Toscane – le retour

Nous voici de retour dans cette terre aux mille merveilles. 

Première étape : Forte dei Marmi, luxueuse station balnéaire encore en basse saison. Une exposition s’y tient qu’hélas nous ne verrons pas, non plus que ce tableau représentant le cortège de Bacchus, du napolitain Domenico Gargiulo, dit Micco Spadaro (vers 1609/1610-1675)

Le Cortège de Bacchus, vers 1650 Huile sur toile, 68 x 102 cm

A l’hotel de la Primula, ce porte-parapluie bachique nous interpelle

A Pietrasanta voisine, nous revient le souvenir d’un festival Vino & Arte. Il perdure, mais peu d’oeuvres font vraiment le lien entre art et vin. Ivan Theimer fait exception, avec cette grappe humaine.

opera di Ivan Theimer | museodeibozzetti.it

Ce tchèque d’origine n’en est pas à sa première évocation de la grappe, celle-ci, biblique, date de 1993

LA GRAPPE DE LA TERRE PROMISE Bronze, 1993 32 x 38 x 15 cm

Venons-en au fait(îte), à Florence.

Le bar à vin « Meno, Vini e Altre Necessita » mérite une visite.

Les bouteilles peuvent être bues sur place ou à emporter (les 2 prix sont sur les bouteilles), la cuisine  est du patron (tenter le « Pancia di maiale, anacardi e cavolo cappuccio »),  et -10% à qui laisse son téléphone sous la cloche pendant le repas.

Une autre bonne adresse : la Vecchia Bettola

Il y règne une ambiance joyeuse…

Vin à volonté (5€), pas un grand vin certes, du « vino rosso de toscana », mais qui accompagne bien le lampredotto,

et qui a ses amateurs, comme ce militaire attablé, croisé dans une rue du même quartier de San Frediano, sur la rive gauche de l’Arno.

Produit du street art, ce tableau peint sur un mur nous a frappé par tout ce qu’il exprime : le « petit caporal », la campagne d’Italie, l’expression volontaire, déterminée d’un que rien n’arrête, la pasta et la bottiglia di vino, et sous sa garde la Joconde qui veille aussi sur lui… C’est du grand « street art » signé GB. Qui est donc ce GB ?

Dans le même quartier, au Cenacolo del Santo Spirito, cette plaque de pierre des 8ème-9ème siècle provenant de Volterra représente une scène de vendanges.


et dans le cloître de la basilique du Santo Spirito, dans le »nouveau réfectoire », voici trois fresques représentant les noces de Cana, la Cène, et le repas chez Emmaüs. Un panneau indique que ces es fresques, peintes l’une à la suite de l’autre, occupent une surface de 70 m2, et ont été peintes en 1594 par Bernardino Poccetti . Elles ont été restaurées récemment.

De l’autre côté de l’Arno, le musée des Offices (Uffizzi) recèle bien des trésors. En voici quelques uns qui devraient intéresser les lecteurs du Bon Clos.

On commencera par ce jeune satyre aux grappes (marbre, romain antique)

Ce jeune Bacchus de Guido Reni, fin 17ème, bénéficie d’un cadre de circonstance

Plus ancien, le Bacchus de Caravaggio (fin 16ème) est archiconnu, » Carpe Diem » semble-t-il nous dire coupe en main.

Le banquet des dieux du romain Spadarino (vers 1625) : au centre Ganymède tient un plateau avec une coupe que Bacchus (de dos) remplit ; en haut à droite quelqu’un boit déjà…

Il manquait Venus dans le tableau précédent. La voici avec un satyre lui apportant des raisins

 (Annibal Carracci, 1587)

Un néerlandais maintenant : Gherit von Honthorst et son souper au joueur de luth (vers 1620)

Et voici maintenant un repas de noces, du même auteur. La mariée va-t-elle saisir le verre qu’on lui tend ?

Dans une toute autre veine, voici l’ivresse impudique de Noé par Andrea Pisano (vers 1343) sculpteur, orfevre, architecte…

Les temps changent, ce caviste a lâché l’affaire, remplacé par un imprimeur. Autre métier de presse…

Quelques buveurs

Voici quelques sculptures et figurines collectées sur des sites de vente en ligne comme Drouot.com. On se souvient de celles du sculpteur géorgien Levan Bujiashvili découvertes il y a quelques années, portant carafe d’une main et coupe dans l’autre.

