Bordeaux en juin

Juin à Bordeaux, c’est tous les deux ans, depuis 1998, les fêtes du vin, du 23 au 26 juin cette année. Les quais, où de vieux gréements sont amarrés, sont investis par des stands où l’on peut déguster des vins de toute la « Nouvelle-Aquitaine ». Les Médoc, Graves-Sauternes, et Saint-Emilion-Pomerol sont bien sûr les plus courus ; il vaut mieux anticiper et venir dès le jeudi, muni d’une carte (et d’un verre de dégustation remis avec), donnant droit à onze « shots » de 6 cl.
Et ce sont aussi des expositions en ville, et à l’incontournable Cité du Vin avec Picasso et l’effervescence des formes (jusqu’au 28 août) .

Sur les quais, une grande carte du vignoble a été livrée au public, le résultat sera-t-il mis aux enchères ?

Pour déguster on n’a que l’embarras du choix…

Les discussions vont bon train entre dégustateurs/rices.

Entre deux dégustations on peut utiliser les jeux mis à la disposition du public

ou suivre des cours de dégustation

puis mettre son savoir à l’épreuve en répondant au Quiz

L’association pour l’information et la prévention de l’alcoolisation festive (APIPAF) prodigue ses conseils et propose un test à qui veut

Les grilles du Jardin Public présentent les gestes du vin

Et la Cité du Vin nous offre une exposition de photos de viticulteurs,

La famille Baudet et son château Monconseil-Gazin

où l’on découvre aussi la Connétablie de Guyenne, confrérie fondée en 1952, qui défend les vins « des Côtes et des Graves »dans leurs différentes appellations comme ici Blaye.

Venons-en à l’exposition l’Effervescence des formes,

que l’on parcourra sans pouvoir échapper aux accents obsédants et très olé-olé de la Matchiche, cette danse nouvelle de 1906.

Mais c’est une autre danse que cette scène (« répétition de jota« , aquarelle et encre, 1903) représente,

où l’on voit (en haut à droite) un « porro » catalan et comment s’en servir.

Mais il y aura plus tard d’autres pichets pour boire, comme ces pièces de céramiques produites dans les années 40-50…

Ce couple de buveurs devant une bouteille a été crayonné vers 1899-1900.

L’ami Juan Gris vivait en ce temps-là de dessins humoristiques publiés dans des gazettes comme l’Assiette au Beurre ou Frou-Frou (à laquelle collaborait aussi Picasso). En voici quelques uns.

le jour de l’an des cheminots révoqués (Charivari, 1911) (« Dire que Jaurès, lui, bouffe de la dinde et boit du champagne! ») paru aussi dans l’Indiscret en 1912 (« Sûr que ça ne vaut pas l’ordinaire de l’Elysée !« )

Sur cette eau-forte de 1934, on retrouve le trait magistral du Maître illustrant le thème antique de la fraternité des buveurs

C’est l’époque aussi oui Leonetto Cappiello (que les lecteurs du bon clos ont déjà rencontré) brille dans la publicité

Cette eau-forte de Picasso, un émouvant « repas frugal », date de 1904. « Le vin des pauvres, chez Picasso, n’est pas avilissement. Il est revanche sur l’existence », dit le commentaire.

Honneur au vin dans cette nature morte de 1923

Ce curieux bricolage en bois est intitulé « bouteille d’anis del Mono et compotier avec grappe de raisin ». Il date de 1915.

En 1914, le cubisme est bien loin avec ces verres et bouteilles pour la fête d’Avignon

En 1949, l’humanité progressiste fête les 70 ans du petit père des peuples. Picasso s’exécute à sa façon.

une des versions de cette carte de voeux, il en est bien d’autres…

Le poète catalan Jaime Sabartes fut à partir des années 30 le secrétaire du Maître , qui le charge ici pour son amour du vin.

feutre sur papier, 1959

En 1933 Picasso dessine ce Minotaure tenant une coupe et une amante. La vie est belle, semble-t-il nous dire.

Ce thème inspire le Maître. Voici une autre scène bachique (carrément orgiaque) de la même époque.

