Avec l’Ecole de Paris

Au début du 20ème siècle, nombreux étaient les artistes, peintres, sculpteurs, qui ont rallié Paris et se sont installés à Montparnasse ; beaucoup étaient des juifs fuyant la la misère et les pogromes de l’Empire russe. Parmi eux Chagall, Soutine, Modigliani, etc. Bien que de styles et d’inspiration très diverses, on les appelle l’Ecole de Paris. Le musée d’art et d’histoire du judaïsme leur consacre une exposition. Nous en rapportons quelques images.

Comme cette nature morte de Chaïm Soutine qui date de 1916

Ce petit tableau (à Montparnasse) est d’Oser Warszawski. Né en Pologne en 1896, il se met à peindre à Paris dans les années 20. réfugié en Italie pendant la guerre, il sera quand mêle déporté et ne reviendra pas.

Voici une litho de Lou Lazard, « à Montmartre« (1925)

On doit la photo qui suit à Marc Vaux,qui photographia les oeuvres des artistes de Montparnasse. L’oeuvre est d’Adolphe Feder, qui naquit à Odessa vers 1886 et mourut à Auschwitz.

Georges Wolinski n’était pas de cette génération. Grand dessinateur au destin tragique lui aussi, il nous fait toujours sourire. Voici un dessin vu aux Beaux Arts de Paris où il y a actuellement une exposition en son hommage.

Villae : villas romaines en Gaule du Sud

C’est l’exposition présentée ces temps-ci à l’abbaye de la Celle, près de Brignoles dans le Var.

Cette abbaye, construite à l’époque romane, est bâtie sur le site d’une villa romaine du 2ème siècle productrice de vin, dont on a retrouvé le pressoir et le fouloir dans la cuisine de l’abbaye. Elle ressemblait peut-être à celle-ci ?

maquette d’une villa romaine à Cavalaire

L’exposition retrace cette exploitation systématique des campagnes durant l’époque romaine.

Avec leur fond plat, les amphores « Gauloise 4 » emplies de vin gaulois sont exportées dans tout l’empire romain et même au delà.

col d’amphore au bouchon de liège, port antique de toulon, 1er-2ème siècle

Mais il y avait toutes sortes d’amphores

de gauche à droite : dressel2-4 de narbonnaise, G2, G5, G4

Cette cruche poissée, (à l’intérieur enduit de poix), était présente sur toutes les tables des buveurs romains

Voici d’autres récipients, en céramique, ou en verre soufflé (modiolus, Toulon, 1er siècle)

Cette coupe sigillée représente Bacchus ivre

Voici aussi une intéressante pipette à vin, et une patère en alliage cuivreux (1er siècle), utilisée comme une louche pour le service et les libations

Cette serpette en fer torsadé devait servir dans les vignes

serpette à manche torsadé (la Crau)

On voit aussi quelques beaux objets décoratifs comme cette colonne à décor de rinceaux de vigne peuplés d’oiseaux (marbre blanc, 1er siècle, près de vienne)

et cette mosaïque représentant une scène de vendanges

Mais le clou de l’expo est la mosaïque du Vème siècle « les trois Grâces et Bacchus chez Ikarios », découverte à Vinon sur Verdon dans le domaine de Pèbre, et maintenant domiciliée à Manosque.

Elle évoque la légende d’Ikarios, cultivateur ayant offert l’hospitalité à Bacchus, qui en retour l’initia à la vigne et au vin. A gauche Bacchus, reconnaissable à sa thyrse, est auprès d’Ikarios qui tient des grappes de raisin. Au centre, les trois Grâces, qui personnifient le don, la dette et la reconnaissance.. A droite, Ikarios indique à un serviteur le bouc qui se goinfre de raisins et doit être sacrifié.

