retour en Slovénie

On se souvient de ce petit pays de l’ex-Yougoslavie, entouré de montagnes et planté de vignes. Nous l’avons parcouru en 2016. Des circonstances favorables nous y ont ramenés.

Nous avons retrouvé Ljubliana et son charme austro-hongrois. Nous y avons été accueillis par Janesz, un membre de la ZDRUZENJE SLOVENSKEGA REDA VITEZOV VINA (l’Association de l’Ordre slovène des chevaliers du vin), grand amateur de vin bien sûr. Il est Vice-Président de la FICB (Fédération Internationale des confréries bachiques). Il nous a fait déguster un pinot noir domaine Jamešk de la vipavska dolina, vallée à l’ouest de la Slovénie jouxtant l’Italie où sont les meilleurs crus ;

Janesz nous présente aussi son ami Marin Berovič, un homme aux multiples talents : professeur d’université en biotechnologie, membre de jurys internationaux de dégustation, peintre, guide touristique… ; Marin est aussi Ambassadeur de sa Confrérie, le « Consulat de Slovénie de l’Ordo Equestris Vini Europae », où il nous accueillera le lendemain pour participer à un chapitre exceptionnel.

tableau de Marin Berovič, vignobles prés de la frontière italienne

Avant de rallier Celje, nous sommes entraînés au château qui domine la ville. Là nous rencontrons Milan Podgačnik, grand-maître (Ambassador) de la ZDRUZENJE SLOVENSKEGA REDA VITEZOV VINA, qui nous a invité à déjeuner. Docteur vétérinaire de formation, il été ministre de l’agriculture et promeut tant qu’il le peut les vins de son pays !

Le chemin de la gare passe par les jardins de la maison des écrivains, où se tenait un salon des vins effervescents (penečih vin). Nous en avons bu d’excellents, comme celui de Mika ou d’Anna…

A l’arrivée en soirée à Celje, à une heure de route, c’est Tomislav, Senator du Consulat Slovène de l’OEVE, qui nous accueille et nous remet un carton de pinot gris, des fois que nous aurions une petite soif.

Tomislav Kovačič inaugurant la journée

Le lendemain samedi, rassemblement des « légatures » venues de toute la Slovénie, ainsi que des délégations d’Autriche, de Croatie, de Slovaquie, d’Italie… qui vont défiler au son de l’harmonie jusqu’à l’église abbatiale Saint Daniel, lieu de la cérémonie.

Nous y rencontrons le Professeur Julij Nemanič, universitaire, longtemps représentant de son pays à l’OIV, qui va y recevoir le diplôme d’honneur de la FICB.

remise du diplôme d’honneur de la FICB à Julij Nemanič

Nous assistons aux intronisations de dizaines d’impétrants

et sommes charmés par le concert donné par deux harpistes.

C’est au Celjski Dom que sera servi le déjeuner attendu par tous. Mais il faudra auparavant boire le verre de la fraternité

avec les chanteurs du groupe Erosi

qui régalent le public de chants slovènes traditionnels, dont certains titres sont évocateurs.

 Dvigni zlato kupico

En starček je živel (un vieil homme vivait dans un vignoble de montagne…)

En hribček bom kupil (je vais acheter une colline pour y planter des vignes…)

Kolkor kapljic tolko let

Le pij, le pij (bois, bois et verse encore…)

Mi Slovenci vinca ne prodamo (nous les slovènes ne vendons pas de vin, parce que nous savons bien boire. On se réunit, on est de bonne humeur, et on chante gaiement.)

Ta glažek je prazen (ce verre est vide, on rentre à la maison)

Le repas gastronomique fut servi avec les vins ad hoc. On s’en convaincra en découvrant le menu

Ce déjeuner bien arrosé commencé vers 15h se termina vers 18h. Rentré à l’hôtel, le Professeur Sénateur Karl (historien officiant à Klagenfurt) nous a convaincu de partager une bouteille de ce pinot gris dont on a parlé plus haut.

Ce qui fut fait !

Terminons cette visite éclair en Slovénie avec quelques belles pièces découvertes dans les musées et échoppes.

L’ancien manoir des comtes de Celje qui abrite une partie des collections du musée régional est fameux pour son plafond (Celjski strop), représentant des scènes de vendanges repérées lors d’un précédent séjour.

Nous y avons cette fois-ci trouvé cette scène d’auteur inconnu représentant Bacchus en bonne compagnie.

