Alan Seeger

Oncle du chanteur folk Pete Seeger, Alan était un poète américain qui s’engagea en 14 dans la Légion Etrangère et périt sur le front de la Somme.

ASjeune

 « Qu’il soit bien compris que je n’ai pas pris les armes par haine des Allemands ou de l’Allemagne, mais par amour pour la France. »

livreleguiller

Il avait rendez-vous avec la mort, avait-il écrit dans un poème fameux.

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Il nous a laissé un hommage au Champagne, écrit en 1914-15, dont l’édition originale vient de faire parler d’elle après son acquisition par Pierre-Emmanuel Taittinger de la maison du même nom.

(Voila qui rappelle certaines paroles de Winston Churchill (« nous ne nous battons pas seulement pour la France, mais pour le champagne!))

In the glad revels, in the happy fêtes,
    When cheeks are flushed, and glasses gilt and pearled
With the sweet wine of France that concentrates
    The sunshine and the beauty of the world,
Drink sometimes, you whose footsteps yet may tread
    The undisturbed, delightful paths of Earth,
To those whose blood, in pious duty shed,
    Hallows the soil where that same wine had birth.
Here, by devoted comrades laid away,
    Along our lines they slumber where they fell,
Beside the crater at the Ferme d’Alger
    And up the bloody slopes of La Pompelle,
And round the city whose cathedral towers
    The enemies of Beauty dared profane,
And in the mat of multicolored flowers
    That clothe the sunny chalk-fields of Champagne.
Under the little crosses where they rise
    The soldier rests. Now round him undismayed
The cannon thunders, and at night he lies
    At peace beneath the eternal fusillade …
That other generations might possess—
    From shame and menace free in years to come—
A richer heritage of happiness,
    He marched to that heroic martyrdom.
Esteeming less the forfeit that he paid
    Than undishonored that his flag might float
Over the towers of liberty, he made
    His breast the bulwark and his blood the moat.
Obscurely sacrificed, his nameless tomb,
    Bare of the sculptor’s art, the poet’s lines,
Summer shall flush with poppy-fields in bloom,
    And Autumn yellow with maturing vines.
There the grape-pickers at their harvesting
    Shall lightly tread and load their wicker trays,
Blessing his memory as they toil and sing
    In the slant sunshine of October days …
I love to think that if my blood should be
    So privileged to sink where his has sunk,
I shall not pass from Earth entirely,
    But when the banquet rings, when healths are drunk,
And faces that the joys of living fill
    Glow radiant with laughter and good cheer,
In beaming cups some spark of me shall still
    Brim toward the lips that once I held so dear.
So shall one coveting no higher plane
    Than nature clothes in color and flesh and tone,
Even from the grave put upward to attain
    The dreams youth cherished and missed and might have known;
And that strong need that strove unsatisfied
    Toward earthly beauty in all forms it wore,
Not death itself shall utterly divide
    From the belovèd shapes it thirsted for.
Alas, how many an adept for whose arms
    Life held delicious offerings perished here,
How many in the prime of all that charms,
    Crowned with all gifts that conquer and endear!
Honor them not so much with tears and flowers,
    But you with whom the sweet fulfilment lies,
Where in the anguish of atrocious hours
    Turned their last thoughts and closed their dying eyes,
Rather when music on bright gatherings lays
    Its tender spell, and joy is uppermost,
Be mindful of the men they were, and raise
    Your glasses to them in one silent toast.
Drink to them—amorous of dear Earth as well,
    They asked no tribute lovelier than this—
And in the wine that ripened where they fell,
    Oh, frame your lips as though it were a kiss.
On trouve en ligne cette traduction en vers des deux premiers quatrains :

I  Dans les joyeuses fêtes, dans les réunions heureuses,
Quand les joues sont colorées et les verres dorés et perlés
Avec le doux vin de France qui concentre
Les rayons du soleil et la beauté du monde,

II  Buvez quelquefois, vous dont les pas peuvent encore fouler
Les calmes, délicieux chemins de la Terre,
À ceux dont le sang, versé dans un pieux devoir,
Sanctifie le sol où ce même vin est né.

