Un été lyrique

Bonnes pioches cet été pour les amateurs d’airs bachiques lyriques, avec La belle Hélène d’Offenbach montée à Bruniquel, et la Dame Blanche de Boieldieu à Saint-Céré. Et bien sûr Pomme d’api au festival d’ Avignon, dont nous avons déjà parlé

Frank T’Hézan et sa bande réunie chaque année à Bruniquel ne risquaient pas grand chose à monter cette Belle Hélène, joyau de la couronne des oeuvres du Maître, loufoquerie d’une grande finesse toujours actuelle, dans le cadre splendide du château et avec le concours de la population locale.

Emmanuelle Zoldan dans le rôle d’Hélène, ça tombait sous le sens, Dominique Desmons en Ménélas, ça promettait, mais Christophe Crapez en Achille, Jeanne-Marie Lévy en Ajax 2, Aude Fabre en Oreste, voila qui était inattendu… et réussi !

On ne peut pas hélas citer tous les participants de la troupe, qui eurent l’occasion comme d’habitude de prolonger le spectacle, au cours des fameuses tables d’hôte, de leurs facéties et morceaux de bravoure jusqu’à potron-minet.

Mais venons en au fait. La fatalité poursuit la belle Hélène de Sparte qui résiste tant bien que mal aux assauts du berger Paris, fils du roi Priam de Troie. Vénus furieuse de voir ses plans contrariés , met au coeur des femmes de Grèce un immense besoin de plaisir et d’amour… Les maris quittent leurs femmes, les femmes quittent leur s maris, c’est une débâcle générale.

(pour plus de détail voir le livret)

Nous sommes au début du 3ème acte, à Nauplie, au bord de la mer. Le choeur mené par Oreste chante

Dansons ! aimons ! 
Buvons ! chantons ! 
Et trémoussons-nous avec verve !… 
Gloire à Vénus ! 
Gloire à Bacchus ! 
Et foin de la chaste Minerve !..

En attendant le DVD, voici de quoi se faire une idée de cet air avec le choeur des musiciens du Louvre..

(A propos de DVD celui de la Vie Parisienne jouée l’an dernier (et qu’on a pu (re)voir au cinéma de Caussade) est sorti. On peut le commander là. On y retrouvera le baron, joué par Frank T’Hézan, dans la fameuse scène de la griserie.

le baron qui n’est pas encore tout à fait gris

Et comparer avec la version de 2013. (on pourra relire l’article publié à l’époque)

Montauban n’est qu’à quelques lieues de Bruniquel, et son musée Ingres Bourdelle mérite une visite. On peut y voir cette « enfance de Bacchus« , de Raymond Balze (1840)

et ce « Silène et les quatre saisons » de l’atelier de Jordaens (après 1640)

On peut admirer aussi ces « plaques Campana », céramiques antiques d’Italie centrale, du nom de leur collectionneur : des satyres vendangeurs et fouleurs. Un air de déjà-vu ?

Et ce « Nymphe et Faune » de Pierre-Paul-Léon Glaize (1861)

Filons maintenant vers le nord, pour retrouver le château de Castelnau-Bretenoux où se jouait la Dame Blanche de François Adrien Boieldieu, sur un livret de Scribe, d’après Walter Scott, créé en 1825 et qui connut un immense succès.

Nous ne détaillerons pas l’argument (le retour d’un héritier légitime aux yeux des paysans au moment de la mise aux enchères du château familial hanté par une mystérieuse Dame Blanche) et filerons à la grande scène de l’hospitalité qui voit le héros adoubé comme parrain d’un nouveau-né.

II faut rire, il faut boire à l’hospitalité. 
A l’amour, à la gloire,
Ainsi qu’à la beauté!

Une fois n’est pas coutume, le spectacle joué pendant la pandémie à Rennes a été mis en ligne, pour notre grand plaisir.

Merci !

Le pouvoir est au bout … du goulot

Août est déjà bien entamé et nous n’avons pas encore signalé l’émission de Clément Rochefort sur France Musique : « Au bout du goulot » consacrée aux chansons à boire.

Si beaucoup étaient connues des lecteurs du bon clos , il s’en est trouvé quelques autres.

