Alan Seeger

Oncle du chanteur folk Pete Seeger, Alan était un poète américain qui s’engagea en 14 dans la Légion Etrangère et périt sur le front de la Somme.

ASjeune

 « Qu’il soit bien compris que je n’ai pas pris les armes par haine des Allemands ou de l’Allemagne, mais par amour pour la France. »

livreleguiller

Il avait rendez-vous avec la mort, avait-il écrit dans un poème fameux.

seegeraucasque

Il nous a laissé un hommage au Champagne, écrit en 1914-15, dont l’édition originale vient de faire parler d’elle après son acquisition par Pierre-Emmanuel Taittinger de la maison du même nom.

(Voila qui rappelle certaines paroles de Winston Churchill (« nous ne nous battons pas seulement pour la France, mais pour le champagne!))

In the glad revels, in the happy fêtes,
    When cheeks are flushed, and glasses gilt and pearled
With the sweet wine of France that concentrates
    The sunshine and the beauty of the world,
Drink sometimes, you whose footsteps yet may tread
    The undisturbed, delightful paths of Earth,
To those whose blood, in pious duty shed,
    Hallows the soil where that same wine had birth.
Here, by devoted comrades laid away,
    Along our lines they slumber where they fell,
Beside the crater at the Ferme d’Alger
    And up the bloody slopes of La Pompelle,
And round the city whose cathedral towers
    The enemies of Beauty dared profane,
And in the mat of multicolored flowers
    That clothe the sunny chalk-fields of Champagne.
Under the little crosses where they rise
    The soldier rests. Now round him undismayed
The cannon thunders, and at night he lies
    At peace beneath the eternal fusillade …
That other generations might possess—
    From shame and menace free in years to come—
A richer heritage of happiness,
    He marched to that heroic martyrdom.
Esteeming less the forfeit that he paid
    Than undishonored that his flag might float
Over the towers of liberty, he made
    His breast the bulwark and his blood the moat.
Obscurely sacrificed, his nameless tomb,
    Bare of the sculptor’s art, the poet’s lines,
Summer shall flush with poppy-fields in bloom,
    And Autumn yellow with maturing vines.
There the grape-pickers at their harvesting
    Shall lightly tread and load their wicker trays,
Blessing his memory as they toil and sing
    In the slant sunshine of October days …
I love to think that if my blood should be
    So privileged to sink where his has sunk,
I shall not pass from Earth entirely,
    But when the banquet rings, when healths are drunk,
And faces that the joys of living fill
    Glow radiant with laughter and good cheer,
In beaming cups some spark of me shall still
    Brim toward the lips that once I held so dear.
So shall one coveting no higher plane
    Than nature clothes in color and flesh and tone,
Even from the grave put upward to attain
    The dreams youth cherished and missed and might have known;
And that strong need that strove unsatisfied
    Toward earthly beauty in all forms it wore,
Not death itself shall utterly divide
    From the belovèd shapes it thirsted for.
Alas, how many an adept for whose arms
    Life held delicious offerings perished here,
How many in the prime of all that charms,
    Crowned with all gifts that conquer and endear!
Honor them not so much with tears and flowers,
    But you with whom the sweet fulfilment lies,
Where in the anguish of atrocious hours
    Turned their last thoughts and closed their dying eyes,
Rather when music on bright gatherings lays
    Its tender spell, and joy is uppermost,
Be mindful of the men they were, and raise
    Your glasses to them in one silent toast.
Drink to them—amorous of dear Earth as well,
    They asked no tribute lovelier than this—
And in the wine that ripened where they fell,
    Oh, frame your lips as though it were a kiss.
On trouve en ligne cette traduction en vers des deux premiers quatrains :

I  Dans les joyeuses fêtes, dans les réunions heureuses,
Quand les joues sont colorées et les verres dorés et perlés
Avec le doux vin de France qui concentre
Les rayons du soleil et la beauté du monde,

II  Buvez quelquefois, vous dont les pas peuvent encore fouler
Les calmes, délicieux chemins de la Terre,
À ceux dont le sang, versé dans un pieux devoir,
Sanctifie le sol où ce même vin est né.