Et voici un buveur, lui aussi d’auteur inconnu, du 17ème siècle (ces tableaux auraient été récupérés par les partisans à l’issue de la dernière guerre).

Ce jeton circulaire fait partie d’une série de 12 tous différents et représente un jeune homme buvant au tonneau ; il ne mesure que quelques centimètres de diamètre.

et voici quelques chopes et verres.

Ce n’est pas les mains vides, mais avec ce précieux rouge mousseux, offert par un grand amateur, issu de vignes de la région karstique au-dessus de Trieste, et élevé 10 ans sur lies,

chateau intanto

et avec le désir sincère d’y retourner, que nous quittons cette terre de vin et de miel.

tableau de marin berovič, qui prépare un séjour-découverte des vignes et des vins de Slovénie pour 2023
élément de ruche, une tradition slovène

Au Clos Nenesse

Quelle plus belle occasion que ce jour du vin nouveau pour rendre visite à l’ami Jean-Pierre Dutilheul dans son Clos Nenesse.

Situé aux alentours d’Etampes, ce clos longiligne d’une cent-cinquantaine de pieds (de Gaillard 2, un enfant de Noah (principalement), pinot noir et baco)a été planté par son père, il y a quelques lustres.

Jean-Pierre s’est inscrit dans sa suite et faisait déguster aux amateurs ses crus 2015 à 2020,

Au centre Jean-Pierre Dutilheul, avec à sa droite le président de Cocorico Michel Devot

agrémentés de saucisses marinées, tomme de Savoie affinée au marc, et bien d’autres bonnes choses.

On pouvait y faire de belles rencontres comme celle de cet autre Jean-Pierre

producteur, à Méréville aux confins de l’Essonne, d’un petit cabernet-sauvignon intéressant.

Et c’est le coeur joyeux que l’on a rejoint ensuite les fêtards clamartois réunis aux trois garçons par le Président Marcel pour célébrer le vin nouveau

Marcel au verre de rouge (rare)

en chansons avec Bernard à l’accordéon.

Au Symposium des vignes d’Ile de France à Auvers/oise avec Cocorico

Il s’est finalement tenu, ce Symposium tant attendu. Nulle nième vague ne l’a contrarié, et quelques vingt-cinq confréries et associations franciliennes s’y sont retrouvées, dans ce joli village d’Auvers/Oise, pour partager des connaissances, parader, admirer des oeuvres artistiques mais aussi trinquer, faire bonne chère et la fête.

Si l’on se replace en novembre 2020, date où le comité d’organisation s’est pour la première fois réuni, il fallait avoir un sacré optimisme pour investir dans ce projet.  Saluons donc Michel Devot, président de Cocorico, la municipalité d’Auvers/Oise et le Pressoir Auversois, association invitante, pour s’être lancés dans l’aventure.

Une fois montrée patte blanche (on aura compris qu’il s’agissait du passe sanitaire) la journée commença par des conférences sur des thèmes viticulturel, oenologique, historique, artistique et gastronomique.

Denis Boireau, un scientifique bien connu des amis du bon clos, fit le point sur les cépages résistants aux maladies de la vigne comme l’oïdum et le mildiou, fruits de recherches ancienne et récente,

et incita vivement les cultivateurs de vignes patrimoniales  à s’y intéresser. (Nous avons déjà visité son « arboretum » d’Epinay/Orge.)

Gabriel Lepousez, neurobiologiste, chercheur à l’institut Pasteur et concepteur d’une formation à l’Ecole du Nez de Jean Lenoir, fit sensation en décrivant précisément les fondements anatomiques et physiologiques de l’olfaction : 400 capteurs, situés dans l’épithélium olfactif, permettant d’identifier des milliers (potentiellement des milliards) de molécules, sont reliés aux neurones de la zone nasale du cerveau.

Encore faut-il avoir les bons gènes pour que ces associations soient activées. D’un individu à l’autre, on observe des seuils de sensibilité extrêmement variés, dans un rapport de 1 à 1000 voir plus. Le plus beau nez du monde ne peut donner que ce qu’il a ! L’entrainement n’y remédiera pas, mais il permettra (ce qui n’est pas rien) de mettre des mots sur ce qui est ressenti. Il décrivit également le phénomène de rétro olfaction, qui opère lors de l’ingurgitation et échappe donc aux dégustateurs qui recrachent le vin. Et il fit valoir que les neurones de la zone nasale du cerveau ont la faculté de se régénérer.