Celle-ci est un peu plus sage…

Minotaure buvant et femmes

Vingt ans après (décembre 1956), voici un carreau de céramique représentant Silène buvant (au porro ?) auprès d’un jeune homme qui tient une coupe. Le trait est fin. Du grand art !

Vers la fin de sa vie (années 1969-73), c’est la frénésie créatrice où revient le thème du couple, semblant « lever une coupe éternelle en direction du spectateur »…

Couple à la coupe, 1969

Vert Vert

C’est un conte drolatique, Vert Vert ou les voyages du perroquet de la visitation de Nevers, poème héroïque publié en 1734 par Jean-Baptiste Gresset, dont le héros est un perroquet. Il fit grand bruit à l’époque, et eut une nombreuse descendance au théâtre, à l’opéra-comique mais aussi en peinture, et jusque dans des performances et expositions d’art contemporain (on parlera en fin d’article d’ Oral Texte)..

C’est l’opéra-comique d’Offenbach monté en 1869 qui nous intéresse ici, car il recèle un sympathique air à boire…

Mais racontons d’abord l’histoire : Vert Vert, perroquet ramené d’Amérique, est la mascotte d’un couvent de Visitandines à Nevers, tant il est prolixe en prières et paroles d’Evangile. Il parle latin!

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Le Perroquet Vert-Vert au couvent des Visitandines de Nantes, par Jean-Claude Rumeau

Mais, requis par un autre couvent, à Nantes, il est embarqué sur un bateau qui descend la Loire. Durant le long voyage, aux côtés de « deux nymphes, trois dragons, une nourrice, un moine, deux gascons », c’est à un tout autre langage qu’il est confronté :

car, les dragons, race assez peu dévote,
ne parloient là que langue de gargotte ;
charmant au mieux les ennuis du chemin,
ils ne fêtoient que le patron du vin ;
puis les gascons et les trois peronelles
y concertoient sur des tons de ruelles :
de leur côté, les bateliers juroient,
rimoient en Dieu, blasphémoient et sacroient.

On imagine la suite : Vert perd son latin et ne fait que jurer, grand scandale au couvent ; on le renvoie à Nevers, où on l’attend pour le juger. Le voilà encagé, privé de tout. Le châtiment fait son effet :

Couvert de honte, instruit par l’infortune…
…l’oiseau contrit se reconnut enfin :
il oublia les dragons et le moine ;
et pleinement remis à l’unisson
avec nos sœurs, pour l’air et pour le ton,
il redevint plus dévot qu’un chanoine.

Las. Le retour à la vie de plaisirs va lui être fatale :

Du sein des maux d’une longue diette,
passant trop-tôt dans des flots de douceurs,
bourré de sucre, et brûlé de liqueurs,
Ver-Vert, tombant sur un tas de dragées,
en noirs cyprès vit ses roses changées.

Vert Vert meurt, et c’est là qu’Offenbach a choisi de faire commencer son histoire.

Son Vert Vert est un jeune homme, neveu de la directrice du couvent où vient de mourir le perroquet. Peut-être sa réincarnation ? On ne racontera pas l’argument en détail, il suffit de savoir qu’il y a des amoureux, des couples qui veulent se retrouver, et comme dit la RTBF, « on y retrouve des personnages truculents et des quiproquos dans une ambiance très vaudevillesque. »

On se retrouve ainsi à la fin du 2ème acte (scène 14) dans une auberge où l’on va découvrir les talents vocaux de Vert Vert, requis par Corilla la chanteuse de remplacer au pied levé un chanteur défaillant.

Allons ! du vin partout et des chansons légères !
Et ceux qui le voudront pourront casser leurs verres !
Au diable les belles manières, Avec nous, Avec eux, jamais de façons !

Amusons-nous, gais compagnons,
A la dragonne, entre dragons !
Buvons ! chantons !

Et pif ! et paf ! et versez donc, Madame l’hôtelière !
Vos deux mains sont-elles de plomb ? Vous ne les levez guère.
Si la bouteille que voilà ! Est trop lourde, ma chère,
Donnez ! chacun se chargera De la rendre légère !

vient la Chanson

VERT-VERT.

