Connétablie de Guyenne, confrérie fondée en 1952, qui défend les vins « des Côtes et des Graves »dans leurs différentes appellations comme ici Blaye.

Venons-en à l’exposition l’Effervescence des formes,

que l’on parcourra sans pouvoir échapper aux accents obsédants et très olé-olé de la Matchiche, cette danse nouvelle de 1906.

Mais c’est une autre danse que cette scène (« répétition de jota« , aquarelle et encre, 1903) représente,

où l’on voit (en haut à droite) un « porro » catalan et comment s’en servir.

Mais il y aura plus tard d’autres pichets pour boire, comme ces pièces de céramiques produites dans les années 40-50…

Ce couple de buveurs devant une bouteille a été crayonné vers 1899-1900.

L’ami Juan Gris vivait en ce temps-là de dessins humoristiques publiés dans des gazettes comme l’Assiette au Beurre ou Frou-Frou (à laquelle collaborait aussi Picasso). En voici quelques uns.

le jour de l’an des cheminots révoqués (Charivari, 1911) (« Dire que Jaurès, lui, bouffe de la dinde et boit du champagne! ») paru aussi dans l’Indiscret en 1912 (« Sûr que ça ne vaut pas l’ordinaire de l’Elysée !« )

Sur cette eau-forte de 1934, on retrouve le trait magistral du Maître illustrant le thème antique de la fraternité des buveurs

C’est l’époque aussi oui Leonetto Cappiello (que les lecteurs du bon clos ont déjà rencontré) brille dans la publicité

Cette eau-forte de Picasso, un émouvant « repas frugal », date de 1904. « Le vin des pauvres, chez Picasso, n’est pas avilissement. Il est revanche sur l’existence », dit le commentaire.

Honneur au vin dans cette nature morte de 1923

Ce curieux bricolage en bois est intitulé « bouteille d’anis del Mono et compotier avec grappe de raisin ». Il date de 1915.

En 1914, le cubisme est bien loin avec ces verres et bouteilles pour la fête d’Avignon

En 1949, l’humanité progressiste fête les 70 ans du petit père des peuples. Picasso s’exécute à sa façon.

une des versions de cette carte de voeux, il en est bien d’autres…

Le poète catalan Jaime Sabartes fut à partir des années 30 le secrétaire du Maître , qui le charge ici pour son amour du vin.

feutre sur papier, 1959

En 1933 Picasso dessine ce Minotaure tenant une coupe et une amante. La vie est belle, semble-t-il nous dire.

Ce thème inspire le Maître. Voici une autre scène bachique (carrément orgiaque) de la même époque.

Celle-ci est un peu plus sage…

Minotaure buvant et femmes

Vingt ans après (décembre 1956), voici un carreau de céramique représentant Silène buvant (au porro ?) auprès d’un jeune homme qui tient une coupe. Le trait est fin. Du grand art !

Vers la fin de sa vie (années 1969-73), c’est la frénésie créatrice où revient le thème du couple, semblant « lever une coupe éternelle en direction du spectateur »…

Couple à la coupe, 1969

Les larmes du vin

C’est le titre du dernier ouvrage de Daniel Picouly, qui vient de se voir remettre le prix de l’Académie Rabelais aux Noces de Jeannette.

On connait l’homme, sa faconde, sa tchache, son écriture orale, sa sincérité. Il le dit tout net : je suis un escroc, je ne connais pas grand chose au vin ! Et pourtant on l’a accueilli chez les chevaliers du tastevin, au Clos Vougeot, et à la Commanderie des vins des côtes du Rhône à Sablet !

Alors il a cherché dans sa famille, sa bio ; et il en trouvé des traces de vin sur son chemin.

