Renversant

 » Renversant, quand art et design s’emparent du verre « ,  cette exposition en cours à  la Cité du Vin de Bordeaux (et jusqu’à fin juin) nous ramène à la mémoire Matali Crasset, découverte il y une dizaine d’années chez Artcurial, et associée à cette exposition. Manifestement le travail du verre et du cristal à de nombreux adeptes. En voici quelques exemples.

Anthony Duchêne présente ses verres à nez, plus pratiques pour humer que pour boire!

Achille Castiglioni propose ses verres paro  en cristal soufflé (1983)

verresparo

Pratique pour passer du blanc au rouge, mais attention les taches !

On en dira de même de ces équilibres d’Alain Villechange

equilibre

Voici un ingénieux dispositif pour déguster hygiéniquement à plusieurs.

dispositif

Hubert Legall présente son calendrier de verre adapté à la vigne, sur 4 mois : janvier, avril, juillet et septembre

calendrier

On peut passer du temps à chercher quel motif correspond à quel mois…

Nicolas Boulard présente cette palette de 1000 magnums Romanée Conti 1946

palette

(millésime inexistant because le phylloxera)

et ces « fragments » d’une bouteille reconstituée après qu’elle a été explosée au… .Magnum ?

fragment

Sa « diagonale du fou » est un tube de néon empli d’un mélange de vins d’alsace et du pays basque.

tubepalettefragment

Voici maintenant une bouteille de Klein (objet ne présentant qu’une seule surface) qui représente un tube digestif

bouteilledigestifdeklein

et une bouteille arborescente
bouteillearborescenteCette carafe-ci, dûe à Francoise Quardon, est dite « crâneuse » (2014)

carafecraneuse

On ne peut pas ignorer « Ariane et Bacchus » de Bouke de Vries (2014)

arianetbacchus

mais la métaphore est bien elliptique. Et d’abord, qui est qui ?

Le tchèque Arik Levy accroche ses bouteilles colorées

bouteillescolorées  Ces tours de Penzo+Fiore (2017)sont un assemblage « ready-made »

toursdepenzoetfiore

Comment tout ça tient-il debout ? Et combien de cassés pour cet accomplissement ?

Finissons avec cet appareil à sous qui permet d’illuminer ce qui s’apparente au Saint Graal.

graal

 

livres rares et objets d’art

Il y avait quelques trouvailles à faire dans ce salon international qui se tenait au Grand Palais du 12 au 14 avril.

On ne pouvait pas ignorer ce tonnelet en porcelaine du 16-17ème présenté par Blanc et Bleu Antiquités (J.M.Vivona). Avec son robinet et son bouchon il est prêt à l’emploi !

Un peu plus loin c’est aux prodiges de la marquèterie que l’on était confronté, avec cette plaque en bois destinée initialement à un ouvrage sur Yvette Guilbert, encore à l’état de projet. L’image ci-dessous devait illustrer la fameuse chanson « de terre en cep ».

(marquèterie d’art Spindler à Boersch en Alsace)

Ce tableau, intitulé offrandes à Dionysos, est de Louis J.Fr l’Ainé Lagrenée (1725-1805) (galerie Chaptal)Sur le stand de la librairie les autodidactes on aurait aimé voir la Serveuse de la russe  Nina Aizenberg (1902-1974).

Mais elle était déjà vendue !

l’ébauchoir

Dans ce bistrot du 12 ème près du faubourg saint-antoine,

la carte est réduite mais recèle une pépite : le porc capelin mariné qu’on ne saurait trop recommander, accompagné par exemple d’une bouteille de Los Ribos 2016, du domaine Yohann Moreno dans les Corbières, un assemblage carignan-grenache-srah-mourvèdre très réussi.Quelques oeuvres exposées mettent de bonne humeur, comme ce Nectar

ou encore ce sommelier 3D

la collection Campana

Pour ceux qui n’auraient pu visiter l’exposition Rêves d’Italie proposée par le Musée du Louvre en collaboration avec celui de l’Ermitage, voici quelques oeuvres qui ont toute leur place dans les collections du Bon Clos.Issu d’une lignée de directeurs du mont-de-piété à Rome,  le marquis Giampietro Campana fut au milieu du 19ème siècle un collectionneur particulièrement actif, mais indélicat, aussi, une fois  ses malversations financières découvertes, dut-il céder ses collections qui furent rachetées en grande partie par les empereurs de Russie et de France.

La collection couvre deux millénaires et nous commençons par ces « plaques Campana » en terre cuite qui date du début de notre ère.

