En Champagne

Aborder la Champagne par la Marne, c’est plus prudent à vélo, mais on ne peut rester longtemps loin des côtes. Descendant de Châtillon/Marne,village perché,

grandegrappeachatillonvers le bord de  Marne où reposent 2671 Français connus ou inconnus, morts pour la France en 14-18.

La longeant, on trouve vite, au pied de la Montagne de Reims,  Cumières, village champenois classé 1er cru.

champagnecumieres

Quelques murs peints annoncent la couleur

murspeints

Le long de la Marne, un parcours pédagogique

signaletique

décrit les différents moments de la viticulture et de la vinification.

Tout ça pour ça !

La route grimpe jusqu’à Hautvillers, haut lieu du Champagne où reposent Don Perignon et le Sieur Ruynart

vuedhautvilers

mais la vue est belle. Que de belles enseignes aussi (voir aussi celles d’Anne Landois-Favret).

enseigne

tableaucarreauxahautvilers

Est-on encore à Hautvillers ou déjà à Aÿ ?

enseignecoop

En descendant vers Aÿ, où on peut pas ne pas évoquer l’ami Etienne, de l’illustre maison Gosset.

maisongossetepernayC’est aussi le pays de René Lalique.

laboromniovincitle travail acharné vient à bout de tout.

A Epernay, au ras des lignes de chemin de fer, la tour de Castellane témoigne des splendeurs passées

tourcastellaneaepernay

où les bouteilles étaient exportées dans le monde entier.

champagnedecastellane

En route vers la côte des blancs : Avize, Cramant, Le Mesnil sur Oger…

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Arrivant à Cramant, on découvre cette bouteille gigantesque (plus de 8m de haut), réalisée pour une fête en 1974

bouteillecramant

et cette fresque célébrant la méthode champenoise : remuage, dégorgement…

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Un poème, dont on remarquera l’acrostiche (on peut lire verticalement le nom de CRAMANT), nous attend. Il rappellera peut-être aux lettrés cette fable d’Adine Joliveau de Segrais où une Rose se plaignait aussi à Jupin

poemecramant

jLes villages se succèdent sur la côte, jusqu’à Vertus où sont le tavernes ! Ce jeune vendangeur y séjourne.

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Mais il ne faut pas s’en tenir là et gravir le mont Aimé qui culmine à 240 m. Vue imprenable !

Mont_Aimé

NB : quelques bonnes adresses le long de la Marne

Sylvain Suty à Dormans : très bonne table dans un cadre simple (ne pas manquer les « Pieds de porc désossés croustillants de chez Sam sur sa salade »)

l’Atelier by Patrick Baillet à Aÿ : au départ c’est une pâtisserie, mais on y propose aussi des bons petits plats en verrines, excellents pour une pause déjeuner.

Renversant

 » Renversant, quand art et design s’emparent du verre « ,  cette exposition en cours à  la Cité du Vin de Bordeaux (et jusqu’à fin juin) nous ramène à la mémoire Matali Crasset, découverte il y une dizaine d’années chez Artcurial, et associée à cette exposition. Manifestement le travail du verre et du cristal à de nombreux adeptes. En voici quelques exemples.

Anthony Duchêne présente ses verres à nez, plus pratiques pour humer que pour boire!

Achille Castiglioni propose ses verres paro  en cristal soufflé (1983)

verresparo

Pratique pour passer du blanc au rouge, mais attention les taches !

On en dira de même de ces équilibres d’Alain Villechange

equilibre

Voici un ingénieux dispositif pour déguster hygiéniquement à plusieurs.

dispositif

Hubert Legall présente son calendrier de verre adapté à la vigne, sur 4 mois : janvier, avril, juillet et septembre

calendrier

On peut passer du temps à chercher quel motif correspond à quel mois…

Nicolas Boulard présente cette palette de 1000 magnums Romanée Conti 1946

palette

(millésime inexistant because le phylloxera)

et ces « fragments » d’une bouteille reconstituée après qu’elle a été explosée au… .Magnum ?

fragment

Sa « diagonale du fou » est un tube de néon empli d’un mélange de vins d’alsace et du pays basque.

tubepalettefragment

Voici maintenant une bouteille de Klein (objet ne présentant qu’une seule surface) qui représente un tube digestif

bouteilledigestifdeklein

et une bouteille arborescente
bouteillearborescenteCette carafe-ci, dûe à Francoise Quardon, est dite « crâneuse » (2014)

carafecraneuse

On ne peut pas ignorer « Ariane et Bacchus » de Bouke de Vries (2014)

arianetbacchus

mais la métaphore est bien elliptique. Et d’abord, qui est qui ?