Michel Miersman, de la Confrérie du Clos Saint-Vincent de Noisy-le -Grand, est venu faire part de la démarche qui lui a permis d’écrire un livre sur 1300 ans d’histoire de la vigne et des vignerons de Noisy-le-Grand,

sans quasiment sortir de son bureau, tant il y a d’informations et de documents (comme le « terrier ») disponibles en ligne.

Robin Bourcerie, jeune musicien et musicologue auteur d’une thèse sur les airs à boire du 17ème siècle en exprima la substantifique moëlle en les situant dans le contexte des moeurs de l’époque : 

types de vins, circuits d’approvisionnement et lieux de consommation, en mettant l’accent sur l’explosion créatrice (des milliers d’airs publiés dont 2425 analysés dans sa thèse) et l’importance du cabaret.

Enfin Thierry Bitschené, de la confrérie du Brie de Meaux, a présenté son fromage d’élection au moyen d’un petit film,

et invité les participants à s’en faire une idée plus précise lors du déjeuner qui s’ensuivit.

Après le buffet campagnard, qui valait bien celui du temps béni des Galeries Barbès,

l’heure est venue de se mettre en tenue pour défiler dans les rues d’Auvers,

ci-dessus Jean-Claude Pantellini, président du pressoir Auversois, entre à gauche Isabelle Mézières, maire d’Auvers/Oise, et à droite Martine Rovira, maire adjointe

et, au son des corps de chasse du Rallye Vau-Vent

et des cabrettes, accordéons et vielles de la Bourrée Montagnarde,

rallier l’église,  immortalisée jadis par Vincent Van Gogh,

où une bénédiction attendait les quelques vingt-cinq confréries présentes.

C’est un autre Vincent qui tenait fièrement la bannière de Clamart.

De l’église, en longeant les vignes où sont Saint-Vincent et Bacchus,

, on partit vers la mairie où les véhicules du Vexin Classic paradaient à l’arrêt. On y retrouva la conseillère régionale Babette de Rozières, déléguée à la gastronomie, heureuse de retrouver les confréries.

Quelques heureux trouvèrent là une alerte guide pour explorer en privé les ruelles du village,

On aura reconnue Edith Monti, artiste peintre anversoise dont les lecteurs du bon clos ont déjà fait la connaissance et que nous remercions pour son accueil

découvrir le musée et les vignes Daubigny et pousser jusqu’à l’atelier du maître en  passant au pied de l’escalier de Van Gogh.

Le reste de la troupe put découvrir la médiathèque où le dessinateur humoriste Michel Roman

et les enfants des écoles exposaient leurs oeuvres artistiques et poétiques.

Enfin vint l’heure du diner servi par le traiteur Bernard Dieu et animé par Frank Dorès, Léna et leurs danseuses. 

Après les salamalecs et remerciements de tous ordres,

On reconnaitra au centre Pierre Douglas, avec sa gauche Isabelle Mézières, maire d’Auvers, puis J.C.Pantellini, président de Pressoir Auversois, et Michel Devot, président de Cocorico ; et à sa droite, Michel Mella, Jean-Pierre Gimbert, Marc Lesk, J.P.Faury et Martine Rovira, maire-adjointe

vint l’heure de la proclamation des résultats du concours des vins d’ile de France et de la remise des diplômes par l’accorte Edith Monti.

Le jury était présidé par Philippe Faure-Brac, meilleur sommelier du monde… 1992 et président de l’Union Française des Sommeliers, assisté de Laetitia Trouillet Martin, de l’institut oenologique de Paris. Avec  4 autres dégustateurs chevronnés, ils avaient eu à juger 51 vins des années 2019 et 2020, principalement des blancs, présentés par 23 confréries et associations, et ont décerné 3 médailles d’or, 7 d’argent et 8 de bronze et quelques prix d’encouragement.

Comme les résultats étaient annoncés en commençant  par les diplômes de moindre importance, l’on pouvait lire sur les visages des premiers nominés la déception d’être appelés si tôt, et sur ceux de ceux qui ne l’étaient pas encore l’espoir, de plus en plus ténu  au fur et à mesure des appels, de l’être pour une plus haute récompense… Dura lex sed lex!

les lauréats du concours des vins

Ce n’est pas si facile de faire un bon vin, le Bon Clos adresse ses félicitations aux médaillés, et ses encouragements à tous les participants !