Cette figurine en argent représente un buveur de vin. Elle mesure 12 cm. (Italie, 20ème siècle).

Cette sculpture en bronze ( hauteur 32 cm) est intitulée *Le Buveur*, elle est de Pasquale Fosca, sculpteur italien (1852-1929)

Voici les 3 buveurs, terre cuite patinée (42 x 34 x 20 cm) d’André ROZAY (1913-1991), céramiste à La Borne,  l’un des artisans du renouveau de l’art céramique français.

Une autre oeuvre en céramique de Fernando Botero (1932 Medellín – 2023 Monaco-Ville) – Sans titre (Le buveur)


et deux bas-reliefs en bois formant pendant, personnages masculins (un buveur et un artisan?). XIXème siècle

 Et maintenant quelques tableaux :

Buveur de Crijn Hendricksz Volmarijn (1601, Rotterdam – 1645,) influencé par Caravage
 Buveur de Viktor Schivert, (Iași 1863 – Munich 1929, un peintre roumain de scènes historiques et de nus ayant vécu principalement à Munich.

Encore un Buveur de vin, Pays-Bas 18e siècle, inspiré de Frans Hals

et celui-ci, signé Rosier (Jan-Willem ?)

Et pour finir, voici une Bacchanale de Pierre Bagnan-Bernard (1880-1950), peintre provençal.


Clam’Art de la pierre

Pascal Charlanne est tailleur et sculpteur sur pierre. Nous l’avons rencontré il y a quelques semaines au centre d’art Albert Chanot, à Clamart, lors d’une exposition d’artistes du cru : A domicile, saison #3.
« Autodidacte et amoureux de la matière, le sculpteur clamartois transforme la roche brute avec tendresse et sincérité pour lui donner une âme humaine. »

Il a plus d’une oeuvre à son actif, comme cette statue du chevalier de Borda, qui fait face à l’Océan à l’Ecole Navale de Brest.

photo (détail) du discret B.O.

Son atelier recèle quelques pièces intéressantes de notre point de vue, comme cette bouteille squattée par une grappe de raisin don t la vie semble sortir…

Une autre bouteille n’avait pas le même contenu, qui l’eût cru ?

Il fallait l’ouvrir pour la découvrir !

Et voici une vasque qui attend son acquéreur.

Faire offre à son géniteur : Pascal Charlanne, 73 rue Paul Vaillant-Couturier, 92140 Clamart. pascal-charlanne@orange.fr

Merci Pascal pour cette belle visite !

La petite mariée

Voici encore une opérette (en fait un opéra-bouffe) de Charles Lecocq (livret de Vanloo et Leterrier) qui recèle une chanson à boire intéressante, parce qu’elle nous parle d’une vieille coutume : le coup de l’étrier.

Elle fut créé à Paris en 1875 et connut un certain succès avec de nombreuses reprises, mais n’est plus guère jouée depuis un siècle.

. On trouvera sur le site Théâtre musical une description détaillée. En deux mots, une histoire de mari trompé, qui voudrait bien se venger de l’amant, à présent en instance de mariage, mais finit par pardonner…

Nous sommes au 16ème siècle en Italie. Des voyageurs sont attablés dans une relais de poste (c’était au temps des diligences), ils mangent et boivent, mais il faut faire vite car la voiture va partir..

mangeons vite, buvons vite la voiture va partir

Mais il est un usage auquel il faut se conformer avant de se mettre en voyage : c’est le coup de l’étrier, ce dernier verre que l’on boit avant de partir

il est un usage auquel il faut se conformer, dit l’hôtelière, avant de vous mettre en voyage.

le vin est vieux, encore un verre, encore un verre, le dernier…
à la santé de l’hôtelière, buvons le coup de l’étrier, buvons, buvons…

nos aïeux avaient le raisin le plus doré de l’Italie
cela fit un nectar divin que tout le monde nous envie…

En voici un enregistrement datant de 1963, par l’orchestre lyrique de la RTF sous la direction de Georges Derveaux, mise en scène d’Henri Spade. L’air est chanté au début du 1er acte (2’52) , la distribution est au générique.