En voici une autre, en prose, trouvée sur le site Médecins de la Grande Guerre  du Dr Patrick Loodts (traduction Bernard Léguiller)

livreleguiller

Biographie, carnets de guerre et poèmes. Alan Seeger, traduit de l’anglais par Bernard Léguiller. Editions la Vague Verte, 80430 Inval-Boiron

Dans les joyeux banquets, dans les heureuses fêtes, quand les joues seront empourprées et que les verres seront pleins des perles dorées du doux vin de France, où se concentrent les rayons du soleil et la splendeur du monde,

       Buvez quelquefois, vous dont les pas pourront encore fouler les sombres et délicieux sentiers de la terre, buvez à la mémoire de ceux qui, pour un pieux devoir, ont versé leur sang, sanctifiant le sol où ce même vin naquit.

       Là, étendus par de dévoués camarades, ils sommeillent le long de nos lignes, à l’endroit où ils sont tombés, à côté du cratère de la Ferme d’Alger et en haut des coteaux sanglants de la Pompelle,

       Et autour de la vine et de la cathédrale dont les ennemis de la Beauté osèrent profaner les tours, dans le tapis de fleurs multicolores qui revêt les champs crayeux et ensoleillés de la Champagne.

       Sous chacune des petites croix érigées, repose le soldat.

       Obscurément sacrifié, sa tombe sans nom, nue, sans sculpture, sans dédicace poétique, sera empourprée par l’Eté de coquelicots en fleurs et l’automne la jaunira de vignes mûrissantes.

       Là, les vendangeurs en faisant la récolte, marcheront plus légèrement, et en chargeant leurs plateaux d’osier, ils béniront sa mémoire tandis qu’ils chanteront en accomplissant leur dur labeur … sous les rayons obliques du soleil d’octobre …

       Combien j’aime à penser que si mon sang est assez privilégié pour imprégner cette terre où le sien pénétra, je ne disparaîtrai point entièrement, mais quand les banquets s’animeront aux bruits des voix, quand on boira en portant des toasts,

       Et que les faces illuminées par la joie de vivre seront rendues plus radieuses par les rires et la bonne chère, des coupes étincelantes un atome de mon être s’élancera vers les lèvres que j’ai tant aimées.

       Ainsi, un être qui n’aura pas convoité l’idéal plus haut que celui incarné, coloré, vivifié par la nature. même, de la tombe s’élèvera pour atteindre les rêves chéris de sa jeunesse, ces rêves qu’il ne réalisa pas et qu’il aurait pu vivre.

       Hélas ! combien périrent ici, à qui la vie réservait de délicieux présents ; combien, dans toute la vigueur et le charme de leur jeunesse couronnée de tous les dons qui conquièrent et séduisent !

       Honorez-les non pas tellement avec des larmes et des fleurs ! Mais vous, avec qui est restée la douce réalisation de leurs rêves, vous vers qui, dans l’angoisse des heures atroces se tournèrent leurs dernières pensées quand leurs yeux mourants se fermaient,

       Rappelez-cous quels hommes ils furent ; et quand vous êtes sous le tendre charme de la musique ou parmi une brillante assistance animée de la joie la plus vive, levez vos verres à leur mémoire dans un toast silencieux.

Buvez à eux, – pleins d’amour pour la Terre chérie ! Ils ne demandent pas de plus éloquent témoignage de tendresse, et, dans le jus de la vigne qui a mûri à l’endroit même où ils tombèrent, oh ! trempez vos lèvres comme si vous leur donniez un baiser.

Alan Seeger

Volontaire américain, mort pour la France

plaquette

Baptiste W.Hamon chante « la ballade d’Alan Seeger », chanson qu’on peut écouter par exemple sur Spotify.

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