Ca commence par une tache de vin à la naissance, et par les 4 gouttes de champagne administrées derrière les oreilles, les 4 gouttes du bonheur, et les bouteilles envoyées par son parrain à chaque anniversaire. Le litron mis à rafraichir dans la rivière pour attirer les poissons. Sa première cuite (« pompette ») à 10 ans, son cahier d’étiquettes… Sa rencontre avec un clochard à chapka et sa bouteille emmaillotée, son expérience de commis de bar à Orly, servant des baquets au prix du ballon, et la « p’tite côte sans faux-col » de son p’pa. On fait connaissance de toute la famille, papa, m’am, grande soeur, petite soeur (il est le 11ème de 13 enfants), et cerise sur le gâteau, Marie, sa fille chérie, est dans l’assistance (ci-dessous tout à gauche) !

On revoit avec lui la coupe du monde de foot 1958 en Suède où il faut « boire avant de perdre », on assiste aussi au sauvetage improbable de Marie Antoinette par les vins du Postillon, pour le retrouver à plus de 40 ans avec « une gueule de vendange tardive ». On retiendra aussi qu' »un navire qui n’a pas goûté le vin goûtera le sang ! »

(Et on apprend aussi au passage que Claude Villers, le génial animateur du tribunal des flagrants délires et d bien d’autres émissions radiophoniques, avait été catcheur sous le nom de l‘homme au masque de soie.)

Merci aussi à lui de nous remémorer le numéro de Louis de Funès dans l’Aile ou la Cuisse »

Bref Daniel Picouly n’a pas démérité et a pu recevoir son prix sans rougir.

Il ne s’est pas fait prier pour écouler la marchandise,

avec succès !

Quant à l’Académie Rabelais, tous les présents conviendront qu’elle a bien fait les choses ! Merci !

excellent bordeaux blanc

Et on ne montre pas tout !

On conclut avec quelques trouvailles vues dans les salons des Noces, troisième mi-temps de l’Opéra-Comique voisin…

Vert Vert

C’est un conte drolatique, Vert Vert ou les voyages du perroquet de la visitation de Nevers, poème héroïque publié en 1734 par Jean-Baptiste Gresset, dont le héros est un perroquet. Il fit grand bruit à l’époque, et eut une nombreuse descendance au théâtre, à l’opéra-comique mais aussi en peinture, et jusque dans des performances et expositions d’art contemporain (on parlera en fin d’article d’ Oral Texte)..

C’est l’opéra-comique d’Offenbach monté en 1869 qui nous intéresse ici, car il recèle un sympathique air à boire…

Mais racontons d’abord l’histoire : Vert Vert, perroquet ramené d’Amérique, est la mascotte d’un couvent de Visitandines à Nevers, tant il est prolixe en prières et paroles d’Evangile. Il parle latin!

n-
Le Perroquet Vert-Vert au couvent des Visitandines de Nantes, par Jean-Claude Rumeau

Mais, requis par un autre couvent, à Nantes, il est embarqué sur un bateau qui descend la Loire. Durant le long voyage, aux côtés de « deux nymphes, trois dragons, une nourrice, un moine, deux gascons », c’est à un tout autre langage qu’il est confronté :

car, les dragons, race assez peu dévote,
ne parloient là que langue de gargotte ;
charmant au mieux les ennuis du chemin,
ils ne fêtoient que le patron du vin ;
puis les gascons et les trois peronelles
y concertoient sur des tons de ruelles :
de leur côté, les bateliers juroient,
rimoient en Dieu, blasphémoient et sacroient.

On imagine la suite : Vert perd son latin et ne fait que jurer, grand scandale au couvent ; on le renvoie à Nevers, où on l’attend pour le juger. Le voilà encagé, privé de tout. Le châtiment fait son effet :

Couvert de honte, instruit par l’infortune…
…l’oiseau contrit se reconnut enfin :
il oublia les dragons et le moine ;
et pleinement remis à l’unisson
avec nos sœurs, pour l’air et pour le ton,
il redevint plus dévot qu’un chanoine.

Las. Le retour à la vie de plaisirs va lui être fatale :

Du sein des maux d’une longue diette,
passant trop-tôt dans des flots de douceurs,
bourré de sucre, et brûlé de liqueurs,
Ver-Vert, tombant sur un tas de dragées,
en noirs cyprès vit ses roses changées.

