En vadrouille à Versailles

On imagine difficilement à quoi pouvait ressembler Versailles à l’époque du Roi-Soleil. Il y a le château certes, et ses somptueux jardins. Mais regardons de l’autre côté. Face aux château deux grands bâtiments semblables construits par Mansard abritaient les Ecuries du Roi et les milliers de chevaux de selle (logés avec leurs écuyers et palefreniers aux grandes Ecuries) , et ceux de trait, avec les carrosses et berlines, logés aux petites Ecuries.

lesecuriesdeversailles

Ce dernier bâtiment ( au fond à droite sur le tableau) abrite aujourd’hui la galerie des sculptures et des moulages qui recèle une impressionnante collection de statues en marbre, retirées des jardins ou elles étaient en proie à l’érosion, et restaurées, et de moulages dits aussi tirages en plâtre. Voici quelques specimens intéressant le bon clos.

fauneencage
faune de Jacques Houzeau (marbre, vers 1687)
bacchante
bacchante de l’arlésien Jean Dedieu (marbre, 1686)
bacchusditlautomne
bacchus dit aussi l’automne de Jean Degoullons et Jean Raon (marbre, 1687-93)
2dionysos
Dionysos dit de Richelieu (4ème s. av. JC, à droite), et Dionysos romain -villa Albani-, 2ème s. av. J.C. )

Evidemment Versailles recèle bien d’autres merveilles, qu’on découvre au hasard des promenades. Comme ce bassin de Bacchus, où le dieu est entouré de 4 satyres (plomb, vers 1673, frères Marsy).

bassinbacchus

C’est bien simple, dans les jardins de Versailles, il y a des Bacchus partout ! André La Nôtre en a fait un recensement, voir son article « Bacchus : mythe et représentation dans les jardins de Versailles » : on pourra le voir rampe Nord, allée d’Apollon, sur le parterre du bassin d’Apollon, sur le Corps Central, allée sud du Bassin d’Apollon, bosquet de la Girandole…

Celui-là, adressé par Laura, une amie du clos, s’est semble-t-il mis à l’abri dans les couloirs du château.

bacchuschateau
Bacchus ou l’Automne, de Thomas Regnaudin

 

 

 

 

le retour d’ulysse

On jouait ces jours-ci le retour d’Ulysse, d’Hervé, au théâtre Marigny Studio. L’ami François des terres d’Auvergne nous a fait savoir qu’il s’y trouve un air qui nous concerne. Bien vu ! Et merci au Palazetto Bru Zane qui rejoue cette bouffonnerie musicale.

https://www.theatremarigny.fr/spectacle/les-bouffes-de-bru-zane-mars/

Résumons l’affaire bien connue.
Pénélope a peur de faillir, elle se sent tressaillir et sent son sang bouillir quand un amant (Coqcigru) vient l’assaillir !
Mais voici Ulysse qui revient et que chacun palisse !
Dzing badaboum badaboum boum boum !
Et Coqcigru qui a mérité la corde et la potence pour sa témérité n’a plus qu’à se lamenter :

Tic et toc tintin
Noyons dans le vin
La mélancolie
Et que la folie
Succède soudain
A tout noir chagrin
Bouteille jolie
A toi mon refrain

Vous qui voulez le premier rang
Rimeurs courant après la gloire
C’est le vin qui rend éloquent
Le vrai talent consiste à boire
Qu’un tonneau soit votre sujet
Prenez un robinet pour lyre
Car les verres au cabaret
Sont meilleurs à vider qu’à lire

Et Pénélope de rétorquer

Que faut-il pour fuire le chagrin ?
Mettre un tonneau de vin en perce…

Voici une version diffusée par la RTF en 1956 (Orchestre lyrique de la RTF sous la direction de Marcel CARIVEN, avec Denise DUVAL : Pénélope, Jean GIRAUDEAU : Ulysse, et Joseph PEYRON : Coqcigru)

Et, merci à Gallica, voici la partoche des couplets de Coqcigru : RetourdUlyssecoupletscoqcigru

Autour de Meknès

Nous n’avions guère trouvé de quoi nous mettre sous la langue à Marrakech, aurions nous plus de chance dans le Nord du Maroc ?

L’Histoire y a vu la vigne et l’amour du vin prospérer, comme en témoignent ces mosaïques de l’antique cité romaine de Volubilis, à quelques lieues de Meknès.

Bacchus découvrant Ariane endormie

Dionysos et les 4 Saisons

Quant au présent, on ne se fait guère d’illusion dans un pays qui bannit vin et alcool, aussi a-t-on le droit d’être surpris en découvrant ce vénérable cep dont le tour doit bien faire un mètre dans un fondouk de Meknès.A Moulay-Idriss, cité sainte, on sera aussi surpris de découvrir cette treille

qui donne du raisin !

Des vignobles, il y en a tout de même, mais ils se font très discrets cachés derrière des haies.

Celui-ci pratique l’arrosagele vignoble CASTEL, sur la route de Fes

Quant aux vins, outre les classiques Boulaouane et Guerrouane que l’on trouve chez nos bons couscous, on en trouve de plaisants comme ce Médaillon rouge (du pur cabernet, le 2012 serait  un des cent meilleurs vins du monde d’après Wine Enthusiast), bu dans une bonne table de Rabat (Le Petit Beur pour ne pas le nommer).

