Chez les Chevaliers de Méduse

Ce samedi 2 juillet se tenait à l’Oenothèque de Bandol le chapitre de juillet de l’Ordre Illustre des Chevaliers de Méduse.

Au cours de ce chapitre a été inauguré une exposition sur l’histoire des confréries bachiques dont on pourra lire une relation sur le site de la FICB.

Cette confrérie, dont l’histoire remonte aux temps anciens (elle fut fondée vers 1690), fut dissoute comme les autres à la Révolution. Elle renaquit en 1951, et depuis lors s’emploie à promouvoir les vins de Provence: Bandol, Cassis, Palette, Côtes de Provence, Côteaux varois en Provence, Bellet…

C’est une société « bachique, badine et facétieuse » ; mais aussi « solidaire, chantante et littéraire »…  

Par convention locale, on n’y boit pas, on y lampe ; dans un verre ? non dans, une lampe ; du vin ? et non, de l’huile… Les membres sont des frères et soeurs et le tutoiement est de rigueur.

En effet, lamper, c’est éclairer son esprit ; l’huile versée dans la lampe fait rayonner la flamme sacrée, symbole de l’esprit, de la connaissance et du coeur.

Le Grand-Maître Jean-Pierre Boyer a ce jour-là intronisé trois impétrants, parrainés par le Grand Argentier Georges Romeo : M. Marc Bayle, conseiller municipal de Bandol, ancien préfet, féru d’histoire ; Mme Mary Kirk, franco-américaine, sommelière, organisatrice de voyages orientés vins en Champagne et Ile de France ; et Alan Bryden, le Président de la FICB.

C’est en lampant une huile rosée du domaine de Ray-Jane (Bandol 2020) apportée par le frère Alain Constant que les trois nouveaux Chevaliers ont scellé leur entrée dans l’Ordre Illustre. Le cérémonial suit la règle ordonnée par le Grand Cellérier :

Lampe en main

Lampe allumée

Portons la à hauteur de nos yeux

Et après avoir invoqué notre mère Méduse

Lampons !

et finit avec la formule latine Oleo et Lampade Medusa Gaudet, à laquelle on répond :

Laetificat ! Petrificando !

Alleluia ! Alleluia !

L’expo nous apprend que l’Ordre Illustre a été créé à Marseille par le Sieur Hurault, marquis de Vibraye, (il devrait s’agir d’Henri-Emmanuel 1638-1708 ?),

au sein d’un cercle d’officiers de la Marine Royale. Pourquoi Méduse ? le vin, tout comme Méduse, a la capacité de rendre ses trop fervents admirateurs aussi immobiles que la pierre…

Cette « Société de buveurs » a été ensuite développée par Jean-Louis Girardin de Vauvré, Intendant du port de Toulon de 1680 à 1716 qui l’implanta un peu partout en France, notamment dans les ports.

Jean-Louis Girardin de Vauvré

Il passe pour avoir rédigé les agréables divertissemens de la table, ou les règlemens de l’illustre société des frères et soeurs de l’ordre de Méduse,

en collaboration avec des hommes de lettres (parmi lesquels il faut citer Jacques Vergier, poète reconnu par les grands de son temps, un temps chancelier de l’Ordre).

On peut y découvrir les curieux statuts et rituels de cette Société dont le principal objectif était de permettre à ses membres, dont de nombreux officiers de marine, qui devaient être « catholiques, de bonnes moeurs, point médisants, blasphémateurs ni ivrognes », de « profiter des douceurs de la vie au cours d’abondants festins bien arrosés, au sein d’une compagnie joyeuse, cultivée et agréable« , mais qui avait aussi pour but de porter assistance à ses membres, notamment pour payer les rançons de ceux « tombés en captivité aux mains des infidèles ».

On y trouvera aussi maintes chansons, épigrammes et épîtres composés par les « frères et soeurs » :

Heureux mortels que votre sort est beau !

Sans redouter les maux que cause l’Eau,

Lampez bonne huile au gré de votre envie

Et vous goûtez la véritable vie.