On pourra voir les résultats complets sur le site de Cocorico.

En Roumanie

Voici un pays viticole dont on ne voit pas souvent les bouteilles sur nos tables, il fallait y aller pour en savoir plus !

C’est une fête,qui nous en a donné l’occasion, le Festival Cavaleresc al Vinului Romanesc organisé par le le Consulat Roumain de l’Ordo Equestris Vini Europae.

Elle a eu lieu du 1er au 3 octobre à Alba Iulia, Transylvanie,

Une visite des vignobles et chais de la société JIDVEI, propriétaire d’un domaine de 2500 ha dans la région d’Alba Iulia et sponsor du festival,

fut suivie d’une mémorable dégustation dans son chateau Bethlen-Haller sis à Cetatea de Balta .

Elle permit de découvrir les cépages locaux (notamment Feteasca Alba, régala, et neagra ; Budureasca )

la gastronomie roumaine,

(voir troisième et quatrième à partir de la droite, Sergiu Nedelea et Marius Farmazon, respectivement Ambassadeur et Consul d’OEVE Consulat Romania)

Sergiu est journaliste, formateur et dégustateur international

et le talent du chanteur et cymbaliste Romulus.

La fête se poursuivait le lendemain avec un défilé en costumes dans la citadelle d’Alba Iulia,

chevaliers roumains et… clamartois

Le Père Oliviu Botoi, un des rares francophones rencontrés en Roumanie, procéda à une bénédiction dans la salle historique de l’Union, où fut proclamée le 1er décembre 1918 l’union de la Transylvanie et du reste de la Roumanie,

Le diner, apothéose de la fête, permit d’approfondir la connaissance des vins et de la musique de Roumanie.

(ci-dessus les 3 chanteuses Adina Sima, Andra Oproiu et Luana Toader)

Remercions nos amis roumains, organisateurs de cette belle fête, de nous avoir donné l’occasion de découvrir leur beau pays, et ses vins. On en saura plus sur cette fête, qui se termina verres en main à pas d’heure et en chansons à l’hôtel Transilvania, en consultant le site de la Fédération Internationale des Confréries Bachiques.

Une des appellations les plus réputées est celle de Cotnari, au Nord-Est du pays en Moldavie.

(à gauche, panneaux de sortie de ville ; à droite, la station de lavage de voitures de Cotnari)

Les grappes étaient mûres et les vendanges battaient leur plein.

Un peu plus au sud, à Odobesti, nous n’avons pu visiter les caves du Beciul Domnesc (Cave princière) construite au 15ème siècle sous Stefan cel Mare, le bâtiment historique étant fermé.

Mais sur le bâtiment qui lui fait fasse, une bouteillerie semble-t-il, une gigantesque fresque, aux personnages bachiques comme sortis d’un rêve, mérite le détour.

la signature est intrigante, qui nous éclairera ?

Ce tonneau a été vu à Cacica, au fond d’une mine de sel désaffectée.

Voici aussi quelques objets, horloge, tonnelets et fiasques, vus à Sighisoara, cité fortifiée de Transylvanie.

Ce couple qui s’amuse avec un verre de vin, vu au musée de Sibiu, est l’oeuvre de Caspar Netscher (1639-1684)

Ce tableau de Gheorghe Petrascu (1872-1949) vu à Brasov représente les chais de « la Nicoresti »

Cette femme au piano et au verre de vin a été vue dans l’ hotel Casa Iurca de Calinesti, à Sighetu Marmatiel (Maramures)

Terminons s ce tour de Roumanie par la visite d’un surprenant cimetière, à Sapanta (Maramures). Les tombes y sont ornées de stèles en bois peintes, représentant les activités des trépassés ou encore les circonstances de leur fin.

En voici un florilège pour les lecteurs du bon clos. Accros à la țuică ou à la palinka (terme local pour la gnôle), musiciens, barmen, cavistes, amateurs, ils sont tous là, peints avec tendresse et simplicité. Bonne visite, et paix à leurs âmes !

C’est en 1935 qu’un artisan local lança cette « mode », renouant ainsi avec d’anciennes traditions valaques (joyeuses obsèques, rituels funéraires festifs, libations et toasts portés au cours de repas commémoratifs…).

