Le jeu de saint nicolas

  enluminurebodelJehan Bodel lisant son miracle

Dans ce « miracle » du début du 13ème siècle, pièce édifiante qui voit la conversion d’un roi mahométan,  confondu par un miracle de Saint-Nicolas (son trésor dérobé a été rapporté, doublé,  par les voleurs) l’auteur Jean Bodel se réjouit à mettre en scène des personnages hauts en couleur, joueurs, voleurs, et qui aiment boire !

folio227R1er feuillet du jeu de saint nicolas (manuscrit)

Voici un savoureux dialogue en vieux français et sa traduction

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Dans les Alpilles

Le massif des Alpilles culmine à près de 500 mètres au Nord des Bouches du Rhône, entre Tarascon et Orgon. On y cultive la vigne et  fait un vin plaisant, comme le vin de pays des Alpilles, dans une dizaine de communes.

Voici une sculpture vue à Sénas, à la sortie de l’A7.

senasMais la légende du pays, ce n’est pas le vin, c’est l‘élixir du père Gaucher que l’on faisait jadis  à l’abbaye Saint-Michel du Frigolet, à la Montagnette (on le fait aujourd’hui non loin à la distillerie de Chateaurenard).

elixirL’histoire en fut contée par Alphonse Daudet, dans une Lettre de son Moulin. Relisons la  ! (on peut commander la liqueur  en ligne)

L’histoire  commence ainsi :

L’ÉLIXIR DU RÉVÉREND PÈRE GAUCHER.

— Buvez ceci, mon voisin ; vous m’en direz des nouvelles.

Et, goutte à goutte, avec le soin minutieux d’un lapidaire comptant des perles, le curé de Graveson me versa deux doigts d’une liqueur verte, dorée, chaude, étincelante, exquise… J’en eus l’estomac tout ensoleillé.

Pour sortir l’abbaye de ses embarras financiers, l’humble frère lai Gaucher à l’idée, accueillie à bras ouverts par les moines, de fabriquer une liqueur selon la recette de la tante Bégon qui l’éleva. Ce fut un triomphe dans tout le pays et l’abbaye prospéra à nouveau. Mais il y avait un hic, si l’on peut dire. Car le père Gaucher, cette liqueur il devait la goûter. Et on l’entendait entonner dans sa distillerie ou en pleine messe les chansons d’après boire de la tante Bégon, comme :

Dans Paris, il y a un Père blanc,
Patatin, patatan, tarabin, taraban…

ou encore

Ce sont trois petites commères, qui parlent de faire un banquet…

et

Bergerette de maître André s’en va-t-au bois seulette…

Désespéré, craignant d’être damné, il voulu cesser son office, mais les bons pères l’en dissuadèrent :

« nous réciterons à votre intention l’oraison de saint Augustin, à laquelle l’indulgence plénière est attachée… Avec cela, quoi qu’il arrive, vous êtes à couvert… C’est l’absolution pendant le pêché.« 

Et, sans en demander davantage, le Père Gaucher retourna à ses alambics, aussi léger qu’une alouette.

Effectivement, à partir de ce moment-là, tous les soirs, à la fin des complies, l’officiant ne manquait jamais de dire :

— Prions pour notre pauvre Père Gaucher, qui sacrifie son âme aux intérêts de la communauté… Oremus Domine…

Et pendant que sur toutes ces capuches blanches, prosternées dans l’ombre des nefs, l’oraison courait en frémissant comme une petite bise sur la neige, là-bas, tout au bout du couvent, derrière le vitrage enflammé de la distillerie, on entendait le père Gaucher qui chantait à tue-tête :


Dans Paris il y a un Père blanc,
Patatin, patatan, taraban, tarabin ;
Dans Paris il y a un Père blanc
Qui fait danser des moinettes,
Trin, trin, trin, dans un jardin ;
Qui fait danser des…

 

… Ici le bon curé s’arrêta plein d’épouvante :

— Miséricorde ! si mes paroissiens m’entendaient !

