Quelques leçons du professeur Buccella

Qui ne connait le professeur Bucella ?

Cet amoureux du vin, directeur de l’école d’oenologie bruxelloise « Inter Wine & Dine » professe avec beaucoup d’humour les mathématiques de l’incertitude à l’Université libre de Bruxelles. 
Fort de cette triple compétence, il a écrit de nombreux ouvrages sur le vin, récréatifs et instructifs.
Voici quelques vérités, assez iconoclastes,  trouvées dans ses « Tribulations Oenologiques ».

  • de l’intérêt de vins réputés à ne pas participer à des dégustations collectives étiquette couverte :
    Tôt ou tard ,en vertu de la loi des séries, après un grand nombre d’essais, ils risquent de ne pas sortir du lot, et  « une seule expérience négative suffit pour abîmer une réputation »

Inversement, un petit vin finira bien par « sortir premier ou deuxième » d’une de ces dégustations, « et c’est le jackpot. »

Et de citer l’exemple de chateau Reignac, simple bordeaux supérieur qui surclass(a) les plus Grands … en 2012.

  • du bon rapport qualité-prix : le jeu du vin

    Pour choisir un vin, produit non substituable par excellence, le raisonnement rationnel conduit à privilégier le meilleur rapport qualité-prix pour un budget donné, opération compliquée. 
    Quel prix paierait-on pour une bouteille donnée ? c’est la question posée à ses étudiants. « S’il est plus élevé que le prix réel, vous êtes face à un bon rapport qualité-prix, (selon votre échelle de valeurs) ».

Dans tous les cours donnés par le professeur, le jeu du prix suit toujours la dégustation. De ce fait,  » les étudiants ne sont jamais influencés par le prix lorsqu’ils goûtent »; Chiche ?

« Il n’y a qu’une solution, c’est la dégustation », conclut-il.

  • les vIns bio et biodynamiques sont-ils meilleurs ?

Une étude menée par 2 scientifiques français, après analyse des notes après dégustation à l’aveugle de 128 182 vins français dans 3 revues, dont 8% de biologiques ou biodynamiques certifiés, conclut sans appel à la supériorité de ceux-ci : +6 points pour les biologiques, + 11,7 pour les biodynamiques.

En revanche, selon les auteurs, « le label autoproclamé « raisonné » a reçu, dans le meilleur des cas, des notes similaires à des vins conventionnels ». Du greenwashing…

  • peut-on reconnaitre un vin dont on ignore tout ?

C’est la question posée dans la nouvelle de Roald Dahl , « The Taste », parue en 1945, où,au cours d’un dîner, un expert découvre, point par point, l’appellation, le château, et le millésime du vin servi.
On ne dévoilera pas la chute.
30 ans plus tard, on retrouvera cette situation dans l’Aile ou la cuisse.
Nous en avons trouvé une adaptation théâtrale russe de 2015, avec des sous-titres en allemand. Bon visionnage !

Et en voici une autre britannique qui date de 1980, un épisode de la série Tales of the Unexpected

William Schuman en a même fait un opéra !

  • comment sélectionner les bons vins dans un lot?

le meilleur expert n’est pas infaillible : température de service, bouteille déviante, humeur, fatigue… Il peut aussi bien passer à côté d’un bon vin que d’en laisser passer un médiocre. D’où l’intérêt de disposer d’un jury de taille conséquente, merci Condorcet, car la probabilité d’un verdict juste augmente avec le nombre des votants.

Une illustration maintes fois constatées de ce précepte : « mettez dix bouteilles sur le guéridon d’un buffet… La première qui se vide est la meilleure ».

  • à quoi servent les concours de vins ?

« ils organisent moins la compétition entre bouteilles que la promotion desdites bouteilles ».

Avec 6704 macarons délivrés sur 11000 participants à l’International Wine Challenge, « le véritable exploit est de ne pas recevoir de médaille ».

En France, l’OIV limite à 30 % le nombre de vins médaillés. En envoyant le même échantillon à 7 concours différents, la probabilité de décrocher au moins une médaille atteint 91% !

La DGCCRF est moins exigeante : la limite est fixée à 33,3%, mais avec une contrainte supplémentaire : les deux tiers des membres du jury doivent être des dégustateurs compétents ! quant aux autres…

  • dégustateur novice ou expert, lequel est le plus crédible ?

« Plus un dégustateur est expert, plus il modifie son traitement sensoriel par sa connaissance du contexte, plus il est sujet à se conformer au biais de confirmation d’hypothèse ». C’est le paradoxe du dégustateur, le novice étant peu ou pas soumis à ce biais.

  • Est-ce le vin qu’on juge ou son étiquette ?

Les expériences le prouvent : un vin moyen présenté à des étudiants comme un vin de table est moins bien noté que le même présenté comme grand cru classé. L’analyse par IRM des zones du cerveau montre que les dégustateurs ont plus de plaisir à déguster un vin pas cher présenté comme cher, que l’inverse ; un vin dégusté chez un vigneron sera préféré au même dégusté en classe.

