le retour de Bacchus (églogue)

Voici un petit poème « pastoral », un « églogue », découvert dans un recueil de poésies françaises des 15ème et 16ème siècle réunies et annotées par Anatole de Montaiglon, publié en 1855.

couvIl fut composé au 16ème siècle par un certain Calvi de la Fontaine, connu comme parisien, traducteur de Filipo de Beroalde, dans la « bibliothèque francoise de Lacroix du Maine »

Dans un premier tableau nous voyons converser deux vignerons, Colinot de Beau(l)ne et Jacquinot d’Orléans.

incipitLe vin aidant, voici Jacquinot

charlotte1en grand émoi…

charlotte2Ils parlent des femmes bien sûr, auxquelles il est » fol de bailler vigneron gris« … « trop vieillard, qui n’est digne de son gent corps« , car « lier on ne doit point de vieux cerceaux une neuve futaille » et « le bon tranchant de la serpe qui taille faut emmancher de bois de même taille« .

Mais ils laissent vite le volage Cupido car du retour de Bacchus dont ils sont les suppôts « faut deviser« .

Cela tombe bien, « ces jours passés Bacchus délibéra du ciel faire départ pour venir voir » … « tous les suppots de sa terrestre part ».

cesjourspasses2C’est à Beaune « cher vignoble par lui chéri sur tous » qu’il descend « premièrement« . Mais ce qu’il voit (« deux vignerons se battre à main senestre » pour une serpe) le met « en telle ire et courroux » qu’il « n’y fait entrée »  et repart aussitôt vers d’autres destinations : Orléans,  Aunis,  Grave et Bordelais, pays Senonois, Anjou, Ay, Auxerrois, Irancy, Noisy, Montreuil, Meudon en Meudonnois, Suresnes, Sèvres, Auteuil, Saint-Cloud, Issy

(le parisien Calvi de la Fontaine connait bien les vignobles proches de sa ville; dans la bataille des vins, trois siècles plus tôt, les vins cités sont ceux de Montmorency, Argenteuil, Deuil, Etampes…)

…partout ce ne sont qu »horribles noises » entre gens « plus adonnés aux martiaux ouvrages qu’à labourer la vigne à saoul ou jeun » ; ici pour qui boirait le premier un godet de vin nouveau, là pour un raisin, là encore pour un tonneau

« Par quoi il part de la Terre comme un dieu dépité, en ire si très grande qu’il entreprit de les détruire en commun »

Il supplie Jupiter de le venger, lequel pour l’exaucer convoque les quatre vents hivernaux :

« Sors Boreas de ta carrière bise ;
laisse ton trou vent gelé de galerne ;
laisse ton creux télébreux, vent de bise ;
froid Vulturnus, délaisse ta caverne« 

« gelez, gelez, car je qui tout gouverne le veut ainsi… »

Le résultat est catastrophique : » il n’y eut vignoble en nul pays qui ne fut, las ! lors perdu et foullé« .

Devant le « si soudain meschef » (malheur) les vignerons « se vont tapir dessous leurs vertes treilles / ne parlant plus de flacons ni bouteilles »

Ils prient Bacchus, mais celui-ci « n’en fait pas grand compte, car sa fureur n’est pas encore éteinte« . Jupiter, « plein de bénignité« , le raisonne : « temps est que ton courroux vers tes suppots s’efface » … « donc vers eux en terre t’en iras; aussi afin que leur ennui se passe, de ta liqueur très bien les muniras »

Aussitot dit les « vignerons de tous endroits (re)connurent leur dieu Bacchus sur la terre baissé » (sinon « un tas de vignerons mauvais trop envinés, lesquels le méconnurent« )

« de tous pays et les vignes gentilles prirent si bien le sien retour à gré qu’en un moment devinrent très fertiles ; on ne vit point nuls ceps secs inutiles mais de raisins chargés si à foisonrendant liqueurs friandes et subtiles qu’il ne fut onc plus vineuse saison »

Et tout finit par des chansons et par des danses, avec Silène qui « gaies chansons à raisonner commence« , et nymphes, « faunes, sylvains et satires poilus vinrent courant à la danse« .