Ainsi Vinum bonus et suave , parodie d’un cantique à la Vierge de Roland de Lassus, proposée le 4 juillet.

La version proposée par le choeur de chambre de Namur commence à 02m:18s

Le texte dit : « Vinum bonum et suave, nunquam bibi vinum tale, vinum cor lætificat », soit : « Vin bon et doux, jamais je n’ai bu un tel vin. Le vin réjouit le cœur »

En voici une autre version par le choeur Ex Cathedra, dir. Jeffrey Skidmore

Les amateurs de Carmina Burina ne confondront pas avec une autre oeuvre commençant par les mêmes mots, ci-dessous par l’ensemble Alegria

ou encore celle-ci dont l’accompagnement musical laisse mieux saisir les paroles

Le 6 juillet, c’est « quand la mer rouge apparut« , une des chansons à boire les plus connues du 18ème siècle qui était proposée. L’air fut repris par l’organiste et compositeur Michel Corrette pour en faire un chant de Noël nous dit-on. A moins que ce ne soit le contraire…

On trouvera partition et paroles sur chansons à boire.com par exemple.

Le 7 juillet, nous avons eu droit à « Amis enivrons du vin d’Espagne en France » un air du 17ème d’Etienne Moulinié, que nous connaissons ; et à « quand je tiens ma chère bouteille », de Jean Boyer, violiste et compositeur de la même époque, (à 2m:18).

On en a retrouvé la partition.

Le 8 juillet, c’étaient des airs à boire du très sérieux Marc-Antoine Charpentier (dont le Te Deum est bien connu des téléspectateurs des années 60) : « Veux-tu Compère Grégoire » (à 1m:38s), et « Ayant bu du vin clairet » (par les Arts Florissants)

Voici aussi la version du château de Versailles de Compère Grégoire

De la même époque « Je ne mettrai plus d’eau dans mon vin » conte l’histoire d’un mari que le décès de sa femme libère…

la voici,(émission du 20 juillet), chantée par les Frères Jacques (à 1m:25s)

Un siècle plus tard, voici « l’enlèvement au sérail » du génial Wolfgang Amadeus, dont on connaît les savoureux airs à boire. Au cours de cet opéra-bouffe, le geôlier de 2 prisonnières du pacha Selim boit du vin (contenant un somnifère) offert par leurs amoureux qui se proposent de les enlever.

Vivat, Bachus!
Bachus lebe!
Bachus, der den Wein erfand! (Bachus, qui inventa le vin !

Ecoutez l’air à 1m:20s

En voici une video sous-titrée en grec et en anglais

Bien plus près de nous, voici « les vins de France« , chantés par Fabia Gringor

« Qu’un vin soit noble ou roturier, c’est un bon vin s’il est français,
Blanc, rouge, gris ou bien rosé, rien au monde ne peut l’égaler »
.

Un peu scolaire (il s’agit de n’en oublier aucun) et cocardier peut-être ?

Et ça se termine avec les cadets de Bourgogne et leur A toi buveur !

Amis chantons avec ardeur, Honneur et gloire à toi buveur !

Merci à France Musique pour ce florilège, et bonne écoute à tous !

Pomme d’Api en Avignon

Revoici cette petite merveille de maître Jacques, (vue il y a quelques lustres au théâtre Marsoulan), mis en scène par le nivernais Théâtre du Temps pluriel, pour quelques semaines au festival off d’Avignon, au théâtre Girasole, tous les soirs (sauf les lundis) à 21h15 jusqu’au 30 juillet.

Le 9 juillet, c’était la première, et, vu de la salle, tout s’est passé à merveille. On a pu réentendre l’air du gril, bien sûr, et l’air à boire, un des plus beaux d’Offenbach : Ah ! versez, versez, versez encore ! Allez, allez jusqu’au bord…

L’histoire, s’il faut la résumer, c’est le huis clos amoureux d’un bellâtre (Franck Vincent), oncle d’un freluquet (Joris Conquet) qu’il a obligé à mettre fin à son amourette avec Pomme d’Api (étonnante et puissante Alice Fagard), laquelle, éplorée mais endurcie par l’épreuve, est envoyée comme bonne par le Pôle emploi de l’époque. On imagine la suite…

On ne reprochera pas au metteur en scène Olivier Broda d’avoir truffé le spectacle de gags et d’extraits d’air de griserie (la Périchole, le baron de la Vie Parisienne), c’est la coutume et la licence artistique permise, et il faut bien aller chercher les petites cuillers ! Mais quid du poème en allemand dit par Catherine ?

