le boulon

Dimitri Chostakhovitch composa en 1930 ce ballet, chorégraphié par Fedor Lokhudov, qui mettait en scène quelques héros négatifs, comme cet ouvrier ivrogne
et ce tire-au-flanc

(on peut voir ces dessins de Tatiana Bruni à l’exposition Rouge, actuellement au Grand Palais)

Las, le ballet fut interdit à l’issue de sa première représentation en 1931. Il fallut attendre 2005 pour qu’il soit monté de nouveau par Alexeï Ratmanski et la troupe du Bolchoï.

Voici un des grands moments, la  danse de Lyonka

 

le thermomètre du pochard

Quoi de plus pratique qu’un thermomètre pour déterminer l’état d’ébriété d’un sujet ? Hélas un tel instrument, qui rendrait bien des services à tout un chacun comme à la maréchaussée, n’existe pas.  On en est réduit à souffler dans un ballon ou pire, à procéder à une analyse de sang.

Pour l’écrivain Paul Mahalin, de son vrai nom Emile Blondet, auteur de romans populaires, le thermomètre du pochard, c’est la casquette !
(in  la filleule de Lagardère, vers 1884-86).On y voit un inspecteur de police suivre deux suspects (le Bijou-des-Dames et le Rouquin) qui vont d’un mastroquet à l’autre, étouffant des perroquets (verres d’absinthe), avec « la casquette qui descend en pente du sommet de l’occiput jusqu’aux sourcils, et se rive sur le front, couvrant de l’ombre de sa visière toute la partie supérieur du faciès« .
De mannezingue en caboulot, de liquoriste en assommoir et autre mine à poivre, « la casquette remonte, remonte »… A la Courtille, elle n’est déjà plus sur le front, « elle s’affale sur la nuque, s’écroule sur les épaules »… Incapables désormais de « distinguer un sergent de ville d’un archevêque », « mes hommes sont au point« . C’est le moment d’agir pour l’inspecteur !

Dans les années 1870, le dessinateur Théo abordait le sujet différemment, par l’observation fine du visage. On distingue 6 degrés, de la tristesse liée à l’appétence et au manque, jusqu’au sommeil apoplectique. Et cela se voit comme le nez au milieu de la figure !

1er degré : On a besoin de tordre un perroquet.
= A jeun – Cet état, précédant immédiatement l’heure du repas, est fort triste. L’esprit, le corps sont lourds et tombent dans une langueur quasi-maladive.
2e degré : Etre gai, avoir sa pointe, être teinté, en train.
= Gai – Au 2e degré, on est disposé à causer, on éprouve un certain bien-être et l’on tombe dans une reverie agréable. Si l’on s’arrête là, tout est bien, on a un sommeil tranquille.
3e degré : Lancé, parti, légèrement ému, avoir un coup de soleil, être éméché. Avoir son plumet, être casquette, pompette, avoir son jeune homme.
= Lancé – A ce degré, on aime à parler, on fait des remarques fines, on est langoureux, on possede le don de convaincre, c’est l’aurore naissante des facultés intellectuelles. Un peu plus, on a la conversation trop imagée et l’éloquence trop brûlante, on assome son auditoire d’un déluge de phrases à noyer les patients.
4e degré : Poivre, avoir son affaire, être culloté, raide.
= Gris – On commence à se sentir étourdi  : on veut régaler ses voisins de chansons, on éprouve le besoin  de se prononcer un discours, on est fier comme un paon, hardi comme un lion, amoureux comme une colombe.
La maladie des cheveux se déclare (image de la gravure)
5e degré : Dans les vignes, complet, pochard, avoir son compte.
= Ivre – On voit double et on est stupidement bon, on aime à donner des poignées de main ou des coups de poing. La langue est épaisse et pâteuse.
6e degré : Rond comme une balle, en avoir plein son sac.
= Ivre mort – On n’appartient plus à ce monde ; on tombe dans un sommeil apoplectique. La maladie des cheveux est dans sa plus grande période.

On peut voir cette estampe au musée de Montmartre.

Le même Théo, dont on n’apprend rien sur le Net, sinon qu’il était illustrateur, dessinateur et lithographe, se distingua aussi par quelques caricatures comme celle du député communard Eugène Razoua, représenté un verre à la main.