En voici une autre, en prose, trouvée sur le site Médecins de la Grande Guerre  du Dr Patrick Loodts (traduction Bernard Léguiller)

livreleguiller

Biographie, carnets de guerre et poèmes. Alan Seeger, traduit de l’anglais par Bernard Léguiller. Editions la Vague Verte, 80430 Inval-Boiron

Dans les joyeux banquets, dans les heureuses fêtes, quand les joues seront empourprées et que les verres seront pleins des perles dorées du doux vin de France, où se concentrent les rayons du soleil et la splendeur du monde,

       Buvez quelquefois, vous dont les pas pourront encore fouler les sombres et délicieux sentiers de la terre, buvez à la mémoire de ceux qui, pour un pieux devoir, ont versé leur sang, sanctifiant le sol où ce même vin naquit.

       Là, étendus par de dévoués camarades, ils sommeillent le long de nos lignes, à l’endroit où ils sont tombés, à côté du cratère de la Ferme d’Alger et en haut des coteaux sanglants de la Pompelle,

       Et autour de la vine et de la cathédrale dont les ennemis de la Beauté osèrent profaner les tours, dans le tapis de fleurs multicolores qui revêt les champs crayeux et ensoleillés de la Champagne.

       Sous chacune des petites croix érigées, repose le soldat.

       Obscurément sacrifié, sa tombe sans nom, nue, sans sculpture, sans dédicace poétique, sera empourprée par l’Eté de coquelicots en fleurs et l’automne la jaunira de vignes mûrissantes.

       Là, les vendangeurs en faisant la récolte, marcheront plus légèrement, et en chargeant leurs plateaux d’osier, ils béniront sa mémoire tandis qu’ils chanteront en accomplissant leur dur labeur … sous les rayons obliques du soleil d’octobre …

       Combien j’aime à penser que si mon sang est assez privilégié pour imprégner cette terre où le sien pénétra, je ne disparaîtrai point entièrement, mais quand les banquets s’animeront aux bruits des voix, quand on boira en portant des toasts,

       Et que les faces illuminées par la joie de vivre seront rendues plus radieuses par les rires et la bonne chère, des coupes étincelantes un atome de mon être s’élancera vers les lèvres que j’ai tant aimées.

       Ainsi, un être qui n’aura pas convoité l’idéal plus haut que celui incarné, coloré, vivifié par la nature. même, de la tombe s’élèvera pour atteindre les rêves chéris de sa jeunesse, ces rêves qu’il ne réalisa pas et qu’il aurait pu vivre.

       Hélas ! combien périrent ici, à qui la vie réservait de délicieux présents ; combien, dans toute la vigueur et le charme de leur jeunesse couronnée de tous les dons qui conquièrent et séduisent !

       Honorez-les non pas tellement avec des larmes et des fleurs ! Mais vous, avec qui est restée la douce réalisation de leurs rêves, vous vers qui, dans l’angoisse des heures atroces se tournèrent leurs dernières pensées quand leurs yeux mourants se fermaient,

       Rappelez-cous quels hommes ils furent ; et quand vous êtes sous le tendre charme de la musique ou parmi une brillante assistance animée de la joie la plus vive, levez vos verres à leur mémoire dans un toast silencieux.

Buvez à eux, – pleins d’amour pour la Terre chérie ! Ils ne demandent pas de plus éloquent témoignage de tendresse, et, dans le jus de la vigne qui a mûri à l’endroit même où ils tombèrent, oh ! trempez vos lèvres comme si vous leur donniez un baiser.

Alan Seeger

Volontaire américain, mort pour la France

plaquette

Baptiste W.Hamon chante « la ballade d’Alan Seeger », chanson qu’on peut écouter par exemple sur Spotify.

le thermomètre du pochard

Quoi de plus pratique qu’un thermomètre pour déterminer l’état d’ébriété d’un sujet ? Hélas un tel instrument, qui rendrait bien des services à tout un chacun comme à la maréchaussée, n’existe pas.  On en est réduit à souffler dans un ballon ou pire, à procéder à une analyse de sang.