Vert Vert meurt, et c’est là qu’Offenbach a choisi de faire commencer son histoire.

Son Vert Vert est un jeune homme, neveu de la directrice du couvent où vient de mourir le perroquet. Peut-être sa réincarnation ? On ne racontera pas l’argument en détail, il suffit de savoir qu’il y a des amoureux, des couples qui veulent se retrouver, et comme dit la RTBF, « on y retrouve des personnages truculents et des quiproquos dans une ambiance très vaudevillesque. »

On se retrouve ainsi à la fin du 2ème acte (scène 14) dans une auberge où l’on va découvrir les talents vocaux de Vert Vert, requis par Corilla la chanteuse de remplacer au pied levé un chanteur défaillant.

Allons ! du vin partout et des chansons légères !
Et ceux qui le voudront pourront casser leurs verres !
Au diable les belles manières, Avec nous, Avec eux, jamais de façons !

Amusons-nous, gais compagnons,
A la dragonne, entre dragons !
Buvons ! chantons !

Et pif ! et paf ! et versez donc, Madame l’hôtelière !
Vos deux mains sont-elles de plomb ? Vous ne les levez guère.
Si la bouteille que voilà ! Est trop lourde, ma chère,
Donnez ! chacun se chargera De la rendre légère !

vient la Chanson

VERT-VERT.

Quand du flacon en flots d’or il s’échappe
Comme un reflet du chaud soleil,
Dont les rayons ont fait mûrir la grappe,
Que j’aime à voir ce vin vermeil.
Je bois à vous, ma belle dame !

LA CORILLA.
Beau cavalier ! je bois à vous.

VERT-VERT.
Le présent enivre mon âme !

LA CORILLA.
Et l’avenir sera plus doux !…

ENSEMBLE.
Versez ! amis ! versez ! toujours !
Ce vin béni par les amours !…

LA CORILLA.
Tout en chantant l’amour et la jeunesse
Buvons ce vin qui vient de loin.
Et de chasser l’importune tristesse,
Gaîment remettons-lui le soin !

VERT-VERT.
Je bois à vous, ma belle dame !

LA CORILLA.
Beau cavalier ! je bois à vous !

VERT-VERT.
Le présent enivre mon âme,

LA CORILLA.
Et l’avenir sera plus doux !

ENSEMBLE.
Versez ! amis ! Versez, toujours.
Ce vin béni par les amours.

Etc.

Signalons le CD d’ Opera Rara selon l’édition de J.C.Keck

Concluons en signalant que les amateurs d’art contemporain ont jusqu’au 23 juillet 2022 pour visiter l’exposition Oral Texte à la Fondation Pernod Ricard , qui propose de revenir sur les origines du langage articulé avec les propositions d’une douzaine d’artistes comme Angélique Buisson qui s’est inspirée du conte de Vert Vert.

Voici des extraits de l’opéra Vert Vert, par Perez et Angélique Buisson

Un disque vinyl et des fichiers audio haute définition sont disponibles sur le site de Duuu éditions

-> et le 6 juillet, performance de Perez  sur une proposition de Angélique Buisson + lancement du vinyle Vert Vert édité par *Duuu

Procession de bouteilles

Il est un petit village de Provence où le 1er juin de chaque année on honore Saint-Marcellin en faisant bénir une bouteille dans la chapelle qui lui est vouée. Le vin qu’elle contient sera réputé un élixir de santé pour qui en boira.

vigne à Boulbon

Le saint est en effet réputé  » bon pèr l’aigo e bon pèr lou vin !  » (bon pour l’eau de la pluie comme pour le vin). Cette tradition existerait depuis 400 ans au moins !

On se rassemble sur la grand-place entre église et mairie.

La municipalité offre généreusement une bouteille de vin local à qui veut. On peut aussi apporter la sienne !

A l’heure dite la procession, porteuse d’une statue du saint et accompagnée par un orchestre de tambours, fifres et cornemuses, se dirige vers La Chapelle située à quelques centaines de mètres.