Quand du flacon en flots d’or il s’échappe
Comme un reflet du chaud soleil,
Dont les rayons ont fait mûrir la grappe,
Que j’aime à voir ce vin vermeil.
Je bois à vous, ma belle dame !

LA CORILLA.
Beau cavalier ! je bois à vous.

VERT-VERT.
Le présent enivre mon âme !

LA CORILLA.
Et l’avenir sera plus doux !…

ENSEMBLE.
Versez ! amis ! versez ! toujours !
Ce vin béni par les amours !…

LA CORILLA.
Tout en chantant l’amour et la jeunesse
Buvons ce vin qui vient de loin.
Et de chasser l’importune tristesse,
Gaîment remettons-lui le soin !

VERT-VERT.
Je bois à vous, ma belle dame !

LA CORILLA.
Beau cavalier ! je bois à vous !

VERT-VERT.
Le présent enivre mon âme,

LA CORILLA.
Et l’avenir sera plus doux !

ENSEMBLE.
Versez ! amis ! Versez, toujours.
Ce vin béni par les amours.

Etc.

Signalons le CD d’ Opera Rara selon l’édition de J.C.Keck

Concluons en signalant que les amateurs d’art contemporain ont jusqu’au 23 juillet 2022 pour visiter l’exposition Oral Texte à la Fondation Pernod Ricard , qui propose de revenir sur les origines du langage articulé avec les propositions d’une douzaine d’artistes comme Angélique Buisson qui s’est inspirée du conte de Vert Vert.

Voici des extraits de l’opéra Vert Vert, par Perez et Angélique Buisson

Un disque vinyl et des fichiers audio haute définition sont disponibles sur le site de Duuu éditions

-> et le 6 juillet, performance de Perez  sur une proposition de Angélique Buisson + lancement du vinyle Vert Vert édité par *Duuu

Avec l’Ecole de Paris

Au début du 20ème siècle, nombreux étaient les artistes, peintres, sculpteurs, qui ont rallié Paris et se sont installés à Montparnasse ; beaucoup étaient des juifs fuyant la la misère et les pogromes de l’Empire russe. Parmi eux Chagall, Soutine, Modigliani, etc. Bien que de styles et d’inspiration très diverses, on les appelle l’Ecole de Paris. Le musée d’art et d’histoire du judaïsme leur consacre une exposition. Nous en rapportons quelques images.

Comme cette nature morte de Chaïm Soutine qui date de 1916

Ce petit tableau (à Montparnasse) est d’Oser Warszawski. Né en Pologne en 1896, il se met à peindre à Paris dans les années 20. réfugié en Italie pendant la guerre, il sera quand même déporté et ne reviendra pas.

Voici une litho de Lou Lazard, « à Montmartre« (1925)

On doit la photo qui suit à Marc Vaux,qui photographia les oeuvres des artistes de Montparnasse. L’oeuvre est d’Adolphe Feder, qui naquit à Odessa vers 1886 et mourut à Auschwitz.

Georges Wolinski n’était pas de cette génération. Grand dessinateur au destin tragique lui aussi, il nous fait toujours sourire. Voici un dessin vu aux Beaux Arts de Paris où il y a actuellement une exposition en son hommage.

quelques photos vues en Arles

Nous en avons été privés l’an dernier, les voici revenues ces expos de photos qui donnent l’occasion de passer et repasser dans la cité romaine pendant tout l’été. Et comme chaque année il y avait des grains à presser pour les habitués du bon clos…

A l’espace Van Gogh c’est l’Orient Express et la Compagnie Internationale des Wagons-Lits qui ressuscitaient, avec ces vues des caves des ateliers de Saint-Ouen.

C’est qu’il fallait nourrir et bien sûr donner à boire aux voyageurs au long cours.

Wagon bi-foudre pour le transport du vin destiné aux passagers de la Compagnie Internationale des Wagons-Lits

Dans quel pays se trouvait ce birou de voiaj ?

