Aux origines du Champagne

Depuis quand mousse le vin de Champagne et qui l’a inventé ?

Certainement pas Dom Perignon à qui cette invention fut attribuée un temps.

Moët_&_Chandon_Dom_Perignon_Sculpture_2  En fait, ça coûte de le dire, ce sont les Anglais ! Ils mettaient eux-mêmes en bouteilles (qu’ils savaient faire solides) le vin de Champagne qu’ils importaient en tonneau et qu’ils savaient faire mousser.

On en trouvera une démonstration accablante sur le site maisons-champagne.com (voir le passionnant article du colonel François Bonal,

bonalou encore dans celui de Bruno Duteurtre dans Bulles & Millésimes. Il faut citer aussi la note historique de Benoît Musset sur les origines de l’effervescence (considérée souvent comme un défaut), qui fait remonter jusqu’à l’antiquité égyptienne  son ancienneté.

Une façon de comprendre l’histoire est de retrouver les mentions du Champagne dans la littérature.

  Cette citation d’Hudibras

HudibrasButler1744( poème parodique de Samuel Butler inspiré par Don Quichotte écrit dans les années 1660) ne convainc qu’à moitié :

Drink every letter on’t in stum / And make it brisk champaign become

On parle là d’un champagne « vif » que deviendrait, en imagination semble-t-il, le moût bu à la santé de l’aimée (une coupe pour chaque lettre de son nom selon la coutume antique).

Plus explicite est cet air à boire chanté dans   « the man of mode » de George Etheredge qui date de 1676, louant le « sparkling champaign » qui remet rapidement sur pied les amants languissants, nous rend espiègles et gais et noie toute peine…

mise en scène moderne

SIR FOPLING:Fill the glasses round, and draw up in a body. Hey! music! [all singing]

The pleasures of love and the joys of good wine To perfect our happiness wisely we join.
We to beauty all day / Give the sovereign sway, /And her favourite nymphs devoutly obey.
At the plays we are constantly making our court, And when they are ended we follow the sport,
To the Mall and the Park, / Where we love till ’tis dark;
Then sparkling champagne / Puts an end to their reign;
It quickly recovers /Poor languishing lovers,
Makes us frolic and gay, and drowns all our sorrow; /But, alas! we relapse again on the morrow.
Let ev’ry man stand/ With his glass in his hand,
And briskly discharge at the word of command. Here’s a health
to all those / Whom to-night we depose:
Wine and beauty by turns great souls should inspire. / Present altogether, and now, boys, give fire!

On aimerait bien en connaitre la musique !

Quelques années plus tard ( en 1681), Thomas Otway fait parler un des personnages de la comédie The souldier’s fortune de ces vins pétillants et doux de Champagne, dont chaque verre évoque de charmantes beautés…
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I have seen thee in a large pavilion, drowning the heat of the day in champagne wines, sparkling sweet as those charming beauties whose dear remembrance every glass recorded
Voici encore un dialogue savoureux trouvé dans « Love and a Bottle  » de George Farquhar (1698).
Quelle boisson irait le mieux avec vos beaux habits ? Laquelle est le plus à la mode ?
Le Champagne, je suppose. C’est une bon breuvage, que tous les beaux messieurs boivent pour avoir de l’esprit !
Champaigne is a fine Liquor, which all you great Beaux drink to make ’em witty.

Witty! Oh by the Universe I must be witty. I’ll drink no∣thing else; I never was witty in all my life. I love Jokes dearly.—Here, Club, bring us a Bottle of what d’ye call it? the witty Liquor.

La messe est dite.
Quant à  la littérature française, vers 1700 l’abbé Guillaume Amfrye de Chaulieu aura ces vers,
Viens, Phylis, avec moi viens passer la soirée.
Qu’à table les Amours nous couronnent de fleurs ;
De myrte, comme toi, que leur mère parée
Vienne de mon esprit effacer ces noirceurs :
Et toi, père de l’alégresse,
Viens à l’ardeur de ma tendresse,
Bacchus, joindre ton enjoûment ;
Viens sur moi d’une double ivresse
Répandre tout l’enchantement.
À l’envi de tes yeux vois comme ce vin brille.
Verse-m’en, ma Phylis, et noye de la main,
Dans sa mousse qui pétille,
Les soucis du lendemain
.