Voici quelques vers bien plaisants de Jacques Vergier (1699):

Cher voisin, que j’aime à voir ta face !
De Vénus, les beautés elle efface :
On voit sur ton nez la carte d’un ivrogne
Je parcours dans ta riante trogne
Tous les cantons de Champagne et Bourgogne

Buvons pour célébrer ta gloire.
Ah ! Quelqu’un peut-il te voir
Sans en concevoir
Un pressant désir de boire ?

Aubrey Beardsley

C’est un grand dessinateur britanique qui est actuellement à l’honneur au Musée d’Orsay. Il vécut brièvement, connaissant cinq années de succès (1893-97) avant de mourir prématurément de la tuberculose. Il est vu comme un précurseur de l’art nouveau.

Beardsley vers 1895

D’un style unique, élégant, très reconnaissable, il a illustré en noir et blanc recueils de poésies et pièces de théâtre, scandalisant souvent la bonne société victorienne. Voici une couverture du Yellow Book, revue de poésie et de dessins qu’il avait fondée.

Voici quelques autres images rapportées pour les lecteurs du Bon Clos. Ci-dessous Oscar Wilde en Bacchus.

Oscar Wilde en Bacchus

Oscar Wilde, rencontré chez le peintre préraphaélite Burne-Jones, l’avait encouragé à étudier à la Westminster School of Art. Beardsley illustra sa scandaleuse Salomé, censurée en Angleterre.

Cette « fat woman » attablée devant sa bouteille serait l’épouse du peintre James Whistler.

Touchante scène, avec un faune faisant la lecture à une jeune personne.

Voici une scène de vendanges un peu olé-olé..

A snare of vintage, dessin non publié

Ces personnages illustrent l’Histoire Véritable, un récit de voyage imaginaire de Lucien (de Samosate, 2ème siècle(sic) dont la première étape est une ile aux vignes magiques. Une histoire à raconter un jour…

Le fruit de la vigne est souvent représenté, comme ci-dessous avec ces majestueux porteurs et cette adulatrice.

Beardsley mourut à 25 ans à Menton, où il se soignait. Converti au catholicisme, il ordonna qu’on brûlât ses oeuvres licencieuses. Mais son éditeur n’en fit rien. Qui s ‘en plaindra ?

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Ne quittons pas le Musée d’Orsay sans jeter un coup d’oeil à l’exposition Léon Spilliaert, un flamand un peu inquiétant qui vécut à la même époque.

Un personnage féminin apporte une grappe de raisin à un homme au lit. Pourquoi ? Que va-t-il se passer ?

Les naïfs lèvent le coude

Très belle exposition que celle que l’on peut voir ces temps-ci au Musée Maillol, intitulée « du Douanier Rousseau à Séraphine ».

affiche

On peut y voir des oeuvres de peintres découverts par Dina Vierny,

Dina1943Maillolmodèle, muse du sculpteur, puis galeriste, collectionneuse et fondatrice du Musée Maillol.

Plusieurs rendent hommage au vin comme cette nature morte aux huîtres de Jean Eve (1941)

3bouteillesjeaneve

ou celle-la de René Rimbert, parfois qualifié de primitif moderne

bouteillerimbert

Voici aussi le Bourgogne associé au homard avec Camille Bombois

bouteillesbombois

On ne saura pas quel vin est dans ces bouteilles représentées par Louis Vivin, elles sont sans étiquette…

bouteilleslouisvivin

… non plus que celle-ci accompagnant « la carpe » de Ferdinand Desnos (cousin du poète).

lacarpedesnos

 

Hommage à Hokusai

Au Japon, on sait fêter les anniversaires !

kakemono

A l’occasion du 170ème anniversaire de la mort d’Hokusai, 300 artistes japonais ont réalisé des tableaux dont il a été fait autant d’étiquettes pour habiller des bouteilles du Château Labastidié, ce « petit Gaillac » bien connu des amis du Musée du Vin de Paris. L’affaire y a été célébrée vendredi en ce lieu, avec la présentation des bouteilles

et l’intronisation de M. Masamichi Shichi, PDG d’ Y.Y. Communications qui pilote de cette opération.