Le tchèque Arik Levy accroche ses bouteilles colorées

bouteillescolorées  Ces tours de Penzo+Fiore (2017)sont un assemblage « ready-made »

toursdepenzoetfiore

Comment tout ça tient-il debout ? Et combien de cassés pour cet accomplissement ?

Finissons avec cet appareil à sous qui permet d’illuminer ce qui s’apparente au Saint Graal.

graal

 

mucha

On connait surtout Alfons Mucha pour ses affiches art nouveau. On en découvrira d’autres facettes à l’exposition en cours au Musée du Luxembourg.

On peut y voir ces publicités pour les champagnes Moët et Chandon (Dry Imperial, 1899) et Ruinart (1896)

Voici aussi l’automne (série les saisons 1896)

Ces bouteilles vendues sur place montrent que le marketing fait flèche de tout bois !

 

la dame de pique

Voici encore un opéra plutôt dramatique où l’on trouve une chanson à boire. C’est à 2h32 mn sur la version jouée au Bolchoi en 1982, et ça ne dure que deux minutes !

Buvons, amusons nous, mettons notre vie en jeu,

La jeunesse est fugace, et la vieillesse ne tarde guère

Noyons notre jeunesse dans le vin, les cartes et l’amour

Ce sont les seules joies du monde, la vie s’enfuit comme un rêve !

Heureux comme un violoniste

Gérard de la Nuit, de son vrai nom Gerrit van Honthorst, est originaire d’Utrecht et a vécu dans les années 1600.

Peintre, nous lui devons quelques joyeux violonistes qui semblent nous dire que musique et vin vont bien ensemble (vers 1624).

Celui-ci ornait le programme du dernier chapitre des échansons de France et son menu « vin et musique ».

  Celui-là est à Madrid (Musée Thyssen-Bornemisza)Et ce dernier tient un verre d’une hauteur inhabituelle. Il est à L’Ermitage de Saint-Petersbourg.Et voici un concert (1623, National Gallery of Art, Washington DC)

Saint-Vincents d’Ile de France

Voici revenue la Saint-Vincent, que l’on fête dans tous les pays de vigne et notamment en Ile de France. A chaque Confrérie sa statue du patron pourrait-on dire.

La Confrérie du Clos de Clamart s’y prépare, avec cette statue en zinc réalisée sur commande par notre confrère Jean Dessirier, et pour laquelle une souscription est en cours.

statuesvVoici celles que l’on a pu voir à Rueil

saintvincentblanc

saintvincentboisoù les festivités ont commencé le samedi 21 janvier à l’hôtel Renaissance (ex résidence de Marcel Boussac et avant lui du fondateur de l’hippodrome de Saint-Cloud attenant Edmond Blanc ) avec la République de Buzenval où la tradition est de « tourner » avec Suresnes.

2gmles grands-maîtres de Suresnes Axel Brücker et de Rueil-Buzenval Jean-Pierre Didrit

Les participants (parmi lesquels la République de Montmartre, les Confréries du Clos de Clamart et des Gaubregeux goûteurs de Tête de veau)

tetesdeveauont pu assister à l’intronisation de Charles Dumont, éminent auteur-compositeur-interprète dont les fans entonnent encore avec émotion son « quand les amants » qu’il composa et chanta avec Edith Piaf.

introchdPas sectaire, le patron de La Coordination des Confréries d’Ile de France, Ruben Martinovsky, était là et en profita pour se faire aussi introniser.

introruben(L’occasion nous était donnée de goûter les vins locaux : nous donnons une petite préférence au vin de Suresnes, plus tonique, sur celui de Rueil, bien agréable tout de même)

C’est un trio animé par le chef  Michel Lefèvre (à droite sur la photo) qui anima la soirée.

orchestrelefevreLe lendemain c’est à Yerres que se déroulait la Saint-Vincent de Cocorico, en présence de pas moins de vingt-quatre Confréries.

Il y fut annoncé le résultat du concours des vins 2015. Furent décernées des médailles d’or (Sucy-en-Brie en blanc et Gagny en rouge) d’argent (Issy-les-Mx en blanc et le clos de Bréon de Coubron en rouge) et de bronze (Marolles-en-Brie en blanc)).

prix-jury-roseSeul rosé en compétition, le Clos de Clamart  reçut le prix du jury : « belle couleur, fruité, sans défaut, très bon pour un vin fait par des amateurs » nous  a résumé le Président du Jury Michel Boulay.