Revenons au « coup de l’étrier ». L’expression remonterait au moins au temps de Louis XIII avec l’anecdote du maréchal de Bassompierre en 1625, rapportée par Alexandre Dumas après son voyage en Suisse en 1832 (En Suisse, chapitre 19) où il avait été surpris par une auberge à l’enseigne d’une botte :

Henri IV avait envoyé, en 1602, Bassompierre à Berne en qualité d’ambassadeur près des treize cantons pour renouveler avec eux l’alliance déjà jurée en 1582 entre Henri III et la fédération. Bassompierre, par la franchise de son caractère et la loyauté de ses relations, réussit à aplanir les difficultés de cette négociation, et à faire des Suisses des alliés et des amis fidèles de la France. Au moment de son départ, et comme il venait de monter à cheval à la porte de l’auberge, il vit s’avancer de son côté les treize députés des treize cantons, tenant chacun un énorme widercome à la main, et venant lui offrir le coup de l’étrier. Arrivés près de lui, ils l’entourèrent, levèrent ensemble les treize coupes, qui contenaient chacune la valeur d’une bouteille, et, portant unanimement un toast à la France, ils avalèrent la liqueur d’un seul trait. Bassompierre, étourdi d’une telle politesse, ne vit qu’un moyen de la leur rendre. Il appela son domestique, lui fit mettre pied à terre, lui ordonna de tirer sa botte, la prit par l’éperon, fit vider treize bouteilles de vin dans ce vase improvisé ; puis, la levant à son tour pour rendre le toast qu’il venait de recevoir : « Aux treize cantons ! » dit-il ; et il avala les treize bouteilles.

Une anecdote analogue est racontée en 1707 par Anne-Marguerite Du Noyer dans ses lettres historiques et galantes -pp 445 et suivantes- à propos du marquis de Léri, rentrant en France d’une ambassade à Cologne ; dans la même lettre est aussi rapporté le mariage fin soûl, avec .. sa maitresse, de ce grand buveur , « à l’insu de son plein gré » dirait-on aujourd’hui.

L’expression a fait florès. En voici quelques manifestations.

Le chansonnier berrichon Jean Rameau (1852-1931) a écrit plus de 300 chansons et s’est fait connaitre en en faisant de cartes postales. Ici, le coup de l’étrier.

Ma foué dame in ben p’tit coup d’vin Qui soit du Berry ou d’Touraine
Dounn’va,sa m’guérira d’ma peine/Pourvu qu’on verre y soit tout plein

Encore dans le Berry, une illustration de la même époque

Dans les années 1920, un apéritif voit le jour près de Toulouse, dans les vignes du chateau de la Durante, à Auzeville Tolosane.

le chateau de la Durante

Poésies (Claude Pierre), pièces de théâtre (Marcel Dubé), photos, tableaux, sculptures (Picault, Gueyton) : le choix est large.

le coup de l’étrier photo Jules Girardet

Nous conclurons avec ce savoureux dessin d’anticipation de 1910 (Jean-Marc Côté, dessinateur présumé ; Villemard, lithographe).

Voir aussi l’article d’André Deyrieux sur le blog les 5 du vin : Quel verre pour le coup de l’étrier?

A la fête du vin de VRŠAC (Serbie)

Cette petite ville, chef-lieu d’un district viticole au nord est de la Serbie, dans le Banat serbe (occidental), organise chaque année une fête des vins début juillet. L’occasion de goûter les vins locaux, d’écouter des chansons du cru, et de faire de belles rencontres.

L’histoire de la ville est ancienne, et mouvementée, elle a plus d’un atout touristique.
Le vin y est attesté depuis 1494.

On peut voir ce triptyque de Vršac , oeuvre de Paja Jovanović (1859-1957), au musée municipal.

Voici aussi un tableau que l’on peut voir au domaine Helvecja, bâti par un suisse en 1880.

L’hotel Serbja arbore fièrement l’affiche du festival

et les bouteilles de vin local.

Sur l’allée piétonne où se tient le festival, on croise Vinko Lozic, un personnage  créé par Jovan Sterija Popovic dans son calendrier satirique , allégorie du citoyen bon vivant, protecteur des vendanges et mascotte de la ville.

sculpture de Zivko Grozdanic

En voici une incarnation publicitaire

On y fait bien d’autres rencontres et l’on peut déguster toute sortes de crus.

Pas de fête sans musique, les orchestres se succèdent sur la scène.