NB : on n’a pas trouvé trace de la chanson des pères blancs ni de la bergerette de maître André. Par contre celle des trois commères renvoit à des chansons anciennes comme les las tres coumayretos (ci-dessous en VF) trouvée sur le site Culture et mémoire de bernard cauhapé que l’on remercie ici, et où l’on trouvera aussi la version béarnaise !

Il y avait trois petites commères
Qui voulaient faire un banquet
Ladira-dirette, ladira
Qui voulaient faire un banquet,
Tire la cheville, buvons..

Elles vont de porte en porte,
Demander le prix du vin.

A quatre sous Bernard le donne,
Mathieu le donne pour trois.

Se mettent à table à celui de quatre,
Il est meilleur que celui de trois.

L’une va remplir la gourde,
Qui tenait quatre petites chopes.

L’autre apporte une tranche,
La moitié de son cochon.

La troisième a belle miche,
Plus épaisse que la main.

Elles boivent et reboivent,
Et se saoulent toutes trois.

Elles chantent elles dansent,
Non sans faire quelque vent.

Les maris viennent les chercher,
Et hop là, à coup de fouet.

L’une tombe sous la table,
L’autre choit le long du mur.

Celle qui semblait moins saoule,
En travers s’étend dans le feu.

Dieu merci ! Clame alors son homme,
Belle bûche nous avons au feu.

Voilà qui réveille le souvenir de Watriquet de Couving et son dit des trois dames de Paris…

cent nouvelles nouvelles

Deux nouvelles qui illustrent tant les méfaits que le bon usage que l’on peut faire de la boisson, voila ce que nous avons trouvé dans cet ouvrage écrit au quinzième siècle.

facsimilecouleur1ereeditionLes cent nouvelles nouvelles (aussi appelées cent nouvelles du roi Louis XI) ont été commandées par le duc de Bourgogne Philippe le Bon, qui reçut le manuscrit en 1462. Ce sont cent histoires drolatiques, attribuées à des auteurs divers, et largement inspirées du Décaméron de Boccace paru un siècle plus tôt. On trouvera la version intégrale sur Gallica (édition de 1858).

La sixième est intitulée un Hollandais au Paradis (ou encore l’yvroigne au Paradis)

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résumé1ereeditionElle nous conte comment un ivrogne menaça de mort un prieur qui ne le voulait confesser, puis, assuré d’aller au Paradis, exigea d’être mis à mort, puis enterré.

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La quarante-et-unième nouvelle est l’amour en armes, eu égard aux étranges façons d’un chevalier, encore appelée la coustume des clercs. Celle-ci consisterait à boire du vin après les grâces (dites en fin de repas), et donc avant de se livrer aux plaisirs de la chair. Mais laissons les lecteurs du Bon Clos découvrir cela.

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Sidonie Gabrielle… Colette

Voila une écrivaine fameuse, qui nourrissait une véritable passion pour le vin. On s’en convaincra en lisant les citations suivantes (et bien d’autres que l’on pourra trouver sur l’excellent site  » Florilège de Citations sur le Vin, la Vigne et le Bien Manger ! » ). Nous l’avons déjà croisée dans ces colonnes à Saint Trop.

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Le site Colette et le vin soutient la publication prochaine des lettres échangées avec le négociant en vins Lucien Brocard. Affaire à suivre

Grande émotion dans la maison ! Il est arrivé deux fûts de vin ! Que c’est agréable ce trouble causé par une substance aussi vivante que le vin ! Et maintenant, comme dit Pauline, la cave sent le vin !

J’ai tari le plus fin de la cave paternelle godet à godet délicatement. Ma mère rebouchait la bouteille entamée et contemplait sur mes joues la gloire du vin français.

N’éloignez pas les novices de la connaissance et du plaisir du vin par l’usage d’un vocabulaire réservé aux seuls initiés : parlez simplement de vos vins.

Le champagne ne se boit pas il se déguste. Il ne faut pas l’avaler goulûment. On doit le déguster avec mesure dans des verres étroits à gorgées espacées et réfléchies.