Un hommage appuyé était rendu à Sabine Weiss qui, à 96 ans, se revendique toujours comme « photographe-artisan » plutôt qu’artiste. La voici festoyant avec ses camarades de l’agence Rapho à gauche sur cette photo de Robert Doisneau en 1953

Ces photos de Brassai représentent des couples attablés date des années 1930 et ont été publiées dans l’éphémère revue NEUF, qui incarna « toute l’effervescence artistique et intellectuelle des années 1950, donnant une place centrale à la photographie et à ses auteurs ».

La même revue NEUF a donné carte blanche à des dessinateurs comme André François qui publia dans le numéro IX une histoire de crocodile domestiqué (enfin, pas complètement)…

ils savent raconter de jolies histoires…

Mais c’est avec l’architecte, designer et amateur de photos Charlotte Perriand (1903-1999), dont les collections sont humblement exposées dans une salle du Monoprix, que la vendange fut la plus conséquente.

On a retrouvé cette touchante photo d’auteur inconnu dans ses archives. Trois hommes, aux couvre-chefs marquant sans doute des origines diverses (casquette, béret, feutre), qu’on imagine touchés par la crise économique, assis sur un banc public…

Paris vers 1930

Voici quelques autres photos des années 30 de Wide World Photos, publiées par le New York Times, représentant des vendangeuses du Bordelais, d’Oléron, d’Italie…

Cette grappe a été prise par Emmanuel Sougez

et cette vue des vignes de Gevrey-Chambertin en 1931-32 par François Kollar

Dans ces foudres de Cognac, les eaux-de-vie attendent le filtrage (1930, auteur inconnu)

tandis qu’à Londres, les tonneaux de la brasserie Whitbreads sont fabriqués à la main par 3 hommes.

1934, agence non identifiée

Très engagée pour le progrès social dans les années suivant la crise de 1929, Charlotte Perrinad contribue à différents salons et expositions comme l’exposition internationale des arts et techniques de la vie moderne, (Paris 1937) avec notamment cette fresque appelant, sur un paysage de vignes et de champs, à faire bénéficier les travailleurs de la campagne comme de la ville de la législation sociale.

Arles 2021, une belle cuvée donc.

Bruniquel m’a tuer

La vie parisienne, le spectacle proposé cette année par Frank T’Hézan, Jean-Christophe Keck et leur bande allait-il attirer les foules à Bruniquel comme l’an dernier la Grande Duchesse de Gerolstein ?

La réponse est oui, mais malheureusement le temps n’était pas un rendez-vous. Le 31 juillet est un jour à marquer d’une pierre noire car le spectacle fut annulé, et les imprévoyants d’un soir furent privés de leur annuel plaisir. Bruniquel m’a tuer !

Malin, l’ami Bernard avait prévu d’y rester quelques jours et put donc voir par deux fois cette Vie Parisienne.

(ci-dessous des affiches de 1922, 1927 et 1919 !)

Voici ses mots : »pas la moindre goutte. Carole Delga, JM Baylet présents. Triomphe. »

Mieux. Averti par l’auteur de ces lignes, il s’est rendu au récital de chansons humoristiques donné par Dominique Desmons au domaine Vayssette à Gaillac.

Dominique Desmons trinquant avec son compère Jean-Christophe Keck

Il a pu y écouter « ya d’la mise en bouteilles au château », bien connue des lecteurs du bon clos.

Dominique Desmons ! (assisté de Jean Christophe Keck pour les bruitages).

Nous attendrons donc la sortie du DVD pour découvrir la version 2021 de la Vie Parisienne, et nous consolons avec ces quelques photos anciennes et actuelles de Bruniquel .

l’hôtel café Rigal, successeur Doubac, promenade du Ravelin, il y a un siècle
Il est toujours là mais c’est maintenant un restaurant
(cf https://www.pop.culture.gouv.fr/notice/merimee/IA82116130)
Bruniquel, le château en surplomb de l’ Aveyron, et le train à vapeur
(vu au musée la villa des peintres de Diego Lara à Montricoux)
colonne « bachique » en l’église de Montricoux, à une lieue de Bruniquel
paysage de vignes à l’Abri-Niquel de Brigitte Artusi

Boire avec les dieux

Que voici une belle exposition sur le vin dans l’Antiquité, proposée par la Cité du Vin !