On peut y lire les deux vers du poète Martial :

« toi qui fronce le sourcil et ne lis pas ces lignes de bonne grâce, puisses tu, horrible envieux, envier tout le monde et n’être envié par personne ».

quelques photos vues en Arles

Nous en avons été privés l’an dernier, les voici revenues ces expos de photos qui donnent l’occasion de passer et repasser dans la cité romaine pendant tout l’été. Et comme chaque année il y avait des grains à presser pour les habitués du bon clos…

A l’espace Van Gogh c’est l’Orient Express et la Compagnie Internationale des Wagons-Lits qui ressuscitaient, avec ces vues des caves des ateliers de Saint-Ouen.

C’est qu’il fallait nourrir et bien sûr donner à boire aux voyageurs au long cours.

Wagon bi-foudre pour le transport du vin destiné aux passagers de la Compagnie Internationale des Wagons-Lits

Dans quel pays se trouvait ce birou de voiaj ?

Un hommage appuyé était rendu à Sabine Weiss qui, à 96 ans, se revendique toujours comme « photographe-artisan » plutôt qu’artiste. La voici festoyant avec ses camarades de l’agence Rapho à gauche sur cette photo de Robert Doisneau en 1953

Ces photos de Brassai représentent des couples attablés date des années 1930 et ont été publiées dans l’éphémère revue NEUF, qui incarna « toute l’effervescence artistique et intellectuelle des années 1950, donnant une place centrale à la photographie et à ses auteurs ».

La même revue NEUF a donné carte blanche à des dessinateurs comme André François qui publia dans le numéro IX une histoire de crocodile domestiqué (enfin, pas complètement)…

ils savent raconter de jolies histoires…

Mais c’est avec l’architecte, designer et amateur de photos Charlotte Perriand (1903-1999), dont les collections sont humblement exposées dans une salle du Monoprix, que la vendange fut la plus conséquente.

On a retrouvé cette touchante photo d’auteur inconnu dans ses archives. Trois hommes, aux couvre-chefs marquant sans doute des origines diverses (casquette, béret, feutre), qu’on imagine touchés par la crise économique, assis sur un banc public…

Paris vers 1930

Voici quelques autres photos des années 30 de Wide World Photos, publiées par le New York Times, représentant des vendangeuses du Bordelais, d’Oléron, d’Italie…

Cette grappe a été prise par Emmanuel Sougez

et cette vue des vignes de Gevrey-Chambertin en 1931-32 par François Kollar

Dans ces foudres de Cognac, les eaux-de-vie attendent le filtrage (1930, auteur inconnu)

tandis qu’à Londres, les tonneaux de la brasserie Whitbreads sont fabriqués à la main par 3 hommes.

1934, agence non identifiée

Très engagée pour le progrès social dans les années suivant la crise de 1929, Charlotte Perrinad contribue à différents salons et expositions comme l’exposition internationale des arts et techniques de la vie moderne, (Paris 1937) avec notamment cette fresque appelant, sur un paysage de vignes et de champs, à faire bénéficier les travailleurs de la campagne comme de la ville de la législation sociale.

Arles 2021, une belle cuvée donc.

la douleur de la terre

Voici encore une oeuvre musicale magnifiant l’ivresse et la boisson pour « supporter le monde tel qu’il est ».

C’est le chant de la terre (Das Lied von der Erde) composée en 1908 par Gustav Malher, une symphonie pour tenor, alto et grand orchestre, suite de six chants sur des textes de poètes chinois.

Malher par Rodin

Le pauvre Malher, qui venait de perdre sa fille ainée, son poste à l’opéra de Vienne et de se découvrir une maladie incurable, découvrit ces poèmes traduits par Hans Bethge et en choisit 6 pour ce Chant de la Terre.

Le premier chant est la chanson à boire de la douleur de la terre (Das Trinklied vom Jammer der Erde), d’après Li Bai, appelé aussi Li Po, un poète que les lecteurs du bon clos ont déjà rencontré !

Dunkel ist das Leben, ist der Tod :sombre est la Vie, sombre est la Mort

Citons wikipedia :  » le thème de l’ivresse, remède à toutes nos peines, s’ouvre en fanfare avec les cors sur un motif de trois notes répété à plusieurs reprises. Mais le répit ne dure qu’un temps, le leitmotiv de la triste réalité résonne une première fois sombre est la Vie, sombre est la Mort. L’espoir renait le firmament depuis toujours est bleu, la Terre longtemps encore fleurira au printemps. Développement où les états d’âme se suivent, du sentiment de révolte, à l’exaltation due au vin et enfin la prise de conscience douloureuse du monde tel qu’il est. Et le mouvement en conclusion reprend le leitmotiv résigné sombre est la vie, sombre est la mort« .