Les révolutions sont toujours décriées par leurs détracteurs, aussi on ne s’étonnera de cette représentation du Comité de Salut Public « en séance extraordinaire »

(on ne discute pas la loi sur les boissons)

Terminons cette promenade historique par une dernière estampe signée Alfred Lepetit, représentant le député Henri Rochefort dont la tête inspira cet humoriste.Notre député Rochefort
Comme on le voir ressemble fort
A la grappe
D’un raisin aux grains savoureux
D’où s’échappe
Un vin clair, rouge et généreux

Pour la petite histoire, ce personnage qui lutta opiniâtrement contre l’oppression cléricale et politique et réussit à s’évader d’un bagne calédonien,  sombra finalement dans le boulangisme et l’antidreyfusisme.

NB Document trouvés sur les sites Paris – Musées et Gallica

A la Bonne Franquette

Cette vénérable institution de Montmartre, dont la devise « aimer, manger, boire et chanter » est toujours d’actualité,  accueillait ce samedi 9 mars la 1ère édition de la Fête du Livre de Bistrot, à l’initiative de  «  Bistrots et Terrasses de Paris « , une association qui milite pour l’inscription de cet Art de Vivre au Patrimoine Immatériel de l’UNESCO.La maison Fournier Père et Fils assurait un accueil apéritif avec ses chenin blanc, pinot noir et autres crus du Cher, que ne dédaignaient pas compagnons du Beaujolais, Républicains de Montmartre  et autres Francs-Mâchons.

On croisait l’ami Alain Turban venu avec son CD « bistrot » qui nous plonge au milieu des cosaques envahissant Paris il y a 200 ans, et à l’origine de ce mot bien de chez nous.

Sylvie Malys, qui joue tous les mardis au Petit Gymnase pour faire connaître le génie du vin, et son metteur en scène Michel Thibaud.

Ministre de l’oenologie de la République de Montmartre, elle doit savoir de quoi elle parle !

Et Joël, le chef tambour des Poulbotset l’incontournable Alain Coquard, le Président de la République de Montmartre.Une 15aine d’auteurs présentaient leurs ouvrages, comme Cendrine Bonami-Redler (ci-dessous présentant « dans son jus« , un carnet de voyage illustré dans les rades parisiens)

Le plu prolifique était sans doute Pierrick Burgault, avec ses 200 bars-concerts, ses 150 bistrots et brasseries, coécrit avec Hélène Milon ci-dessousses « bars du monde » etc (ci-dessous avec Martin de la Soudière, son co-auteur d' »un bistrot sinon rien » – itinéraire parmi les bistrots d’Auvergne et d’ailleurs)

Sur le plan de la prolificité il se heurte à la concurrence de Pierre Josse et des ses guides du routard (ci-dessous avec « la nostalgie est derrière le comptoir« )Difficile d’échapper au charme de Gab et de ses recettes de cuisine « les doigts dans le nez ». Il faut essayer sa dinde au whisky !     Voici aussi Michel Bessières, l’ancien patron du Wepler qui en raconte l’histoire…    et Fabienne Borie qui nous parle des origines de nos bougnats parisiens (Paris-Aubrac)On a croisé aussi Ingrid Astier (ci-dessous présentant quai de enfers),

Faujour (« In vino Musica« ), Gérard Letailleur (auteur d’une monographie sur « chez Walczak« ) et quelques autres qui nous pardonneront de ne pas être cités, ce sera pour une autre fois !

Georges Focus

Curieux personnage que ce Georges Focus , peintre, dessinateur, membre de l’Académie Royale de Peinture et de Sculpture, sous Louis XIV, à qui les Beaux Arts de Paris consacrent une exposition actuellement. Il  finit, aliéné, aux Petites Maisons, où il eut une importante production mettant en scène ses délires et souvenirs.

Oubliée, son oeuvre n’a été redécouverte que très récemment. Voici quelques dessins devant intéresser les lecteurs du bon clos.

(Les textes les accompagnant, un peu abscons,sont évocateurs de l’état psychique de leur auteur.)