ShichiBienvenue à ce nouvel Echanson, ami du vin et promoteur des arts et de la poésie !

12 artistes japonais qui avaient fait le déplacement ont été nominés ambassadeurs bénévoles de l’art franco-japonais du vin.

Ci-dessous, Sayoko Kunishi dont l’oeuvre représente une grappe de raisin.

Outre les bouteilles de saké généreuses offertes, le Grand-Maître Claude Josse s’est vu remettre un savon sculpté

(fruit de l’insomnie d’une artiste, Nobue Ito) et un éventail (ci-dessous Shogetsu Murakami) !

ShogetsuMURAKAMI

Amis nippons, bravo, et merci !

 

 

 

Renversant

 » Renversant, quand art et design s’emparent du verre « ,  cette exposition en cours à  la Cité du Vin de Bordeaux (et jusqu’à fin juin) nous ramène à la mémoire Matali Crasset, découverte il y une dizaine d’années chez Artcurial, et associée à cette exposition. Manifestement le travail du verre et du cristal à de nombreux adeptes. En voici quelques exemples.

Anthony Duchêne présente ses verres à nez, plus pratiques pour humer que pour boire!

Achille Castiglioni propose ses verres paro  en cristal soufflé (1983)

verresparo

Pratique pour passer du blanc au rouge, mais attention les taches !

On en dira de même de ces équilibres d’Alain Villechange

equilibre

Voici un ingénieux dispositif pour déguster hygiéniquement à plusieurs.

dispositif

Hubert Legall présente son calendrier de verre adapté à la vigne, sur 4 mois : janvier, avril, juillet et septembre

calendrier

On peut passer du temps à chercher quel motif correspond à quel mois…

Nicolas Boulard présente cette palette de 1000 magnums Romanée Conti 1946

palette

(millésime inexistant because le phylloxera)

et ces « fragments » d’une bouteille reconstituée après qu’elle a été explosée au… .Magnum ?

fragment

Sa « diagonale du fou » est un tube de néon empli d’un mélange de vins d’alsace et du pays basque.

tubepalettefragment

Voici maintenant une bouteille de Klein (objet ne présentant qu’une seule surface) qui représente un tube digestif

bouteilledigestifdeklein

et une bouteille arborescente
bouteillearborescenteCette carafe-ci, dûe à Francoise Quardon, est dite « crâneuse » (2014)

carafecraneuse

On ne peut pas ignorer « Ariane et Bacchus » de Bouke de Vries (2014)

arianetbacchus

mais la métaphore est bien elliptique. Et d’abord, qui est qui ?

Le tchèque Arik Levy accroche ses bouteilles colorées

bouteillescolorées  Ces tours de Penzo+Fiore (2017)sont un assemblage « ready-made »

toursdepenzoetfiore

Comment tout ça tient-il debout ? Et combien de cassés pour cet accomplissement ?

Finissons avec cet appareil à sous qui permet d’illuminer ce qui s’apparente au Saint Graal.

graal

 

livres rares et objets d’art

Il y avait quelques trouvailles à faire dans ce salon international qui se tenait au Grand Palais du 12 au 14 avril.

On ne pouvait pas ignorer ce tonnelet en porcelaine du 16-17ème présenté par Blanc et Bleu Antiquités (J.M.Vivona). Avec son robinet et son bouchon il est prêt à l’emploi !

Un peu plus loin c’est aux prodiges de la marquèterie que l’on était confronté, avec cette plaque en bois destinée initialement à un ouvrage sur Yvette Guilbert, encore à l’état de projet. L’image ci-dessous devait illustrer la fameuse chanson « de terre en cep ».

(marquèterie d’art Spindler à Boersch en Alsace)

Ce tableau, intitulé offrandes à Dionysos, est de Louis J.Fr l’Ainé Lagrenée (1725-1805) (galerie Chaptal)Sur le stand de la librairie les autodidactes on aurait aimé voir la Serveuse de la russe  Nina Aizenberg (1902-1974).