La réponse est arrivée : c’est le Wünschelrute de Eichendorff, clin d’oeil au Maître de la germaniste Alice

On n’omettra pas non plus de saluer la pianiste et directrice musicale Delphine Dussaux qui met aussi la main à la pâte… de la farce.

Merci à tous pour cette belle prestation !

Et en attendant des videos du spectacle, voici quelques airs sympathiques de productions plus anciennes.

Hamlet

On rejouait ces temps-ci l’opéra d’Ambroise Thomas inspiré de la pièce de WS bien sûr.
C’est à l’Opéra de Saint-Etienne que l’ami François, fidèle rabatteur du Bon Clos, a repéré deux airs qui ont toute leur place ici.

Il y d’abord cet air assez classique de l’acte II « O vin dissipe la tristesse ». Hamlet, qui vient de comprendre que son père a été assassiné, demande, au cours d’un festin, à des comédiens de jouer l’assassinat d’un roi.

Ò vin, dissipe la tristesse
Qui pèse sur mon coeur!
A moi les rèves de l’ivresse
Et le rire moqueur!
O liqueur enchanteresse,
Verse l’ivresse
Et l’oubli dans mon coeur!
Douce liqueur!
La vie est sombre
Les ans sont courts;
De nos beaux jours
Dieu sait le nombre
Chacun hélas! Porte ici-bas
Sa lourde chaîne!

Ecoutons le grand baryton Robert Merril

Mais c’est le dialogue des fossoyeurs, préparant la tombe d’Ophélie, au Vème acte qui nous frappe le plus :

Dame ou prince Homme ou femme descendez chez les morts.
La terre reprend les corps, que Dieu reçoive l’âme.
Ici-bas tout est vain, amour richesse et gloire
Hors le plaisir de boire, la vie est dans le vin !

Voici la version de l’Opéra de Toulouse, avec les fossoyeurs Jean-Louis Mélet et Rodolphe Briand.

Georges Dandin

On peut voir ces temps-ci cette farce grinçante de Molière avec ses intermèdes musicaux, comme elle fut jouée à Versailles en 1668 lors du Grand Divertissement Royal, en célébration de la paix signée avec l’Espagne à Aix-la-Chapelle, et de l’entrée de la Flandre dans les domaines royaux.

Voir le compte rendu sur le site Première Loge du spectacle présenté à l’Opéra Royal de Versailles.

Si l’histoire de ce paysan, bafoué après avoir troqué sa fortune contre un titre de noblesse et une épouse, est bien connue, les intermèdes musicaux signés Lully le sont moins.

C’est à la fin de la pièce, alors que Georges Dandin parle de se jeter à l’eau, que commence le 4ème intermède.

Vient un paysan de ses amis, qui lui conseille de noyer dans le vin toutes ses inquiétudes (scène 1).

Survient alors une troupe de bergers et bergères chantant le dieu de l’Amour (scène 2). Puis une troupe de satyres et bacchantes louant Bacchus (scène 3). Ils se disputent :

Ah ! quel plaisir d’aimer ! Ah ! quel plaisir de boire !

Le plus grand Dieu de tous

C’est l’Amour ! C’est Bacchus !

et finissent par se réconcilier :

L’Amour a des douceurs, Bacchus a des appâts ;
Ce sont deux déités qui sont fort bien ensemble ;
Ne les séparons pas.

Mêlons donc leurs douceurs aimables.
Mêlons nos voix en ces lieux agréables,
Et faisons répéter aux échos d’alentour
Qu’il n’est rien de plus doux que Bacchus et l’Amour.

Ecouter en ligne la version des Arts Florissants

Luc et Lucette

Voici encore une de ces oeuvres d’un jour du prolifique Offenbach, vite écrites, à peine jouées, déjà oubliées.