Voici Dionysos enfant entre deux satyres

des satyres vendangeurs

et un cortège bachique

auquel participait peut-être Antinoüs, favori d’Hadrien

Dans cette sculpture, il n’y aurait que la tête d’antique, Campana pratiquant à merveille dans ses ateliers l’art du faussaire.

Voici aussi deux oenochoe (carafes à vin)

Survolons le temps et ous voici en pleine Renaissance avec ces panneaux de bois d’un peintre anonyme représentant vers 1510  Thésée, Phèdre, Ariane,  et Bacchus…

 

 

 

 

 

 

 

mucha

On connait surtout Alfons Mucha pour ses affiches art nouveau. On en découvrira d’autres facettes à l’exposition en cours au Musée du Luxembourg.

On peut y voir ces publicités pour les champagnes Moët et Chandon (Dry Imperial, 1899) et Ruinart (1896)

Voici aussi l’automne (série les saisons 1896)

Ces bouteilles vendues sur place montrent que le marketing fait flèche de tout bois !

 

Le vin & la musique à la Cité du Vin

Vin et Musique, l’un ne va pas sans l’autre, le vin pousse à chanter, et chanter donne soif ! (A vrai dire c’est un ménage à trois, car il y a un troisième larron, l’Amour, qui n’est jamais loin !)

nature morte aux instruments de musique et verres de vin, Eugène Appert 1848

Voila pour légitimer la très belle exposition que nous sommes allés voir à Bordeaux, dans cet étonnant carafon dont nous avons déjà parlé.

Dès l’abord on voit des signes prémonitoires comme ces grandes bouteilles trônant sur les terrasses d’un édifice voisin.

Tableaux, objets décoratifs, instruments de musique, livrets et partitions… sont rassemblés là en nombre pour cette exposition. Et l’on peut  aussi écouter de la musique de diverses époques, allant des airs à boire de la Renaissance aux grands airs d’opéra et aux goguettes du  19ème siècle.

Commençons par quelques tableaux. Nombre honorent Bacchus comme ce Triomphe de Bacchus de Nicolaes Moeyaert (1624) qui s’est amusé à représenter des types contemporains de paysan, soldat, ou vieillard réputés bons buveurs…

et ces Bacchanales de Michel-Ange Houasse (1719)

et de Jacques Blanchard (1636)

On aura remarqué les tambourins, omniprésents sur ces tableaux.

On voit aussi des scènes d’auberges où l’on boit au son du violon

scène d’auberge, attribuée à Jan Steen

buveurs devant une auberge italienne, Johannes Lingelbach 1650-5

des poètes attablés (ci-dessous Piron, de Jacques Autreau, début 18ème),

(NB : le verre en haut à gauche ne fait pas de la lévitation, il est suspendu à un patère)

des buveurs jouant de la musique

joyeuse compagnie de Dirck van Baburen, 1623

et des musiciens buvant !

Eau forte de Jean 1er Leblond d’après Gerrit van Honthorst (17ème siècle), qui préfère le vin à la musique semble-t-il.

Quoique l’harmonie soit belle
Des instruments dont je me sers
Je quitte les plus beaux concerts
Pour boire une liqueur pareille
Car quoique l’on dise j’aie mieux
Un vin qu’un accord curieux
réunion de buveurs de Nicolas Tournier vers 1615-20
(voir le contraste entre l’élégance des buveurs du premier plan et la gloutonnerie de ceux de l’arrière-plan)

On porte des coupes en escortant le boeuf gras

le cortège du boeuf gras, dit la fête du vin, vers 1640
(remarquer le mini-violon, appelé pochette, joué par le personnage le plus à gauche)
et le cortège du bélier, lors du Carnaval de la Courtille par exempleCurieuse scène d’intérieur que cette chambre de rhétorique (anonyme, vers 1659).

Populaires en Flandres aux 17ème siècle, on s’y retrouvait pour composer poèmes et chants, débattre et philosopher, boire et faire la fête. On nous y fait remarquer Calvin, Luther qui joue du luth, des représentants de diverses confessions reconnaissables à leur costume.

Passons à la 3ème dimension avec cet autre Triomphe de Bacchus (terre cuite en ronde bosse) que l’on doit à Louis-Simon Boizot (vers 1772)

Cette cruche à vin représentant une noce paysanne vient de Wallonie (1600-10). Elle est en grès gris et étain.