Pour l’écrivain Paul Mahalin, de son vrai nom Emile Blondet, auteur de romans populaires, le thermomètre du pochard, c’est la casquette !
(in  la filleule de Lagardère, vers 1884-86).On y voit un inspecteur de police suivre deux suspects (le Bijou-des-Dames et le Rouquin) qui vont d’un mastroquet à l’autre, étouffant des perroquets (verres d’absinthe), avec « la casquette qui descend en pente du sommet de l’occiput jusqu’aux sourcils, et se rive sur le front, couvrant de l’ombre de sa visière toute la partie supérieur du faciès« .
De mannezingue en caboulot, de liquoriste en assommoir et autre mine à poivre, « la casquette remonte, remonte »… A la Courtille, elle n’est déjà plus sur le front, « elle s’affale sur la nuque, s’écroule sur les épaules »… Incapables désormais de « distinguer un sergent de ville d’un archevêque », « mes hommes sont au point« . C’est le moment d’agir pour l’inspecteur !

Dans les années 1870, le dessinateur Théo abordait le sujet différemment, par l’observation fine du visage. On distingue 6 degrés, de la tristesse liée à l’appétence et au manque, jusqu’au sommeil apoplectique. Et cela se voit comme le nez au milieu de la figure !

1er degré : On a besoin de tordre un perroquet.
= A jeun – Cet état, précédant immédiatement l’heure du repas, est fort triste. L’esprit, le corps sont lourds et tombent dans une langueur quasi-maladive.
2e degré : Etre gai, avoir sa pointe, être teinté, en train.
= Gai – Au 2e degré, on est disposé à causer, on éprouve un certain bien-être et l’on tombe dans une reverie agréable. Si l’on s’arrête là, tout est bien, on a un sommeil tranquille.
3e degré : Lancé, parti, légèrement ému, avoir un coup de soleil, être éméché. Avoir son plumet, être casquette, pompette, avoir son jeune homme.
= Lancé – A ce degré, on aime à parler, on fait des remarques fines, on est langoureux, on possede le don de convaincre, c’est l’aurore naissante des facultés intellectuelles. Un peu plus, on a la conversation trop imagée et l’éloquence trop brûlante, on assome son auditoire d’un déluge de phrases à noyer les patients.
4e degré : Poivre, avoir son affaire, être culloté, raide.
= Gris – On commence à se sentir étourdi  : on veut régaler ses voisins de chansons, on éprouve le besoin  de se prononcer un discours, on est fier comme un paon, hardi comme un lion, amoureux comme une colombe.
La maladie des cheveux se déclare (image de la gravure)
5e degré : Dans les vignes, complet, pochard, avoir son compte.
= Ivre – On voit double et on est stupidement bon, on aime à donner des poignées de main ou des coups de poing. La langue est épaisse et pâteuse.
6e degré : Rond comme une balle, en avoir plein son sac.
= Ivre mort – On n’appartient plus à ce monde ; on tombe dans un sommeil apoplectique. La maladie des cheveux est dans sa plus grande période.

On peut voir cette estampe au musée de Montmartre.

Le même Théo, dont on n’apprend rien sur le Net, sinon qu’il était illustrateur, dessinateur et lithographe, se distingua aussi par quelques caricatures comme celle du député communard Eugène Razoua, représenté un verre à la main.

Les révolutions sont toujours décriées par leurs détracteurs, aussi on ne s’étonnera de cette représentation du Comité de Salut Public « en séance extraordinaire »

(on ne discute pas la loi sur les boissons)

Terminons cette promenade historique par une dernière estampe signée Alfred Lepetit, représentant le député Henri Rochefort dont la tête inspira cet humoriste.Notre député Rochefort
Comme on le voir ressemble fort
A la grappe
D’un raisin aux grains savoureux
D’où s’échappe
Un vin clair, rouge et généreux

Pour la petite histoire, ce personnage qui lutta opiniâtrement contre l’oppression cléricale et politique et réussit à s’évader d’un bagne calédonien,  sombra finalement dans le boulangisme et l’antidreyfusisme.