Voici quelques chansons typiques : » Kad čujem tambure, ja skočim na bure » (Quand j’entends des tambourins, je saute sur le tonneau) ; « Donesi vina, krcmarice Marko Nesic » (Apporte moi du vin, aubergiste »; et « Tamburica » (tambourin)

Kad čujem tambure 
ja skočim na bure, 
popijem litru dve, 
i pevam do zore. 

REF : Hej, haj vinca, ca 
vinca rumena, ha, ha 

Iz Vršca stiže glas 
u vinu leži spas, 
ko vino ne pije, 
taj nek se ubije. 

 Gospodin profesor 
izašo na prozor, 
i spazi bratiju 
gde pije rakiju. 

Quand j’entends des tambourins,
je saute sur le tonneau,
je bois deux litres
et je chante jusqu’à l’aube.

Hé, hé, vinca, ça, vinca rouge, ha, ha,
Hé, hé, vinca, ça, vinca rouge.

Une voix vient de Vršac,
dans le vin se trouve le salut,
qui ne boit pas de vin,
qu’il se tue.

Monsieur le professeur,
est sorti par la fenêtre
eta vu le frère,
où il boit du raki.

Donesi vina, krcmarice,
rumenog kao tvoje lice.
Daj da pijem, tugu da razbijem.
Srce me bole, jadi ga more.

Rumeno lice, dve ruzice,
a oci carne zeravice.
Oko tvoje srce mi izgore.
Muce mene muke paklene.

Oj, Boze, Boze,sto je stvori,
da mlade momke muci i mori.
Celo selo za njom se zanelo,
i svi piju da jad razbiju.

Apporte-moi du vin, aubergiste,
rouge comme ton visage.
Laisse-moi boire, pour apaiser mon chagrin.
Mon cœur souffre, il est tourmenté par la mer.

Un visage rouge, deux roses,
et des yeux comme des braises noires.
Mon cœur brûle à ta vue.
Je suis tourmenté par les tourments de l’enfer.

Oh, mon Dieu, mon Dieu, pourquoi l’as tu créée,
pour tourmenterles jeunes gens  ?
Tout le village est épris d’elle,
et chacun boit pour apaiser son chagrin.

Kad zasviram sa jaranima
ne dolazim kuci danima
od vina i pjesme poludim
cesto kraj druge se budim
i mnoge prespavam dane
zbog vina, ljubavi, kafane

Ref.
Sve zbog moje tamburice
vole me ljepotice
bila smedja ili plava
svaka mi je ljubav prava
kad se igra i pjeva
najbolje mi stoji garava

Idem kuci zora svanula
tambura mi kod nje ostala
ona nece da je vrati
zeli da joj opet svratim
doci cu sunce moje
najsladje su usne tvoje

Quand je joue de la tamburica
Je ne rentre pas à la maison
Le vin et les chansons me rendent fou
Je me réveille souvent chez les autres
Et je passe beaucoup de nuits dehors
À cause du vin, de l’amour, des cafés

Ref.
Tout ça à cause de ma tamburica
les belles me veulent
qu’elle soit brune ou blonde
chaque amour est vrai pour moi
quand on joue et chante
c’est là que je suis le mieux

Je rentre à la maison, l’aube est levée
ma tamburica est restée chez elle
elle ne veut pas me la rendre
elle veut que je lui rende la pareille
jusqu’à ce que le soleil se lève
tes lèvres sont les plus douces

Le soir, l’ami Nikola nous a emmenés chez lui, sur le coteau qui domine la ville. On boit en parlant poésie et en mangeant des spécialités serbes.

Nikola le serbe, et Janesz le slovène, amis par le vin

Nikola est le grand maitre de la confrérie bachique Saint Théodore, qui célébrait ses 20 ans. Dans son caveau il tient sous clé des bouteilles pour ses petites filles, lorsqu’elles auront l’âge; et quelques oeuvres à déguster avec les yeux…

Merci Nikola pour ton accueil !