Chez les Chevaliers de Méduse

Ce samedi 2 juillet se tenait à l’Oenothèque de Bandol le chapitre de juillet de l’Ordre Illustre des Chevaliers de Méduse.

Au cours de ce chapitre a été inauguré une exposition sur l’histoire des confréries bachiques dont on pourra lire une relation sur le site de la FICB.

Cette confrérie, dont l’histoire remonte aux temps anciens (elle fut fondée vers 1690), fut dissoute comme les autres à la Révolution. Elle renaquit en 1951, et depuis lors s’emploie à promouvoir les vins de Provence: Bandol, Cassis, Palette, Côtes de Provence, Côteaux varois en Provence, Bellet…

C’est une société « bachique, badine et facétieuse » ; mais aussi « solidaire, chantante et littéraire »…  

Par convention locale, on n’y boit pas, on y lampe ; dans un verre ? non dans, une lampe ; du vin ? et non, de l’huile… Les membres sont des frères et soeurs et le tutoiement est de rigueur.

En effet, lamper, c’est éclairer son esprit ; l’huile versée dans la lampe fait rayonner la flamme sacrée, symbole de l’esprit, de la connaissance et du coeur.

Le Grand-Maître Jean-Pierre Boyer a ce jour-là intronisé trois impétrants, parrainés par le Grand Argentier Georges Romeo : M. Marc Bayle, conseiller municipal de Bandol, ancien préfet, féru d’histoire ; Mme Mary Kirk, franco-américaine, sommelière, organisatrice de voyages orientés vins en Champagne et Ile de France ; et Alan Bryden, le Président de la FICB.

C’est en lampant une huile rosée du domaine de Ray-Jane (Bandol 2020) apportée par le frère Alain Constant que les trois nouveaux Chevaliers ont scellé leur entrée dans l’Ordre Illustre. Le cérémonial suit la règle ordonnée par le Grand Cellérier :

Lampe en main

Lampe allumée

Portons la à hauteur de nos yeux

Et après avoir invoqué notre mère Méduse

Lampons !

et finit avec la formule latine Oleo et Lampade Medusa Gaudet, à laquelle on répond :

Laetificat ! Petrificando !

Alleluia ! Alleluia !

L’expo nous apprend que l’Ordre Illustre a été créé à Marseille par le Sieur Hurault, marquis de Vibraye, (il devrait s’agir d’Henri-Emmanuel 1638-1708 ?),

au sein d’un cercle d’officiers de la Marine Royale. Pourquoi Méduse ? le vin, tout comme Méduse, a la capacité de rendre ses trop fervents admirateurs aussi immobiles que la pierre…

Cette « Société de buveurs » a été ensuite développée par Jean-Louis Girardin de Vauvré, Intendant du port de Toulon de 1680 à 1716 qui l’implanta un peu partout en France, notamment dans les ports.

Jean-Louis Girardin de Vauvré

Il passe pour avoir rédigé les agréables divertissemens de la table, ou les règlemens de l’illustre société des frères et soeurs de l’ordre de Méduse,

en collaboration avec des hommes de lettres (parmi lesquels il faut citer Jacques Vergier, poète reconnu par les grands de son temps, un temps chancelier de l’Ordre).

On peut y découvrir les curieux statuts et rituels de cette Société dont le principal objectif était de permettre à ses membres, dont de nombreux officiers de marine, qui devaient être « catholiques, de bonnes moeurs, point médisants, blasphémateurs ni ivrognes », de « profiter des douceurs de la vie au cours d’abondants festins bien arrosés, au sein d’une compagnie joyeuse, cultivée et agréable« , mais qui avait aussi pour but de porter assistance à ses membres, notamment pour payer les rançons de ceux « tombés en captivité aux mains des infidèles ».

On y trouvera aussi maintes chansons, épigrammes et épîtres composés par les « frères et soeurs » :

Heureux mortels que votre sort est beau !

Sans redouter les maux que cause l’Eau,

Lampez bonne huile au gré de votre envie

Et vous goûtez la véritable vie.

Voici quelques vers bien plaisants de Jacques Vergier (1699):

Cher voisin, que j’aime à voir ta face !
De Vénus, les beautés elle efface :
On voit sur ton nez la carte d’un ivrogne
Je parcours dans ta riante trogne
Tous les cantons de Champagne et Bourgogne

Buvons pour célébrer ta gloire.
Ah ! Quelqu’un peut-il te voir
Sans en concevoir
Un pressant désir de boire ?