Jacques Offenbach

Curieusement, le seul article de wikipedia sur Luc et Lucette est en tchèque !
Luc et Lucette est une opérette pastorale, nous dit son biographe Jean-Claude Yon, jouée un soir de mai 1854 salle Herz, au cours de laquelle le maître, au violoncelle, avait régalé l’assistance des ses fantaisies et d’une « Hexentanz » (Danse des sorcières,« d’une bizarrerie indescriptible : on dirait une musique de colibri, jouée avec un cure-dent » selon le journaliste Jules Lovy). On aurait bien aimé voir ça !

L’infatigable Jean-Christophe Keck, qui explore depuis des années les archives du maître détenues par certains de ses descendants, a réussi à mettre la main sur cette oeuvre. Le livret est en ligne et nous y avons trouvé cet échange entre les deux protagonistes (un jeune homme et une jeune fille qui se retrouvent dans une même chambre et vont tomber amoureux… ils s’apprêtent à partager un repas).

(Ci-dessous les interprètes, Auguste-Alphonse Meillet et son épouse Marie-Stéphanie)

Ensemble.

A table ! quel brillant festin

Et quelle joyeuse bombance !

A table ! le verre à la main,

Tous deux nous ferons connaissance !

Lucette (lui offrant du vin).

Buvez soudain

Un peu de vin.

Luc (retirant son verre). 

Non, pas de vin,

De l’eau tout plein !

Lucette.

Pourtant le vin

Ҫa vous ranime.

Luc.

Jamais de vin !

C’est ma maxime.

Ensemble.

Le vin, le vin  Le vin, le vin

Nous met en train ! Met trop en train

Buvez du vin !  Jamais de vin !

Luc.

Au vin, j’en conviens, je préfère,

Qu’il soit vieux ou qu’il soit nouveau

Un verre de belle eau bien claire

Ҫa ne porte pas au cerveau.

Ensemble. Luc.   Lucette.

Oui, j’aime l’eau ! Il aime l’eau !

Lucette.

De ce goût-là, moi, je m’étonne.

Chez nous soit jeunes ou vieillards,

Je ne le connais à personne

Ah ! si vraiment, à nos canards !

Ensemble. Luc.   Lucette.

A vos canards !  A nos canards !

Lucette.

Allons, c’est moi qui vous en prie …

A ce nectar goûtez un peu.

Luc.

Non, non ! (à part) son regard m’incendie

De l’eau pour éteindre le feu !

Ensemble. Luc.   Lucette.

Au feu ! au feu !  Goûtez un peu.

Ensemble. Luc.   Lucette.

Le vin, le vin  Le vin, le vin

Met trop en train  Vous met en train,

A bas le vin !  Vive le vin.

Quel air pour chanter cela ? Il se trouve peut-être dans cet extrait de l ‘ouverture ?

C’est un peu frustrant. Accordons nous une petite consolation en écoutant Pierre Perret et son cul à lucette dont le titre un peu vulgaire ne doit pas occulter la grande sensibilité.

Le même document mis en ligne par le même Jean-Christophe Keck recèle une autre pépite bien cachée au sein d’une saynète jouée en 1855 aux Bouffes Parisiens, le Rêve d’une nuit d’été. Deux Englishmen, Master John et Captain Frog, en goguette a Paris courtisent Rosita… Ils vont boire du champagne…

Chanson.

Rosita.

Vin charmant dans ce cristal

Vin sans pareil !

John.

Sans égal

Grog.

Oh ! yes encor mioux que sans égal

Rosita.

Son mérite est bien goûté

C’est la gaité !

John.

La gaité !

Grog.

Biouvons la gaité !

Rosita.

Vin joyeux ! on choisit

Même parmi les meilleurs crus d’Espagne

Vin joyeux on choisit

Pour raviver le plaisir

Un semblable élixir !

John.

Oh ! Très bien ! c’est le vin !

Rosita.

C’est le vin des amours

Grog.

O ! Très bien ! very good ! le bon vin

Very good ! Very good ! etc.

Rosita.

Sans le champagne

Qui battrait gaiment la Campagne

Sans le champagne

Qui donc pourrait rire toujours !         

Ensemble. Rosita, John et Grog.

Sans le champagne !        Very good ! very good !

John.

Haow ! que c’était jôli !

Grog.

Oh ! mademoiselle Miousette encor une petite paragraphe !

Rosita.

Jus divin que l’homme fait

Seul vrai nectar !