La vigne et le vin sont de grands mystères. Seule dans le règne végétal la vigne nous rend intelligible ce qu’est la véritable saveur de la terre. Elle ressent, exprimée par la grappe, les secrets du sol. Le silex, par elle nous fait connaître qu’il est vivant, fusible, nourricier. La craie ingrate pleure en vin des larmes d’or…
 
Je me vante d’avoir grandi, mûri, vieilli dans la familiarité du vin ; à le tutoyer dès l’enfance on perd l’esprit d’intempérance et de gloutonnerie ; on acquiert on forme son goût personnel.

Je fis adolescente la rencontre d’un prince enflammé impétueux traître comme tous les grands séducteurs, le Jurançon. Ces six flacons me donnèrent la curiosité de leur pays d’origine plus que n’eût fait un professeur.

Vendanges, joie précipitée, urgence de mener au pressoir en un seul jour raisin mûr et verjus ensemble, rythme qui laisse loin la cadence rêveuse des moissons, plaisir plus rouge que les autres plaisirs, chants, criailleries enivrées – puis silence, retraite, sommeil du vin neuf cloîtré, devenu intangible, retiré des mains tachées qui, miséricordieusement le violentèrent.


la vie rustique

Nous parlions il y a peu de cet ouvrage d’André Theuriet, illustré par le graveur Léon Lhermitte, mis en avant par Gallica en novembre dernier.

C’est une oeuvre d’un autre temps, où le sentiment de la nature s’exprimait sans voile. Nous l’avons parcouru et en présentons ici quelques bonnes feuilles pour les lecteurs du bon clos. Entre « le blé » et « le chanvre », une importante partie est consacrée à la vigne mettant en scène et décrivant avec précision le travail des vignerons, tonneliers, vendangeurs…

Lire la suite « la vie rustique »

Gallica fête les vendanges

Plongeant dans son fond, notre Bibliothèque numérique Nationale nous a réservé quelques surprises à l’occasion des vendanges.

Le « clou » en est sans doute cette enluminure du « maître de Sarum », dans l’Apocalypse glosée (vers 1240)

on peut y voir l’ ange qui « vendange les vignes de la terre kar elles sont meures », comme on peut le lire avec un peu de concentration ci-dessus. En français d’aujourd’hui (traduction wikipedia) :

Et l’ange jeta sa faucille sur la terre, et vendangea la vigne sur la terre, et il en jeta les grappes dans la grande cuve de la colère de Dieu.
La cuve fut foulée hors de la ville, et il en sortit du sang jusqu’à la hauteur du mors des chevaux, sur un espace de mille six cents stades.

Voici aussi des estampes anciennes d’après des miniatures de l’époque de Charles V (fin 14ème siècle)

Voici maintenant une gravure de Jacques Callot (1592-1635), le mois de Septembre (issue de la série des mois de l’année), représentant les vendanges

Passionné de dessin, le jeune Callot fugua dès l’age de douze ans depuis sa Lorraine natale pour rejoindre l’atelier de maitres italiens au début du 17ème siècle…

Plus près de nous, voici, de Célestin Nanteuil, (1813-1873), une autre scène de vendanges

De la même époque voici un poème de François Fertiault (1814-1915), paru dans les Veillées Récréatives en 1859

De la même époque voici la Vie Rustique, un savant ouvrage d’André Theuriet (1833-1907) de l’Académie Française s’il vous plait, joliment illustré par Léon Lhermitte.

Ce livre, qui comprend de nombreuses gravures, mérite un examen approfondi. Nous y reviendrons.

Voici aussi dans l’encyclopédie Roret, le Manuel du Vigneron, 6ème édition de 1873, par Arsenne Thiébaut  de Berneaud.

Un ouvrage de référence que l’on peut consulter .

Terminons avec ces deux photos anciennes d’un garçon mangeant du raisin

et d’un couple en vendange à Argenteuil

Et n’oublions pas qu’en 1932…