Les vendangesFocus adolescent, perché sur des échasses, n’évitera pas la chute après avoir trop bu…

Le raisin fouléDans cette scène de foulage, on voit le jeune Focus s’abreuvant au chalumeau du vin d’un tonneau

Lorsque l’on a trop mis le pied dans la vigne du seigneur, il en vient le sommeil assez souvent avec le mal de coeur…

Le pressoirdommage qu’il en manque une partie, où Focus  se serait figuré fouetté, pour s’être exhibé devant des dames après avoir trop bu…La demande à boireFocus nimbé va chercher une bouteille dans un coffre. Omniprésent sur ces dessins, le dieu Fleuve s’abreuve.

Voici la transcription du texte, difficilement lisible

J’ai soif… Apportez-moi du vin, ou du vinaigre avec du fiel. Apportez du préperé (?) ou bien de l’hypocras…

Le festinFocus, nimbé, porte une coupe à ses lèvres pendant un festin

Ces centaures aux longues oreilles s’enivrent en se disputant.

 

A ta santé…


…Staline !

C’est ainsi qu’en 1949 Picasso apostrophait le petit père des peuples en se fendant d’un ou deux dessins, pour lui souhaiter son anniversaire.

On a du mal a imaginer aujourd’hui l’engouement populaire que connut à l’époque la France pour un vainqueur de Stalingrad paré de toutes les vertus.

Voici un carton de vin de Vouvray,

un cadeau parmi tant d’autres collectés à l’occasion de l’anniversaire de ses 70 ans.

Et voici le clairon qui a sonné en 1907 pour les viticulteurs du Midi en grève.

(photos extraites de ce court-métrage)

Des légendes circulaient sur la capacité du guide suprême à tenir l’alcool lors de banquets où se prenaient des décisions politiques. Curieusement il n’est pas facile de trouver de photo de lui avec un verre à la main.

Nous avons trouvé celle-ci, qui est glaçante.From left, German Nazi Foreign Minister Joachim Von Ribbentrop, German Under State Secretary Friedrich Gaus, Soviet head of state Joseph Stalin, and his Foreign Minister Vyacheslav Molotov pose in 1939 at the Kremlin after signing the Soviet-German Non-Aggression Pact. After the ceremony, Stalin proposed a toast: “I know how much the German people love their Fuehrer. I should therefore like to drink to his health.”

Gageons que cette photo n’était pas connue de Picasso !

 

fabuleuse Fabuloserie

C’est un lieu secret, qui donne la parole aux fous, aux différents, aux artistes. Un lieu magique aussi, qui la nuit s’illumine, parfois. La Fabuloserie, à Dicy, dans l’Yonne, temple de l’art brut.

Elle ouvrit largement ses portes le 20 mai dernier, pour la Nuit Européenne des Musées,

et, autour de l’étang aux innombrables torches qu’une plainte cristalline transportait, l’on y retrouva avec joie l’incroyable Manège de Petit Pierre et son « homme qui bois son verre de vin »

On y vit aussi ces tableaux de Ryszard Kozek, un musicien polonais qui, schizophrène, s’est mis à la peinture.

Et ces dessins, de qui sont-ils déjà ?

 

Topor

Il ne reste plus beaucoup de temps pour visiter l’expo Topor, jusqu’au 16 juillet à la BNF.

L’occasion de réaliser l’étendue des talents de l’auteur de la cuisine cannibale, de la planète sauvage, l’illustrateur d’Hara Kari et des oeuvres de Marcel Aymé.

Prince de l’absurde et de l’humour noir, cet échappé de justesse de la rafle du Vel d’Hiv disparut il y a vingt ans à 59 ans.

Nous en rapportons quelques images, comme cette affiche de l‘amateur de Bordeaux

dont le même motif a dû servir d’enseigne à un caviste sans doute

Ci-dessous un jeu de table ( lithographie 1996)

Un bon vivant qui illustre ici une recette de tripes (?) à la sauce Mornay (en allemand)

Celui qui a dit : Une bonne vieille bouteille de vin est aussi rare, aussi miraculeuse qu’un vieux pas con. Ca arrive, mais mieux vaut ne pas trop y compter, a toute sa place dans le Panthéon du Bon Clos ! Entre ici, ami Topor !