NB Document trouvés sur les sites Paris – Musées et Gallica

les noces de Cana

Transformer l’eau en vin, peut-on rêver plus beau miracle ! C’est ce que fit dit-on Jésus, son premier « signe » alors que « son heure » n’était même pas encore arrivée. Et en très bon vin encore, si l’on en croit l’unique narrateur Jean l’évangéliste, car les gens de la noce se seraient étonnés que l’on servît le meilleur vin à la fin plutôt qu’au début du repas comme on fait généralement.

enluminure extraite des grandes heures de Jean de Berry (1409)

Visualisons un peu la scène. « Ils n’ont pas de vin »(*), observe la mère de Jésus.
« Femme, que me veux tu ? Mon heure n’est pas encore venue« , réplique-t-Il.
Elle n’en a cure, comme presciente qu’Il ne peut laisser la noce dans l’embarras.
« Faites tout ce qu’il vous dira« , dit-elle à ceux qui servaient.
En effet, Il obtempère : « remplissez d’eau les jarres« , (il y en avait six) et « maintenant puisez, et portez-en au maître du repas« .
Et celui-ci goûta l’eau changée en vin….

(*)(comme dit le poète, être assoiffé d’eau c’est triste, mais faut bien dire que l’être de vin c’est encore vingt fois pire !)

Se non e vero, e bene trovato ! Une telle action d’éclat ne pouvait qu’inspirer artistes et mystiques. Aussi les représentations en sont-elles nombreuses. La plus fameuse en est bien sûr celle de Veronese (1563), qui pavoise au Louvre depuis le traité de Campo Formio.De cette grande composition, ce sont les détails qui sont intéressants. Plus de 130 personnages ! Au petit jeu de les identifier, nombreux croient reconnaitre les peintres fameux (Véronèse à la viole, Titien…) parmi les musiciens au premier plan, ou encore le sulfureux l’Arétin, auteur des sonnets luxurieux, parlant vin avec le même Véronèse debout de profil sur la droite. Va savoir !

Voici des représentations plus anciennes.

Extrait du plafond de l’église saint martin de Zillis (grisons, suisse) 12ème siècleCette peinture murale retrouvée en l’église Sainte Sophie de Trabzon (Trébizonde) doit dater du 13ème siècleVoici la version  du florentin Giotto, en 1306, à la chapelle des Scrovegni à PadoueDe Duccio di Buoninsegna, éminent peintre siennois, ce cadre en bois fait partie d’un grand retable conservé à Sienne, la Maesta (1308)Voici maintenant le brugeois Gérard David (vers 1460)

Ce petit tableau proviendrait de l’atelier de l’anversois Martin de Cleve (16ème siècle)Cette version de Maarten de Vos (un autre anversois) serait à la cathédrale d’Anvers (1597)Avec le bolognais Giuseppe Maria Crespi (vers 1686) les coupes sont vides et la tension est insoutenable. Mais que fait Jésus ?Bien plus tardives,  voici les versions des peintres Julius Schnorr von Carelsfeld (allemand, 1820)et Carl Bloch (danois, 1870) Concluons avec cette oeuvre résolument moderne de Philippe LasselinEt que ceux qui  n’en ont pas vu assez se le disent. Il y a en a toute une flopée sur Pinterest!

Le vin à la cour de Bourgogne

Le « vin à la cour de Bourgogne au temps des ducs Valois » était le thème de la conférence à laquelle nous avons pu assister à la Tour Jean Sans Peur, mercredi 11 avril dernier.

Rien d’étonnant pour ceux qui connaissent cette tour, dernier vestige de ce qui fut le palais parisien des ducs de Bourgogne aux 14ème et 15ème siècle.

