Cabaret viticole

Belle découverte que celle de ce quatuor venu d’Alsace (Sébastien Dubourg au piano, Nathalie Cawdrey à la flûte, Cécile Bienz à la clarinette, et Marine Nuss au saxo), tout à la fois chanteurs, instrumentistes, acteurs, qui a monté ce spectacle autour de l’amour et du vin.

On pouvait le voir vendredi soir au Château Bonisson, dans les coteaux d’Aix-en-Provence, et encore ce dimanche soir au domaine de la Citadelle, à Ménerbes dans le Luberon.

On. a ainsi pu écouter voir une vingtaine de chansons, des traditionnelles aux voix et arrangements travaillés (Il est des nôtres, le tourdion, qui veut chasser une migraine, de vigne en terre…), des modernes ( (le vin de l’assassin,j’ai bu, je suis soûl/s, ami remplis mon verre, quand j’suis paf…) de nos grands auteurs (La Fontaine, Baudelaire, Ferré, Aznavour, Brel, Nougaro, Mick Micheyl…), et d’autres qu’on n’a pas pu identifier, peut-être des originales de Sébastien Dubourg ? de la metteur en scène Marcela BERNARDO ?

Un spectacle d’un très bon niveau donc, dont on espère qu’il tournera !

les suivre :https://www.facebook.com/cabaretviticole/

Un avant-goût ?

Vous en redemandez ?

https://www.facebook.com/watch/?v=122285546313324

Et merci de sortir de l’oubli Marc Antoine Girard de Saint Amand et sa Débauche…

Nous perdons le temps à rimer,
Amis, il ne faut plus chommer ;
Voicy Bacchus qui nous convie
A mener bien une autre vie ;
Laissons là ce fat d’Apollon,
Chions dedans son violon ;
Nargue du Parnasse et des Muses,
Elles sont vieilles et camuses ;
Nargue de leur sacré ruisseau,
De leur archet, de leur pinceau,
Et de leur verve poetique,
Qui n’est qu’une ardeur frenetique ;
Pegase enfin n’est qu’un cheval,
Et pour moy je croy, cher Laval[2],

Que qui le suit et luy fait feste
Ne suit et n’est rien qu’une beste.
Morbieu ! comme il pleut là dehors !
Faisons pleuvoir dans nostre corps
Du vin, tu l’entens sans le dire,
Et c’est là le vray mot pour rire ;
Chantons, rions, menons du bruit,
Beuvons icy toute la nuit,
Tant que demain la belle Aurore
Nous trouve tous à table encore.
Loing de nous sommeil et repos ;
Boissat[3], lors que nos pauvres os
Seront enfermez dans la tombe
Par la mort, sous qui tout succombe,
Et qui nous poursuit au galop,
Las ! nous ne dormirons que trop.
Prenons de ce doux jus de vigne ;
Je voy Faret qui se rend digne
De porter ce dieu dans son sein,
Et j’approuve fort son dessein.
Bacchus ! qui vois nostre desbauche,

Par ton sainct portrait que j’esbauche
En m’enluminant le museau
De ce trait que je boy sans eau ;
Par ta couronne de lierre,
Par la splendeur de ce grand verre,
Par ton thirse tant redouté,
Par ton eternelle santé,
Par l’honneur de tes belles festes,
Par tes innombrables conquestes,
Par les coups non donnez, mais bus,
Par tes glorieux attribus,
Par les hurlemens des Menades,
Par le haut goust des carbonnades,
Par tes couleurs blanc et clairet,
Par le plus fameux cabaret,
Par le doux chant de tes orgyes,
Par l’esclat des trognes rougies,
Par table ouverte à tout venant,
Par le bon caresme prenant,
Par les fins mots de ta cabale,
Par le tambour et la cymbale,
Par tes cloches qui sont des pots,
Par tes soupirs qui sont des rots
Par tes hauts et sacrés mysteres,
Par tes furieuses pantheres,
Par ce lieu si frais et si doux.
Par ton boucq paillard comme nous
Par ta grosse garce Ariane,
Par le vieillard monté sur l’asne,
Par les Satyres tes cousins,
Par la fleur des plus beaux raisins,
Par ces bisques si renommées,
Par ces langues de bœuf fumées,
Par ce tabac, ton seul encens,
Par tous les plaisirs innocens,