Et pour finir, cette métaphore un peu obscure, quoique…

tanierecreuseIllustrons cela  avec cette Bacchanale d’Auguste Lévêque (peintre belge 1866-1921)

AugusteLeveque-Bacchanale

 

le débat de la vigne et du laboureur

Ce débat-là eut lieu il y a 500 ans au bas mot. C’est un certain Guillot qui l’a « rapporté » .  Au 19ème siècele, Anatole de Montaiglon l’a mis en recueil parmi d’autres poésies françoises « morales, facétieuses, historiques » des XVème et XVIème siècles. On peut le lire en ligne là.

C’est un débat classique. Le laboureur reproche à la vigne la dureté des travaux et les aléas de la production. La vigne lui reproche son impiété et son inconstance. Et à la fin c’est la vigne qui gagne !

C’est le laboureur qui commence les hostilités :

« Viens ça, vieille torte, boiteuse…
Ton vin ne vaut pas la servoise…
Car il est de si mauvais goust…
Que c’est pur vers-jus de ton moust…
Tous les ans provigner te fault
Nettoyer et mettre echalatz
Tailler et lier et bas et hault
Tant que souventes fois suis las….

Sur quoi la vigne riposte :

Laboureur tu te plains à tort…
Se je porte du vin friant
Tu en bois autant qu’on t’en livre…
Quand tu en as trop beu tu jures…
Se Dieu te punit c’est rayson…
Se chargée suis de bon raisin
Bien meurs, doux et délicieux
Tu en feras plusieurs bons vins
Plaisans, frians et savoureux

Et c’est elle qui aura le dernier mot :

Prendre fault le temps comme il vient
Sans en faire autre mention
Se quelqu’adversité survient
louons Dieu de bonne affection…

Dans le même recueil on trouve cette curieuse recette pour guérir les ivrognes  :

Se pour trop boire le lendemain
Vous tremble teste bras ou main
Avoir vous fault sans contredit
Du poil du chien qui vous mordit

On y trouve aussi le Serment fort joyeux de saint Raisin, qui reprend à sa façon la prescription de Caton :

Hoc bibe quot possis, Si vivere sanus tu vis

(Bois ce que tu peux, si tu veux vivre en bonne santé ; toute l’ambigüité est dans ce « peux » , qui peut vouloir dire ce « ce que tu peux supporter » -sans doute le sens qu’y met Caton, mais « bois tant que tu peux à planté » c’est à dire à satiété, « plenty » dirait-on en anglais, pour l’auteur de ce serment fort joyeux). Et il précise :

On ne fera ja grande chere / Qui n’aura de vin grant rivière…

Premierement beuvez matin / contre colle, contre frimatz

Boire au matin fait clère voix

Et de mettre à contribution Nostre Seigneur (Buvez du vin tous du meilleur/ ainsi que fit Nostre Seigneur), Saint-Martin (à laquelle feste on boict vin) et la doulce Vierge honneste (qu’elle vueille encore prier/ que vin nous veuille envoyer/ a grande largesse d’habondance/ par tout le royzume de France)

Dans un autre volume l’églogue sur le retour de Bacchus, de Calvi de La Fontaine, nous conte une dramatique histoire. Nous la rapporterons quelque jour.

Sur la route

desnosparderooNous avions rassemblé, il y a quelques années, des poèmes de Robert Desnos, en voici un que nous avions omis, indiqué par l’ami Etienne. Il a toute sa place dans la collection du bon clos.

Sur la route parfois on rencontre des vignes
Dont les raisins mûris sont à portée de main
Qu’ils sont bons ! Et partons où serons-nous demain ?
Car la feuille ressemble à la main par les lignes.
 