Mais elle était déjà vendue !

Georges Focus

Curieux personnage que ce Georges Focus , peintre, dessinateur, membre de l’Académie Royale de Peinture et de Sculpture, sous Louis XIV, à qui les Beaux Arts de Paris consacrent une exposition actuellement. Il  finit, aliéné, aux Petites Maisons, où il eut une importante production mettant en scène ses délires et souvenirs.

Oubliée, son oeuvre n’a été redécouverte que très récemment. Voici quelques dessins devant intéresser les lecteurs du bon clos.

(Les textes les accompagnant, un peu abscons,sont évocateurs de l’état psychique de leur auteur.)

Les vendangesFocus adolescent, perché sur des échasses, n’évitera pas la chute après avoir trop bu…

Le raisin fouléDans cette scène de foulage, on voit le jeune Focus s’abreuvant au chalumeau du vin d’un tonneau

Lorsque l’on a trop mis le pied dans la vigne du seigneur, il en vient le sommeil assez souvent avec le mal de coeur…

Le pressoirdommage qu’il en manque une partie, où Focus  se serait figuré fouetté, pour s’être exhibé devant des dames après avoir trop bu…La demande à boireFocus nimbé va chercher une bouteille dans un coffre. Omniprésent sur ces dessins, le dieu Fleuve s’abreuve.

Voici la transcription du texte, difficilement lisible

J’ai soif… Apportez-moi du vin, ou du vinaigre avec du fiel. Apportez du préperé (?) ou bien de l’hypocras…

Le festinFocus, nimbé, porte une coupe à ses lèvres pendant un festin

Ces centaures aux longues oreilles s’enivrent en se disputant.

 

Mirabilis

C’est l’exposition proposée au Palais des Papes d’Avignon pour mettre en valeur des oeuvres des différents musées de la ville.

Nous y avons découvert  » l’Automne, le Retour des Vendanges dans une ferme fortifiée »une grande toile verticale d’Hubert Robert, dont voici quelques détails :

scène généralela charrettevendangeuse

le tonnelierle pressoir   On a pu voir aussi quelques Bacchus en pied. Celui-ci en terre vernissée est debout sur un tonneau. Il date du 18ème mais fait étonnamment moderne. Ces deux-la sont en bronze. Bacchus enfant est du début 16ème,

le nain Morgante en Bacchus de Jean de Bologne, du 17ème.(Le nain Morgante était un favori de Cosme 1er de Médicis)

La scène qui suit illustre un chevalet de peintre et porte comme légende « de wijn ist een spotter« . On reconnait en néerlandais une citation des Proverbes 20.1 : le vin est insolent, l’alcool tapageur ; n’est pas sage celui qui s’en grise(d’après le comparateur biblique)Elle évoque  un tableau célèbre de Jan Steen, portant ce titre Finissons avec ce bas-relief vu au musée Calvet,  destiné à rendre accessible aux non-voyants ce « sur le zinc » de Vlaminck. Etonnant, non ?

mucha

On connait surtout Alfons Mucha pour ses affiches art nouveau. On en découvrira d’autres facettes à l’exposition en cours au Musée du Luxembourg.

On peut y voir ces publicités pour les champagnes Moët et Chandon (Dry Imperial, 1899) et Ruinart (1896)

Voici aussi l’automne (série les saisons 1896)

Ces bouteilles vendues sur place montrent que le marketing fait flèche de tout bois !

 

le triomphe de Michaelina

Ce triomphe-là est celui de Michaelina Wautier, une femme peintre qui vécut au 17ème siècle en Flandres, et fut reconnue de son vivant, puis oubliée, ses oeuvres étant souvent attribuées à son frère Charles dont elle partageait la vie.

Regardons bien en haut à droite cette femme qui, seule, nous fixe.

autoportrait de Michaelina Wautier

 C’est bien elle, si l’on se fie à son autoportrait ! Une exposition lui est consacrée cet été au MAS (museum aan de stroom), à Anvers.