Ecoutons ce chant par l’Israel Philharmonic Orchestra – Tel Aviv (1972) dirigé par Leonard Bernstein avec Christa Ludwig, mezzo-soprano et René Kollo, tenor.

Voici le texte de la chanson à boire de la douleur de la terre

I. Das Trinklied vom Jammer der Erde

Schon winkt der Wein im goldnen Pokale. Doch trinkt noch nicht, erst sing ich euch

ein Lied!
Das Lied vom Kummer soll auflachend
In die Seele euch klingen. Wenn der Kummer

naht,
Liegen wüst die Gärten der Seele,
Welkt hin und stirbt die Freude, der Gesang. Dunkel ist das Leben, ist der Tod.

Herr dieses Hauses!
Dein Keller birgt die Fülle des goldenen Weins! Hier diese lange Laute nenn ich mein!
Die Laute schlagen und die Gläser leeren,
Das sind die Dinge, die zusammenpassen.
Ein voller Becher Weins zur rechten Zeit
Ist mehr wert als alle Reiche dieser Erde.

Dunkel is das Leben, ist der Tod.

Das Firmament blaut ewig, und die Erde Wird lange feststehn und aufblühn im Lenz. Du aber, Mensch, wie lang lebst denn du? Nicht hundert Jahre darfst du dich ergötzen

An all dem morschen Tande dieser Erde!

Seht dort hinab!
Im Mondschein auf den Gräbern hockt
Eine wild-gespenstische Gestalt. Ein Aff ist’s! Hört ihr, wie sein Heulen hinausgellt
In den süßen Duft des Lebens!
Jetzt nehmt den Wein! Jetzt ist es Zeit,

Genossen!
Leert eure goldnen Becher zu Grund! Dunkel ist das Leben, ist der Tod.

Drinking Song of the Earth’s Sorrow

The wine in its golden goblet beckons.
But drink not yet. I’ll sing you a song first.

The song of sorrow shall laughingly
Enter your soul. When sorrow draws near,

Desolate lie the gardens of the soul, Joy, song, fade and perish.
Dark is life, is death.

Lord of this house!
Your cellar holds golden wine in abundance! Mine I call this lute here!
Striking the lute and draining glasses,
Those are the things which go together.
A full beaker of wine at the proper time
Is worth more than all the kingdoms of

this earth.
Dark is life, is death.

The sky is forever blue, and the earth
Will long stand firm, and blossom in spring. But you, man, how long will you live?
Not a hundred years are you permitted

to delight
In all the brittle vanity of this earth!

Look down there!
On the graves, in the moonlight, squats A wild spectral figure. An ape it is! Hear how its howls screech out
Into the sweet fragrance of life!
Take now the wine. Now is the time,

friends!
Drain your golden beakers to the last! Dark is life, is death.

Le 5 ème chant: Der Trunkene im Frühling (« L’Ivrogne au printemps »), est aussi d’après Li Bai :

« Un ivrogne chante trop haut et un oiseau vient annoncer le printemps, l’ivrogne proteste « que m’importe le printemps, laissez moi à mon ivresse ».(cf wikipedia). A 30 mn et 4s sur la video ci-dessus

V. Der Trunkene im Frühling

Wenn nur ein Traum das Leben ist, Warum dann Müh und Plag’?
Ich trinke, bis ich nicht mehr kann, Den ganzen lieben Tag.

Und wenn ich nicht mehr trinken kann, Weil Kehl’ und Seele voll,
So tauml’ ich bis zu meiner Tür Und schlafe wundervoll!

Was hör ich beim Erwachen? Horch, Ein Vogel singt im Baum.
Ich frag ihn, ob schon Frühling sei,— Mir ist als wie im Traum.