Le professeur Bertrand Schnerb, de l’Université de Lille,

après avoir rappelé la chronologie des 4 ducs Valois de Bourgogne qui régnèrent de père en fils de 1363 à 1477, a traité le sujet en 3 points :

Philippe II le Hardi (1342-1404)

Jean 1er , dit « Jean Sans Peur » (1371-1419)

Philippe III, dit le Bon (1396-1467), qui se déclara en 1459 « à cause de la bonté et de l’excellence des vins de Bourgogne, seigneur des meilleurs vins de la Chrétienté »

Charles le Téméraire (1433-1477), inlassable guerrier qui tombé devant Nancy, mit fin à cette dynastie.

 le « vin de Beaune » à l’époque des ducs valois

On appelait ainsi les vins de toute la Bourgogne.

C’est dès le 13 ème siècle le « vin de l’élite », diffusé en Flandre, bu à la cour de France (le 1er à l’y faire venir fut Philippe le Bel), et jusqu’en Avignon à la cour papale (cf la fameuse ordonnance de Philippe le Hardi en 1395, qui proscrit le gaamez (gamay) déloyal).

Le vin, transporté dans des « queues », fûts d’environ 365 litres, plus maniables que les tonneaux de 800 litres,  voyage par voie fluviale vers le Nord (par l’Yonne, puis la Seine, l’Oise etc.) et le Sud par la Saône et le Rhône, pour faire le bonheur des papes d’Avignon dès le sacerdoce de Jean XXII.

le vin à la Cour

On  buvait de tout à la Cour de Bourgogne, du vin de Beaune bien sûr, mais aussi des vins du Laonnois, réputés à l’époque, d(‘Ile d)e France, de Champagne, etc. Le vin provenait des domaines ducaux (de Beaune, Pommard, Volnay, etc.), mais pouvait provenir aussi de dons des sujets (les fameux « pots de vin ») ,

remise d’un pot de vin au prince, vers 1453 (manuscrit codex 2583 conservé à Vienne ONB)

être acheté, voire réquisitionné (vin de prise)

La cuverie de Chenôve avec son énorme pressoir,

ce grand cellier situé en dessous d’une salle de banquet,

au château de Germolles témoignent de cette époque.

L’échansonnerie était le service de l’Hôtel de Bourgogne chargé de l’approvisionner en vins et d’en assurer le service. Il comportait des écuyers (nobles), des sommeliers de bouche (qui servent le vin), et de sommelier de la dépense, qui gèrent les comptes et les stocks.

(voir sur le site de la bnf la description par Olivier de la Marche du service du vin : tout un rituel !)

Et l’on buvait beaucoup. Quelques chiffres :

En 1385-6, plus de 3000 litres par jour, ce qui fait 3000 « queues » par an.

On prétend qu’à la bataille de Montlhéry, un cheval but tout un seau de vin, avant de partir victorieusement au combat !

Las, Charles le Téméraire, qui buvait son vin coupé d’eau, n’y sacrifiait guère.  En 1474, on n’en est plus qu’à 1000 à 2000 queues, alors que les effectifs ont augmenté. Il interdit le vin dans ses armées. Cela contribua-t-il à sa débâcle finale ?

vin et politique

Faut-il s’étonner si le vin de Bourgogne  était largement utilisé par les ducs et offert en cadeau pour se concilier telle ville, et pour entretenir l’amitié ?

tablée où le vin coule à flot, offerte à l’entrevue de Trêves 1473, chronique suisse

Nous remercions le professeur Raymond Schnerb qui nous a transmis les deux images extraites de manuscrits.

Tacuinum Sanitatis

Il s’agit d’un guide de santé populaire au Moyen-Age, doté de nombreuses illustrations,

l’automne

basé sur les tableaux de santé (Taqwim al‑Sihha تقوين الصحة ) du médecin arabe Ibn Butlan (que nous avons déjà rencontré) qui vivait au 11ème siècle.