Par ce jambon couvert d’espice,
Par ce long pendant de saucisse,
Par la majesté de ce broc,
Par masse, toppe, cric et croc,
Par cette olive que je mange,
Par ce gay passeport d’orange,
Par ce vieux fromage pourry,
Bref, par Gillot, ton favory,
Reçoy-nous dans l’heureuse trouppe,
Des francs chevaliers de la couppe,
Et, pour te montrer tout divin,
Ne la laisse jamais sans vin.

Le chant des Pochards

Pochard, cet adjectif et aussi substantif est apparu semble-t-il au début du 19ème siècle. Dérivant de poche, il renvoie à sac, sac à vin, et signifie donc ivrogne, poivrot…

Nous connaissons le thermomètre du pochard, qui permet de mesurer le degré d’ébriété;

les Pochards, une toile d’Ensor (1883),

et aussi la chanson j’suis pocharde d’Yvette Guilbert (1927).

Mais pas le chant des pochards, une chanson écrite par Marcel Pagnol et publiée dans la revue Massilia en 1911, à l’âge de 16 ans !

Le maestro J.C.Keck l’a déniché on ne sait comment. La voici.

Gloire à nous, buveurs insatiables !

On aimerait bien la chanter cette chanson, mais quel en est l’air ?

Vert Vert

C’est un conte drolatique, Vert Vert ou les voyages du perroquet de la visitation de Nevers, poème héroïque publié en 1734 par Jean-Baptiste Gresset, dont le héros est un perroquet. Il fit grand bruit à l’époque, et eut une nombreuse descendance au théâtre, à l’opéra-comique mais aussi en peinture, et jusque dans des performances et expositions d’art contemporain (on parlera en fin d’article d’ Oral Texte)..

C’est l’opéra-comique d’Offenbach monté en 1869 qui nous intéresse ici, car il recèle un sympathique air à boire…

Mais racontons d’abord l’histoire : Vert Vert, perroquet ramené d’Amérique, est la mascotte d’un couvent de Visitandines à Nevers, tant il est prolixe en prières et paroles d’Evangile. Il parle latin!

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Le Perroquet Vert-Vert au couvent des Visitandines de Nantes, par Jean-Claude Rumeau

Mais, requis par un autre couvent, à Nantes, il est embarqué sur un bateau qui descend la Loire. Durant le long voyage, aux côtés de « deux nymphes, trois dragons, une nourrice, un moine, deux gascons », c’est à un tout autre langage qu’il est confronté :

car, les dragons, race assez peu dévote,
ne parloient là que langue de gargotte ;
charmant au mieux les ennuis du chemin,
ils ne fêtoient que le patron du vin ;
puis les gascons et les trois peronelles
y concertoient sur des tons de ruelles :
de leur côté, les bateliers juroient,
rimoient en Dieu, blasphémoient et sacroient.

On imagine la suite : Vert perd son latin et ne fait que jurer, grand scandale au couvent ; on le renvoie à Nevers, où on l’attend pour le juger. Le voilà encagé, privé de tout. Le châtiment fait son effet :

Couvert de honte, instruit par l’infortune…
…l’oiseau contrit se reconnut enfin :
il oublia les dragons et le moine ;
et pleinement remis à l’unisson
avec nos sœurs, pour l’air et pour le ton,
il redevint plus dévot qu’un chanoine.

Las. Le retour à la vie de plaisirs va lui être fatale :

Du sein des maux d’une longue diette,
passant trop-tôt dans des flots de douceurs,
bourré de sucre, et brûlé de liqueurs,
Ver-Vert, tombant sur un tas de dragées,
en noirs cyprès vit ses roses changées.

Vert Vert meurt, et c’est là qu’Offenbach a choisi de faire commencer son histoire.