Nous y avions suivi il y a quelques semaines une conférence en ligne du professeur François Lissarague sur « le banquet des grecs« , où l’on apprenait que les symposiums (boire ensemble) commençaient généralement par des libations aux dieux.

Cette exposition nous donne à voir les représentations de ces dieux, essentiellement Dionysos et son avatar romain Bacchus, sur des amphores, rhytons et autres jarres, mais aussi sur des reliefs, des sculptures et des objets décoratifs.

On est accueilli par ces mots d’Euripide :

Dionysos, fils de Sémélé, prince divin des Bienheureux, maître des gais banquets tout fleuris de couronnes, dont l’apanage est de conduire les choeurs au son des flûtes, de rire, et d’endormir nos soucis, quand le jus du raisin brille au festin sacré…

Le voyage commence en Egypte avec cette stèle calcaire(-VII à -IVème siècle) représentant des femmes vendangeant et foulant le raisin

à mettre en regard avec cette autre scène de vendange et foulage du raisin en musique par des satyres (Italie du sud, IVème siècle avant J.C.)

Le voyage se poursuit en Perse (au Louristan) avec cette situle (seau à vin) ornée d’une scène où deux époux font le geste de trinquer (vers -1000) devant un serviteur portant la jarre.

voir le déroulé di-dessous

Mais l’essentiel se passe en Grèce. Ce rhyton et cette jarre trouvés à Santorin datent de -1600…

Ce rhyton à tête de mulet, percé, permettait de boire à la régalade (IVème siècle av. J.C., Attique)

Le vin est un don de Dionysos aux hommes. Sur ce situle dit « Rothschild »(du nom du donateur d’une importante collection) venant d’ Italie du Sud (vers -350) et conservé à Genève, on voit le dieu entouré d’Aphrodite, Eros et Eirenè (la Paix), en offrir au roi de Thrace Maron convaincu par Peithô (la Persuasion).

Il faut donc remercier les dieux ce qu’on fait à chaque libation en versant quelques gouttes de vin sur le sol, avant de le boire mélangé à de l’eau.

Dionysos, dieu errant, offrait la vigne et le vin à ceux qui l’accueillaient, comme sur cette amphore trouvée en Attique (-550 -530) où on le voit apportant du vin à des jeunes hommes porteurs de présents.

Voici aussi un vase (pelikè) représentant Dionysos sur un char (Attique, vers -380)

Sur ce pied de table en marbre, Dionysos est représenté la main sur la tête en signe d’extase.

Ce cratère à volutes représente Héraclès et Dionysos (Italie du Sud, -350). Tous deux ont acquis l’immortalité en récompense de leur oeuvre civilisatrice.

Ce psykter (vase à rafraichir le vin) représente les deux compères (Héraclès est reconnaissable à sa peau de lion) avant un concours de boisson…

Voici encore Dionysos sur une « nestoris » (Italie du sud, vers -350) avec Eros (le vin passait pour être aphrodisiaque) : Dionysos est étendu sur un lit, face à un satyre, tandis qu’au dessus Eros tient dans ses mains un cerceau (filtre d’amour ?).

Le dieu caprin Pan se joint volontiers à Dionysos-Bacchus. Celui-ci en bronze vient de Suisse (à g. 150-200 ap.J.C.). Voici aussi Silène, vieux satyre, précepteur de Dionysos, pressant contre lui une outre à vin (Grèce, marbre, 1er siècle).

Voici maintenant deux masques représentant Dionysos sous deux formes très différentes : jeune homme pressant le raisin dans ses mains( Botrys -la grappe, à gauche) et vieillard barbu à cornes de taureau (Tauros). Asie Mineure, IIème-Ier siècle avant JC)

Cette applique de lit en bronze représente un autre Dionysos Tauros (Alexandrie IIème siècle av.JC)

Le thème de la mort est là évidemment, avec cette hydrie funéraire en bronze dorée (Grèce, fin du 4ème siècle avant JC) qui représente Dionysos et son amant Ampélos, « dont la mort prématurée causée par un taureau laissa le dieu inconsolable », et qui se serait métamorphosé en vigne.