Seuls les hommes y entreront, ainsi que le veut la tradition, ce qui ne semble indisposer personne. Encore que… il y en ait qui manquent un peu d’humour et de discernement.

A l’intérieur, le prêtre narre l’épisode des noces de Cana en Provençal que l’on se surprend à comprendre tant on en connait l’histoire.

Auprès de lui, deux ecclésiastiques vénézuéliens : Mgr Jose Manuel Romero Barrios, évêque d’El Tigre, venu accompagner le père Joan qui va être installé à Tarascon où l’espère une communauté latine.

On chante avec enthousiasme le « cantico à Sant-Marcelin » :

1. Bourbounen canten un cantico/ A l’ounour de Sant Marcelin
Bèu martir de la glèiso antico/ E patron de l’ago et dóu vin

Refrain : O bèu Sant, per pieta regards / Sus Bourboun et sus si terren ;
Nosti vigno tèn lei gaiardo / De tout tèms te festejaren.

… (7 couplets)

On chante aussi « Prouvencau et catouli », l’incontournable « Coup Santo« , et sur le même air :

« A Sant Marcelin » où l’on demande au bon saint :

Beniras nosti boutiho / Tu que siès tant pouderous
Sauvaras nosti famiho / Em’aqueu vin generous

Après les chants et la bénédiction, chacun débouche sa bouteille et la porte à ses lèvres.

On rejoint alors le village pour danser et festoyer !

Vive Boulbon !

Voici une video ancienne (1967) trouvée sur le site de l’INA

https://www.ina.fr/ina-eclaire-actu/video/raf03025366/la-messe-des-bouteilles-a-boulbon

retour en Slovénie

On se souvient de ce petit pays de l’ex-Yougoslavie, entouré de montagnes et planté de vignes. Nous l’avons parcouru en 2016. Des circonstances favorables nous y ont ramenés.

Nous avons retrouvé Ljubliana et son charme austro-hongrois. Nous y avons été accueillis par Janesz, un membre de la ZDRUZENJE SLOVENSKEGA REDA VITEZOV VINA (l’Association de l’Ordre slovène des chevaliers du vin), grand amateur de vin bien sûr. Il est Vice-Président de la FICB (Fédération Internationale des confréries bachiques). Il nous a fait déguster un pinot noir domaine Jamešk de la vipavska dolina, vallée à l’ouest de la Slovénie jouxtant l’Italie où sont les meilleurs crus ;

Janesz nous présente aussi son ami Marin Berovič, un homme aux multiples talents : professeur d’université en biotechnologie, membre de jurys internationaux de dégustation, peintre, guide touristique… ; Marin est aussi Ambassadeur de sa Confrérie, le « Consulat de Slovénie de l’Ordo Equestris Vini Europae », où il nous accueillera le lendemain pour participer à un chapitre exceptionnel.

tableau de Marin Berovič, vignobles prés de la frontière italienne

Avant de rallier Celje, nous sommes entraînés au château qui domine la ville. Là nous rencontrons Milan Podgačnik, grand-maître (Ambassador) de la ZDRUZENJE SLOVENSKEGA REDA VITEZOV VINA, qui nous a invité à déjeuner. Docteur vétérinaire de formation, il été ministre de l’agriculture et promeut tant qu’il le peut les vins de son pays !

Le chemin de la gare passe par les jardins de la maison des écrivains, où se tenait un salon des vins effervescents (penečih vin). Nous en avons bu d’excellents, comme celui de Mika ou d’Anna…

A l’arrivée en soirée à Celje, à une heure de route, c’est Tomislav, Senator du Consulat Slovène de l’OEVE, qui nous accueille et nous remet un carton de pinot gris, des fois que nous aurions une petite soif.

Tomislav Kovačič inaugurant la journée

Le lendemain samedi, rassemblement des « légatures » venues de toute la Slovénie, ainsi que des délégations d’Autriche, de Croatie, de Slovaquie, d’Italie… qui vont défiler au son de l’harmonie jusqu’à l’église abbatiale Saint Daniel, lieu de la cérémonie.