Son Vert Vert est un jeune homme, neveu de la directrice du couvent où vient de mourir le perroquet. Peut-être sa réincarnation ? On ne racontera pas l’argument en détail, il suffit de savoir qu’il y a des amoureux, des couples qui veulent se retrouver, et comme dit la RTBF, « on y retrouve des personnages truculents et des quiproquos dans une ambiance très vaudevillesque. »

On se retrouve ainsi à la fin du 2ème acte (scène 14) dans une auberge où l’on va découvrir les talents vocaux de Vert Vert, requis par Corilla la chanteuse de remplacer au pied levé un chanteur défaillant.

Allons ! du vin partout et des chansons légères !
Et ceux qui le voudront pourront casser leurs verres !
Au diable les belles manières, Avec nous, Avec eux, jamais de façons !

Amusons-nous, gais compagnons,
A la dragonne, entre dragons !
Buvons ! chantons !

Et pif ! et paf ! et versez donc, Madame l’hôtelière !
Vos deux mains sont-elles de plomb ? Vous ne les levez guère.
Si la bouteille que voilà ! Est trop lourde, ma chère,
Donnez ! chacun se chargera De la rendre légère !

vient la Chanson

VERT-VERT.

Quand du flacon en flots d’or il s’échappe
Comme un reflet du chaud soleil,
Dont les rayons ont fait mûrir la grappe,
Que j’aime à voir ce vin vermeil.
Je bois à vous, ma belle dame !

LA CORILLA.
Beau cavalier ! je bois à vous.

VERT-VERT.
Le présent enivre mon âme !

LA CORILLA.
Et l’avenir sera plus doux !…

ENSEMBLE.
Versez ! amis ! versez ! toujours !
Ce vin béni par les amours !…

LA CORILLA.
Tout en chantant l’amour et la jeunesse
Buvons ce vin qui vient de loin.
Et de chasser l’importune tristesse,
Gaîment remettons-lui le soin !

VERT-VERT.
Je bois à vous, ma belle dame !

LA CORILLA.
Beau cavalier ! je bois à vous !

VERT-VERT.
Le présent enivre mon âme,

LA CORILLA.
Et l’avenir sera plus doux !

ENSEMBLE.
Versez ! amis ! Versez, toujours.
Ce vin béni par les amours.

Etc.

Signalons le CD d’ Opera Rara selon l’édition de J.C.Keck

Concluons en signalant que les amateurs d’art contemporain ont jusqu’au 23 juillet 2022 pour visiter l’exposition Oral Texte à la Fondation Pernod Ricard , qui propose de revenir sur les origines du langage articulé avec les propositions d’une douzaine d’artistes comme Angélique Buisson qui s’est inspirée du conte de Vert Vert.

Voici des extraits de l’opéra Vert Vert, par Perez et Angélique Buisson

Un disque vinyl et des fichiers audio haute définition sont disponibles sur le site de Duuu éditions

-> et le 6 juillet, performance de Perez  sur une proposition de Angélique Buisson + lancement du vinyle Vert Vert édité par *Duuu

Buvons sec !

Voici une de ces « petites partitions dont personne ne veut plus, ou presque… » , mise en ligne par le maestro Jean-Christophe Keck. Mais si on en veut !

C’est une chanson des années 1860, de Paul Avenel (paroles)

Portrait par Pierre Petit

et Paul Henrion (musique)

Paul Henrion par Firmin Gillot, d’après une charge de Paul Hadol, 1861

Buvons sec quand le vin est bon !

Elle fut chantée par Pauly à L’Alcazar lyrique, et par Paulus à l’Eldorado.

On trouvera ici les paroles,

Buvons sec !

et là un recueil plus consistant, où l’on peut trouver de nombreuses chansons de Paul Avenel aux titres attractifs, hélas sans la musique, comme :

Le bon vin (Le bon vin Est divin, Multiplions nos rasades ; Aux refrains des chansons Camarades, Gaîment buvons !), sur l’air de « vaut bien mieux moins d’argent »

La bouteille (Je vais célébrer la bouteille, Mes amis, pour boire avec vous.)