Voici une bouteille de vin en faïence de Nevers représentant une bacchanale (vers 1680)Le cavalier juché sur ce tonnelet de faïence nous dit en vers : « Je veux boire jusqu’à demain/ puisque je suis le dieu du vin/ et tant que mon tonneau durera/ monsieur Rivin en boira »Ce superbe instrument peint de toutes parts est un virginal double (il y a un deuxième clavier au-dessus du premier). Il date de 1580 et a été fait à Anvers par Martinus van der Biest.

Et voici une tête de Bacchus ornant une basse de viole (Michel Collichon, 1689)

Venons en maintenant à l’autre dominante de l’exposition, la musique écrite.

Cette assiette (Roue 1740) fera la transition. On y lit

pour passer doucement ma vie
avec mon petit revenu
amis je fonde une abbaye
et je la consacre à Bacchus

On trouve cette chanson dans ce recueil d’ariettes et chansonnettes de table et à danser (18ème siècle)

Nous aimons bien le 3ème couplet :

je veux qu’en ce lieu chaque moine
qui viendra pour prendre l’habit
apporte pour tout patrimoine
longue soif et bon appétit

Voici maintenant, dans un recueil d’airs sérieux et à boire imprimé en 1729, « Avec du vin endormez-nous« , le fameux canon de Rameau (qui sera repris dans le ballet Anacréon), qui montre que le maître de l’harmonie n’était pas dénué d’humour.

Le recueil suivant date de 1718

Divin sommeil par vos charmes puissants endormez tout le monde…
Mais à présent qu’avec ce vin nouveau je travaille à rougir ma trogne…
Gardez vous bien d’endormir un ivrogne occupé à vuider son tonneau

Dans un autre recueil nous lisons

verse verse verse
à longs traits ce nectar si doux
si bacchus nous jette à la renverse
verse verse verse
l’amour aura soin de nous…

Nous voici en 1713 avec ce recueil de chansons et vaudevilles de Dailichamps

Bacchus d’heureuse mémoire
Dit un jour à ses enfants
Croyez moi l’on ne peut boire
Assez tôt ni trop longtemps
Suivons suivons tour à tour
Bacchus et l’Amour

Voici encore une chanson joliment illustrée.

Le fameux Diogène philosophe d’Athènes…

vivait dans un tonneau
Cela nous signifie
Que la philosophie
Ne s’apprend point dans l’eau

Malheusement sans musique, voici le recueil général des chansons du capitaine Savoyard, par lui seul chantées dans Paris. C’était au 17ème siècle un fameux chanteur des rues, du nom de Philippot, aveugle de par son ivrognerie disait-il. On peut en trouver une édition  sur gallica.

Accourez filles et garçons/écoutez bien notre musique…

Il a composé de nombreuses chansons à boire. Que doit-on préférer, le vin ou la musique ? On retrouve ici le point de vue violoniste vu plus haut.

Ca buvons c’est assez chanté
Il faut penser à nos bouteilles
J’aime mieux boire une santé
Que laisser charmer mes oreilles
Plus près de nous voici un recueil de chansons de Vadé Jean-Joseph, chansonnier qui vivait au 18ème siècle,
Nous ne pouvons rien trouver sur la terre
qui soit si bon ni si beau que le verre…
et
que mon flacon
me semble bon
sans lui
l’ennui
me nuit
me suit
Plus près de nous encore, voici des chansons de Pierre Capelle (1775-1851), l’homme qui ressucita le Caveau, célèbre goguette, et publia des centaines d’airs notés dans la Clé du Caveau. Un petit air de ressemblance...
Buvons, amis, et buvons à plein verre ;
Enivrons-nous de ce jus divin !

Voici enfin musique et vin réunis avec cette joyeuse Rocambole, ou Baccanale au sujet de la paix (1679, fin de la guerre de Hollande qui aura duré 7 ans)

Enfin apres la Guerre et ses tristes allarmes
La Paix, l’aimable Paix, vient étaler ses charmes,
Et rétablir le Calme en ces paisibles lieux ;
On n’y voit que festins, tout respire la Joye
Dans le jus du Raisin le noir Chagrin noye,
Et chacqu’vn à trinquer s’excite à qui mieux mieux.
Ces Peuples ennemis que l’vnion rassemble
Quittant leurs differens
pour s’accorder ensemble,
Tous vnanimenent ont mis les armes bas ;
Et s’il y reste encor quelqu’image de Guerre
Leurs plus grans démeléz et leurs plus fiers combats
Se font entre les plats la bouteille, et le verre
    On n’a pas pu tout dire, ni tout montrer. Mais il reste encore quelques semaines pour voir cette belle expo qui se termine le 24 juin.