A Madère

Réputée pour son vin fortifié adoré des Anglais mais peu considéré, dit-on, par les Français, cette île portugaise située dans l’Océan Atlantique à hauteur du sud du Maroc étonne par son relief volcanique, sa végétation luxuriante, et ses traditions.


C’est au cours d’un séjour découverte parrainé par la Fédération Internationale des Confréries Bachiques et organisé par la Confraria Enogastronomica da Madeira que nous avons eu la chance de la découvrir.

La confrérie, fondée en 2000, a pour mission de défendre, préserver, promouvoir, diffuser, honorer et mettre en valeur le patrimoine œnogastronomique de la région autonome de Madère, y compris ses coutumes et pratiques, ses traditions et les techniques et technologies inhérentes à leur production.

de g. à d: Gregorio Freitas, ex-président ; Lino Dionisio, ambassadeur ; Alcides Nobrega, président ; Olga Mendes, VP

Le costume comporte une cape rouge à rabat beige, inspirée du costume des juges de Madère du XVIIIe siècle ; sur la tête, la «Carapuça», la casquette madérienne, et autour du cou, un ruban beige avec des broderies d’animaux différents et une tomboladeira en forme de demi-barrique.

A chaque repas la devise « Comer e beber e divinal » est proclamée.

(On pourra aussi lire une relation de ce « séjour-découverte » sur le site de la FICB.)

Mais parlons du vin de Madère. Le marché de l’Angleterre, de sa marine et de ses colonies, a été sa chance. C’est un vin issu des cépages Malvoisie, Boal, Verdelho et Sercial pour les plus prestigieux, fortifié (à l’alcool de canne au départ, de raisin aujourd’hui), étuvé, et élevé en contact avec l’air dans des barriques. Il en est des secs, demi-secs, demi-doux et doux, des « blended » (assemblés), plus ou moins vieillis en fût, et des millésimés, les plus recherchés.

Blandy’s, mais aussi Henriques et Henrique, Luis Pato, Barbeitos, etc. sont des producteurs réputés.

Une dégustation chez Blandy’s, un des plus importants producteurs. Chaque cépage avec un chocolat approprié ! (de g. à dr. Sercial (sec), Verdelho (demi-sec), Boal (demi-doux) et Malvasia (doux))
les principaux cépages

Instruments anciens, et foudres toujours en service chez Blandy’s

pressoir à l’ancienne

Un témoignage de l’ancienneté de la réputation du vin de Madère.

Ces fresques ornent la salle de dégustation.

Et voici quelques publicités anciennes.

Accueil en musique à l’Adaga da Quinta, à Camarão dos Lobos. Foulage du raisin, brochettes et beignets de sabre.

quem não fuma, quem não bebe, que alegria pode ter ?

A cachaça alegra a gente
O fumar nos da prazer
Quem nao fuma , quem nao bebe
Que alegria puede ter
?

(Paroles trouvées sur
https://issuu.com/acclleopoldina/docs/trovas_populares_de_alagoas_-_theo_/31)

Au marché central de Funchal, cette « caraferie » a un drôle de plafond.

A la Quinta do Barbusano, dégustation des vins locaux (de table, non madérisés). Les vignes, à hauteur d’homme, laissant l’espace libre pour d’autres cultures au sol, sont vendangées à la main sur ces terrains pentus.

Un déjeuner dans une maison de particulier permet de découvrir le « panelo », sorte de potée des lendemains de fête, posée à même la nappe sur un lit de feuilles de chou, et qui a sa chanson !

O panelo ja chegou, bem de madrugada, vai bebendo devagar pra nāo tomares uma mamada… Deixa-me beber em paz, uma bebedeira não e nada, para o ano venho aqui curar esta mamada…

Madeira produit aussi du rhum, comme Engenhos do Norte à Porto Da Cruz, dont la machinerie marche encore à la vapeur.

Ce rhum est la base de la poncha, apéritif fait de rhum, additionné de jus de citron et miel, ou encore de jus de fruit.

A Arco de São Jorge, petit village posé sur une falaise au nord de l’île, un concentré des attributs de l’île :

la roseraie de la Quinta do Arco, à Arco de S. Jorge

mer, fleurs, vignes,

vieille rhumerie,

azulejos à la gloire du rhum (poème d’un poète paysan)

le poème est signé : feiticeiro do norte

et un petit musée du vin…

où l’on peut voir le « borracho » (outre de 45 litres en peau de chèvre servant à transporter le moût ou le vin à dos d’homme) et les borracheros en action

Ne quittons pas Madère sans visiter la Quinta das Cruzes, ancienne demeure du découvreur de l’île Zarco, et voir quelques oeuvres pouvant intéresser les lecteurs du bon clos.

Cette intaille, en pâte de verre imitant le nickel, qui devait servir de sceau, mesure moins de 2 cm de long et date du 18ème siècle, 

Scène de taverne d’auteur non identifié : l’une boit, un autre fume, un troisième se tait…

Voici aussi une treille marine

et d’intéressantes gravures qui racontent l’histoire du transport du vin, et dont on a retrouvé des bonnes reproductions tirées du livre « History of Madeira »

sur le site https://www.traces-h.net/costumes/madere-1820-11.html qui donne de nombreuses explications.

Adeus Madeira, e muito obrigado aos nossos anfitriões

de g. à dr. Carlos Soares, Marcio Ribeiro, et Lino Dionisio

e anfitriã!

Dina Silva

Gillette de Narbonne

C’est une opérette composée par Edmond Audran sur un livret d’Alfred Duru et Henri Chivot, que l’on peut voir ces jours-ci à l’Auguste Théâtre, montée par la Compagnie Fortunio.