Et adieu aussi à la Jelen…

Allez encore une chanson ! Vino i Gitare (Chanson d’Arsen Dedić et Gabi Novak ‧ 1970)

Vin et guitares Laisse-les remplir à nouveau ma nuit Ce vieux vin et ces guitares Des amis viendront ce soir
Vino i gitare Nek’ opet ispune mi noć To vino staro i gitare Večeras će prijatelji doć’

Laisse le temps s’arrêter Quand tout le monde se rassemble ici La vie d’un autre côté Nous resterons debout ce soir
Vrijeme neka stane Kad ovdje okupe se svi Životu s neke druge strane Večeras stajat’ ćemo mi

Laissons partir la jeunesse aussi La vie doit aller quelque part’ Des blessures même visibles tout passera
I mladost neka ide Život mora nekud poć’ Pa i rane što se vide Sve će proć’

Vin et guitares Je veux être chez moi ce soir Quand de vieux amis viennent Qu’ils ne trouvent pas de douleur dans mon cœur
Vino i gitare Želim noćas ja u domu svom Kad stari prijatelji dođu Nek’ ne nađu bol u srcu mom

La-la-la-la-la-la-la La-la-la-la-la-la-la
La-la-la-la-la-la-la La-la-la-la-la-la-la

Le buveur de Syros

Les Cyclades, ce chapelet d’îles en mer Egée, ont connu il y a 5000 ans une civilisation qui nous a laissé d’étonnantes sculptures dont Picasso dira : « plus fort que Brancusi. On n’a jamais rien fait d’aussi dépouillé » (rapporté par A.Malraux, la Tête d’obsidienne, 1974).

On en trouvera des descriptions ici et . Au Bon Clos, nous retenons ce buveur en marbre, dont l’ancienneté remonte à la période -2800-2200

Cet échanson ‘CUP-BEARER’, (comme indiqué par le musée) ne mesure guère que 15 cm de haut et date du début de l’âge de bronze (Cycladique ancien II, c. 2800/2300 av. J-C). Il se trouve au Musée de l’art cycladique, à Athènes.

Nous y voyons une très ancienne scène de portage de toast, plutôt qu’un petit vieux prenant son infusion au coin du feu. On peut la rapprocher de celle représentée sur l’étendard d’Ur, de la même époque.

Quel contraste néanmoins avec la porteuse de toast de Jean-Antoine-Marie Idrac, que l’on peut voir à l’Hôtel de Ville de Paris ou au Petit Palais!

Santé à l’ami Jean Dessirier, qui nous a fait approcher l’art très antique des Cyclades.

Invincible vigneron

Dans le Tarn, à quelques kilomètres au nord de Gaillac, à Broze, il est un musée qui présente une extraordinaire collection d’objets liés au vin et à la viticulture, l’InVINcible VIGNEron.

Elle est l’oeuvre de Theo Elzinga, un ci-devant vigneron dans le Muscadet, passionné par les objets du vin, qui a déménagé sa collection il y a une dizaine d’années pour ouvrir ce musée. Il comptait à l’époque quelques 8000 objets, il en compte plus du double aujourd’hui. Voir ici l’article que la Dépêche lui consacra à l’époque.

Nous avons pu le visiter, guidés par Manu, son gendre, en compagnie d’Henri Plageoles et de Michel Houdet, respectivement Grand-Chancelier et Commandeur de la Confrérie de la Dive Bouteille de Gaillac, et de nos amis Daniel Fréry, conservateur du Musée du Vin de Paris, et Pierre Jobard son adjoint.

Une impressionnante collection de plaques de cheminée accueille le visiteur.

Les anciennes cuves de ce bâtiment viticole sont intelligemment adaptées pour abriter des collections

Au fil des salles s’alignent les outils de vignerons, tonneliers, distillateurs, buveurs, publicitaires et des oeuvres artistiques, comme ce tableau représentant le port de Gaillac en 1863, dû au peintre Gordon Frickers,

ou cette scène de danse dans les vignes de Robert Rolland, un peintre et aquarelliste lyonnais.

On reconnait avec plaisir l’ habit de tonnelier de Nicolas de l’Armessin, déjà rencontré, des scènes de vendanges

des représentations religieuses,

un vendeur ambulant de vin, métier disparu

Il y a des statues de toutes sortes et de tout matériaux ( bronze, bois, céramique…) comme ces personnages bachiques

ce vigneron à la serpe

ces personnages « à cheval sur mon tonneau »

et ces figures féminines

Belle collection d’affiches publicitaires pour les vins et liqueurs

Qui connait encore cette Pimprenelle, censée remplacer le vin ?

Les produits phytosanitaires ne sont pas en reste

Voici encore des objets décoratifs : enseigne, assiettes, pendule, tonnelets,etc.

Les franciliens apprécieront cette assiette qui vante le vin de Suresne

Il y a bien bien sûr des représentations humoristiques, comme ces moines qui font bombance

peut-être se servaient-ils de cette gourde ?

et de cette canne tire-bouchon ?