Les vignes de l’AMAP d’Epinay/orge

Un matin ensoleillé de juin, nous avions rendez-vous avec l’ami Denis, bien connu des lecteurs du Bon Clos, à l’AMAP d’Epinay/Orge, où sont des vignes hybrides résistantes récemment plantées, pour les faire découvrir aux responsables de Cocorico, la coordination des confréries d’Ile de France ou des dizaines d’amateurs s’épuisent à faire fructifier des vignes artisanales.

40 ceps, chacun placé sous la responsabilité d’un parrain ou d’une marraine de l’AMAP, ont été plantés : des blancs, des rouges, qui donnent des raisins à double usage (pour la table ou pour le vin), et ne nécessitant donc pas d’autorisation ni de déclaration d’aucune sorte, ni d’ailleurs de traitement ou d’amendement du sol.

Parmi les blancs, il faut citer l’Opaline (hybride du chasselas doré), le Phoenix, fruits de la recherche allemande ; l’Excelsior, hybride plus ancien, le suisse Palatina, et le Perdin produit par l’INRA.

Parmi les rouges, on trouve les anciens Oberlin et Baco, des centenaires, le Chambourcin, qui date des années 40, et le Rondo (Allemagne, 1964).

ci-dessus, un. amapien palissant son cep

Bien forts sont ceux qui seront capables de reconnaitre ces pieds tant une feuille de vigne ressemble à une autre !

Et quid du goût ? L’apéro généreusement offert dans les vignes nous fit découvrir un Oberlin au nez plaisant et à la bouche ample et fruitée.

Oui mais tout ça, c’est de la théorie, dira-t-on, car en pratique, ces vignes plantées en novembre 2018 doivent encore faire leurs preuves.

Nous verrons bien, et les viticulteurs amateurs de vignes franciliennes en suivront attentivement les résultats, pas plus tard qu’en octobre prochain avec la présentation prévue au Symposium des vignes d’Ile de France (le 23 octobre à Auvers/Oise, si tout va bien !)

Merci amis d’Epinay pour ces belles découvertes.

Avec les Francs Mâchons

Connaissez-vous les Francs Mâchons ? C’est une Société philanthropique pour la défense et l’encouragement de la tradition du mâchon, une tradition lyonnaise de repas chaud pris tôt le matin.

Nous y étions conviés par l’ami Gérard : Rendez-vous à 9h rue du Four, au Parisien, où des tables dressées sur le trottoir nous attendaient. Nous y avons retrouvé aussi l’ami Olivier, animateur de la section parisienne, ainsi que quelques têtes connues du Devoir Parisien du Beaujolais parmi une vingtaine d’autres francs mâchons.


Il faisait grand beau, point trop chaud, et l’on pouvait se rafraichir d’emblée avec un Hautes-Côtes de Beaune blanc proposé par un viticulteur bourguignon.

Après les charcuteries, on nous présenta un os a moelle accompagné d’une tête de veau gribiche, puis une poitrine de veau farcie.

Des magnums de chiroubles, venus en nombre, comblaient sans cesse les verres et les gosiers.

Et l’on finit en musique avec Maxime Andrieu…

Merci aux organisateurs pour cette belle matinée, et la démonstration qu’un repas matutinal peut remplir la panse toute une journée !

Les vingt ans de COCORICO

COCORICO, la Coordination des Confréries d’Ile de France, a 20 ans !

Il fut un temps où l’Ile de France était terre de vignes. C’était avant le chemin de fer et le phylloxera. La production s’effondra, et la vigne francilienne millénaire finit par rendre l’âme face au déferlement des tonneaux et des barriques.

Curieusement, quelques uns ne s’en satisfirent pas. D’accord pour les Bordeaux et les Bourgogne, d’accord pour le Gaillac et le Beaujolais, mais la poésie des vignes en rangs serrés sur les coteaux, le charme des treilles, comment s’en passer ?

A Montmartre dès 1933, à Suresnes aussi, on se reprit. Bien d’autres suivirent, qui avaient compris qu’il ne s’agit plus de produire, mais de témoigner et qu’il fallait donc se mettre en scène : ainsi fleurirent nos belles Confréries, avec leurs costumes moyenâgeux et leurs breloques, qui peuvent sembler ésotériques, voire arrogantes de l’extérieur, mais où la plupart cultivent l’art de ne pas se prendre au sérieux.