Der Vogel zwitschert: Ja! der Lenz ist da, Sei kommen über Nacht,—
Aus tiefstem Schauen lauscht ich auf, Der Vogel singt und lacht!

Ich fülle mir den Becher neu
Und leer ihn bis zum Grund
Und singe, bis der Mond erglänzt Am schwarzen Firmament.

Und wenn ich nicht mehr singen kann, So schlaf ich wieder ein.
Was geht mich denn der Frühling an!? Lasst mich betrunken sein!

The Drunkard in Spring

If life is but a dream,
Why, then, toil and torment?

I drink, until I can no more, The livelong day.

And when I can drink no more, Because my gorge and soul are full,

I stumble to my door
And I sleep wonderfully!

And, waking, what do I hear? Hark, A bird sings in the tree.
I ask him whether spring has come— I am as if in a dream.

The bird twitters. Yes, spring is here! Overnight it has come—
From deepest contemplation I started, The bird sings and laughs!

Afresh I fill my beaker
And drain it to the dregs
And sing until the moon gleams In the black firmament.

And when I can sing no more,
I fall asleep again.
What has spring to do with me!? Let me be drunk!

On peut trouver le texte intégral du Chant de la Terre (allemand et traduction en anglais) .

mélodies irlandaises

Sur un poème de Thomas Moore (ci-dessous à g.) traduit par Thomas Gounet, Hector Berlioz (à d.) a composé en 1829 une chanson à boire qui mérite notre intérêt. Elle figure dans le recueil de mélodies : mélodies d’Irlande.

Amis, la coupe écume!
Que son feu rallume
Un instant nos cœurs!
Du bonheur ce gage
N’est que de passage;
Noyons nos douleurs!

Oh! ne crois pas qu’à mon âme
Les tourments soient épargnés!
Mes chants, échos de ma flamme,
Seront toujours de larmes imprégnés.
Ce sourire qui rayonne
Sur mon front sombre et pensif,
Est semblable à la couronne
Dont on pare un roi captif.

Mais la coupe écume, etc.

Les plus heureux sur la terre,
Que comptent-ils de plaisirs,
Sans quelque pensée amère,
Quelques fatals et tristes souvenirs?
A l’âme tendre et sensible
Le moindre mal est cuisant,
Comme à l’arbrisseau flexible
Un roitelet est pesant.

Mais la coupe écume, etc.

Thomas Moore, poète prolifique, a composé des dizaines de mélodies irlandaises, sur des airs connus comme c’était l’usage à l’époque (toutes les partitions sont en ligne sur le site LibraryIreland.com).

Parmi celles-ci plusieurs font référence à la boisson, mais de laquelle Thomas Gounet a-t-il tiré sa chanson à boire, une traduction très libre assurément ! ? On pourra peut-être répondre à cette question en analysant les oeuvres complètes !

Pour les lecteurs du Bon Clos on relèvera « drink to her« , « drink of this cup« , « the wine-cup is circling« , « come send round the wine » (un véritable hymne à la tolérance, écouter ci-dessous la version d’Eleanor McEvoy).

Cette grande chanteuse irlandaise vient de sortir Gimme some wine, chanson d’amour assez désespérée, c’est le moment de la découvrir.

Gimme some wine if I can’t get your time…

Ci-dessous quelques oeuvres du peintre Chris Gollon illustrant Gimme some wine

Au château royal de Cazeneuve

Quelle émotion de mettre les pieds dans ce château du bon Roy Henri, III de Navarre et futur IV de France, qu’il dut se résoudre à vendre en 1583,

d’explorer son cellier,

d’y découvrir ces verreries et carafes anciennes,

et autres vieilles bouteilles

et d’y tomber nez à nez avec ce Bacchus de pierre et son tonnelet.

Cette série de bouteilles va du quart à la Margot (27 litres)

Dans les appartements, noter cette armoire à la treille finement sculptée.

Cazeneuve est à Préchac au bord des gorges du Ciron en Gironde, à 1 heure de Bordeaux, en bordure du parc régional des landes de Gascogne.