Voici un code pénal à méditer

comme cette mise en garde contre la soulographie

Cette affiche, très datée 3ème république,, et particulièrement réactionnaire, est due à l’illustrateur et caricaturiste Achille Lemot

Puisqu’on est dans les alambics, en voici un plan :

Des alambics, il y en a!

La collection d’outils est impressionnante

Nous avons remarqué ces outils d’arrachage

et ces accessoires de cave (égouttoir, percefûts, pompe, robinets de fût-, vélo !)

Ici une machine de remuage, pour faire du champagne ?

Nous connaissions le « comité de propagande et de diffusion de vins français », fondé dans les années 30. Nous l’avions pisté jusqu’en 1967. Nous voyons ici qu’en 1969, il remettait encore des médailles

Enfin ne partons pas sans emporter ces précieuses indications pour faire de la piquette.

Terminons cette visite avec un poème de Jean Cévenol

Nous espérons avoir donné envie au lecteur du Bon Clos de visiter cet incroyable musée.

Merci à notre guide Manu (ci-dessus), et respect à Theo Elzinga, incroyable vigneron et collectionneur !

A la bibliothèque-musée Richelieu

L’ancien site de la Bibliothèque Nationale n’abrite pas que des vieux bouquins et autres manuscrits enluminés et incunables, il recèle aussi de belles collections d’art antique.

Le trésor de Berthouville, qui compte de nombreuses pièces en argent travaillé a été découvert en 1830 dans un champ, en Normandie, dans une cave sous ce qui fut un temple gallo-romain. En voici quelques pièces :

Ces coupes en argent pèsent chacune plus d’un kilo.

Le simpulum ci-dessous est une louche à puiser le vin (1er siècle)

La collection du duc de Luynes révèle d’autres trésors, comme cette vitrine dédiée à Dionysos, où plats, vases et coupes en céramique du 5ème siècle avant notre ère, racontent la vie du dieu, depuis la naissance, où, sur les genoux de Zeus, il est confronté à Héra,

à sa remise à sa tante maternelle Ino et son époux Athamas, puis aux nymphes du mont Nysa,

sa rencontre avec Ariane…

Cette coupe nous montre Dionysos inspectant à dos d’âne les vendanges

Voici deux appliques en or (destinées à être cousues sur un vêtement) représentant Dionysos et son père adoptif Silène

et une assemblée de buveurs jouant à un étrange jeu

L’exposition « l’invention de la Renaissance » , (qui se termine le 16 juin) , permet de voir d’autres objets intéressants, comme ce satyre buvant en bronze (oeuvre du « Riccio » : Andrea Briosco vers 1500),

ce buveur qui se rend à un banquet « comaste » (Epictotes, vers -520)

et cette ménade, reconnaissable à sa « débride en peau de faon et son violent mouvement de torsion » (terre cuite 3ème siècle BC)

L’exposition donne aussi à voir de fabuleux manuscrits, comme celui, appartenant à Pétrarque, des oeuvres de Virgile.

Son frontispice commandé à Simone Martini par Pétrarque)  représente trois personnages, les yeux fixés sur Virgile, personnifiant les œuvres de l’auteur latin : le chevalier que regarde Servius représente Énée de l’Énéide, le paysan les Géorgiques, et le berger les Bucoliques

paysan taillant sa vigne

On comprend que la Renaissance fut une « effervescence intellectuelle, artistique et scientifique nouvelle. L’humanisme en constitue le cœur : né dans l’Italie du XIVe siècle et caractérisé par le retour aux textes antiques et la restauration des valeurs de civilisation dont ils étaient porteurs, le mouvement humaniste a produit en Occident un modèle de culture nouveau, qui a modifié en profondeur les formes de la pensée comme celles de l’art. Les princes et les puissants s’en sont bientôt emparés pour fonder sur lui une image renouvelée d’eux-mêmes, comme l’attestent tout particulièrement les grandes et magnifiques bibliothèques qu’ils ont réunies. »

On comprend aussi « le rôle fondateur joué au XIVe siècle par Pétrarque et sa bibliothèque ; la redécouverte des textes antiques et la tâche de leur diffusion par la copie manuscrite, le travail d’édition, la traduction ; l’évolution du goût et des formes artistiques qu’entraîne une connaissance toujours plus étendue du legs de l’Antiquité ; la promotion nouvelle de la dignité de l’être humain et des valeurs propres à sa puissance d’action et de création, telles que le programme humaniste de célébration des hommes illustres les exalte. »