Mais chérissons le vin où se lisent les signes
Sacrés de la jeunesse et des désirs humains
Le verre est bu, partons reprenons le chemin
Qui naît au chant du coq et meurt au chant du cygne
 

Il reste cependant l’empreinte de nos verres
Sur la nappe tracée. Aux mains des lavandières
La tache partira bientôt au fil de l’eau.
 

Ainsi vont les serments belle fille qui chantes
Pour trinquer à plaisir en l’honneur des méchantes
Remplissez notre verre aux bondes des tonneaux

faire chabrot

Bien des amateurs de vin sacrifient à cette tradition, qui consiste à finir sa soupe en y rajoutant du vin, et en portant l’écuelle à la bouche généralement.

C’est une coutume du Sud de la France, on  dit  « fa chabrou » en occitan, chabrol, et encore  faire godaille en Charente, nous apprend expressio.fr. Le terme serait apparenté à chevreau (chabro) sans qu’on comprenne bien pourquoi… (Champoreau – cité dans la Passion de Joseph Pasquier, de Georges Duhamel se dit plutôt pour un mélange café alcool).

C’est une pratique fortement corrélée au port du béret ou de la casquette semble-t-il, comme on peut voir ci-dessous (en Corrèze, Ardèche, Baronnies, Cévennes et Hautes Alpes et Haute Provence).

chabrocorreze Chabrotardeche Chabrotbaronnies Chabrotcevennes Chabrothautesalpes Chabrothteprovence« Faire chabrot garde le ventre chaud« , dit-on aussi.  C’est ce qui est proclamé sur le blog du dessinateur Anthony Pascal, les dentus, qui en a dessiné toute une série (de dentus) faisant chabrot.

Les Dentus font chabrot - 01L’écrivain Paul Fournel, évoquant son grand-père, a écrit un joli poème sur ce thème (publié dans Le Bel Appétit). Gastronome, amateur de vin, Oulipien, cycliste, il a toutes qualités pour entrer dans la galerie du Bon Clos. Bienvenue !

fournel

IMG_2205Et le groupe limouso-auvergnat Icoranda limouso-auvergnat en a fait un morceau, publié dans son album « des Monédières au Mont Dore ». En voici un extrait.

Des_Monedieres_au_Mont_Dore

 

Le Vrai dans le Vin

Voici un poème de Victor Hugo, véritable déclaration de guerre à la guerre, et hommage au vin. Il date de 1865. La scène se passe à la barrière (du Maine sans doute, Hugo en a parlé, a rapporté Goncourt) au-delà de laquelle coule (à peu de frais) le vin de Suresnes…

Jean Sévère était fort ivre.
Ô barrière ! ô lieu divin
Où Surène nous délivre
Avec l’azur de son vin !

Un faune habitant d’un antre,
Sous les pampres de l’été,
Aurait approuvé son ventre
Et vénéré sa gaieté.

Il était beau de l’entendre.
On voit, quand cet homme rit,
Chacun des convives tendre
Comme un verre son esprit.

À travers les mille choses
Qu’on dit parmi les chansons,
Tandis qu’errent sous les roses
Les filles et les garçons,

On parla d’une bataille ;
Deux peuples, russe et prussien,
Sont hachés par la mitraille ;
Les deux rois se portent bien.

Chacun de ces deux bons princes
(De là tous leurs différends)
Trouve ses États trop minces
Et ceux du voisin trop grands.

Les peuples, eux, sont candides ;
Tout se termine à leur gré
Par un dôme d’Invalides
Plein d’infirmes et doré.

Les rois font pour la victoire
Un hospice, où le guerrier
Ira boiter dans la gloire,
Borgne, et coiffé d’un laurier.

Nous admirions ; mais, farouche,
En nous voyant tous béats,
Jean Sévère ouvrit la bouche
Et dit ces alinéas :

« Le pauvre genre humain pleure,
« Nos pas sont tremblants et courts,
« Je suis très ivre, et c’est l’heure
« De faire un sage discours.