  • Faut-il prendre un accord mets-vins dans un restaurant ?

Non. A quoi bon se fier au goût du sommelier ?

  • Le terroir existe-t-il?

Le géographe Roger Dion a émis la thèse que les vignobles ne se sont pas tant développés sur des terrains magiques et bénis des dieux qu’autour des voies de communication. Les vins de différentes parcelles sont vinifiés différemment, la variable terroir est donc difficile à isoler. Ce sont les choix techniques qui influencent le plus la qualité (cf étude Gergaud-Ginsburgh, 2008. Mais si l’on inclut les facteurs humains dans la notion de terroir, « l’effet étant pris pour la cause, on peut donc affirmer que le terroir fait bien la différence ».

  • de la persistance aromatique, de la musique et du bruit

Aussi surprenant que cela paraisse, la persistance est ressentie très semblablement d’une personne à l’autre,  (il n’en est pas de même en matière de goût). Une musique relaxante en accentue la perception. On consomme plus avec des écouteurs sur les oreilles. Une musique classique en fond sonore fait acheter plus de vin et dépenser plus chez un caviste. Mais plus il y a de bruit dans un bar, plus on boit ! Va comprendre… 

Le roi Lire

Voici déjà quelques semaines que celui qui a fait aimer la lecture à des millions de français et de francophones a tiré sa révérence.

Le Roi Lire s’est tiré,
nous laissant désemparés,
à sa mémoire, il faut boire
!

On le sait, cet amoureux des livres aimait aussi le vin.

Enfant du Beaujolais (« le cru entre deux chais ») où sa famille possédait une vigne, il lui doit sa carrière, comme il le raconte joliment dans son « dictionnaire amoureux du vin ».

C’est en effet avec l’envoi d’un « caquillon » (petit tonneau) de beaujolais, qu’assez inculte en littérature, il fit sont entrée au Figaro littéraire, lui qui visait plutôt l’Equipe. Maurice Noël, qui l’engagea, avait du nez !

Au fil des pages, il nous y compte ses bonnes fortunes : les cinq occasions qu’il eût de déguster le vin de la Romanée Conti, comme sur le plateau d’Apostrophes, où il a « sacrifié » une bouteille de sa cave personnelle… ; les Charmes (« la volupté même ») et Bonnes-Mares bus à la Paulée de Meursault ; les Chambertin dégustés chez Mme Bise-Leroy..

B.P. intronisé Chevalier du Tastevin

On découvre quelques anecdotes piquantes : l’admonestation par un gendarme à la Paulée de Meursault qui lui confisqua la bouteille d’eau placée sur la plage arrière, et la remplaça par une bouteille de vin (interdiction d’apporter de l’eau pendant la Paulée) ; l’organisation sur son conseil à Qincié en Beaujolais, son port d’attache, du Congrès de l‘institut français des farces et attrapes

Mais nous donnerons la palme à l’interview du chancelier Helmut Kohl par une équipe de France 2. Le chancelier leur servit un riesling bouchonné « jusqu’à l’os » dont il n’avait pas décelé le défaut. Comment le faire remarquer sans l’embarrasser et l’humilier ? Lui-même s’en était il rendu compte par la suite ? Personne ne s’y risqua et tous durent ingurgiter l’infect breuvage !

©KCS PRESSE – St-Emilion le 10/10/2003 – N¡ 2003102279 En préparation des Dicos d’Or qui doivent se dérouler dans la région, Bernard Pivot a assisté à une dégustation au Château d’Angelus.

Pivot fait aussi l’article pour le parc à thème Duboeuf à Romanèche Thorin (on ira !), il nous remémore le marathon des leveurs de coude de Saint-Germain des Prés (créé en 1987),

vante les mérites du Champagne (« le seul vin qui laisse une femme belle après boire », selon madame de Pompadour ; les dérangements intestinaux de Pasteur guéris par du champagne glacé), et de l’Hermitage blanc (« qui ne craint pas l’ail »)

Il donne aussi des répliques pour des dégustations (« j’en connais des meilleurs qui ne valent pas celui-là »)

Il nous fait croiser Matisse et son verre de vin d’Alsace

et nous cite » l’effroyable »Bacchus sortant de l’ombre de Paul Rebeyrolle

Screenshot

Tout se tient : on apprend aussi que pivoter signifiait, en argot militaire du 18ème siècle, boire à la régalade.

Merci pour tout ami Bernard, pour les soirées animées d’Apostrophes et ton amour contagieux du vin. Bon séjour au Paradis des buveurs !

Le vin, ce n’est pas de la petite bière, disais-tu. Et pourtant…

Parodies bachiques

Le concert de Willie Christie et de ses Arts Florissants tenu mardi 25 juin à la Cité de la Musique nous a révélé des parodies bachiques, sorte de goguettes qui détournent des airs d’opéra ou d’opéra-comique.