Buvons à l’amitié (Buvons à l’amitié ! Et, sans pitié Pour nos flacons, Faisons sauter tous les bouchons.)

Paris-Champagne (Paris-Champagne Est un vin divin.Pif! paf! tin tin! Vive Paris-Champagne !)

Le petit vin blanc (Mon âme est ravie ! Petit vin blanc sans pareil. Tu jettes dans ma vie Un rayon de soleil.)

etc.

Pour ne pas rester sur notre faim, voici un autre Paris-Champagne, chanté par Luis Mariano.

Paris, c’est du champagne, du champagne et de l’amour !

Au fait, que signifie boire sec ?

Le Robert indique : sans mettre d’eau, mais note aussi « boire beaucoup« 

Il y a aussi la proximité de « cul sec », c’est à dire sans rien laisser au fond du verre, d’un coup sec pour la vodka par exemple…

(cf. Les bouches buvaient sec et parlaient beaucoup. — (Joseph Kessel, L’équipage, Gallimard, 1969, page 40),

Buvons sec ! Cet appel avait-il franchi l’Atlantique de l’autre côté duquel le poète louisianais Dominique Rouquette publiait en 1840 ses « Fleurs d’Amérique » ?

Buvons sec !

la douleur de la terre

Voici encore une oeuvre musicale magnifiant l’ivresse et la boisson pour « supporter le monde tel qu’il est ».

C’est le chant de la terre (Das Lied von der Erde) composée en 1908 par Gustav Malher, une symphonie pour tenor, alto et grand orchestre, suite de six chants sur des textes de poètes chinois.

Malher par Rodin

Le pauvre Malher, qui venait de perdre sa fille ainée, son poste à l’opéra de Vienne et de se découvrir une maladie incurable, découvrit ces poèmes traduits par Hans Bethge et en choisit 6 pour ce Chant de la Terre.

Le premier chant est la chanson à boire de la douleur de la terre (Das Trinklied vom Jammer der Erde), d’après Li Bai, appelé aussi Li Po, un poète que les lecteurs du bon clos ont déjà rencontré !

Dunkel ist das Leben, ist der Tod :sombre est la Vie, sombre est la Mort

Citons wikipedia :  » le thème de l’ivresse, remède à toutes nos peines, s’ouvre en fanfare avec les cors sur un motif de trois notes répété à plusieurs reprises. Mais le répit ne dure qu’un temps, le leitmotiv de la triste réalité résonne une première fois sombre est la Vie, sombre est la Mort. L’espoir renait le firmament depuis toujours est bleu, la Terre longtemps encore fleurira au printemps. Développement où les états d’âme se suivent, du sentiment de révolte, à l’exaltation due au vin et enfin la prise de conscience douloureuse du monde tel qu’il est. Et le mouvement en conclusion reprend le leitmotiv résigné sombre est la vie, sombre est la mort« .

Ecoutons ce chant par l’Israel Philharmonic Orchestra – Tel Aviv (1972) dirigé par Leonard Bernstein avec Christa Ludwig, mezzo-soprano et René Kollo, tenor.

Voici le texte de la chanson à boire de la douleur de la terre

I. Das Trinklied vom Jammer der Erde

Schon winkt der Wein im goldnen Pokale. Doch trinkt noch nicht, erst sing ich euch

ein Lied!
Das Lied vom Kummer soll auflachend
In die Seele euch klingen. Wenn der Kummer

naht,
Liegen wüst die Gärten der Seele,
Welkt hin und stirbt die Freude, der Gesang. Dunkel ist das Leben, ist der Tod.

Herr dieses Hauses!
Dein Keller birgt die Fülle des goldenen Weins! Hier diese lange Laute nenn ich mein!
Die Laute schlagen und die Gläser leeren,
Das sind die Dinge, die zusammenpassen.
Ein voller Becher Weins zur rechten Zeit
Ist mehr wert als alle Reiche dieser Erde.