Plus monumental encore est ce cratère découvert à Vix dans la tombe d’une princesse celte (fin du VIème siècle av. J.C.), qui témoigne des échanges existant alors entre Bourgogne et Italie. C’est le plus grand vase que l’Antiquité nous ait légué, il pouvait contenir 1100 litres.

Ci-dessous deux vases provenant d’un sanctuaire des Cabires, à Thèbes représentant ces divinités proches de Dionysos donnant du vin au cours d’un banquet à un serpent et à un cygne, deux animaux « symboliquement en lien avec la mort ». (Vème siècle av. JC). Le vin et le banquet seraient donc ici associés à l’idée de vie sublimée après la mort.

Cette mosaïque ornait la salle de banquet d’une riche villa, semblant inviter à jouir de la vie… : carpe diem

Un proverbe latin ne dit-il pas :

Les bains, les vins, Vénus nous ruinent la santé. Mais la vie, c’est les bains, les vins, Vénus…

Et pour finir, voici la stèle d’un cabaretier de Bordeaux tenant la cruche d’une main et le gobelet de l’autre semblant inviter le passant à boire.(II-IIIème siècle)

Bien d’autres oeuvres valent le déplacement, notamment des modernes, on a jusqu’au 30 août 2021 pour les voir Avant qu’elles ne joignent les collections du Louvre, du Musée Archéologique d’Athènes, de la Fondation Gandur et autres musées genevois et collections privées dont elles proviennent. Avis aux amateurs !

Dames de la Halle

Oublié le confinement, la foule avait envahi ce dimanche de Pentecôte les rues du Marais où la Halle des Blancs Manteaux avait rouvert ses portes pour accueillir de nouveau l’ Expo4Art et 70 artistes et créateurs.

Parmi ceux-ci deux dames.

Michèle Pincemin peint des aquarelles surréalistes et colorées, elle illustre aussi des livres pour enfants.

A qui s’adresse celle-ci ?

Françoise Minet, portraitiste belge, était là elle aussi. Ce tableau a retenu notre attention.

Un peu plus loin nous avons retrouvé Germain Henneka, rencontré en septembre dernier. Ses tableaux de verres ayant du succès, il a poursuivi dans cette voie.

Au château d’Ecouen

Dans cette petite ville située au nord de Paris, sur une butte, se dresse ce château qui date de la Renaissance et qui héberge le Musée National de la Renaissance. Il fut construit dans les années 1540-50 par le connétable Anne de Montmorency, esthète, mécène et grand collectionneur.

On y trouve une collection respectable de tapisseries. Celle intitulée « le dîner du général« , en laine et soie, mesure plus de 4m sur 8m et date du milieu du 16ème siècle. Elle provient de l’atelier du bruxellois Jehan Baudouyn, d’après des dessins de Giulio Romano. Elle représente une belle tablée servie en plein air.

Il est plaisant d’y voir les serveurs remplissant les verres

et les convives les levant…

ou réclamant qu’on les remplît…

A propos de verres, le musée en présente toute une collection.

ces flûtes sont des flandres et des pays-bas

En voici d’autres, accompagnées de verres tout aussi splendides

des hanaps et des grands verres…

représentant des animaux fabuleux…

Cette coupe aux armes d’Anne de Bretagne vient de Venise et date du tout début du 16ème siècle.

Il y a aussi des coupes et chopes métalliques ouvragées…

et quelques belles flasques.

Voici une superbe assiette en verre peint à froid en provenance de Venise, qui représente la naissance de Bacchus.

Et pour terminer cette assiette d’une série des mois de l’année :

le mois de septembre…( émail sur cuivre, Jean II Pénicaud, Limoges, milieu 16ème siècle).