A noter une bonne adresse pour déjeuner sous les érables locaux à feuilles de frêne : chez Pitras.

Boire avec les dieux

Que voici une belle exposition sur le vin dans l’Antiquité, proposée par la Cité du Vin !

Nous y avions suivi il y a quelques semaines une conférence en ligne du professeur François Lissarague sur « le banquet des grecs« , où l’on apprenait que les symposiums (boire ensemble) commençaient généralement par des libations aux dieux.

Cette exposition nous donne à voir les représentations de ces dieux, essentiellement Dionysos et son avatar romain Bacchus, sur des amphores, rhytons et autres jarres, mais aussi sur des reliefs, des sculptures et des objets décoratifs.

On est accueilli par ces mots d’Euripide :

Dionysos, fils de Sémélé, prince divin des Bienheureux, maître des gais banquets tout fleuris de couronnes, dont l’apanage est de conduire les choeurs au son des flûtes, de rire, et d’endormir nos soucis, quand le jus du raisin brille au festin sacré…

Le voyage commence en Egypte avec cette stèle calcaire(-VII à -IVème siècle) représentant des femmes vendangeant et foulant le raisin

à mettre en regard avec cette autre scène de vendange et foulage du raisin en musique par des satyres (Italie du sud, IVème siècle avant J.C.)

Le voyage se poursuit en Perse (au Louristan) avec cette situle (seau à vin) ornée d’une scène où deux époux font le geste de trinquer (vers -1000) devant un serviteur portant la jarre.

voir le déroulé di-dessous

Mais l’essentiel se passe en Grèce. Ce rhyton et cette jarre trouvés à Santorin datent de -1600…

Ce rhyton à tête de mulet, percé, permettait de boire à la régalade (IVème siècle av. J.C., Attique)

Le vin est un don de Dionysos aux hommes. Sur ce situle dit « Rothschild »(du nom du donateur d’une importante collection) venant d’ Italie du Sud (vers -350) et conservé à Genève, on voit le dieu entouré d’Aphrodite, Eros et Eirenè (la Paix), en offrir au roi de Thrace Maron convaincu par Peithô (la Persuasion).

Il faut donc remercier les dieux ce qu’on fait à chaque libation en versant quelques gouttes de vin sur le sol, avant de le boire mélangé à de l’eau.

Dionysos, dieu errant, offrait la vigne et le vin à ceux qui l’accueillaient, comme sur cette amphore trouvée en Attique (-550 -530) où on le voit apportant du vin à des jeunes hommes porteurs de présents.

Voici aussi un vase (pelikè) représentant Dionysos sur un char (Attique, vers -380)

Sur ce pied de table en marbre, Dionysos est représenté la main sur la tête en signe d’extase.

Ce cratère à volutes représente Héraclès et Dionysos (Italie du Sud, -350). Tous deux ont acquis l’immortalité en récompense de leur oeuvre civilisatrice.

Ce psykter (vase à rafraichir le vin) représente les deux compères (Héraclès est reconnaissable à sa peau de lion) avant un concours de boisson…

Voici encore Dionysos sur une « nestoris » (Italie du sud, vers -350) avec Eros (le vin passait pour être aphrodisiaque) : Dionysos est étendu sur un lit, face à un satyre, tandis qu’au dessus Eros tient dans ses mains un cerceau (filtre d’amour ?).

Le dieu caprin Pan se joint volontiers à Dionysos-Bacchus. Celui-ci en bronze vient de Suisse (à g. 150-200 ap.J.C.). Voici aussi Silène, vieux satyre, précepteur de Dionysos, pressant contre lui une outre à vin (Grèce, marbre, 1er siècle).

Voici maintenant deux masques représentant Dionysos sous deux formes très différentes : jeune homme pressant le raisin dans ses mains( Botrys -la grappe, à gauche) et vieillard barbu à cornes de taureau (Tauros). Asie Mineure, IIème-Ier siècle avant JC)

Cette applique de lit en bronze représente un autre Dionysos Tauros (Alexandrie IIème siècle av.JC)

Le thème de la mort est là évidemment, avec cette hydrie funéraire en bronze dorée (Grèce, fin du 4ème siècle avant JC) qui représente Dionysos et son amant Ampélos, « dont la mort prématurée causée par un taureau laissa le dieu inconsolable », et qui se serait métamorphosé en vigne.