Les avantages et inconvénients des différents aliments, herbes, saisons et activités y sont évalués.

(Les images que nous publions sont extraites d’un manuscrit détenu par la Bibliothèque Nationale et accessible sur Gallica.)

Voici ce qui concerne les raisins :

les meilleurs sont ceux de Khorasan ; indiqués en cas de douleur intestinale, ils soulagent le foie et l’estomac, mais ils « brûlent » le sang (des citrons frais y remédieront) ; conseillés aux vieillards, en hiver et dans les pays du Nord…

Le vin blanc jeune calme la faim, mais doit être bu avec modération (en boire coupé d’eau pour éviter l’abus) ; peut faire chauffer le sang ; conseillé aux vieillards en toute saison sauf l’été et lorsque la chaleur est excessive…

Les vins vieux, odorifères sont conseillés aux estomacs froids ; ils soignent les yeux et vivifient l’esprit ; en revanche, ils dégradent les sens et la mémoire des enfants que l’on guérira avec des pommes sûres et des coeurs de laitue ; ils affinnt le sang ; à conseiller aux personnes âgées, en hiver et dans les régions froides

Les vins rouges charpentés : les meilleurs sont brillants et clairs ; ils calment l’estomac et remédient aux évanouissements, mais peuvent causer du mal aux rates et foies délicats (s’en préserver avec des grenades aigres) ; font rougir la bile ; très conseillés aux personnes âgées, en hiver et dans les pays froids

Le vin jaune (citrin) : bon contre les poisons, surtout les poisons froids ; las, il réduit l’appétit du coït (on peut y remédier avec des coings aigres) ; très conseillé aux vieillards, aux tempéraments froids, au printemps et dans les pays du Nord

Voyons enfin l’ivresse, qui soulage les douleurs chroniques et soigne les humeurs corrompues, mais émousse le cerveau (y remédier avec des fortifiants du cerveau et en vomissant) ; très conseillée aux vieillards par temps froids et dans le Nord…

Nous en resterons là, mais il y en a plus de cent que l’on peut consulter sur le site moleiro.com !

 

 

A Coulommiers avec Cocorico

C’est la Confrérie des Coteaux Briards qui accueillait, ce dimanche 21 janvier, la Saint-Vincent des Confréries d’Ile de France regroupées dans Cocorico.

© Agency Prodvidéo’art. 2018

Avaient répondu présent Bagneux, Saint-Ouen, Yerres, Livry sur Seine, Villiers sur Marne, Coubron, Combs-la-ville, Rosny sous bois, Nogent sur Marne, Clamart…

et les Confréries de la Pomme de Villiers sur Morin, du sucre d’orge de Moret sur Loing, du Brie de Meaux et du Brie de Melun, et de Saint-Grégoire.

La Confrérie des coteaux briards a été fondée en 1990 par Jean Chéron, figure emblématique disparue tragiquement quelques jours avant cette fête.

Depuis 1976 il s’était attaché à replanter des ceps à Coulommiers (au coteau de Monte-à-Peine) et dans les communes avoisinantes. C’est Philippe Jaulneau qui a repris la charge de Grand-Maître.

Après l’office,  dans un garage où l’on se pressait pour déguster chocolat et vin chaud,

© Agency Prodvidéo’art. 2018

à l’abri d’une pluie importune et persistante, nous avons eu le bonheur d’assister à la déclamation par Denis Sarazin, historien de la Brie et membre de la Confrérie des coteaux briards, de faits historiques relatés dans le Code rural concernant la répression d’infractions à la réglementation sur la circulation des vins dans les années 1733-34.

© Agency Prodvidéo’art. 2018

On apprit aussi de sa bouche que l’exigüe chapelle ND des Vignes toute proche avait été construite en 1867 à l’initiative du chevalier Gougenot des Mousseaux,

après qu’il eut chassé le diable du lieu avec un cep de vigne !