 

Bacchus et Erigone

Nous avons déjà rencontrés Erigone et Bacchus, tendrement enlacés dans une peinture d’Octave Tassaert.Erigone était la fille d’Icarios, roi d’Attique, à qui Bacchus  avait enseigné la culture de la vigne et la fabrication du vin. Il la séduisit en prenant l’apparence d’une grappe de raisin. Destin funeste, le roi invita à boire avec lui des bergers qui, ivres, le tuèrent. Erigone, désespérée, se pendit au-dessus de sa tombe et Bacchus la changea alors en constellation de la Vierge.

Voici un dessin du pastelliste Jacques-Philippe Caresme (1734-1796)et une peinture de François Boucher (1745)

A ne pas confondre avec Francois Bouchot (1800-1842) dont voici la version

Vers la même époque Léonor Mérimée (1757-1836, le père de Prosper) peignit ce gracieux tableau plein de vie

Celui-ci, plus ancien ( Bertholet Flemal (17ème) semble raconter la fin de l’histoire,

Très pudique la version de Simon Vouet (début 17ème, dite aussi l’automne)

Le mythe d’Erigone inspira aussi musiciens et chorégraphes. Un ballet (de Jean Joseph Cassanea de Mondonville, livret Le clerc de la Bruère)  fut ainsi joué à la cour de Louis XV en 1747 (Madame de Pompadour était Erigone..). Il fut ensuite intégré comme acte 2 dans les fêtes de Paphos.

On remercie l’université Harvard d’en avoir mis une interprétation en ligne.

Voici l’argument :

Érigone se lamente ( dieu des amans recois les voeux d’un coeur tendre qui t’implore, mets ta flamme dans mes yeux pour triompher du héros que j’adore) : Bacchus ne lui rend pas l’amour qu’elle lui porte. Mercure vient la rassurer : Jupiter souhaite son mariage avec Bacchus. Il lui conseille de séduire Bacchus en réunissant les Plaisirs. On entend les Sylvains approcher pour célébrer Bacchus. Mercure veut rester seul avec ce dernier. Bacchus arrive sur un char tiré par les Sylvains. Comus et les Plaisirs l’accueillent. Mais Bacchus ne cherche que le repos. Bacchus confie à Mercure que sa gloire ne le satisfait pas. Mercure et Comus vantent les mérites d’une enchanteresse dont on aperçoit le palais. Érigone apparaît, richement parée et accompagnée de ses Nymphes. Bacchus s’enflamme pour celle qui a les charmes de Vénus et les traits de l’Amour. Érigone est celle que Bacchus recherchait pour connaître le bonheur. Bacchus appelle Ménades et Sylvains à célébrer le triomphe de l’Amour. Ballet.

Une version de concert a été jouée à Versailles en 1996 par le choeur Accentus et les Talens Lyriques.

 

Ariane consolée par Bacchus

C’est un thème régulièrement rencontré (on se souvient de la grande fresque vue à l’expo Pompei, des tableaux de Titien et de Breughel…), qui revient avec cette exquise cantate de François Couperin dénichée par Christophe Rousset et interprétée par le baryton Stéphane Degout et les Talens Lyriques.

cdcouperinAriane en cette langueur allait finir son destin déplorable, lorsqu’une main secourable verse en sa bouche une douce liqueur qui rappelle  ses sens et ravive son coeur.
Elle ouvre un oeil mourant mais quel objet l’étonne ? Elle voit à ses genoux un dieu jeune et charmant que le pampre couronne.  Il a la coupe en main les yeux brillants et doux.
L’Amour l’avait instruit du sort de la princesse, et vers ce lieu fatal avait conduit ses pas.
Buvez, lui disait-il, que votre douleur cesse, Bacchus vient secourir et venger vos appâts.
Pouvez vous pleurer un barbare ? Vous méritez un sort plus doux.
Ariane que perdez vous que ma tendresse ne répare ? Bacchus de vos chaines content vous jure une ardeur éternelle.
Un dieu soumis tendre et fidèle ou bien un mortel inconstant ?
Chantons sans fin le dieu du vin !

On peut l’écouter sur deezer.

Voila qui nous amène à découvrir d’autres illustrations du thème, comme celle de Michel Pignolet de Monteclair (1667-1737), avec ici, la mezzo-soprano Ashlee Bickley en Floride

et, dans un tout autre genre, à découvrir  Bacchus et Ariane d’Albert Roussel  (ballet 1931). Ci-dessous la 2ème suite.

On en profite pour attirer l’attention sur l’ensemble chronochromie de Jean-Michel Hasler où Bacchus, revenant d’Inde, s’exprime avec un instrument indien.

et l’on terminera ce concert avec la chaconne de Marin Marais

Des dessins à Sceaux

Voici quelques dessins vus au château de Sceaux où s’exposent des chefs-d’oeuvre du musée de Besançon.

afficheCelui-ci, dessin à la pierre noire de Nicolas Chaperon (1612-1655) est intitulé l’Alliance de Vénus et de Bacchus, mais il pourrait s’agir aussi de Bacchus et Aura. .

alliancedebacchusetvenusIl en a été tiré un tableau

alliancetableauchaperon Cet autre dessin représente Bacchus et Midas à la source du Pactole (vers 1640)

bacchusetmidasalasourcedupactole(le mythe de Midas, qui dut se baigner dans le Pactole pour se débarrasser d’un don gênant, est très bien conté )

Nous sommes déjà venus au château de Sceaux qui recèle de superbes faïences, mais ne connaissions pas les scènes champêtres  (Pêche, Chasse, Fruits, Vendanges) de Théodore Caruelle d’Aligny

Ci-dessous : les vendangesvendanges