Plus monumental encore est ce cratère découvert à Vix dans la tombe d’une princesse celte (fin du VIème siècle av. J.C.), qui témoigne des échanges existant alors entre Bourgogne et Italie. C’est le plus grand vase que l’Antiquité nous ait légué, il pouvait contenir 1100 litres.

Ci-dessous deux vases provenant d’un sanctuaire des Cabires, à Thèbes représentant ces divinités proches de Dionysos donnant du vin au cours d’un banquet à un serpent et à un cygne, deux animaux « symboliquement en lien avec la mort ». (Vème siècle av. JC). Le vin et le banquet seraient donc ici associés à l’idée de vie sublimée après la mort.

Cette mosaïque ornait la salle de banquet d’une riche villa, semblant inviter à jouir de la vie… : carpe diem

Un proverbe latin ne dit-il pas :

Les bains, les vins, Vénus nous ruinent la santé. Mais la vie, c’est les bains, les vins, Vénus…

Et pour finir, voici la stèle d’un cabaretier de Bordeaux tenant la cruche d’une main et le gobelet de l’autre semblant inviter le passant à boire.(II-IIIème siècle)

Bien d’autres oeuvres valent le déplacement, notamment des modernes, on a jusqu’au 30 août 2021 pour les voir Avant qu’elles ne joignent les collections du Louvre, du Musée Archéologique d’Athènes, de la Fondation Gandur et autres musées genevois et collections privées dont elles proviennent. Avis aux amateurs !

Un petit verre pour la vie…

Il faut saluer Eric Slabiak et son groupe Josef Josef qui chantent cet été au festival d’Avignon et ont repris un vieil air yiddish « a glezele léchaim », un petit verre à (pour) la vie !

(Eric Slabiak avec son violon endiablé s’est fait connaitre depuis longtemps avec son précédent groupe « les yeux noirs »)

C’est un air entrainant que l’on peut écouter sur Spotify par exemple.

« 

Trinquons à la vie
Ce soir, à la table de fête

A la santé, à l’amitié, aux amis,
Buvons et versons à nouveau.
À la santé, aux jeunes et aux vieux,
A ceux qui sont là et aux absents…

En voici une version plus ancienne chantée par par Misha Alexandrovich

Cette version plus tranquille par Doris et Elliot Weiss attribue la musique à Joseph Rumshisky, et les paroles à B. Berghotz.

Voici la partition disponible sur le site de la Bibliothèque du Congrès :

Né près de Vilno (Lithuanie) en 1881, Joseph Rumshinsky émigra en 1 904 aux Etats-Unis. Compositeur et chef d’orchestre, il est l’un des grands du théâtre yiddish américain.

Chez les Chevaliers de Méduse

Ce samedi 2 juillet se tenait à l’Oenothèque de Bandol le chapitre de juillet de l’Ordre Illustre des Chevaliers de Méduse.

Au cours de ce chapitre a été inauguré une exposition sur l’histoire des confréries bachiques dont on pourra lire une relation sur le site de la FICB.

Cette confrérie, dont l’histoire remonte aux temps anciens (elle fut fondée vers 1690), fut dissoute comme les autres à la Révolution. Elle renaquit en 1951, et depuis lors s’emploie à promouvoir les vins de Provence: Bandol, Cassis, Palette, Côtes de Provence, Côteaux varois en Provence, Bellet…

C’est une société « bachique, badine et facétieuse » ; mais aussi « solidaire, chantante et littéraire »…  

Par convention locale, on n’y boit pas, on y lampe ; dans un verre ? non dans, une lampe ; du vin ? et non, de l’huile… Les membres sont des frères et soeurs et le tutoiement est de rigueur.

En effet, lamper, c’est éclairer son esprit ; l’huile versée dans la lampe fait rayonner la flamme sacrée, symbole de l’esprit, de la connaissance et du coeur.