« Le penseur joint sous la treille
« La logique à la boisson ;
« Le sage, après la bouteille,
« Doit déboucher la raison.

« Faire, au lieu des deux armées,
« Battre les deux généraux,
« Diminuerait les fumées
« Et grandirait les héros.

« Que me sert le dithyrambe
« Qu’on va chantant devant eux,
« Et que Dieu m’ait fait ingambe
« Si les rois me font boiteux ?

« Ils ne me connaissent guère
« S’ils pensent qu’il me suffit
« D’avoir les coups de la guerre
« Quand ils en ont le profit.

« Foin des beaux portails de marbre
« De la Flèche et de Saint-Cyr !
« Lorsqu’avril fait pousser l’arbre,
« Je n’éprouve aucun plaisir,

« En voyant la branche, où flambe
« L’aurore qui m’éveilla,
« À dire : « C’est une jambe
« Peut-être qui me vient là ! »

« L’invalide altier se traîne,
« Du poids d’un bras déchargé ;
« Mais moi je n’ai nulle haine
« Pour tous les membres que j’ai.

« Recevoir des coups de sabre,
« Choir sous les pieds furieux
« D’un escadron qui se cabre,
« C’est charmant ; boire vaut mieux.

« Plutôt gambader sur l’herbe
« Que d’être criblé de plomb !
« Le nez coupé, c’est superbe ;
« J’aime autant mon nez trop long.

« Décoré par mon monarque,
« Je m’en reviens, ébloui,
« Mais bancal, et je remarque
« Qu’il a ses deux pattes, lui.

« Manchot, fier, l’hymen m’attire ;
« Je vois celle qui me plaît
« En lorgner d’autres et dire :
« Je l’aimerais mieux complet. »

« Fils, c’est vrai, je ne savoure
« Qu’en douteur voltairien
« Cet effet de ma bravoure
« De n’être plus bon à rien.

« La jambe de bois est noire ;
« La guerre est un dur sentier ;
« Quant à ce qu’on nomme gloire,
« La gloire, c’est d’être entier.

« L’infirme adosse son râble,
« En trébuchant, aux piliers ;
« C’est une chose admirable,
« Fils, que d’user deux souliers.

« Fils, j’aimerais que mon prince,
« En qui je mets mon orgueil,
« Pût gagner une province
« Sans me faire perdre un oeil.

« Un discours de cette espèce
« Sortant de mon hiatus,
« Prouve que la langue épaisse
« Ne fait pas l’esprit obtus. »

Ainsi parla Jean Sévère,
Ayant dans son coeur sans fiel
La justice, et dans son verre
Un vin bleu comme le ciel.

L’ivresse mit dans sa tête
Ce bon sens qu’il nous versa.
Quelquefois Silène prête
Son âne à Sancho Pança.

Aux origines du Champagne

Depuis quand mousse le vin de Champagne et qui l’a inventé ?

Certainement pas Dom Perignon à qui cette invention fut attribuée un temps.

Moët_&_Chandon_Dom_Perignon_Sculpture_2  En fait, ça coûte de le dire, ce sont les Anglais ! Ils mettaient eux-mêmes en bouteilles (qu’ils savaient faire solides) le vin de Champagne qu’ils importaient en tonneau et qu’ils savaient faire mousser.

On en trouvera une démonstration accablante sur le site maisons-champagne.com (voir le passionnant article du colonel François Bonal,

bonalou encore dans celui de Bruno Duteurtre dans Bulles & Millésimes. Il faut citer aussi la note historique de Benoît Musset sur les origines de l’effervescence (considérée souvent comme un défaut), qui fait remonter jusqu’à l’antiquité égyptienne  son ancienneté.

Une façon de comprendre l’histoire est de retrouver les mentions du Champagne dans la littérature.