John.

Très parfait !

Grog.

Oh ! yes encor plous que très parfait !

Rosita.

Brûle, éteins notre raison

Comme un poison.

John.

Ioun poison !

Grog.

Biouvons le poison !

Rosita.

Philtre aimé des amours

Porte nous au pays de cocagne

Philtre aimé des amours

Abrégerais-tu nos jours

Je te boirai toujours.

John.

Oh ! Très bien ! c’est le vin !

Rosita.

C’est le vin des amours !

Grog.

Oh ! Très bien ! very good ! le bon vin

Very good ! very good ! etc.

Rosita.

Sans le champagne

Qui battrait gaiment la campagne

Sans le champagne

Qui donc pourrait rire toujours

Ensemble. Rosita, John et Grog.

Sans le champagne          Very good, very good

Et l’air ? A trouver dans l’ouverture !

A la santé du courant électrique

Transportons nous cent quarante ans en arrière, au temps où l’électricité était une magnifique promesse pour l’humanité. C’est ce qu’ont fait Jean Echenoz et Philippe Hersant, auteurs de Les Eclairs, un opéra récemment créé à Paris à l’Opéra Comique qui met en scène l’aventure américaine d’un inventeur inspiré de Nikola Tesla.

On y boit souvent, et il s’y trouve un air à boire peu commun !

Buvons à la santé du courant électrique !, lance l’homme d’affaire Horace Parker (inspiré par George Westinghouse et incarné par le baryton Jérôme Boutillier). Puis..

Mais pourquoi ce silence, et que font tous ces gens assoiffés sans nul doute, à me considérer ?

Buvons messieurs, buvons ! Buvez mon cher Gregor ! (personnage inspiré de l’inventeur Nikola Tesla)

Quand Horace Parker boit, tout le monde boit ! (il offre une tournée générale de bière)

On lira avec profit l’article d’olyrix sur cette impressionnante production que l’on peut voir sur operavision.eu jusqu’au 3 juin 2022 12h CET

la douleur de la terre

Voici encore une oeuvre musicale magnifiant l’ivresse et la boisson pour « supporter le monde tel qu’il est ».

C’est le chant de la terre (Das Lied von der Erde) composée en 1908 par Gustav Malher, une symphonie pour tenor, alto et grand orchestre, suite de six chants sur des textes de poètes chinois.

Malher par Rodin

Le pauvre Malher, qui venait de perdre sa fille ainée, son poste à l’opéra de Vienne et de se découvrir une maladie incurable, découvrit ces poèmes traduits par Hans Bethge et en choisit 6 pour ce Chant de la Terre.

Le premier chant est la chanson à boire de la douleur de la terre (Das Trinklied vom Jammer der Erde), d’après Li Bai, appelé aussi Li Po, un poète que les lecteurs du bon clos ont déjà rencontré !

Dunkel ist das Leben, ist der Tod :sombre est la Vie, sombre est la Mort

Citons wikipedia :  » le thème de l’ivresse, remède à toutes nos peines, s’ouvre en fanfare avec les cors sur un motif de trois notes répété à plusieurs reprises. Mais le répit ne dure qu’un temps, le leitmotiv de la triste réalité résonne une première fois sombre est la Vie, sombre est la Mort. L’espoir renait le firmament depuis toujours est bleu, la Terre longtemps encore fleurira au printemps. Développement où les états d’âme se suivent, du sentiment de révolte, à l’exaltation due au vin et enfin la prise de conscience douloureuse du monde tel qu’il est. Et le mouvement en conclusion reprend le leitmotiv résigné sombre est la vie, sombre est la mort« .

Ecoutons ce chant par l’Israel Philharmonic Orchestra – Tel Aviv (1972) dirigé par Leonard Bernstein avec Christa Ludwig, mezzo-soprano et René Kollo, tenor.

Voici le texte de la chanson à boire de la douleur de la terre

I. Das Trinklied vom Jammer der Erde

Schon winkt der Wein im goldnen Pokale. Doch trinkt noch nicht, erst sing ich euch

ein Lied!
Das Lied vom Kummer soll auflachend
In die Seele euch klingen. Wenn der Kummer

naht,
Liegen wüst die Gärten der Seele,
Welkt hin und stirbt die Freude, der Gesang. Dunkel ist das Leben, ist der Tod.