Le Grand-Maître Jean-Pierre Boyer a ce jour-là intronisé trois impétrants, parrainés par le Grand Argentier Georges Romeo : M. Marc Bayle, conseiller municipal de Bandol, ancien préfet, féru d’histoire ; Mme Mary Kirk, franco-américaine, sommelière, organisatrice de voyages orientés vins en Champagne et Ile de France ; et Alan Bryden, le Président de la FICB.

C’est en lampant une huile rosée du domaine de Ray-Jane (Bandol 2020) apportée par le frère Alain Constant que les trois nouveaux Chevaliers ont scellé leur entrée dans l’Ordre Illustre. Le cérémonial suit la règle ordonnée par le Grand Cellérier :

Lampe en main

Lampe allumée

Portons la à hauteur de nos yeux

Et après avoir invoqué notre mère Méduse

Lampons !

et finit avec la formule latine Oleo et Lampade Medusa Gaudet, à laquelle on répond :

Laetificat ! Petrificando !

Alleluia ! Alleluia !

L’expo nous apprend que l’Ordre Illustre a été créé à Marseille par le Sieur Hurault, marquis de Vibraye, (il devrait s’agir d’Henri-Emmanuel 1638-1708 ?),

au sein d’un cercle d’officiers de la Marine Royale. Pourquoi Méduse ? le vin, tout comme Méduse, a la capacité de rendre ses trop fervents admirateurs aussi immobiles que la pierre…

Cette « Société de buveurs » a été ensuite développée par Jean-Louis Girardin de Vauvré, Intendant du port de Toulon de 1680 à 1716 qui l’implanta un peu partout en France, notamment dans les ports.

Jean-Louis Girardin de Vauvré

Il passe pour avoir rédigé les agréables divertissemens de la table, ou les règlemens de l’illustre société des frères et soeurs de l’ordre de Méduse,

en collaboration avec des hommes de lettres (parmi lesquels il faut citer Jacques Vergier, poète reconnu par les grands de son temps, un temps chancelier de l’Ordre).

On peut y découvrir les curieux statuts et rituels de cette Société dont le principal objectif était de permettre à ses membres, dont de nombreux officiers de marine, qui devaient être « catholiques, de bonnes moeurs, point médisants, blasphémateurs ni ivrognes », de « profiter des douceurs de la vie au cours d’abondants festins bien arrosés, au sein d’une compagnie joyeuse, cultivée et agréable« , mais qui avait aussi pour but de porter assistance à ses membres, notamment pour payer les rançons de ceux « tombés en captivité aux mains des infidèles ».

On y trouvera aussi maintes chansons, épigrammes et épîtres composés par les « frères et soeurs » :

Heureux mortels que votre sort est beau !

Sans redouter les maux que cause l’Eau,

Lampez bonne huile au gré de votre envie

Et vous goûtez la véritable vie.

Voici quelques vers bien plaisants de Jacques Vergier (1699):

Cher voisin, que j’aime à voir ta face !
De Vénus, les beautés elle efface :
On voit sur ton nez la carte d’un ivrogne
Je parcours dans ta riante trogne
Tous les cantons de Champagne et Bourgogne

Buvons pour célébrer ta gloire.
Ah ! Quelqu’un peut-il te voir
Sans en concevoir
Un pressant désir de boire ?

Au petit Trianon

Construit en 1762 à la demande de Louis XV, ce petit château de plan carré est reconnu comme un chef d’oeuvre du néo-classicisme naissant…

Construit sous Louis XV, inauguré par la comtesse du Barry, il fut plus tard offert à Marie-Antoinette qui en fit sa maison de campagne, avec ferme, hameau, jardin à l’anglaise et à la française etc.

Voici la vigne :

et une longue et jolie tonnelle :

Ce tableau de Noël Hallé (1776), aux détails truculents (voir le putto qui boit à la paille dans une jarre) orne la salle à manger du château,

(Ce peintre que décriait Diderot a peint aussi un Triomphe de Bacchus qui se trouve à Rouen)

L’on peut aussi voir ce miroir bachique monumental :