On se mit donc à replanter, à tailler, et à dépoussiérer pressoirs et cuves. On fit des symposiums, pour partager expériences et connaissances, et où l’on se risqua à goûter les vins ainsi produits. Et l’on fit des chapitres, où l’on allait s’admirer et se congratuler les uns chez les autres. Avec le succès (on ne compte plus désormais les clos et les vins dits « culturels », en tout cas non commerciaux), on éprouva le besoin d’une organisation. L’heure de Cocorico était venue !

20 ans ! Sacré challenge pour Michel Devot, le Président nouvellement élu. Il n’avait que quelques mois pour organiser un Anniversaire qui resterait dans les Annales, et résoudre, sous l’oeil vigilant des anciens présidents et des barons, une difficile équation : faire grand mais pas cher.

Pour les 15 ans, une messe avait été dite à Notre Dame. On ne pouvait faire moins. Mieux, on allait faire chanter le Souffle de Bacchus, la chorale du Musée du Vin, dont la réputation commençait à se répandre au-delà de Passy. On tenait avec Monseigneur Chauvet, recteur de la Cathédrale de Paris, homme affable et plein de répondant, le bon bout si l’on peut dire. Las, il advint le drame qui affligea le monde entier.

On chercha pour la soirée une salle de grande capacité,  bien située, confortable, présentant bien, au prix léger. C’était la quadrature du cercle ! La Mairie de Paris était aux abonnés absents, les salles privées inatteignables. On pria en vain pour que le Parc des Princes fut disponible.

L’avenir s’annonçait bien sombre, quand la Mairie du 16ème accorda sa salle des fêtes, grâce aux bons offices d’un confrère (*) familier des lieux, et le Musée du Vin proposa d’abreuver gratis les convives de son château Labastidié (Gaillac). Bientôt le Rectorat de Notre Dame refit surface, et l’on apprit que la messe pourrait se tenir à Saint-Germain l’Auxerrois, la Cathédrale Provisoire…

Ce fut un beau spectacle : une trentaine de confréries en costumes, cela fait du monde.

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Mgr Chauvet, recteur de Notre-Dame de Paris, assisté du père Xavier Leys, aumônier des Echansons, assura l’office,

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accompagné par les chants liturgiques du Souffle de Bacchus.

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La suite, ceux qui l’ont vécu la connaissent, avec la dégustation de vins du monde (USA, Slovaquie, Slovénie, Portugal, Italie…) proposée par la Fédération Internationale des Confréries Bachiques (FICB),

merci à Janesz, Linda, Pat, Daniela,Ken, et tous les amis venus faire gouter leurs vins

et de vins d’Ile de France récompensés par le jury (Clamart pour son rosé, Sucy en Brie, Rueil, Yerres, Saint Fiacre…).

Puis vint la sérénade du Souffle de Bacchus où l’on put essayer d’entendre (l’acoustique n’était pas fameuse) des airs peu connus comme le chant à boire du Bourgeois Gentilhomme (« Buvons chers amis buvons ») ou  « Sommes Nous des Grenouilles », qui fit florès pendant tout le 18ème siècle, ou encore le « P’tit vin du pays » de l’opérette Méditerranée. Avec d’autres mieux connus comme Ah que nos pères étaient heureux, Fanchon et Brindisi.

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La table clamartoise arborait fièrement le Coq et le Bacchus en zinc de son compagnon Jean Dessirier

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Avec Roland l’accordéoniste et  la chanteuse Hala (ci-dessous en duo avec l’ami Alain),

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Frank Dores anima musicalement la soirée et fit revivre notre Johnny national.

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Merci donc à Michel Devot, Président de Cocorico, à son équipe et à tous les participants, pour cette belle journée !

 

* Alan Bryden, président de la FICB, pour ne pas le nommer

chapitres d’hiver

Autour de la Saint Vincent les réjouissances se multiplient, avec les chapitres, intronisations, et leurs dégustations, leurs festins, leurs chants et leurs danses. Et parfois des messes qui font mentir l’adage « courte messe et long repas font la joie du chevalier« .
Ainsi le 25 janvier les Echansons recevaient leurs Compaignons et Amis au Musée du Vin, sous le signe de la Corse, belle terre de vins.