Il n’importe, c’est le Français qui remporte la mise, car comme dit Voltaire  « De ce vin frais l’écume pétillante / De nos français est l’image brillante. » (in Le mondain, 1736).
voltaire
Allons souper.
Que ces brillants services,
Que ces ragoûts ont pour moi de délices !
Qu’un cuisinier est un mortel divin !
Chloris, Eglé, me versant de leur main
D’un vin d’Aï dont la mousse pressée,
De la bouteille avec force élancée,
Comme un éclair fait voler le bouchon ;
Il part, on rit ; il frappe le plafond.
De ce vin frais l’écume pétillante
De nos Français est l’image brillante.
 Après lui, les émules ne se comptent plus. Citons pour le plaisir Jean-François de le Harpe
et son « projet d’orgies » qui semble dater de 1774 (cité dans Anecdotes secrètes du 18ème siècle« ).
 projetdorgiespardelaharpe

cent nouvelles nouvelles

Deux nouvelles qui illustrent tant les méfaits que le bon usage que l’on peut faire de la boisson, voila ce que nous avons trouvé dans cet ouvrage écrit au quinzième siècle.

facsimilecouleur1ereeditionLes cent nouvelles nouvelles (aussi appelées cent nouvelles du roi Louis XI) ont été commandées par le duc de Bourgogne Philippe le Bon, qui reçut le manuscrit en 1462. Ce sont cent histoires drolatiques, attribuées à des auteurs divers, et largement inspirées du Décaméron de Boccace paru un siècle plus tôt. On trouvera la version intégrale sur Gallica (édition de 1858).

La sixième est intitulée un Hollandais au Paradis (ou encore l’yvroigne au Paradis)

résumé1ereeditionElle nous conte comment un ivrogne menaça de mort un prieur qui ne le voulait confesser, puis, assuré d’aller au Paradis, exigea d’être mis à mort, puis enterré.

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La quarante-et-unième nouvelle est l’amour en armes, eu égard aux étranges façons d’un chevalier, encore appelée la coustume des clercs. Celle-ci consisterait à boire du vin après les grâces (dites en fin de repas), et donc avant de se livrer aux plaisirs de la chair. Mais laissons les lecteurs du Bon Clos découvrir cela.

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au Musée de l’Homme

Le musée de l’Homme vient de rouvrir ses portes, après avoir pris un coup de neuf.

Nous y avons trouvé ce curieux dessin de la période du bovidien (néolithique), d’après une peinture rupestre saharienne (Tassili n’Ajjer, en Algérie) , représentant des buveurs de bière se livrant à un rituel, nous dit-on.

buveursMais était-ce vraiment de la bière ?

Le site beer studies (planète bière), dans un article sur la naissance de la brasserie en Afrique, indique que la bière est née « il y a 9000 ans au Proche-Orient, en Chine et plus tard dans d’autres régions du globe comme l’Inde, l’Afrique nilotique, l’Europe et  finalement l’Amérique », mais, dans le cas qui nous occupe,  trouve « présomptueux de nommer ces boissons (vin de datte, bière de céréales, hydromel, lait fermenté ?), ni même de croire qu’elles ont nécessairement subies une fermentation alcoolique. Parmi les peuples pasteurs, le lait et l’hydromel prédominent. »

Nous restons donc sur notre soif !

Buvez du vin et vivez joyeux

C’était, en 1933, l’injonction du Ministère de l’Agriculture, qui éditait cette affiche de Leonetto Capielloleonettocappiello33Il s’agissait sans doute de promouvoir la viticulture française, à une époque où l’on était moins regardant sur les méfaits de l’alcool.

Est-ce cette campagne qui donna l’idée à Raymond Souplex (bon dieu ! mais c’est bien sûr !), et Georges Matis de composer la fantaisie musicale du même titre, en 1935, pour la Revue des Deux Anes ?

Nous l’avons retrouvée dans les Quarts d’Heure de Rabelais *,

les-quarts-d-heure-de-rabelaisune publication humoristique d’inspiration gastronomo-éroto-bachique parue en 1949 sous l’égide de l’Académie Rabelais** que nous a diligentée l’ami Alain, merci à lui. La voici :

buvez1 buvez2 buvez3 buvez4* Pour la petite histoire, le quart d’heure de Rabelais est « le moment où il faut payer la dépense d’une consommation quelconque »

Quart-Heure-Rabelais-2** Quant à l’Académie Rabelais, c’est une compagnie de bons vivants (elle a pour objet d’encourager chez ses membres et leurs amis le respect des principes du Maître François RABELAIS: le rire, l’ironie, la farce, la chanson joyeuse, le bien penser, le gai savoir, et bien sûr le bien manger et le bien boire) qui compte ou a compté dans ses rangs des gens aussi illustres que Curnonsky,  Kleber Haedens, Henri Jeanson… qui s’étaient retrouvés  à Lyon pendant l’Occupation. (Voir son histoire là). Elle décerne annuellement un prix littéraire (qui eut entre autres pour lauréats René Fallet en 1980 pour sa Soupe aux choux, François Cavanna pour les yeux plus grands que le ventre, Alphonse Boudard pour la fermeture, Jacques Pessis pour son Pierre Dac,  Pierre Perret…) , et la Coupe du Meilleur Pot de Beaujolais (attribué à l’ami Jacques Mélac en 1981, au Vin des Rues en 1989…)