Une pinte de vin ou une poignée de main

chez Ramponneau, cabaret parisien

Quelle différence dans la France moderne (16ème-18ème siècle)? se demandait Matthieu Lecoutre lors de sa conférence donnée en ligne pour la Cité du Vin de Bordeaux, ce dernier mardi 4 mai.

Cet historien de l’alimentation, professeur en khâgne et membre du laboratoire de Recherche Historique Rhône-Alpes, s’est intéressé à l’attitude vis à vis de l’ivresse dans la société française. Il a publié notamment en 2017 « le goût de l’ivresse » (boire en France depuis le Moyen Age) et un atlas historique du vin en France (préfacé parJ.R.Pitte).

Il a constaté que sous l’Ancien Régime celle-ci n’est guère réprimée et plutôt acceptée.

Certes s’enivrer est un péché pour l’Eglise, et l’ivresse publique est un délit condamné par un édit de 1536 sous François 1er, réprimé par la prison, le fouet voire l’essorillage (coupage des oreilles).

Mais le vin est une boisson couramment utilisée: on compte 72 litres/an par habitant au 16ème siècle, 150 à Paris et 200 à Lyon au 18ème, et jusqu’à 430 litres pour le cidre et le poiré à Caen ! (on n’en compte plus que 40/an aujourd’hui).

Boire de l’eau, surtout en ville ne coule pas de source. Le vin est recommandé pour rendre l’eau potable, voire en excès une fois le mois pour éveiller un estomac paresseux et le garder de s’engourdir (Montaigne citant le médecin parisien Silvius).

De même au 18ème le chevalier de Jaucourt, dans l’article « vin » de l’Encyclopédie, « lorsque la santé parait languir, il est bon de la réveiller un peu et une légère yvresse produit admirablement bien cet effet« 

Ils ne font en cela que suivre les anciens (Hippocrate, Dioscoride, Avicenne).

La culture populaire s’amuse du débat entre partisans de l’eau et du vin.

Ci-dessous, « le médecin d’eau douce » et « soigner par le vin fait merveille »,

Jacques Lagniet, recueil des plus illustres proverbes, 1663

Au 16ème siècle le néoplatonisme propose de réunir Jésus et Bacchus, car « pouvoir a [le vin] d’emplir l’âme de toute vérité, tout savoir et philosophie » « en vin est vérité cachée« . (Rabelais, 5ème livre 1564). C’est l’enivrement créatif qui inspirera de nombreux auteurs des 17-18èmes, les « inspirés de la gourde » de Diderot.

Le comique d’enivrement, pratiqué par des bateleurs comme Gros-Guillaume, Tabarin, est une autre forme de complaisance.

Le vin est aussi une arme utilisée politiquement, avec ces fontaines offertes au peuple à l’occasion de grands événements.

Fontaines de vin offertes aux Lyonnais pour l’entrée de Louis XIII et d’Anne d’Autriche, le 11 décembre 1622

Le baron d’Holbach pointe d’ailleurs que l’intempérance du peuple est regardée comme un bien pour l’état, en raison des droits que le gouvernement lève sur les boissons (la morale universelle, 1776).

Jean-Jacque Rousseau défend les buveurs : « Généralement parlant, les buveurs ont de la cordialité, de la franchise ; ils sont presque tous bons, droits, justes, fideles, braves & honnêtes gens, à leur défaut près. »

La Bruyere note en 1688 que l’on recherche plutôt la compagnie d’un buveur buvant cul-sec (« me l’amènerez vous ? »), plutôt que celle d’un homme de vertu (« qu’il la garde! »). Et Albert-Henri de Sallengre publie en 1715 l’Eloge de l’ivresse, qui la prône « en bonne compagnie » et de façon festive et communielle. Il fait suite à l’incroyable discours de l’ivresse et de l’ivrognerie publié parJean Mousin en 1612.