Dunkel is das Leben, ist der Tod.

Das Firmament blaut ewig, und die Erde Wird lange feststehn und aufblühn im Lenz. Du aber, Mensch, wie lang lebst denn du? Nicht hundert Jahre darfst du dich ergötzen

An all dem morschen Tande dieser Erde!

Seht dort hinab!
Im Mondschein auf den Gräbern hockt
Eine wild-gespenstische Gestalt. Ein Aff ist’s! Hört ihr, wie sein Heulen hinausgellt
In den süßen Duft des Lebens!
Jetzt nehmt den Wein! Jetzt ist es Zeit,

Genossen!
Leert eure goldnen Becher zu Grund! Dunkel ist das Leben, ist der Tod.

Drinking Song of the Earth’s Sorrow

The wine in its golden goblet beckons.
But drink not yet. I’ll sing you a song first.

The song of sorrow shall laughingly
Enter your soul. When sorrow draws near,

Desolate lie the gardens of the soul, Joy, song, fade and perish.
Dark is life, is death.

Lord of this house!
Your cellar holds golden wine in abundance! Mine I call this lute here!
Striking the lute and draining glasses,
Those are the things which go together.
A full beaker of wine at the proper time
Is worth more than all the kingdoms of

this earth.
Dark is life, is death.

The sky is forever blue, and the earth
Will long stand firm, and blossom in spring. But you, man, how long will you live?
Not a hundred years are you permitted

to delight
In all the brittle vanity of this earth!

Look down there!
On the graves, in the moonlight, squats A wild spectral figure. An ape it is! Hear how its howls screech out
Into the sweet fragrance of life!
Take now the wine. Now is the time,

friends!
Drain your golden beakers to the last! Dark is life, is death.

Le 5 ème chant: Der Trunkene im Frühling (« L’Ivrogne au printemps »), est aussi d’après Li Bai :

« Un ivrogne chante trop haut et un oiseau vient annoncer le printemps, l’ivrogne proteste « que m’importe le printemps, laissez moi à mon ivresse ».(cf wikipedia). A 30 mn et 4s sur la video ci-dessus

V. Der Trunkene im Frühling

Wenn nur ein Traum das Leben ist, Warum dann Müh und Plag’?
Ich trinke, bis ich nicht mehr kann, Den ganzen lieben Tag.

Und wenn ich nicht mehr trinken kann, Weil Kehl’ und Seele voll,
So tauml’ ich bis zu meiner Tür Und schlafe wundervoll!

Was hör ich beim Erwachen? Horch, Ein Vogel singt im Baum.
Ich frag ihn, ob schon Frühling sei,— Mir ist als wie im Traum.

Der Vogel zwitschert: Ja! der Lenz ist da, Sei kommen über Nacht,—
Aus tiefstem Schauen lauscht ich auf, Der Vogel singt und lacht!

Ich fülle mir den Becher neu
Und leer ihn bis zum Grund
Und singe, bis der Mond erglänzt Am schwarzen Firmament.

Und wenn ich nicht mehr singen kann, So schlaf ich wieder ein.
Was geht mich denn der Frühling an!? Lasst mich betrunken sein!

The Drunkard in Spring

If life is but a dream,
Why, then, toil and torment?

I drink, until I can no more, The livelong day.

And when I can drink no more, Because my gorge and soul are full,

I stumble to my door
And I sleep wonderfully!

And, waking, what do I hear? Hark, A bird sings in the tree.
I ask him whether spring has come— I am as if in a dream.

The bird twitters. Yes, spring is here! Overnight it has come—
From deepest contemplation I started, The bird sings and laughs!

Afresh I fill my beaker
And drain it to the dregs
And sing until the moon gleams In the black firmament.

And when I can sing no more,
I fall asleep again.
What has spring to do with me!? Let me be drunk!