Nous y rencontrons le Professeur Julij Nemanič, universitaire, longtemps représentant de son pays à l’OIV, qui va y recevoir le diplôme d’honneur de la FICB.

remise du diplôme d’honneur de la FICB à Julij Nemanič

Nous assistons aux intronisations de dizaines d’impétrants

et sommes charmés par le concert donné par deux harpistes.

C’est au Celjski Dom que sera servi le déjeuner attendu par tous. Mais il faudra auparavant boire le verre de la fraternité

avec les chanteurs du groupe Erosi

qui régalent le public de chants slovènes traditionnels, dont certains titres sont évocateurs.

 Dvigni zlato kupico

En starček je živel (un vieil homme vivait dans un vignoble de montagne…)

En hribček bom kupil (je vais acheter une colline pour y planter des vignes…)

Kolkor kapljic tolko let

Le pij, le pij (bois, bois et verse encore…)

Mi Slovenci vinca ne prodamo (nous les slovènes ne vendons pas de vin, parce que nous savons bien boire. On se réunit, on est de bonne humeur, et on chante gaiement.)

Ta glažek je prazen (ce verre est vide, on rentre à la maison)

Le repas gastronomique fut servi avec les vins ad hoc. On s’en convaincra en découvrant le menu

Ce déjeuner bien arrosé commencé vers 15h se termina vers 18h. Rentré à l’hôtel, le Professeur Sénateur Karl (historien officiant à Klagenfurt) nous a convaincu de partager une bouteille de ce pinot gris dont on a parlé plus haut.

Ce qui fut fait !

Terminons cette visite éclair en Slovénie avec quelques belles pièces découvertes dans les musées et échoppes.

L’ancien manoir des comtes de Celje qui abrite une partie des collections du musée régional est fameux pour son plafond (Celjski strop), représentant des scènes de vendanges repérées lors d’un précédent séjour.

Nous y avons cette fois-ci trouvé cette scène d’auteur inconnu représentant Bacchus en bonne compagnie.

Et voici un buveur, lui aussi d’auteur inconnu, du 17ème siècle (ces tableaux auraient été récupérés par les partisans à l’issue de la dernière guerre).

Ce jeton circulaire fait partie d’une série de 12 tous différents et représente un jeune homme buvant au tonneau ; il ne mesure que quelques centimètres de diamètre.

et voici quelques chopes et verres.

Ce n’est pas les mains vides, mais avec ce précieux rouge mousseux, offert par un grand amateur, issu de vignes de la région karstique au-dessus de Trieste, et élevé 10 ans sur lies,

chateau intanto

et avec le désir sincère d’y retourner, que nous quittons cette terre de vin et de miel.

tableau de marin berovič, qui prépare un séjour-découverte des vignes et des vins de Slovénie pour 2023
élément de ruche, une tradition slovène

Des chapitres de printemps

C’est l’printemps, la vigne renaît, les confrères et consoeurs des confréries vineuses, bachiques, oenogastronomiques retrouvent les festivités et retrouvailles.


Samedi 30 avril, c’était le jour de notre affectionné Clos de Clamart, auquel nous n’avons malheureusement pas pu participer. 17 Confréries s’y sont retrouvées aux sons des trompettes et percussions de Stéphane Guérinet!


Une semaine plus tard, le 7 mai, les Echansons fêtaient la fleur de la vigne au Musée du Vin.

Après trois intronisations, et l’adoubement du secrétaire général et désormais Vice-Président Didier comme Grand Officier,

un défilé de mode atypique nous fut présenté, faisant revivre les tenues de vendange des siècles passés, et voir ou revoir des robes de grands couturiers.

On a été particulièrement impressionné par celle, représentant Bacchus, peinte par la plasticienne et peintre Adélaïde (à droite sur la photo ci-dessous),

Le dîner qui fut proposé faisait écho aux cinq couleurs du vin : le blanc, servi à l’apéritif était un sauvignon de Touraine tout neuf (2020) du domaine des souterrains qui reçut une approbation générale.