Après la Sérénade du Souffle de Bacchus, qui permit de (re) découvrir des airs anciens (comme un vibrant air à boire du Bourgeois Gentilhomme, ou encore le coassant « Sommes nous des grenouilles ») et modernes (comme ce p’tit verre du p’tit vin du pays, de l’opérette Méditerranée), on procéda aux rituelles intronisations.

5 heureux élus furent jugés dignes de rejoindre la Confrérie :

lesintronisés

Michel Roman, un dessinateur qui manie l’humour bachique et dont les dessins étaient exposés cet hiver  au Musée du Vin,

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Michel Romand dédicaçant ses oeuvres

Luc de Saint-Maurice, « maitre campeur » à la Belle Etoile, camping près de Melun, et fondateur de la Confrérie du Brie de Melun,
Michel Devot, Président de la Coordination des Confréries d’Ile de France (Cocorico) et Grand Maitre de la Commanderie des Chevaliers de Saint-Grégoire,

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Michel Devot s’apprêtant à vider le tastevin

et Christiane Baquier, choriste au Souffle de Bacchus,
tous admis au grade de Compaignon ;
ainsi que Sylvain Andres, sommelier familier des grandes maisons et aujourd’hui formateur professionnel basé en Occitanie, qui fut adoubé Grand Bouteiller.

Le festin qui s’ensuivit ne laissa personne sur sa faim avec ses délicieux filets de rouget à la bonifacienne, ses filets de marcassin et ses aumônières aux pommes et miel corse. Mais ce sont bien sûr les vins (de Sartène, du Cap Corse…) qui les accompagnèrent qui portèrent à son comble le plaisir des convives.

bouteillescorses

Quelques jours plus tard, c’est le Devoir Parisien du Beaujolais qui prenait le relais,

panneau

le 1er février, ayant dû reporter son chapitre d’hiver en raison des grèves. Il recevait au Chai Brongniart, un établissement historique situé dans l’enceinte du Palais du même nom, et l’on put y déguster les 12 appellations du Beaujolais en évoquant mentalement les générations de courtiers et spéculateurs qui s’y sont abreuvés.

On y retrouva de vieilles connaissances, forcément,

avecguillaume

il y eut bien sûr des intronisations

intros

et l’on y fit aussi de belles rencontres, comme celle de Marielle, poétesse, maire de la Commune Libre de Montmartre (qui fête ces jours-ci ses 100 ans), venue présider à l’intronisation de son fils Frédéric,  sommelier au Divellec

marielle

(on visitera son site toutturpaud.fr avec bonheur)

ou encore Cendrine Bonami-Redler, venu promouvoir DANS SON JUS, son ouvrage de dessins sur les zincs de Paris,

cendrine

Et dès le lendemain, il fallut se lever de bonne heure pour rallier Sannois et les Amis de l’Asperge et du Vin qui y prospèrent depuis 60 ans !

Il ne sera pas possible de citer toutes les Confréries présentes tant celles-ci étaient venues nombreuses. Il faut dire que la réputation du Chapitre de Sannois, avec son banquet qui joue à guichets fermés, est établie.

tousasannois

Il y avait là les Toursiveux du vieux tiyou de Namur, les canardiers de Picardie, les closiers de Montlouis, les Bangards, qui gardaient jadis les vignes en Alsace,

unbangard

la tarte tatin de Lamotte Beuvron, les Goustiers de l’Andouille de Guéméné, les Haricots d’Alençon, les chipirons de Bidart et du Pays Basque, les Talmeliers et bien d’autres Confréries d’Ile de France, sans oublier, last but not least, les Cons et fiers de l’être.

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On a bien lu.  En fait, c’est une organisation caritative, qui se lit : « Coeur Ouvert Naturellement Simplement ».   Il fallait quand même oser (c’est à même à cela qu’on les reconnait, dit-on )!

Le déjeuner fut à la hauteur des espérances, avec ses asperges,

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son homard, ses cailles farcies…,  son gâteau d’anniversaire,

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et ses chanteurs et danseurs étonnants venus de l’ex Union Soviétique, qui interprétèrent avec brio les grands standards russes. Merci à Volodymyr Yemets et ses amis.

Et merci au Grand-Maitre Antonio, dont on connait les qualités lyriques, qui nous interpréta una Historia de un Amor que l’on n’oublie pas. Et qui nous fit la grâce de nous recevoir comme Compagnon dans sa docte compagnie.