  Cette citation d’Hudibras

HudibrasButler1744( poème parodique de Samuel Butler inspiré par Don Quichotte écrit dans les années 1660) ne convainc qu’à moitié :

Drink every letter on’t in stum / And make it brisk champaign become

On parle là d’un champagne « vif » que deviendrait, en imagination semble-t-il, le moût bu à la santé de l’aimée (une coupe pour chaque lettre de son nom selon la coutume antique).

Plus explicite est cet air à boire chanté dans   « the man of mode » de George Etheredge qui date de 1676, louant le « sparkling champaign » qui remet rapidement sur pied les amants languissants, nous rend espiègles et gais et noie toute peine…

amanofmodemise en scène moderne

SIR FOPLING:Fill the glasses round, and draw up in a body. Hey! music! [all singing]

The pleasures of love and the joys of good wine To perfect our happiness wisely we join.
We to beauty all day / Give the sovereign sway, /And her favourite nymphs devoutly obey.
At the plays we are constantly making our court, And when they are ended we follow the sport,
To the Mall and the Park, / Where we love till ’tis dark;
Then sparkling champagne / Puts an end to their reign;
It quickly recovers /Poor languishing lovers,
Makes us frolic and gay, and drowns all our sorrow; /But, alas! we relapse again on the morrow.
Let ev’ry man stand/ With his glass in his hand,
And briskly discharge at the word of command. Here’s a health
to all those / Whom to-night we depose:
Wine and beauty by turns great souls should inspire. / Present altogether, and now, boys, give fire!

On aimerait bien en connaitre la musique !

Quelques années plus tard ( en 1681), Thomas Otway fait parler un des personnages de la comédie The souldier’s fortune de ces vins pétillants et doux de Champagne, dont chaque verre évoque de charmantes beautés…
soldiers_fortune_gunter
I have seen thee in a large pavilion, drowning the heat of the day in champagne wines, sparkling sweet as those charming beauties whose dear remembrance every glass recorded
Voici encore un dialogue savoureux trouvé dans « Love and a Bottle  » de George Farquhar (1698).
Quelle boisson irait le mieux avec vos beaux habits ? Laquelle est le plus à la mode ?
Le Champagne, je suppose. C’est une bon breuvage, que tous les beaux messieurs boivent pour avoir de l’esprit !
Champaigne is a fine Liquor, which all you great Beaux drink to make ’em witty.

Witty! Oh by the Universe I must be witty. I’ll drink no∣thing else; I never was witty in all my life. I love Jokes dearly.—Here, Club, bring us a Bottle of what d’ye call it? the witty Liquor.

La messe est dite.
Quant à  la littérature française, vers 1700 l’abbé Guillaume Amfrye de Chaulieu aura ces vers,
Viens, Phylis, avec moi viens passer la soirée.
Qu’à table les Amours nous couronnent de fleurs ;
De myrte, comme toi, que leur mère parée
Vienne de mon esprit effacer ces noirceurs :
Et toi, père de l’alégresse,
Viens à l’ardeur de ma tendresse,
Bacchus, joindre ton enjoûment ;
Viens sur moi d’une double ivresse
Répandre tout l’enchantement.
À l’envi de tes yeux vois comme ce vin brille.
Verse-m’en, ma Phylis, et noye de la main,
Dans sa mousse qui pétille,
Les soucis du lendemain
.