Ce tableau de Nicolas Lancret commandé par Louis XV pour décorer une salle à manger, où 23 bouteilles sont au sol, vidées par huit convives, et où tout le monde s’amuse, est évocateur des usages et plaisirs de l’époque.

le déjeuner de jambon, Nicolas Lancret, 1735 au musée de Chantilly

Savoureuse aussi est cette description par madame de Sévigné de la liesse de en Bretagne après un don du Roi. « Toute la Bretagne était ivre ce jour là« … (Après lecture de la lettre du Roi) » Il s’est élevé un cri jusqu’au ciel de Vive Le Roi et puis l’on s’est mis à boire, mais boire ! Dieu sait !« 

En conclusion, pour Matthieu Lecoutre, l’hostilité affichée à l’ivresse n’est qu’une posture qui perdure 300 ans.

— Bonus pour les amateurs de chansons à boire, cette thèse soutenue par Robin Bourcerie découverte en « googlant M.Lecoutre qui était dans le jury : De la chanson à l’air à boire : histoire d’une pratique musicale singulière au XVIIe siècle.

https://tel.archives-ouvertes.fr/tel-03223765/document

Un pavé de 400 pages, plein de chansons et d’analyses passionnantes. Bonne lecture !

Le banquet des grecs

C’est le titre d’une conférence proposée en ligne par la Cité du Vin, en complément de l’exposition « Boire avec les dieux » à voir à Bordeaux « dès que possible » et en tout cas avant le 29 août 2021 !

C’est François Lissarague, professeur émérite, spécialiste du monde antique et de ses représentations, que nous avons pu écouter et voir présenter objets et images.

Il a d’abord rappelé les termes du sujet : δαίς (dais), le repas, le partage des viandes ; ξενία (xenía), l’hospitalité ; et συμπόσιονsymposion, le « boire ensemble », généralement après le repas, en position allongée.

scène mythologique de symposion, sur un cratère corinthien (-590)

Le mot banquet est bien plus tardif (15ème siècle), il vient de l’italien banchetto, repas pris alors assis sur des bancs. mais c’est par ce mot qu’on traduit classiquement symposion (cf celui de Platon).

Les vases, coupes, etc. qui nous sont parvenus permettent de comprendre comment se déroulaient ces symposion.

On boit le vin additionné d’eau, d’herbes et d’épices dans un cratère. Les buveurs commencent par des libations aux dieux, puis s’allongent sur des lits et sont servis dans des coupes sur des tables à trois pieds.

Cette reconstitution archéologique permet de visualiser la scène, au nombre de pieds des table.

Sur cette Pyxis (boite à trois pieds), sont représentés les trois moments du symposion : la procession menant l’animal à l’autel,

le symposion proprement dit, et des danseurs faisant la fête (le temps du komos).

Cette vitrine rassemble les différents contenants

Les cratères de grande capacité (10-15 litres) servent à mélanger le vin à l’eau et aux ingrédients ; des cruches permettent d’y puiser et servent à remplir les coupes dans lesquelles on boit.

sur cette coupe sont représentés les différents contenants, associés aux instruments de musique
un échanson puisant dans le cratère pour servir la coupe

Des femmes considérées comme « accessoires » pour l’amour, la musique… viennent participer aux festivités

Le jeu du kottabos est populaire au 5ème siècle. Il vise à envoyer des gouttes de vin de la coupe sur un objet.

on se sert de la coupe comme d’une chistera
un joueur habile fera tomber l’oiseau perché sur le trépied
la musique (ci-dessus une lyre et un aulos -flûte double) accompagne les chants (la main sur la tête désigne le chanteur)

Une autre coutume consiste à faire circuler un rameau de chanteur en chanteur reprenant la même chanson

Le vin peut être rafraichi dans des récipients ingénieux à deux compartiments.

En arrière plan, les mythiques satyres sont représentés remplissant les cratères, s’y abreuvant, plongeant dedans, en grande excitation

Cette coupe les présente en pleine activité viti-vinicole.

On terminera en beauté avec cette grande coupe d’une belle couleur rouge corail représentant Bacchus banquetant sur un bateau, où une vigne a poussé autour du mât, après qu’il a défait et transformé en dauphins les pirates venus l’enlever.

Tout ça est passionnant. Vivement l’expo !