(Nous reviendrons en fin d’article sur l’histoire des vins de Brie)

Il y eut bien sûr des intronisations,

et près de 170 convives déjeunèrent en musique avec Gilou

© Agency Prodvidéo’art. 2018

et son orchestre,

et les chanteurs amateurs montés sur scène comme l’ami René Alain, 88 ans, qui en connait des chansons !        Merci à tous, et ne nous quittons pas sans réécouter la chanson culte de Gilou, du temps où il était l’accordéoniste de Licence IV, « viens boire un petit coup à la maison »

Appendice sur l’histoire des vins de Brie

L‘existence de vignes en Brie remonterait au haut Moyen-Age, et est attesté au 12ème siècle. La qualité des vins était très relative, on se souvient de ce qu’en disait Eustache Deschamps dans les années 1350-1400 :

 Le corps me rompt, le cuer me crie,
Quand je pense au pays de Brie:
Durs vins y a, neant charnus,
Apres de goust, de liqueur nus ;

3 siècles plus tard Boileau n’en disait guère mieux (satire 3) :

« Je consens de bon cœur, pour punir ma folie,
Que tous les vins pour moi deviennent vins de Brie »

Ne disait-on pas d’ailleurs « qu’il fallait être quatre pour en boire : un qui buvait, deux pour le tenir et un quatrième pour le faire boire !

Un bémol pourtant, ces vers élogieux de Ronsard (in Epître à son ami Ambroise de la Porte, 1554):

Meaux dont Bacchus soigneux a pris la garde
Et d’un bon œil ses collines regarde,
Riches de vin qui n’est point surmonté
D’un vin d’Ay en friande bonté.
 

Plus sérieusement, le « Mémoire des Intendants sur l’état des Généralités pour l’instruction du duc de Bourgogne  » , réalisé vers 1700, les dit « de qualité fort médiocre, durs et grossiers », vendus 20 à 25 livres le muid, soit quelques 20 centimes actuels le litre en gros, grosso modo, et consommés sur place. Ils sont « sont très propres, à cause de leur dureté, à être convertis en vinaigre »

Le cépage le plus courant était le gouaix (ou gouais, goet, gouet, etc.), très productif.

Gageons que les actuels vins des coteaux briards, que nous n’avons pas encore dégustés, sont d’une bien meilleure qualité !

 © Agency Prodvidéo’art. 2018  

(Toutes ces informations sont issues de la passionnante étude de Didier Lebègue: Vins, vignes et vignerons entre Marne et Morins)

(Et Merci à Pascal de © Agency Prodvidéo’art. 2018 pour les photos empruntées)

A ta santé…


…Staline !

C’est ainsi qu’en 1949 Picasso apostrophait le petit père des peuples en se fendant d’un ou deux dessins, pour lui souhaiter son anniversaire.

On a du mal a imaginer aujourd’hui l’engouement populaire que connut à l’époque la France pour un vainqueur de Stalingrad paré de toutes les vertus.

Voici un carton de vin de Vouvray,

un cadeau parmi tant d’autres collectés à l’occasion de l’anniversaire de ses 70 ans.

Et voici le clairon qui a sonné en 1907 pour les viticulteurs du Midi en grève.

(photos extraites de ce court-métrage)

Des légendes circulaient sur la capacité du guide suprême à tenir l’alcool lors de banquets où se prenaient des décisions politiques. Curieusement il n’est pas facile de trouver de photo de lui avec un verre à la main.

Nous avons trouvé celle-ci, qui est glaçante.From left, German Nazi Foreign Minister Joachim Von Ribbentrop, German Under State Secretary Friedrich Gaus, Soviet head of state Joseph Stalin, and his Foreign Minister Vyacheslav Molotov pose in 1939 at the Kremlin after signing the Soviet-German Non-Aggression Pact. After the ceremony, Stalin proposed a toast: “I know how much the German people love their Fuehrer. I should therefore like to drink to his health.”

Gageons que cette photo n’était pas connue de Picasso !