Il n’importe, c’est le Français qui remporte la mise, car comme dit Voltaire  « De ce vin frais l’écume pétillante / De nos français est l’image brillante. » (in Le mondain, 1736).
voltaire
Allons souper.
Que ces brillants services,
Que ces ragoûts ont pour moi de délices !
Qu’un cuisinier est un mortel divin !
Chloris, Eglé, me versant de leur main
D’un vin d’Aï dont la mousse pressée,
De la bouteille avec force élancée,
Comme un éclair fait voler le bouchon ;
Il part, on rit ; il frappe le plafond.
De ce vin frais l’écume pétillante
De nos Français est l’image brillante.
 Après lui, les émules ne se comptent plus. Citons pour le plaisir Jean-François de le Harpe
et son « projet d’orgies » qui semble dater de 1774 (cité dans Anecdotes secrètes du 18ème siècle« ).
 projetdorgiespardelaharpe

la coupe du roi de thulé

Nous avons déjà croisé la route du roi de Thulé et de sa coupe, lors d’un concert au Musée de Cluny il y a une paire d’ans. Nous l’empruntons à nouveau, étant tombés par hasard sur une Légende du Nord en 10 chants, intitulée Le Roi de Thulé (musique de Jean Fragerolle, Poème de Desveaux Vérité) qui doit dater de 1908,

thulé1et dont le neuvième chant nous intéresse fort.

(le site ombres-et-silhouettes. nous informe que cette oeuvre pouvait être représentée sous forme de théâtre d’ombres)

thulé2Thulé est une île légendaire située quelque part en Islande ou aux alentours de la Norvège, dont on dit qu’elle fut découverte par Pytheas vers -330. Elle inspira Goethe, qui en 1774 écrivit Der König in Thule (le Roi de Thulé), qu’il incorporera dans Faust, et qui fut traduit par Nerval (voir en fin d’article)

L’histoire tient en peu de mots : sentant la mort venir, le Roi de Thulé jeta au flot la coupe d’or qu’il tenait de son amante disparue, et jamais ne devait plus boire.

Voici la partition du chant 9 de Fragerolle.

thulé3 thulé4

Ce poème inspira de nombreux musiciens et compositeurs comme Schubert, Berlioz, Liszt, Schuman, Gounod…

Voici une très belle version par Karl Friedrich Zelter, sur un air populaire (volkslied) dont nous ne connaissons pas l’auteur, illustrée d’images du film de Fritz Lang les Niebelungen.

Et voici la composition de Schubert (1816), chantée par Hermann Prey

Et voici l’air de Marguerite (la Callas) dans Faust de Gounod

et la version de Robert Schumann, par le choeur 43

et celle de Berlioz (la damnation de Faust, autrefois un roi de Thulé…) par Yvonne Minton

et celle de Liszt, par Vörös Szilvia

qui encore ?

On trouvera les traductions de Nerval ici et

Le poète Jules Laforgue en commit une version très personnelle et assez iconoclaste.Nous lui préférons la tendre expression de louise ackermann

Au vieux roi de Thulé sa maîtresse fidèle
Avait fait en mourant don d’une coupe d’or,
Unique souvenir qu’elle lui laissait d’elle,
Cher et dernier trésor.
Dans ce vase, présent d’une main adorée,
Le pauvre amant dès lors but à chaque festin.
La liqueur en passant par la coupe sacrée
Prenait un goût divin.
Et quand il y portait une lèvre attendrie,
Débordant de son cœur et voilant son regard,
Une larme humectait la paupière flétrie
Du noble et doux vieillard.
Il donna tous ses biens, sentant sa fin prochaine,
Hormis toi, gage aimé de ses amours éteints ;
Mais il n’attendit point que la Mort inhumaine
T’arrachât de ses mains.
Comme pour emporter une dernière ivresse.
Il te vida d’un trait, étouffant ses sanglots,
Puis, de son bras tremblant surmontant la faiblesse»
Te lança dans les flots.
D’un regard déjà trouble il te vit sous les ondes
T’enfoncer lentement pour ne plus remonter :
C’était tout le passé que dans les eaux profondes
Il venait de jeter.
Et son cœur, abîmé dans ses regrets suprêmes,
Subit sans la sentir l’atteinte du trépas.
En sa douleur ses yeux qui s’étaient clos d’eux-mêmes
Ne se rouvrirent pas.
Coupe des souvenirs, qu’une liqueur brûlante
Sous notre lèvre avide emplissait jusqu’au bord,
Qu’en nos derniers banquets d’une main défaillante
Nous soulevons encor,
Vase qui conservais la saveur immortelle
De tout ce qui nous fit rêver, souffrir, aimer.
L’œil qui t’a vu plonger sous la vague éternelle
N’a plus qu’à se fermer.
Louise Ackermann, Contes et poésies (1863)