On peut trouver le texte intégral du Chant de la Terre (allemand et traduction en anglais) là.

mélodies irlandaises

Sur un poème de Thomas Moore (ci-dessous à g.) traduit par Thomas Gounet, Hector Berlioz (à d.) a composé en 1829 une chanson à boire qui mérite notre intérêt. Elle figure dans le recueil de mélodies : mélodies d’Irlande.

Amis, la coupe écume!
Que son feu rallume
Un instant nos cœurs!
Du bonheur ce gage
N’est que de passage;
Noyons nos douleurs!

Oh! ne crois pas qu’à mon âme
Les tourments soient épargnés!
Mes chants, échos de ma flamme,
Seront toujours de larmes imprégnés.
Ce sourire qui rayonne
Sur mon front sombre et pensif,
Est semblable à la couronne
Dont on pare un roi captif.

Mais la coupe écume, etc.

Les plus heureux sur la terre,
Que comptent-ils de plaisirs,
Sans quelque pensée amère,
Quelques fatals et tristes souvenirs?
A l’âme tendre et sensible
Le moindre mal est cuisant,
Comme à l’arbrisseau flexible
Un roitelet est pesant.

Mais la coupe écume, etc.

Thomas Moore, poète prolifique, a composé des dizaines de mélodies irlandaises, sur des airs connus comme c’était l’usage à l’époque (toutes les partitions sont en ligne sur le site LibraryIreland.com).

Parmi celles-ci plusieurs font référence à la boisson, mais de laquelle Thomas Gounet a-t-il tiré sa chanson à boire, une traduction très libre assurément ! ? On pourra peut-être répondre à cette question en analysant les oeuvres complètes !

Pour les lecteurs du Bon Clos on relèvera « drink to her« , « drink of this cup« , « the wine-cup is circling« , « come send round the wine » (un véritable hymne à la tolérance, écouter ci-dessous la version d’Eleanor McEvoy).

Cette grande chanteuse irlandaise vient de sortir Gimme some wine, chanson d’amour assez désespérée, c’est le moment de la découvrir.

Gimme some wine if I can’t get your time…

Ci-dessous quelques oeuvres du peintre Chris Gollon illustrant Gimme some wine

Drunk

Voici un film danois sorti sous de multiples noms avec un certain succès : Druk dans son pays d’origine, Alcootest au Québec, Another round (une autre tournée) à l’international, Drunk en France. Il ne pouvait pas nous échapper.

Il présente 4 amis enseignants, proches de la cinquantaine qui décident d’expérimenter l’effet d’un taux permanent de 0,5g/l d’alcool dans le sang. Après des débuts prometteurs, les déboires vont se présenter.

La bande son recèle quelques pépites.

Hvila vid denna källa est une charmante pastorale du poète suédois Carl Michael Bellman,

la 82ème épitre de ses Fredman’s Epistles, composées dans les années 1777-90.

C’est le printemps, et l’on se repose auprès d’une source pour déguster au petit déjeuner (Frukost) vin rouge et « pimpinella » (peut-être des herbes aromatiques). On entend tinter les bouteilles qui, vides, roulent dans l’herbe, et l’on boit le vin de midi au son du cor, entourés de mille fleurs.

La voici chantée par l’ Akademiska Kören i Göteborg

On trouvera une partition sur wikipedia.

On entend aussi « Drick ur ditt glas« , la 30ème épître du même recueil. Changement d’ambiance !

« Vide ton verre, car la mort t’attend. »

On assiste à l’entrelacs de déclarations macabres au chevet du père Movitz moribond, et d’invitations à la joie et à la boisson :

« vide ta fiasque, chante et bois, soit joyeux ! »

« Prête moi ta bouteille ! Skål ! Chante le Dieu du vin ! »

Voici la version de Cornelis Vreeswijk

on trouvera la partition là, et les paroles de Carl Michael Bellman et leur traduction en anglais par Eva Toller là.