C’était l’habitude à l’époque classique, où il y avait sans doute plus de rimeurs que de compositeurs et où la reprise d’airs connus du public rendait plus facile la diffusion des nouvelles chansons.

Judith le Blanc a étudié ce phénomène. Dans son article : Le phénomène parodique, révélateur et catalyseur des succès de l’Opéra, elle constate que « Lully est également le compositeur le plus parodié au sens musical du terme, sous la forme de pièces détachées, pendant toute la première moitié du xviiie siècle « , et que « les airs de Lully se diffusent en revanche à la fois horizontalement et verticalement, leur simplicité, leur universalité et leur qualité mnémotechnique, ayant le pouvoir – sinon le charme – de rendre les frontières sociales poreuses « depuis la Princesse jusqu’à la servante de cabaret »

« Pour qu’un opéra ait du succès, il faut en effet que le public puisse s’en approprier des airs, autrement dit, il faut qu’il soit un réservoir de tubes. Un opéra n’a de succès que si le public de l’époque sort du théâtre en en fredonnant certains airs. » « Tout est fait pour faciliter l’apprentissage et la participation du spectateur chantant

Pour aller plus loin, voir aussi l’ouvrage publié par Judith le Blanc chez Garnier classiques :

Avatars d’opéras, Parodies et circulation des airs chantés sur les scènes parisiennes (1672-1745)

Les parodies chantées par les Arts Florissants sont dans le recueil « parodies bachiques, sur les airs des symphonies des opéra », paru en 1696.

Il fait la part belle à Lully. Mais les airs joués par les Arts Florissants sont de Marc-Antoine Charpentier (Médée, I : chi témé d’amore =malgré l’esclavage ; III : second air des démons= que sur mer et sur terre ) et de Henry Desmarest (Circé, V: le prélude des vents= lorsque je suis au cabaret). Pas de signature pour les textes, mais des initiales :  M.R et Md’Y.

Dommage de ne pas avoir d’enregistrement de ces parodies. Mais on peut écouter les airs originaux, en chantonnant les parodies :

Chi teme d’amore, par le concert spirituel

Malgré l’esclavage où l’amour t’engage De ce doux breuvage Parbleu tu boiras

Le second air des démons, Par les arts florissants

Le prélude des vents, par Boston Early Music Festival Orchestra

Lorsque je suis au cabaret A l’ombre d’un buffet Je me moque du temps…

D’une trop c courte vie, rions et chantons, Vuidons les flacons…

A noter, parmi les dizaines de parodies répertoriées dans le recueil de monsieur Ribon, cette mention du rouge bord dont nous avons parlé il y peu.

Amis je bois un rouge bord, secondez mon effort

Pour les gastronomes, des parodies ont été écrites pour accompagner des recettes de cuisine. Voici le festin joyeux, publié en 1738, (déjà rencontré).

On y retrouvera la recette des fricandeaux en ragoût, chantée sur l’air Boire à la capucine.

A le parcourir, on réalise que c’est quand même quelque chose, la gastronomie française ! et qu’elle vient de loin…

Pour les amateurs de cuisine au vin, on recommandera par exemple :

Les pigeons au soleil
La galantine de poisson
Le brochet rôti à la Bavière
La matelote aux petits oignons
Les soles à l’espagnolle
la carpe farcie à l’angloise
les truites aux huitres
La barbue au court-bouillon
les soles à la sainte Menou
l’anguille à l’angloise
les lottes à l’allemande
les vives aux truffes vertes
la terrine de poisson
Le faisan à la sauce à la carpe,
La hure de sanglier,
La teste de boeuf à l’angloise
Les andouilles de porc
Les pieds à la Sainte Menou
Les lapereaux à l’espagnole

Tous les airs sont en fin de volume

Si tu veux la paix…

prépare le vin !

C’est le titre de l’ouvrage récompensé cette année par l’Académie Rabelais.

Laure Gasparotto, entourée des membres de l’Académie Rabelais, aux Noces de Jeannette

Rien d’étonnant pour son auteure, Laure Gasparatto , qu’un prof en khâgne n’appella jamais autrement que Gargantua, journaliste au Monde, dégustatrice reconnue, auteure de plusieurs ouvrages sur le vin.

Ce dernier ouvrage est l’occasion d’expliquer l’ itinéraire de cette « nomade, qui vit sur les routes avec un sac léger « , mais qui a trouvé  des racines en Bourgogne, « région qui se situe à la place du coeur sur une carte de France » (qu’il faut imaginer couchée sur le dos).

 Etudiante en histoire, les vendanges lui ont fait découvrir un monde nouveau et l’amenèrent  à se plonger dans l’histoire de domaines centenaires d’un « vignoble qui s’impose depuis le Moyen Age comme le plus ancien et le plus stable de France », avec ses deux cépages fétiches chardonnay et pinot noir (le gamay ayant été prohibé par Philippe le Hardi en 1385), et  ses 1247 climats reconnus  par l’Unesco.