Herr dieses Hauses!
Dein Keller birgt die Fülle des goldenen Weins! Hier diese lange Laute nenn ich mein!
Die Laute schlagen und die Gläser leeren,
Das sind die Dinge, die zusammenpassen.
Ein voller Becher Weins zur rechten Zeit
Ist mehr wert als alle Reiche dieser Erde.

Dunkel is das Leben, ist der Tod.

Das Firmament blaut ewig, und die Erde Wird lange feststehn und aufblühn im Lenz. Du aber, Mensch, wie lang lebst denn du? Nicht hundert Jahre darfst du dich ergötzen

An all dem morschen Tande dieser Erde!

Seht dort hinab!
Im Mondschein auf den Gräbern hockt
Eine wild-gespenstische Gestalt. Ein Aff ist’s! Hört ihr, wie sein Heulen hinausgellt
In den süßen Duft des Lebens!
Jetzt nehmt den Wein! Jetzt ist es Zeit,

Genossen!
Leert eure goldnen Becher zu Grund! Dunkel ist das Leben, ist der Tod.

Drinking Song of the Earth’s Sorrow

The wine in its golden goblet beckons.
But drink not yet. I’ll sing you a song first.

The song of sorrow shall laughingly
Enter your soul. When sorrow draws near,

Desolate lie the gardens of the soul, Joy, song, fade and perish.
Dark is life, is death.

Lord of this house!
Your cellar holds golden wine in abundance! Mine I call this lute here!
Striking the lute and draining glasses,
Those are the things which go together.
A full beaker of wine at the proper time
Is worth more than all the kingdoms of

this earth.
Dark is life, is death.

The sky is forever blue, and the earth
Will long stand firm, and blossom in spring. But you, man, how long will you live?
Not a hundred years are you permitted

to delight
In all the brittle vanity of this earth!

Look down there!
On the graves, in the moonlight, squats A wild spectral figure. An ape it is! Hear how its howls screech out
Into the sweet fragrance of life!
Take now the wine. Now is the time,

friends!
Drain your golden beakers to the last! Dark is life, is death.

Le 5 ème chant: Der Trunkene im Frühling (« L’Ivrogne au printemps »), est aussi d’après Li Bai :

« Un ivrogne chante trop haut et un oiseau vient annoncer le printemps, l’ivrogne proteste « que m’importe le printemps, laissez moi à mon ivresse ».(cf wikipedia). A 30 mn et 4s sur la video ci-dessus

V. Der Trunkene im Frühling

Wenn nur ein Traum das Leben ist, Warum dann Müh und Plag’?
Ich trinke, bis ich nicht mehr kann, Den ganzen lieben Tag.

Und wenn ich nicht mehr trinken kann, Weil Kehl’ und Seele voll,
So tauml’ ich bis zu meiner Tür Und schlafe wundervoll!

Was hör ich beim Erwachen? Horch, Ein Vogel singt im Baum.
Ich frag ihn, ob schon Frühling sei,— Mir ist als wie im Traum.

Der Vogel zwitschert: Ja! der Lenz ist da, Sei kommen über Nacht,—
Aus tiefstem Schauen lauscht ich auf, Der Vogel singt und lacht!

Ich fülle mir den Becher neu
Und leer ihn bis zum Grund
Und singe, bis der Mond erglänzt Am schwarzen Firmament.

Und wenn ich nicht mehr singen kann, So schlaf ich wieder ein.
Was geht mich denn der Frühling an!? Lasst mich betrunken sein!

The Drunkard in Spring

If life is but a dream,
Why, then, toil and torment?

I drink, until I can no more, The livelong day.

And when I can drink no more, Because my gorge and soul are full,

I stumble to my door
And I sleep wonderfully!

And, waking, what do I hear? Hark, A bird sings in the tree.
I ask him whether spring has come— I am as if in a dream.

The bird twitters. Yes, spring is here! Overnight it has come—
From deepest contemplation I started, The bird sings and laughs!

Afresh I fill my beaker
And drain it to the dregs
And sing until the moon gleams In the black firmament.

And when I can sing no more,
I fall asleep again.
What has spring to do with me!? Let me be drunk!