 

méli-mella à Yerres

C’est une importante délégation de la Confrérie du Clos de Clamart

clamartenmassequi s’est rendue ce dimanche 13 septembre à Yerres, pour assister et participer au 2ème chapitre des vendanges de la Grappe Yerroise, confrérie créée en juin 2014.

afficheIl faut dire que le terrain clamartois avait été largement labouré ces derniers temps par l’ami Michel Mella, Grand Chancelier de la dite Grappe, également élu au Bureau de Cocorico, que nous avons intronisé au printemps dernier.

D’autres confréries avaient fait le déplacement : Sucy en Brie, Gagny, Combs la Ville, Villiers-le-Bel, Bagneux, et aussi la Marmite d’Or, les Culs d’Ours et Cabinets d’vigne, Saint-Grégoire, et, last but not least, la Fédération Internationale des Confréries Bachiques représentée par Alan Bryden…

tous

On apprit que les vendanges de chardonnay et de pinot noir venaient d’être faites au Clos Bellevue.

La pluie était au rendez-vous mais permit une courte déambulation qui, depuis la Grange au Bois, nous mena place de l’Eglise après avoir longé le Parc Caillebotte et franchi l’Yerres sur le Pont du 18 juin. L’espérance brévannaise, harmonie dirigée par Philippe Lacombe, nous accompagna au son de Chariot et des Blues Brothers.

lesperanceLa Grappe Yerroise chanta son hymne

yerres chantepuis on procéda aux intronisations. C’est l’ami Michel Mella qui prononça les éloges des impétrants, et l’on assista à un festival de calembours et de coq-à-l’âne donnant du sens aux CV les plus hétéroclites en un meli-mella improbable.

lenvoléeC’est ainsi que l’ami Yves de Villiers-le-Bel, qui se voua à la charcuterie toute sa vie durant, reçut à tout jamais le sobriquet de l’abbé des cochons.

labbédescochonsLe maire Philippe Dupont-Aignan ne fut pas épargné (ce fut « saignan » !)

lintrodumaireSon intervention pour allouer à la culture de la vigne l’actuel Clos Bellevue fut rappelée et il but la coupe sans rechigner
lemaireboitLes inséparables Marcel Doyen et Michel Laroque, respectivement grand-maître et ex-grand-maître de la Confrérie du Clos de Clamart, reçurent le même traitement.(ci-dessous avec le Grand-Maître de la Grappe Yerroise, Michel Privat).

intromarcelintromichelOn apprit finalement que les textes étaient co-écrits par Jean-Claude Trouillas,

jeanclaudetrouillasjoyeux luron qui tient un peu de Pierre Desproges et qui porte la charge de Grand Vaguemestre de la Confrérie.

JCTMerci aux auteurs et à l’acteur incomparable pour ce bon moment.

carigoleLa suite est plus classique, avec un déjeuner de qualité accompagné en musique par le chanteur Pierre Meige.

Mais la poésie était encore à l’honneur sur les murs permettant aux affamés de patienter, avec Rabelais et sa Dive Bouteille, Molière (air à boire du Bourgeois Gentilhomme), Nerval (Gaieté), et d’autres moins connus comme Emile Goudeau et son vin de vérité, Vincent Muselli et ses Buveurs,  Robert Delahaye et sa Halte de midi.       les buveurs obouteilleAmis Yerrois, merci, et à bientôt !

(PS On peut revivre des moments choisis de cette journée sur le site de la grappe Yerroise et avec cette video de Michel Devot)