 

 

le vin de Bagnolet

Aristide Bruant fut un auteur prolifique, nous en avions déjà publié le vin de la comète, voici qu’aujourd’hui nous tombons sur celui de Bagnolet, déterré par nos amis du Musée du Vin, et retrouvé également sur Gallica, où on peut l’écouter avec l’orchestre et les choeurs d’Alain Goraguer.

Certes il y eut des vignes à Bagnolet comme dans toute l’Ile de France, même si l’on n’en entend plus guère parler. L’abbé Lebeuf écrit en 1754 dans son Histoire de la Banlieue Ecclésiastique que « tout est presque planté de vignes » dans le Parc de Bagnolet. Le petit vin se vend bien aux barrières ; à la Révolution les vignerons demandent le réaménagement des taxes sur leur petit vin gris à l’entrée  dans Paris (cf l’histoire de la ville).

Mais le vin de Bagnolet, c’est toute une histoire, la voici.

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L’histoire du vin de Bagnolet (1883), c’est toute une histoire, qui nous rappelle le grand metingue du metropolitain, de la même époque (1887) une grande histoire aussi ! La voici, chantée par Stéphane Branger

dans la vallée de l’Yonne

Un petit tour dans la vallée de l’Yonne nous fait passer par Irancy, patrie de l’architecte Jacques-Germain Soufflot. Une enseigne dans ce village viticole nous alerte

enseignehosotteC’est celle de l’atelier du peintre Georges Hosotte, qui a beaucoup peint les vignes de l’auxerrois, comme ci-dessous dans ce petit village

petitvillagedebourgogneVoici aussi Vézelay sur sa colline éternellevezelay et ces vignes en automne

vignesenautomneCette transparence verticale fait cohabiter cerisiers et rangs de vigne

transparenceverticaleUn peu plus loin, rue Soufflot voici un bas relief. Un vigneron en sabots est assis sur une chaise, regardant s’écouler le jus d’un pressoir…

basreliefirancyUn peu plus loin, à Mailly-le-château, voici une curieuse fontaine.

fontaineSous un loup en pleurs, on peut y voir pampres et grappes de raisin. Un texte en latin déclare : « semper sedeat in hoc fonte lupus radibus ut consumptis lacrimis eum implat »

(que le loup enragé reste sur cette fontaine pour toujours, et verse toutes les larmes de son corps)

Il y eut en effet dans les années 1730 une bête de l’Auxerrois, comme il y eut une bête de Gévaudan, qui sema la mort en dévorant notamment des enfants. (Voir le site petit-patrimoine pour en savoir plus)
Les deux richesses de l’auxerrois, flottage du bois et vigne, apparaissent sur la sculpture d’Yves Varauguin (1992)

fontainevigne  varanguin1992 Hélas ! de vignes il n’y a plus guère à Mailly-le-château, depuis le phylloxéra… (voir la contribution de Madame Yvette Brisset, qui connut Mailly dans les années 1929)

Boire comme un Thrace

Cette expression devait être  courante du temps des Romains, chez qui les Thraces jouissaient d’une solide réputation. Ainsi Horace, dans son ode à Pompée (écrite à l’occasion du retour d’exil de son ami):

« Je veux aujourd’hui n’être pas plus sage qu’un Thrace : il m’est doux de perdre la raison quand je retrouve un ami »

On la retrouve dans Thaïs, d’ Anatole France (« J’ai bu comme un Thrace, dit Chéréas. Et il roula sous la table »). Mais on dirait plutôt : boire comme un trou !

Son vin « extraordinairement fort »a été célébré par Homère, qui raconte comment Ulysse s’en servit pour endormir le Cyclope Polyphème (chant IX de l’Odyssée)

« et je partis, emportant une outre de peau de chèvre, pleine d’un doux vin noir que m’avait donné Maron, fils d’Euanthéos, sacrificateur d’Apollôn, et qui habitait Ismaros »

(Ismaros ou Ismara était une ville de la côte sud de la Thrace, aujourd’hui en Grèce.)