On peut trouver le texte intégral du Chant de la Terre (allemand et traduction en anglais) .

mélodies irlandaises

Sur un poème de Thomas Moore (ci-dessous à g.) traduit par Thomas Gounet, Hector Berlioz (à d.) a composé en 1829 une chanson à boire qui mérite notre intérêt. Elle figure dans le recueil de mélodies : mélodies d’Irlande.

Amis, la coupe écume!
Que son feu rallume
Un instant nos cœurs!
Du bonheur ce gage
N’est que de passage;
Noyons nos douleurs!

Oh! ne crois pas qu’à mon âme
Les tourments soient épargnés!
Mes chants, échos de ma flamme,
Seront toujours de larmes imprégnés.
Ce sourire qui rayonne
Sur mon front sombre et pensif,
Est semblable à la couronne
Dont on pare un roi captif.

Mais la coupe écume, etc.

Les plus heureux sur la terre,
Que comptent-ils de plaisirs,
Sans quelque pensée amère,
Quelques fatals et tristes souvenirs?
A l’âme tendre et sensible
Le moindre mal est cuisant,
Comme à l’arbrisseau flexible
Un roitelet est pesant.

Mais la coupe écume, etc.

Thomas Moore, poète prolifique, a composé des dizaines de mélodies irlandaises, sur des airs connus comme c’était l’usage à l’époque (toutes les partitions sont en ligne sur le site LibraryIreland.com).

Parmi celles-ci plusieurs font référence à la boisson, mais de laquelle Thomas Gounet a-t-il tiré sa chanson à boire, une traduction très libre assurément ! ? On pourra peut-être répondre à cette question en analysant les oeuvres complètes !

Pour les lecteurs du Bon Clos on relèvera « drink to her« , « drink of this cup« , « the wine-cup is circling« , « come send round the wine » (un véritable hymne à la tolérance, écouter ci-dessous la version d’Eleanor McEvoy).

Cette grande chanteuse irlandaise vient de sortir Gimme some wine, chanson d’amour assez désespérée, c’est le moment de la découvrir.

Gimme some wine if I can’t get your time…

Ci-dessous quelques oeuvres du peintre Chris Gollon illustrant Gimme some wine

Bruniquel m’a tuer

La vie parisienne, le spectacle proposé cette année par Frank T’Hézan, Jean-Christophe Keck et leur bande allait-il attirer les foules à Bruniquel comme l’an dernier la Grande Duchesse de Gerolstein ?

La réponse est oui, mais malheureusement le temps n’était pas un rendez-vous. Le 31 juillet est un jour à marquer d’une pierre noire car le spectacle fut annulé, et les imprévoyants d’un soir furent privés de leur annuel plaisir. Bruniquel m’a tuer !

Malin, l’ami Bernard avait prévu d’y rester quelques jours et put donc voir par deux fois cette Vie Parisienne.

(ci-dessous des affiches de 1922, 1927 et 1919 !)

Voici ses mots : »pas la moindre goutte. Carole Delga, JM Baylet présents. Triomphe. »

Mieux. Averti par l’auteur de ces lignes, il s’est rendu au récital de chansons humoristiques donné par Dominique Desmons au domaine Vayssette à Gaillac.

Dominique Desmons trinquant avec son compère Jean-Christophe Keck

Il a pu y écouter « ya d’la mise en bouteilles au château », bien connue des lecteurs du bon clos.

Dominique Desmons ! (assisté de Jean Christophe Keck pour les bruitages).

Nous attendrons donc la sortie du DVD pour découvrir la version 2021 de la Vie Parisienne, et nous consolons avec ces quelques photos anciennes et actuelles de Bruniquel .

l’hôtel café Rigal, successeur Doubac, promenade du Ravelin, il y a un siècle
Il est toujours là mais c’est maintenant un restaurant
(cf https://www.pop.culture.gouv.fr/notice/merimee/IA82116130)
Bruniquel, le château en surplomb de l’ Aveyron, et le train à vapeur
(vu au musée la villa des peintres de Diego Lara à Montricoux)
colonne « bachique » en l’église de Montricoux, à une lieue de Bruniquel
paysage de vignes à l’Abri-Niquel de Brigitte Artusi