Depuis le temps béni des abbayes de Cluny et de Citeaux, au Moyen-Age, des moines viticulteurs se sont transmis de génération en génération leurs expériences et connaissances, et à la puissante cour de Bourgogne, les ducs ont compris tout l’enjeu d’un vin de grande qualité.

L’auteure rappelle l’importance de la paix d’Arras en 1435 qui met fin à la guerre civile entre Armagnacs et Bourguignons et permet à Philippe le Bon de « soutenir politiquement la production d’un élixir unique et non reproductible ailleurs ». « Si tu veux la paix, prépare le vin » conclut-elle plaisamment. On aurait pu dire aussi bien : si tu veux le vin, prépare la paix !

 En 1441,  le duc fait rédiger « une ordonnance pour déterminer les bons lieux produisant les meilleurs vins et ordonner l’arrachage des vignes des lieux médiocres. » Les cuvées sont dès lors nommées d’après leur lieu d’origine.  En 1459 Philippe le Bon s’autodéclare « seigneur des meilleurs vins de la Chrétienté ». 

Le vin coule à flot lors des banquets légendaires comme celui du faisan en 1454 où l’on fit voeu d’aller délivrer Constantinople prise l’année précédente par les Turcs.

Banquet du faisan tenu à Lille en 1454, par Victor Dresde 1848

L’exposé historique se poursuit avec une réflexion sur le goût du vin, car « produire un bon vin est une chose, en produire un grand en est une autre ». Il n’y a pas que le sol. L’oenologie pratiquée sur la côte bourguignonne est la traduction en termes techniques d’un effort collectif immense et constamment renouvelé  » (Louis Latour). La grande viticulture engendre un coût insoutenable pour le commun des mortels.

On en vient donc à parler prix. A crus exceptionnels, produits en quantité limitée, prix exceptionnels. Peut-on ouvrir une bouteille valant plusieurs milliers d’euro ?

Laure Gasparotto n’a pas trop à se poser la question. Personnalité du monde du vin (n’a-t-elle pas monté dans les années 90 avec de jeunes viticulteurs , la » robe du vin », une manifestation visant à apparier grands crus et haute couture, au chateau de Savigny-lès-Beaune puis de Clos de Vougeot?),  elle a l’occasion de participer à des réunions et autres dégustations où tout peut arriver…

« C’était chez Alfred Tesseron, dans son château Pontet-Canet, à Pauillac…on me tendit un verre de blanc que je pris machinalement… je sentis le vin et m’arrêtai net dans mon élan. J ‘avais l’impression que mes pieds s’enfonçaient dans la terre… je me délectais des parfums multiples, acacia, noisette, mirabelle, épices douces… j’étais transportée par les saveurs enveloppantes et vibrantes de ce nectar divin…

« C’est un meursault narvaux 2007 du domaine d’Auvernay » lui souffla-t-on.

Une bouteille valant plus de 7000 euro sur le marché, que son propriétaire offrait à ses invités, leur rappelant ainsi que le vin est fait pour être bu.

ceci n’est pas une pub !

Heureuse Laure Gasparotto !

Et heureux invités aux Noces de Jeannette à la remise du prix, où l’on a bu de bonnes choses, quoique bien plus modestes !

Heureux qui comme Senard

… lit dans le texte Horace !

Le 29 juin dernier, nous assistions à la remise du prix Rabelais de l’Académie du même nom à Charles Senard, un éminent latiniste, pour son livre Carpe Diem.

C’est un livre à lire, plein d’enseignements et de poésies. L’amateur de vin ne doit pas filer tel l’éclair au chapitre 9 (le vin du souvenir), mais au contraire cueillir chaque page… Et l’on verra que le vin est au centre de la philosophie sous-jacente, celle d’Epicure.

Carpe Diem : cueille le jour, profite de chaque instant, car le temps fuit…  » Sois sage, filtre (apprête) tes vins « 

Cette injonction figure dans une Ode d’Horace et s’adresse à Leuconoé, une femme invitée à se libérer pour se concentrer sur le jour présent. Le contexte de cette ode est celui du banquet et du plaisir du vin, nous dit Senard.

Horace, grand poète romain, ami de Mécène, contemporain d’Auguste, n’eut de cesse de propager l’enseignement d’Epicure, philosophe grec de 3 siècles son aîné, dont l’Ecole, le Jardin, fit florès pendant 6 siècles.

A la question : comment mener une vie heureuse ? L’épicurisme répond par une certaine ascèse qui n’empêche pas l’épanouissement de la sensualité et préserve la capacité à jouir de l’existence et de ses plaisirs. Car « Le plaisir est le principe et la fin de toute vie bienheureuse ».

Mais les désirs illimités sont source de frustration ; tout plaisir n’est donc pas à rechercher, il faut les trier : les naturels et nécessaires, les naturels non nécessaires, les ni naturels ni nécessaires.

Il faut donc, par un raisonnement sobre, anticiper les effets de l’accomplissement du désir, bénéfiques ou maléfiques.