Bellman se fit connaître par ses chansons bachiques et érotiques restées très populaires en Suède, mais sa réputation de « maitre improvisateur » , de musicien poète et de témoin de son temps est de plus hautes. Il jouait merveilleusement de la cithare et était, comme on dirait aujourd’hui, un auteur-compositeur-interprète. Initié à la poésie par son répétiteur, il apprit aussi les langues et put lire Horace et Boileau. Après de premières chansons parodiques, il entreprit d’écrire les Épîtres de Fredman, dans un style novateur. A l’âge de 37 ans il sortit de la précarité grâce à une sinécure octroyée par le roi Gustave III. Ne se cantonnant pas à l’inspiration bachique, il écrivit aussi poèmes religieux et pièces de théâtres. Il fonda l’Ordre de Bacchus (Bacchi Orden) qui plus tard devint la société bacchanalienne Par Bricole (terme français de billard signifiant bande-avant) toujours existante! Alcoolique, perclus de dettes, il mourut à 55 ans.

On trouvera les épîtres et chansons de Fredman (paroles et musique), cet horloger de Stockholm au destin tragique que Bellman a pris pour héros, avec d’autres figures comme Ulla Winblad, Fader Movitz etc., sur le site Bellman.net

Des poètes turcs

Merci à France Culture, et à sa série « Buvons ensemble, histoires d’alcool », que l’on pouvait écouter ces jours-ci. Grâce à l’épisode consacré à l’empire ottoman, nous avons découvert le poète Nefʿī.

Nef’î vivait au 17ème siècle. Son hymne au sultan (Anthologie de la poésie turque, p 66) évoque les coupes qui se vident et les danseurs grisés de vin et d’harmonie. Il est vrai que Mourad IV était amateur d’alcool.

Le Sultan Murat IV verre en main

« La saison des roses, c’est celle de l’ivresse,
La fête des amours, temps fastes, temps bénis,
Où les coupes vidées se suivent… Les danseurs
Virevoltent grisés de vin et d’harmonie.
O état enviable, le grand Cheikh lui-même,
Coupable d’excès mériterait clémence.
Peut-on donc blâmer le gueux, la pécheresse,
De ne pas, incivils, repousser l’échanson ?
En amour, potentat, mais du vin esclave,
Seul, pour vanter mon maître je prends ma plume en main…
« 

Hélas pour Nef’î, qui attaquait son grand vizir avec véhémence, le sultan le fera exécuter.

Voici aussi son explicite hymne au vin (Anthologie de la poésie turque, p 67)

« Coupe bleutée, d’élixir rubis remplie, salut,
Que la voûte sans pilier [le ciel] déchiffre en toi le monde…
…..
Salut à toi, ô inséparable compagnon
Du jeune et du vieux et de l’échanson.
….
Compagnon de l’âme, vainqueur des tristesses,
Tu vaux plus que la vie, tu en es source même !
Non nul objet d’amour ne peut ravir autant,
Nulle part l’homme n’y peut glaner autant de joie ! »



On le retrouvera , ainsi que quelques autres qui attestent la présence du vin au moins dans l’imaginaire, dans l‘Anthologie publiée par Nimet Arzik et disponible en ligne.

Ainsi Yunus Enre vivait au 13ème siècle. Poète mystique d’origine paysanne, il aurait lancé à son instituteur avant de quitter les bancs de l’école pour s’inscrire à celle de la vie : Je te pardonne, ô créature, A cause de ton Créateur.

Il écrivit « le vin qu’il faut tirer et boire« 

Veux-tu convoler en noces? Convole! 
Veux-tu hériterde quelqu’un,hérite!
Veux-tu discourir?…Mais que les anges
Envient ta parole superbe!

Veux-tu voler?…Eh bien vole!
Ou te tapir dans un coin!…Fais-le!

Veux-tu tirer d’un vin et boire ?
Bois vin qui te grisera sans fin!

Veux-tu être amoureux? Sois-le.
Trouver l’élue de ton cœur? Trouve-la!
Mais brûle de fol amour au point
De ne ressentir autre brûlure!

Yunus,cesse donc de t’agiter.
J’entends où tu veux en venir:
Veux-tu avoir ton successeur?
..Soit, Mais qu’il n’ait son pareil au monde!..
.