De cette région sont originaires Diomède, Lycurgue (qui ne voulut qu’on but vin en sa ville et s’opposa à Bacchus), Orphée…

Bref, ce n’est pas par hasard si l’exposition « l’épopée des rois thraces » actuellement présentée au Louvre regorge de rythons, phiales, amphores et autres ustensiles destinés à boire du vin. Ils ont été découverts dans des tombes antiques nombreuses en Bulgarie. En voici quelques exemples.

Ci-dessous un rython-griffon du trésor de Borovo (vers -400-350)

rhyton-griffon-du-tresor-de-borovo-400-350-av-j-c

amphoresvaserythonfacedefemme  1amphorerython

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Cette phiale (coupelle servant aux rituels)  représente Hercule séduisant AugéphialeherculeseduisantAugé

rython à tête de daimrhytontetededaim  rhyton 1rhytonsC’est jusqu’au 20 juillet au Louvre !

 

Viva Italia

Rue de Grenelle, en plein coeur du faubourg Saint-Germain, l’Institut Culturel Italien siège dans un bâtiment historique (il date de la fin du 18ème), l’hôtel Gallifet, où sont régulièrement organisés des événements… culturels proposés souvent gracieusement aux amis de l’Italie.

Vendredi 24 avril on y présentait un documentaire sur la Grande Guerre dans les Dolomites,

dolomiteet un concert donné pour promouvoir le festival Dino Ciani (fondé en souvenir d’un des plus grands pianistes de l’après guerre, disparu prématurément en 1974 à l’âge de 32 ans) qui se tient tous les étés à Cortina d’Ampezzo.

Quel concert ! nous avions devant nous Jeffrey Swann au piano, et la cantatrice Madelyn Renée qui nous chanta (entre autres grands airs) l’air de la griserie de la Périchole que les lecteurs du bon clos connaissent bien (et dans la salle, la grande pianiste Hélène Delaage, amie de Dino Ciano).

jeffreyetmadelynAh! quel dîner je viens de faire!
Et quel vin extraordinaire!
J’en ai tant bu, mais tant tant tant,
Que je crois bien que maintenant
Je suis un peu grise. Mais chut!
Faut pas qu’on le dise! Chut!
Si ma parole est un peu vague.
Si tout en marchant je zigzague,
Et si mon oeil est égrillard.
Il ne faut s’en étonner, car…
Je suis un peu grise, mais chut!
Faut pas qu’on le dise! Chut!

Le 25 avril est un jour férié en Italie, l’anniversaire de la Libération de 1945. L’accueil fut à la hauteur de la circonstance. Conviés à boire un verre, c’est à un original festin dinatoire préparé par le chef Matteo Siorpes du refuge Averau, qu’ont été invité les participants. Certains plats évoquaient la Grande Guerre, comme ce potage servi dans des gamelles. On n’oubliera pas les « capelli d’alpino », sortes de ravioli ouverts aux fromage, noix et tomate ;

rifugioni les gobelets de grappa en chocolat ; ni le belle ragazze que se hanno accalcato per il buffet.

Les vins de Valpolicella,  proposés par Hilaria, provenaient de la Tenuta Santa Maria Valverde.

hilariaNous sommes maintes fois revenus sur l’exquis Amarone (bouteille bourguignonne).

On trouvera une présentation détaillée de la soirée.

Allora, mille grazie, e viva Italia !

 

A Rome avec les Bentvueghels

Au dix-septième siècle, Rome regorge d’art, antique comme contemporain, et les artistes de toute l’Europe y convergeaient pour y faire un long séjour. Ainsi les « bentvueghels« , ces « oiseaux de bande » venus des Pays-Bas, qui s’étaient constitués en confrérie bachique.

Nous les découvrons avec l’exposition Rome, les bas-fonds du baroque, au Petit palais jusqu’au 25 mai.

Les voici festoyant dans une auberge (Roeland van Laer, vers 1626-8)

bentvueghelsalaubergeC’est un tableau vivant d’un rite initiatique qui est représenté. Sur le mur, une partition à déchiffrer.

detailpartitionVoyons ce rite, illustré par trois gravures de Matthys Pool, d’après Domenicus van Wijnen (vers 1690-1708).

La présentation à Bacchus et le baptême, avec le quatrain suivant en latin, néerlandais et français

présentationabacchusC’est ainsi que dans Rome en ce bel apareil
Les Peintres à leurs Corps agrègent un Confrère
D’un chacun le Talent, Génie et Caractère
Tout est ici dépeint par cet art nompareil

le banquet

banquetCette Troupe en rumeur à boire tousjours prête,
Ne songe qu’à noyer son souci dans les pots.
Car nul hôte, en sortant, ne vient mal à propos
Par un compte importun troubler toute la Fête.