Sont nécessaires au bonheur : l’amitié et la philosophie

« la voix de la chair » contre la faim, la soif, le froid, est nécessaire à la bonne santé du corps, voire à la vie. Le vrai plaisir est déjà dans cette sortie de la douleur, le reste n’est qu’une question de variation.
La pratique de la sobriété permet de mieux aborder les difficultés qui peuvent survenir.
L’enrichissement, la gloire et sa rançon, la soif du pouvoir, sont des désirs non nécessaires.
Le désir sexuel est naturel, mais non nécessaire (cela reste très débattu) ; et que dire de l’amour-passion et de ses dégâts…

Au delà des plaisirs immédiats, nécessaires à la vie, l’amitié est donc le principal plaisir, avec sa pratique de la conversation amicale, orale ou écrite ; le voyage entre amis, le symposion (banquet) enfin, où l’on boit ensemble, dehors ou dans un jardin. Elle se manifeste par exemple en faisant boire à un ami un vin de son année de naissance ou d’un moment important de son existence…

« saisissons, mes amis, l’occasion que nous offre cette journée… Toi, apporte nous des vins pressés sous le consulat de mon cher Torquatus (année de naissance du poète) » (Horace)

ou encore, accueillant son ami et bienfaiteur Mécène,

Tu boiras un vin de Sabine bon marché dans de modestes coupes, vin que j’ai moi-même enfermé dans une amphore légère, quand au théâtre tu reçus des applaudissements, cher chevalier Mécène..

Mieux vaut boire un vin bon marché avec un ami cher, qu’un très bon vin avec des convives indifférents, conclut Senard.

Aussi, le vin est-il présent dans les célébrations. Ainsi, après la victoire d’Auguste à la bataille d’Actium :

« Nunc est bibendum… Maintenant  buvons. Auparavant il était sacrilège de tirer le Césure (fameux vin de Campanie) du cellier des aïeux…« 

15 siècles plus tard, Lorenzo Valla fait dire à un épicurien dans « Sur le plaisir » :

« O vin, père de la joie, maître des plaisirs, compagnon des heures heureuses, consolateur dans l’adversité ! Tu présides toujours les banquets, toi le guide et le chef des noces ; toi arbitre de la paix, de la concorde et de l’amitié, père du sommeil le plus doux, restaurateur de la force dans les corps éreintés, le cultivateur comme le dit Virgile, le libérateur de l’inquiétude et du souci. Faibles, tu nous rends forts ; timides, audacieux ; silencieux, éloquents.

Mais la modération est de mise (« Tout est affaire de mesure ».)

« ce ne sont point les banquets et les parties de plaisir qui se suivent les unes après les autres, ni les jouissances amoureuses…,ni tous ces plats qui garnissent une table somptueuse, qui produisent la vie heureuse » (lettre d’Epicure à Ménécée).

Quant à la peine, c’est la force du souvenir qui permet de revivre les bons moments, de supporter la peine.

Quant à la mort, un faux problème ; plus de sensation, donc plus de souffrance. Avant de mourir Epicure « serait entré dans une baignoire d’airain remplie d’eau chaude et aurait demandé du vin pur » (Diogene Laërce).

Cet enseignement ne pouvait que déplaire aux religions de l’au-delà. Il fut décrié, caricaturé, et il fallut attendre la Renaissance pour que les humanistes (Valla, Pontano, Erasme, Montaigne…) redécouvrent l’épicurisme et ses thuriféraires.

Quelle meilleure mise en oeuvre de cet enseignement que la remise du prix Rabelais aux Noces de Jeannette ce jeudi 29 juin : amis s’entretenant de toute part, vins frais, gouleyants de nos amis vignerons du Beaujolais, plateaux de charcuterie et de fromages exquis…

Merci à tous ceux qui ont oeuvré pour ce bel événement !

Les larmes du vin

C’est le titre du dernier ouvrage de Daniel Picouly, qui vient de se voir remettre le prix de l’Académie Rabelais aux Noces de Jeannette.

On connait l’homme, sa faconde, sa tchache, son écriture orale, sa sincérité. Il le dit tout net : je suis un escroc, je ne connais pas grand chose au vin ! Et pourtant on l’a accueilli chez les chevaliers du tastevin, au Clos Vougeot, et à la Commanderie des vins des côtes du Rhône à Sablet !

Alors il a cherché dans sa famille, sa bio ; et il en trouvé des traces de vin sur son chemin.

Ca commence par une tache de vin à la naissance, et par les 4 gouttes de champagne administrées derrière les oreilles, les 4 gouttes du bonheur, et les bouteilles envoyées par son parrain à chaque anniversaire. Le litron mis à rafraichir dans la rivière pour attirer les poissons. Sa première cuite (« pompette ») à 10 ans, son cahier d’étiquettes… Sa rencontre avec un clochard à chapka et sa bouteille emmaillotée, son expérience de commis de bar à Orly, servant des baquets au prix du ballon, et la « p’tite côte sans faux-col » de son p’pa. On fait connaissance de toute la famille, papa, m’am, grande soeur, petite soeur (il est le 11ème de 13 enfants), et cerise sur le gâteau, Marie, sa fille chérie, est dans l’assistance (ci-dessous tout à gauche) !