Parmi les grands découvreurs, on retrouve le Pogge (Poggio Bracciolini, qui retrouva au 15ème siècle au fond d’une abbaye germanique le fameux De natura rerum de Lucrèce). Son itinéraire est relaté dans Quattrocento (The Swerve, de Stephen Greenblatt)

Et l’on songe en quittant l’exposition à ces mots de Sénèque :

otium sine litteris mors est et hominis vivi sepultura 

(Le repos sans l’étude est une espèce de mort qui met un homme vivant au tombeau).

Moisson d’avril

Ce n’est pas une grande moisson, mais il serait dommage de garder ces quelques images pour soi.

Voici tout d’abord deux peintures de Jean-Yves Templier (@jy_templier), artiste peintre de la Cadière d’Azur, représentant les vignes au printemps, et en automne.

(exposition à la maison Flotte de Sanary/mer jusqu’au 12 mai de ce peintre coloriste aux multiples techniques)

A Sanary également on a pu assister à cette danse géorgienne particulièrement endiablée, la bouteille impavide semblant vissée sur le crâne du danseur.

une bouteille en parfait équilibre

Un peu plus loin à l’entrée de Bandol cette sculpture, monument de 22 tonnes installé au « Jardin de la Mer », honore la Mer et la Vigne depuis plus de 20 ans. Elle est l’oeuvre de Robert Rayne, sculpteur et peintre, lauréat du concours lancé par la ville de Bandol pour symboliser la ville.

Mer et Vigne, du sculpteur Robert Rayne.

A Marseille, au Musée Regards de Provence, on a revu avec plaisir ce repas de paysans, (Lou gousta, du peintre Alphonse Moutte dont on a vu récemment La régalade (au musée des Beaux-Arts de Marseille).

Remercions Lissinck, notre correspondante au Comtat Venaissin, qui nous a fait parvenir cette décoration bachique que l’on peut voir au Palais des Papes d’Avignon.

Téléportons-nous pour conclure à Strasbourg, où l’on peut voir cette belle enseigne du Gasthof Schwanen. Ce n’est pas si loin ! (7h de TGV depuis Toulon)

A Marseille, au Musée des Beaux-Arts

C’est au Palais Longchamp, château construit en pierre de Calissane et inauguré en 1869 pour accueillir les eaux de la Durance conduites par le canal de Marseille, qu’est logé depuis lors ce joli musée créé sous le Consulat.

Il abrite bien des trésors, comme cette vue du Cours (aujourd’hui Belsunce) , du peintre Michel Serre, après la grande peste de 1720 qui emporta la moitié de la population.

Mais ne nous dispersons pas. On peut aussi y voir cette statue de Lesbie, une coupe à la main, et de son moineau, de François Truphème (1820-1888).

Lesbie, « muse aux moeurs très volages » aimée du poète Catulle, vivait au 1er siècle avant notre ère à Rome. Elle tient ici une coupe à la main, et tient sur l’épaule un passereau qui ne l’a quittait pas, mais

Pleurez, Grâces ; pleurez, Amours ; pleurez, vous tous, hommes aimables !
il n’est plus, le passereau de mon amie, le passereau, délices de ma Lesbie !
ce passereau qu’elle aimait plus que ses yeux ! Il était si caressant !
il connaissait sa maîtresse, comme une jeune fille connaît sa mère :
aussi jamais il ne s’éloignait d’elle ; mais, voltigeant sans cesse autour de Lesbie,
il semblait l’appeler sans cesse par son gazouillement.
Et maintenant il erre sur ces ténébreux rivages que l’on passe, dit-on, sans retour.

Un peu plus loin, Bacchus se repose, une grappe à la main (oeuvre de Gilles Garcin (1647-1702))

Sur la grève , des pêcheurs pique-niquent

et l’un boit à la régalade (oeuvre d’Alphonse Moutte 1840-1913).

Terminons avec. ce festin nocturne (détail), d’Adolphe Monticelli (1824-1886), qui inspira Van Gogh.

Lui-même influencé par Watteau, » il peignit de nombreuses  scènes de parc, dans la tradition des Fêtes galantes : ainsi, Festin nocturne de 1875. »