Et la lecture de la lettre d’admission

lecturedelalettreC’est ici de ce jeu le troisième intermède
Au confrère on remet tous les noms du Congrès
Et puis instruit des loix on boit à nouveaux frais
Des gosiers altérez c’est l’unique remède

Ce tableau d’un anonyme liégeois (vers 1665-70)présente à sa façon la cérémonie d’initiation

initiationVoici quelque uns de ces bentvueghels

5bent   ci-dessus, Schotsen Tromell, Satir, Almanack, Booterkull et Ram vers 16234bentci-dessous Brootsaken, Grunvink, Steekreiter, Quicstert, Het Fret, Steer Keeker, Sprinkt Hooft, Wolf, Pockeur, Orlando et Hermafrodito

10bentVoici d’autres oeuvres qui valent le déplacement.

Le Concert, de Nicolas Tournier, avant 1620

concertréunion de buveurs, de Bartolomeo Manfredi vers 1620

reuniondebuveursdu même Bartolomeo Manfredi, voici Bacchus et un buveur (vers 1621)

bacchusetunbuveurdemanfrediet ce faune à la grappe de raisin et la flûte

faunealagrappeEt voici l’image rare d’un jeune Bacchus, tirant, allongé nu sur le sol, sur les sarments d’une vigne exubérante (vers 1610-20) d’un pseudo Salini (autrefois attribué à Caravage)

jeunebacchuspeseudosaliniFinissons avec cette Halte à la taverne, de Pieter Boddinghs van Laer, vers 1630haltealataverne

la repue de Villon et de ses compaignons

Comment faire franche repue, boire et manger sans bourse délier ? C’est ce que l’on apprend en lisant

LA REPEUE DE VILLON ET DE SES COMPAIGNONS (oeuvre de quelque de ses disciples, parue vers 1480)

recueildesrepuesfranchesOn apprendra en passant que le vin de Baigneux était en bonne estime,

(On lui emplit, pour faire fin, du très bon vin de Baigneux)

mais loin derrière celui de Beaune  !

(Je demande du vin de Beaulne, qui soit bon, et non autrement)

«Qui n’a or, ny argent, ny gaige,
Comment peult-il faire grant chère?
Il fault qu il vive d’avantaige:
La façon en est coustumière.
Sçaurions-nous trouver la manière
De tromper quelqu’ung, pour repaistre?
Qui le fera sera bon maistre!»
Ainsi parloyent les compaignons
Du bon maistre Françoys Villon,
Qui n’avoient vaillant deux ongnons,
Tentes, tapis, ne pavillon.
Il leur dit: «Ne nous soucion,
Car, aujourd’huy, sans nul deffault,
Pain, vin, et viande, à grant foyson,
Aurez, avec du rost tout chault.»

Passons sur le poisson, les trippes, le pain, et voyons comme il fit pour le vin

La manière d’avoir du Vin.

Après qu’il fut fourny de vivres,
Il fault bien avoir la mémoire
Que, s’ils vouloyent ce jour estre yvres,
Il falloit qu’ils eussent à boire.
Maistre Françoys, debvez le croire,
Emprunta deux grans brocs de boys,
Disant qu’il estoit necessaire
D’avoir du vin par ambagoys.
L’ung fist emplir de belle eaue clère,
Et vint à la Pomme de Pin,
Atout ses deux brocs, sans renchère,
Demandant s’ils avoient bon vin,
Et qu’on luy emplist du plus fin
Mais qu’il fust blanc et amoureux.
On luy emplist, pour faire fin,
D’ung très bon vin blanc de Baigneux.
Maistre Francoys print les deux brocs,
L’un emprès l’autre les bouta;
Incontinent, par bons propos,
Sans se haster, il demanda
Au varlet: «Quel vin est ce là?»
Il luy dist: «Vin blanc de Baigneux.
—Ostez cela, ostez cela,
Car, par ma foy, point je n’en veulx.
«Qu’esse-cy? Estes-vous bejaulne?
Vuidez-moy mon broc vistement.
Je demande du vin de Beaulne,
Qui soit bon, et non aultrement.»
Et, en parlant, subtillement
Le broc qui estoit d’eaue plain
Contre l’aultre legierement
Luy changea, à pur et à plain.
Par ce point, ils eurent du vin
Par fine force de tromper;
Sans aller parler au devin,
Ils repeurent, per ou non per.
Aide à la compréhension
Ambagoys, ambages, finesses
Atout, avec
Béjaulne, niais
Per ou non per, pair ou non, quoi qu’il en soit