On revoit avec lui la coupe du monde de foot 1958 en Suède où il faut « boire avant de perdre », on assiste aussi au sauvetage improbable de Marie Antoinette par les vins du Postillon, pour le retrouver à plus de 40 ans avec « une gueule de vendange tardive ». On retiendra aussi qu' »un navire qui n’a pas goûté le vin goûtera le sang ! »

(Et on apprend aussi au passage que Claude Villers, le génial animateur du tribunal des flagrants délires et d bien d’autres émissions radiophoniques, avait été catcheur sous le nom de l‘homme au masque de soie.)

Merci aussi à lui de nous remémorer le numéro de Louis de Funès dans l’Aile ou la Cuisse »

Bref Daniel Picouly n’a pas démérité et a pu recevoir son prix sans rougir.

Il ne s’est pas fait prier pour écouler la marchandise,

avec succès !

Quant à l’Académie Rabelais, tous les présents conviendront qu’elle a bien fait les choses ! Merci !

excellent bordeaux blanc

Et on ne montre pas tout !

On conclut avec quelques trouvailles vues dans les salons des Noces, troisième mi-temps de l’Opéra-Comique voisin…

Gonzalo de Berceo et la multiplication du vin

Ce poète du 13ème siècle, moine de son état dans la Rioja, est célébré pour son intérêt supposé pour le vin, illustré par le quatrain suivant dans sa Vida de Santo Domingo de Silos », c1236 (España).

C’est l’un des premiers à avoir écrit en « roman paladino », l’espagnol ancien.

Quiero fer una prosa en román paladino
en qual suele el pueblo fablar con so vecino,
ca non so tan letrado por fer otro latino,

bien valdrá, como creo, un vaso de bon vino.

(Je veux écrire en roman paladin, la langue du peuple, car je ne suis pas assez lettré pour le faire en latin, ça me vaudra bien, je pense, un verre de vin !)

Il pratique la cuaderna via, genre poétique constitué de strophes de 4 alexandrins de 14 pieds, mais qui sonnent comme douze compte tenu des finales non accentuées, avec une rime unique dans chaque strophe.
Un village de la Rioja, et un domaine viticole, portent son nom.

Nicolás Asensio Jiménez, de la Fundación Ramón Menéndez Pidal, s’est intéressé à la présence du vin dans ses « vies de saints » (El vino en las vidas de santos de Gonzalo de Berceo). Dans la Vida de San Millán de la Cogolla, est présenté le miracle où San Millan donne à boire à une multitude un vin inépuisable.

244. End a poccos de dias que enfermos que sanos
Cadieron grandes ientes, pueblos muy sobeianos
Por veer al sancto omne e besarli las manos,
Por qui eran nomnados los montes cogollanos.

245. Fueron desent cuytados, ca façie grant calura,
Bebrien de buen grado vino de vinna madura,
El vasallo de Christo sedie en grant pressura,
E tenie poco vino, una chica mesura.

246. Padre de los mezquinos el varon esforzado
Firme por en las cueytas del Criador amado,
Mandó que se assentasen las ientes por el prado
Que lis diessen del vino que li avie sobrado.

247. Posaronse las gentes, adussieron el vino,
Cabrielo refez mientre en un chico varquino,
Mandó el omne bueno al so architriclino
Que non desamparase nin rico nin mezquino.

248.Bendiso él los vasos con la sue sancta mano,
Ministrólis el vino el so buen escançiano,
Non ovo grant ni chico nin enfermo nin sano
Que non tenie el vino delante sobeiano
.

…….

(Il faisait très chaud, les gens étaient venus de toute part voir le saint homme, qui ne disposait que d’une petite mesure de vin, mais il bénit les verres de sa sainte main et il n’y eut grand ni petit ni malade ni sain qui n’obtint du vin)

…….
252Esta vertud tan noble, esta gracia tan maña,
qe con tan poco vino fartó tan grand compaña,
issió de la montisia, sonó por la campaña,
dizién qe nunqua nasco tal omne en España.

Il est piquant de voir plus loin le bon moine Berceo se livrer à une opération de désinformation visant à réclamer plus de dons pour son monastère, prétendant que le comte Ferran Gonzalvez et toute sa suite avaient juré de donné en chaque saison trois « pipiones » (?)

461. El cuend Ferran Gonzalvez con todos sos varones
Con bispos e abbades, alcaldes e sayones
Pusieron e iuraron de dar todas sazones
A Sant Millan cada casa de dar tres pipiones.


466. Unas tierras dan vino, en otras dan dineros,
En aguna çevera, en alguntas carneros,
Fierro traen de Alaba e cunnos de azeros,
Quesos dan en ofrendas por todos los camberos.