Vinrent ensuite un Gaillac rosé 2018 du chateau Labastidié bien connu des échansons, accompagnant la terrine aux deux saumons ; puis un vin orange (blanc vinifié après macération) accompagnant la poularde … à l’orange ; un côte du jura blanc accompagna les comtés, et finalement c’est sur un dessert aux framboises que fut servi un vin rouge rafraichi, un pinot noir 2020 « côte châlonnaise vieilles vignes » du domaine Masse à Barizey. C’est peu dire que ce festin fut apprécié !


A peine remis de ces agapes, on apprit qu’un chapitre allait se tenir le mardi 10 mai dans le petit square qui jouxte l’église de Saint-Germain des Prés, où la Confrérie de Saint-Juliénas des Prés a fait planter six pieds.

Originaire du village du Beaujolais dont elle porte le nom, cette confrérie a l’originalité de s’être établie à Paris où les consommateurs sont nombreux. L’actuel Grand-Maître, Vincent Audras, précéda à l’intronisation d’une dizaine de postulants méritants, vignerons, bistrotiers, taverniers, dégustateurs (comme l’ami Gérard Maurice,

Patrick Barzic du Devoir Parisien faisant l’éloge devant le Grand Maître Vincent Andras

bien connu des lecteurs du bon clos, venu avec ses camarades du Devoir Parisien du Beaujolais) ;

on apprécie le beau diplôme dessiné par Bridenne

on remarqua aussi Magali, qui anime une association de « mâchonnes »,

mâchons et mâchonne

et Emilie, auteure de « J’aime la saucisse » !

Chacun d’eux devait pour cela absorber une bonne lampée de Juliénas dans un tastevin géant.

La suite, d’aucuns diraient la deuxième mi-temps, se tint au prix d’une petite marche apéritive à l’Annexe de la Petite Périgourdine (22 rue des Ecoles), où fut servi un repas mémorable

(pâté en croûte maison, chou farci, cantal, prune crousti), où l’on n’avait que l’embarras du choix entre les crus apportés par les vignerons présents.

On entendit quelqu’une fredonner :

A la !… A la !… A la !…
A la santé du confrère,
qui nous régal’ aujourd’hui.
Ce n’est pas de l’eau de rivière
Encor’ moins de celle du puits.

autrement dit, l’hymne des typographes, qui daterait du second Empire.

Tiens, voilà une jolie affiche d’Eliane Thiollier

Voir le reste des paroles


Last but not least, le Clos Saint-Vincent de Noisy le Grand fêtait samedi 21 mai ses 20 ans. L’occasion de tester ses capacités olfactives avec le char des arômes,

d’admirer le plan relief fraichement réalisé représentant le Noisy du temps béni des coteaux viticoles,

de revoir la vigne plantée de sauvignon, chardonnay et seyval (un hybride unique en Ile de France),

et aussi de déguster le vin de Noisy-le-Grand qui gagne régulièrement des médailles lors des concours organisés par la Coordination Cocorico.

cru 2009, à l’étonnante tenue

De nombreuses confréries étaient venues participer à cette belle fête

et applaudir les fondateurs de la Confrérie.

ci-dessus les deux fondateurs Michel Miersman et Ruben Martinovski entourant le président Jean-Pierre Gimbert

des peintres russes

Nous avons déjà croisé Brioullov et Repine, voici quelques autres peintres de ce XIXème siècle russe que nous affectionnons.

Tout d’abord Ivan Khrutsky (1810-1885), un polono-russe né près de Vitebsk en Biélorussie, qui nous a laissé de belles toiles sur le thème du raisin.

Ces jeunes femmes et enfants nous rappellent la vendangeuse italienne de Brioullov.

De la même époque sont ces travailleurs de Demidov (Демидовские_рабочие) de Vassili Raev (1808-1871), arborant pipe et flasque devant un verre.

Ce repas au monastère (1876) de Vassili Perov (1834-1882) est saisissant par le tableau de la société qu’il présente : moines faisant bombance devant des gens du peuple appelant à l’aide.