Enfin dimanche 29 janvier, déphasé comme à l’habitude, ce fut le chapitre des Echansons de France où le Souffle de Bacchus, dont c’était les dix ans, donna, sous la direction de Marie-Françoise Bourdot,

mfune sérénade où la place de notre maître Jacques Offenbach était belle avec des airs de Pomme d’Api (« Versez ! ») des Brigands (« les fourneaux sont allumés« ) et de la Vie Parisienne (« Soupons ! »)

atable(Le Souffle de Bacchus, 3ème mi-temps ; on reconnaîtra au fond de cette tablée, debout, la grande ordonnatrice du dîner, Monique Josse.)

Décernons nous aussi une médaille d’or, au Souper qui suivit dans les caves du caveau des Echansons, pour son menu fin cuisiné sur place, ses  vins choisis : ballet d’octobre moëlleux 2014 de Cauhapé, créneaux de Pauillac, champagne Claude Josse (mais si !)… et ses entremets musicaux choisis par la chef de choeur (ci-dessous en pleine concentration):

concentrationdansons ! buvons ! (et foin de la chaste Minerve) de la Belle Hélène, Gris, je suis gris des mousquetaires au couvent que nous connaissons bien, mais également l’Air du menu de Fleurette, et l’air de Pausanias d’une Education manquée d’Emmanuel Chabrier.

Ce vin généreux
J’en ai pris d’abord un verre,
Après j’en ai pris deux,
Mais quand je bois ça m’altère !
Et voilà, je crois
Voilà pourquoi j’ai poussé jusqu’à trois !

Eh ! bon, bon, bon, bon, bon, bon qu’il était bon
Le petit Roussillon, Qu’il était bon !

Eh ! Bon, bon, bon, Qu’il était bon !
Ah ! qu’il était bon, Ce petit gueux de Roussillon

Mais rester à trois ce n’est vraiment pas un compte,
Il eut été discourtois,
A de si bon, si bon vin faire honte ! Voilà ce qui fait,

Qu’au douzième j’étais complet.

le débat de la vigne et du laboureur

Ce débat-là eut lieu il y a 500 ans au bas mot. C’est un certain Guillot qui l’a « rapporté » .  Au 19ème siècele, Anatole de Montaiglon l’a mis en recueil parmi d’autres poésies françoises « morales, facétieuses, historiques » des XVème et XVIème siècles. On peut le lire en ligne là.

C’est un débat classique. Le laboureur reproche à la vigne la dureté des travaux et les aléas de la production. La vigne lui reproche son impiété et son inconstance. Et à la fin c’est la vigne qui gagne !

C’est le laboureur qui commence les hostilités :

« Viens ça, vieille torte, boiteuse…
Ton vin ne vaut pas la servoise…
Car il est de si mauvais goust…
Que c’est pur vers-jus de ton moust…
Tous les ans provigner te fault
Nettoyer et mettre echalatz
Tailler et lier et bas et hault
Tant que souventes fois suis las….

Sur quoi la vigne riposte :

Laboureur tu te plains à tort…
Se je porte du vin friant
Tu en bois autant qu’on t’en livre…
Quand tu en as trop beu tu jures…
Se Dieu te punit c’est rayson…
Se chargée suis de bon raisin
Bien meurs, doux et délicieux
Tu en feras plusieurs bons vins
Plaisans, frians et savoureux

Et c’est elle qui aura le dernier mot :

Prendre fault le temps comme il vient
Sans en faire autre mention
Se quelqu’adversité survient
louons Dieu de bonne affection…

Dans le même recueil on trouve cette curieuse recette pour guérir les ivrognes  :

Se pour trop boire le lendemain
Vous tremble teste bras ou main
Avoir vous fault sans contredit
Du poil du chien qui vous mordit

On y trouve aussi le Serment fort joyeux de saint Raisin, qui reprend à sa façon la prescription de Caton :

Hoc bibe quot possis, Si vivere sanus tu vis

(Bois ce que tu peux, si tu veux vivre en bonne santé ; toute l’ambigüité est dans ce « peux » , qui peut vouloir dire ce « ce que tu peux supporter » -sans doute le sens qu’y met Caton, mais « bois tant que tu peux à planté » c’est à dire à satiété, « plenty » dirait-on en anglais, pour l’auteur de ce serment fort joyeux). Et il précise :

On ne fera ja grande chere / Qui n’aura de vin grant rivière…

Premierement beuvez matin / contre colle, contre frimatz

Boire au matin fait clère voix

Et de mettre à contribution Nostre Seigneur (Buvez du vin tous du meilleur/ ainsi que fit Nostre Seigneur), Saint-Martin (à laquelle feste on boict vin) et la doulce Vierge honneste (qu’elle vueille encore prier/ que vin nous veuille envoyer/ a grande largesse d’habondance/ par tout le royzume de France)

Dans un autre volume l’églogue sur le retour de Bacchus, de Calvi de La Fontaine, nous conte une dramatique histoire. Nous la rapporterons quelque jour.