Berceo argumente pendant une dizaine de strophes, pour constater finalement que si l’engagement était tenu les moines auraient du pain et du vin et ne seraient pas de tristes mendiants.

479. Si estos votos fuessen leal-mente enviados,
Estos santos preçiosos serien nuestros pagados,
Avriemos pan e vino, temporales temprados,
Non seriemos commo somos de tristiçia menguados.

On peut trouver le texte complet ici
La vie de San Millan (473-574) a été rapportée par San Braulio de Zaragoza (vers 640) ,

on trouvera le résumé en espagnol

Depuis les noces de Cana, la multiplication du vin est un thème récurrent dans la miracologie chrétienne : Le Père Angel Peña cite le cas de Sainte Thérèse de Jésus et celui du curé d’Ars…

Le roman d’Alexandre

Ce roman, qui relate la vie légendaire d’Alexandre de Macédoine, a connu un succès considérable au Moyen Age. Il en existe de nombreuses versions, en toutes langues, comme celle écrite en vers français (alexandrins) par Alexandre de Paris vers 1180. Il en reste plusieurs manuscrits richement enluminés. C’est dans le manuscrit MS Bodley 264 de la Bodleyan Library d’Oxford que se trouve cette illustration, montrant des singes vuidant un tonneau et remplissant jarres et calices.singes

Comme souvent, le texte voisin n’a strictement rien à voir, on lit en effet  :

Puis a pris le c(h)eval dont il éstoit méstiers, (dont il avait besoin)
si l’a rendu son frere qui monta volentiers

(Il se situe vers la fin du roman, dans l’épisode de la mort du roi Sorin. On peut trouver le texte complet en pdf ici.)

Il reste que cette image qu’on peut qualifier de drôlerie ou de grotesque, est bien belle et l’on remercie l’ami François qui nous l’a fait connaitre.

 

Weck, Worscht un Woi : et le jambon ?

ou encore en allemand plus classique :Brötchen, Wurst und Wein, c’est à dire : du pain, des saucisses et du vin, c’est le tiercé gagnant en pays rhénan.

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C’est quasi une devise à Mayence, nous ont dit Thomas et Sibyle rencontrés loin de chez eux dans les Cévennes.

Nous sommes loin du Wein, Weib und Gesang bien connu des lecteurs du bon clos, mais l’un n’empêche pas l’autre. Il faut bien nourrir son homme !

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Ce moine, qui tient la croix d’une main et de l’autre ce panneau aux 3 W semble bien de cet avis. Il siège sur la fontaine de Carnaval, monument de neuf mètres de haut construit dans les années 60.

Curieusement le jambon de Mayence n’évoque rien chez nos amis. Il était bien connu au temps de Rabelais qui rapporte dans Gargantua que son géniteur Grandgouzier « avoit ordinairement bonne munition de iambons de Magence et de baione« . Et de Boileau qui le met en scène dans une Satire :

Sur ce point, un jambon d’assez maigre apparence,
Arrive sous le nom de jambon de Mayence.

Mais il aurait quasiment disparu au début du 20 ème siècle. Sans être oublié de ce côté-ci du Rhin, car combien ont entonné la chanson :

« Un jambon de Mayence,
v’la qu’ça commence déjà bien,
nous allons faire bombance,
à ce festin il ne manquera rien
car j’aperçois…
deux jambons de Mayence (etc.)  » ?

(Cette chanson, inconnue de nos amis de Mayence, pourrait avoir une connotation érotique, apprend-on dans un forum du site languefrancaise.net)

Une autre chanson, elle semble-t-il bien oubliée,  mentionne aussi ce fameux jambon. On la trouve dans Romania, un livre sur les chants de quêtes, de Victor Smith (p 68), mais on peut en écouter une variante sous le titre « la jolie flamande » dans l’Anthologie de Marc Robine. Elle évoque la bien connue « aux marches du palais ». Elle commence ainsi :

Dans le palais du roi, – le long du bois, le joli mois de mai- Il y a -t-une flamande.
Y sont trois serviteurs, tous trois qui la demandent…
L’y en a un qui est boulanger, L’autre valet de chambre,
Et l’autre cordonnier, celui qui la contente…
Et plus loin
Aux quatre coins du lit, rossignolet il chante.
Chante rossignolet, tu auras ta récompense.
Tu auras pour déjeuner un jambon de Mayence.

En voici encore une, publiée en 1615 par Jacques Mangeant dans son recueil de bacchanales, où l’on entend :

« Je voudrais à déjeuner
Que d’un bon jambon parfumé
Ma table fut bien garnie
Ou de Magence ou d’Italie

 

(nous reviendrons sur ce recueil, une mine !)

Ce n’est pas tout : dans Roti-Cochon,  « Méthode tres-facile pour bien apprendre les enfans a lire en latin & en françois« , un ouvrage du 17ème siècle, on trouve ce dit :

le jambon du pourceau bien mayencé
Est bon à manger , mais pas sans boire.