Fuzuli, de son vrai nom Mehmed, vivait à Bagdad au 16ème siècle. C’est le plus grand poète de l’amour, nous dit-on. Son nom de plume signifie l’inutile.

Dans son poème « Désepoir« , il aligne les peines et les disgrâces, avec ces vers énigmatiques :

Le désir?…Qu’épreuve ajoutée à l’épreuve… 
Gouttelettes de vin pur, les coupes se suivent..

Tout but,résonnant comme grelots aigrelets.
Le vouloir?…Sentiers pleins de creux et de bosses.

Le corps? Promène ses membres disloqués
Tel gouffre Est cemonde…
O pauvres de nous sans guide!

Pour François Georgeon, directeur de recherche émérite au CNRS (laboratoire CETOBaC, Centre d’études turques, ottomanes, balkaniques et centrasiatiques) interrogé sur France Culture, le vin, bien qu’interdit aux musulmans, a toujours eu sa place dans l’Empire ottoman où résidaient chrétiens et juifs.

Historiquement, on assiste à une alternance de prohibition et de tolérance, l’Etat étant en tension entre le respect de la loi religieuse et son intérêt financier (les levées de taxes).

À l’époque classique ottomane on a ainsi le choix entre le vin, la boza (fermentée à base de millet ou d’orge), et le raki (« sueur de l’alambic » pour les arabes) de faible importance.

Au 19ème siècle, avec le développement de la classe moyenne, boire fait partie de la modernité, le raki devenant boisson nationale à la fin du 19ème, avec une grande liberté de consommation du temps de Kemal et jusqu’à l’’arrivée récente d’ Erdogan et des conservateurs au pouvoir…

Une brinde d’Esclangon

Antoine Esclangon (1876-1959) était un de ces poètes félibriges qui tentaient de faire vivre la langue provençale dans les années 1900. Employé à la mairie de Toulon, il créa avec quelques autres, l’école félibréenne de la Targo.

Voici une « brinde » de sa composition (mot dont la proximité avec l’espagnol brindar et l’italien brindisi éclaire le sens sans nul doute. On donne à ce mot une origine allemande :Bring dir es…), trouvée dans Misé Lipeto, un livre de recettes de Marion Nazet.

miselipeto

Que se lèvo dòu vin e dei fremo
Se levo de lou fè de Dieu, disien lei Rière.
Dins nosto Prouvenço,
Lei fremo soun bello
E lei vin soun famous.
Sian i ped de Dieu !
A la bono vosto !

(Qui s’éloigne du vin et des femmes, s’éloigne de la foi de Dieu, disaient nos ancêtres. Dans notre Provence, les femmes sont belles et les vins fameux. Nous sommes aux pieds de Dieu ! A la bonne votre !)

 

Trois jours de vendange

Voici un poème d’Alphonse Daudet, mis en musique par Reynaldo Hahn en 1891. C’est une histoire un peu triste.

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Je l’ai rencontrée un jour de vendange,
La jupe troussée et le pied mignon ;
Point de guimpe jaune et point de chignon :
L’air d’une bacchante et les yeux d’un ange.

Suspendue au bras d’un doux compagnon,
Je l’ai rencontrée aux champs d’Avignon,
Un jour de vendange.

Je l’ai rencontrée un jour de vendange.
La plaine était morne et le ciel brûlant ;
Elle marchait seule et d’un pas tremblant,
Son regard brillait d’une flamme étrange.

Je frissonne encore en me rappelant
Comme je te vis, cher fantôme blanc,
Un jour de vendange.

Je l’ai rencontrée un jour de vendange,
Et j’en rêve encore presque tous les jours.
Le cercueil était couvert en velours,
Le drap noir avait une double frange.

Les sœurs d’Avignon pleuraient tout autour…
La vigne avait trop de raisins ; l’amour
A fait la vendange.

Alphonse Daudet, Les Amoureuses, 1858

La voici interprétée par Jaroussky

Il semble qu’un autre auteur, Emile Durand l’ait aussi mis en musique (vers 1850)

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