Voila qui nous va bien !

bienmayence (Le même ouvrage fait aussi l’apologie du vin, « lorsqu’il est pris à propos ».

raisin

On croirait entendre Pasteur…)

On trouve aussi sur le site languefrancaise.net une intéressante contribution sur l’origine de ce jambon de Mayence, dont aucun ouvrage gastronomique germanique ne parlerait, alors que les jambons de Westphalie et de Forêt Noire y sont bien connus. Serait-ce finalement une fiction française ? Il va falloir aller voir.

 

le thermomètre du pochard

Quoi de plus pratique qu’un thermomètre pour déterminer l’état d’ébriété d’un sujet ? Hélas un tel instrument, qui rendrait bien des services à tout un chacun comme à la maréchaussée, n’existe pas.  On en est réduit à souffler dans un ballon ou pire, à procéder à une analyse de sang.

Pour l’écrivain Paul Mahalin, de son vrai nom Emile Blondet, auteur de romans populaires, le thermomètre du pochard, c’est la casquette !
(in  la filleule de Lagardère, vers 1884-86).On y voit un inspecteur de police suivre deux suspects (le Bijou-des-Dames et le Rouquin) qui vont d’un mastroquet à l’autre, étouffant des perroquets (verres d’absinthe), avec « la casquette qui descend en pente du sommet de l’occiput jusqu’aux sourcils, et se rive sur le front, couvrant de l’ombre de sa visière toute la partie supérieur du faciès« .
De mannezingue en caboulot, de liquoriste en assommoir et autre mine à poivre, « la casquette remonte, remonte »… A la Courtille, elle n’est déjà plus sur le front, « elle s’affale sur la nuque, s’écroule sur les épaules »… Incapables désormais de « distinguer un sergent de ville d’un archevêque », « mes hommes sont au point« . C’est le moment d’agir pour l’inspecteur !

Dans les années 1870, le dessinateur Théo abordait le sujet différemment, par l’observation fine du visage. On distingue 6 degrés, de la tristesse liée à l’appétence et au manque, jusqu’au sommeil apoplectique. Et cela se voit comme le nez au milieu de la figure !

1er degré : On a besoin de tordre un perroquet.
= A jeun – Cet état, précédant immédiatement l’heure du repas, est fort triste. L’esprit, le corps sont lourds et tombent dans une langueur quasi-maladive.
2e degré : Etre gai, avoir sa pointe, être teinté, en train.
= Gai – Au 2e degré, on est disposé à causer, on éprouve un certain bien-être et l’on tombe dans une reverie agréable. Si l’on s’arrête là, tout est bien, on a un sommeil tranquille.
3e degré : Lancé, parti, légèrement ému, avoir un coup de soleil, être éméché. Avoir son plumet, être casquette, pompette, avoir son jeune homme.
= Lancé – A ce degré, on aime à parler, on fait des remarques fines, on est langoureux, on possede le don de convaincre, c’est l’aurore naissante des facultés intellectuelles. Un peu plus, on a la conversation trop imagée et l’éloquence trop brûlante, on assome son auditoire d’un déluge de phrases à noyer les patients.
4e degré : Poivre, avoir son affaire, être culloté, raide.
= Gris – On commence à se sentir étourdi  : on veut régaler ses voisins de chansons, on éprouve le besoin  de se prononcer un discours, on est fier comme un paon, hardi comme un lion, amoureux comme une colombe.
La maladie des cheveux se déclare (image de la gravure)
5e degré : Dans les vignes, complet, pochard, avoir son compte.
= Ivre – On voit double et on est stupidement bon, on aime à donner des poignées de main ou des coups de poing. La langue est épaisse et pâteuse.
6e degré : Rond comme une balle, en avoir plein son sac.
= Ivre mort – On n’appartient plus à ce monde ; on tombe dans un sommeil apoplectique. La maladie des cheveux est dans sa plus grande période.

On peut voir cette estampe au musée de Montmartre.

Le même Théo, dont on n’apprend rien sur le Net, sinon qu’il était illustrateur, dessinateur et lithographe, se distingua aussi par quelques caricatures comme celle du député communard Eugène Razoua, représenté un verre à la main.

Les révolutions sont toujours décriées par leurs détracteurs, aussi on ne s’étonnera de cette représentation du Comité de Salut Public « en séance extraordinaire »

(on ne discute pas la loi sur les boissons)

Terminons cette promenade historique par une dernière estampe signée Alfred Lepetit, représentant le député Henri Rochefort dont la tête inspira cet humoriste.Notre député Rochefort
Comme on le voir ressemble fort
A la grappe
D’un raisin aux grains savoureux
D’où s’échappe
Un vin clair, rouge et généreux

Pour la petite histoire, ce personnage qui lutta opiniâtrement contre l’oppression cléricale et politique et réussit à s’évader d’un bagne calédonien,  sombra finalement dans le boulangisme et l’antidreyfusisme.

NB Document trouvés sur les sites Paris – Musées et Gallica