Représentée pour la première fois le 11 novembre 1882 au Théâtre des Bouffes à Paris, son livret est inspiré d’une nouvelle du Décaméron de Jean Boccace : La femme vaillante, qui raconte la revanche d’une épouse sur son mari volage et inconséquent.

Si nous en parlons, c’est qu’il s’y trouve un bref air à boire qui a sa place ici.

En joyeux et bons militaires, buvons, chantons, festoyons mes amis !
Ici gaiement vidons nos verres, en attendant les ennemis !

En voici un enregistrement par la classe de chant du conservatoire de sarreguemines en 2017

Il faut aller voir ça ! Digué lé que vengué mon bon !

Pour les amateurs, la partition complète est sur Gallica

Avec les francs-mâchonnes et francs-mâchons à Montmartre

Officiellement, ce sont quatorze associations (*) qui se sont donné le mot pour organiser ce mâchon de rentrée le lundi 12 septembre à la Bonne Franquette, adresse réputée de la Butte.

aimer, manger, boire et chanter : la devise de la bonne franquette

Il s’agissait une fois de plus de célébrer la parution de « J’aime la saucisse« , d’Emilie Greenberg, « plus qu’un livre de cuisine, un mode de vie ! »

Nombreux étions nous à nous être levés tôt pour nous retrouver à l’heure où d’autres prennent leur petit déjeuner, un verre de Sauvignon blanc frappé ou de merlot lyonnais à la main,

prêts à trinquer avec le têtes connues et inconnues, non sans avoir échangé un rapide « ça va ?« , et à faire honneur aux charcutailles proposées à foison : mortadelle de Bologne, rosette à l’ancienne de Colette Sibilia, pâté basque, spianata piccante (pas tant que ça) de Calabre, andouille…

Chez les franc-mâchonnes on ne garde pas son drapeau dans sa poche

A table, ce sont, arrosées de beaujolais rouge et blanc, quatre recettes de saucisse qui furent proposées : Francfort et Strasbourg en choucroute, végétale aux spaghettis, Toulouse aux pochas (= haricots, sortes de coco), et montbéliarde aux lentilles cuite au gène (= marc de raisin en pays beaujolais) de Brouilly.

L’intronisation de l’héroïne du jour Emilie Greenberg, autrice de Vive la saucisse, dans la confrérie des compagnons du Beaujolais fut largement applaudie.

De même que Charlie, venu avec sa guitare chanter « les copains d’abord » , « le petit vin blanc » et bien d’autres airs festifs.

Est-ce l’effet des boissons ingurgitées ? Nous avons fait en sortant une drôle de rencontre dans les rues avoisinantes…

Merci à tous, organisateurs, restaurateurs, vignerons, participants pour cette belle fête.

(*) liste des organisations participantes :

Le devoir parisien des compagnons du Beaujolais
La confrérie de Saint-Juliénas des Prés
L’association des bistrots et cafés de France
La sélection de Montmartre des Beaujolais
La commune libre de Montmartre
L’Académie Rabelais
La commanderie du clos Montmartre
Le clos des Arènes de Lutèce (200 pieds de vigne y ont été replantés)
Le clos de la Doyenne
L’Amicale du Gras (fondée en 2014)
Les joyeux mâchonneurs du Vaudésir
Le club de la saucisse libre
L’Amicale du sauciflard (désigne chaque année le meilleur saucisson de France)
Les Vegans dépressifs !!!

La reine boit ! Vive la reine !

C’est ainsi que traditionnellement s’exclamait toute la tablée lorsque l’on tirait les rois et qu’apparaissait la fève.

La reine boit, Ecole hollandaise du 17ème, d’après Anthonie Palamedes (1601- 1673)

La Nuit des Rois, c’est à dire the Twelfth Night (après Noël), la reine Elizabeth , gardienne des traditions, n’y dérogeait sans doute pas.

aquarelle de M. de Parys, parue dans le Soleil du dimanche du 17 janvier 1892

Le « bon clos » s’associe au deuil qui frappe le Royaume Uni et tous les territoires lointains dont Sa Majesté Elizabeth II était la reine. Sa longévité, ses incroyables chapeaux et tenues chic quoiqu’improbables, son humour réputé, sa résilience lors de l’ annus horribilis, et last but not least, son addiction au champagne et au bon vin,

1984

tout cela ne pouvait qu’engendrer une solide sympathie.

On a rapporté que son régime quotidien commençait par un gin/Dubonnet juste avant le déjeuner, qu’elle prenait avec un verre de vin ; un dry martini suivait dans l’après-midi, et la soirée ne se terminait pas sans un verre de champagne.

Mais il faut aussi prendre en considération ses obligations mondaines où trinquer était un « must ».

Proche du peuple, Elizabeth ne dédaignait pas une bonne bière…

Peut-on imputer à ce régime sa longévité ? C’est toute la question, mais sans aller chercher des explications scientifiques, on comprendra qu’il était en tout cas bon pour le moral.

Farewell, Elizabeth !

The Queen is dead, long live the King !

Boire à la capucine…

c’est boire pauvrement,
Boire à la Célestine
C’est boire largement,
Boire à la Jacobine,
C’est chopine à chopine,
Mais boire en cordelier,
C’est vuider le cellier !

Cette chansonnette ancienne moque gentiment les façons des moines et religieux, grands buveurs au Treillis Vert de la rue Saint-Hyacinthe. Que est son sens, son histoire et sur quel air la chantait-on ?

Nous l’avons découverte dans Héloïse ouille !, déchirante histoire contée par Jean Teulé dont l’action se passe au 12ème siècle, ce qui semble assez anachronique, l’ordre des capucins ayant été créé au 16ème siècle.

Elles est citée par Charles Monselet, dans Gastronomie, récits de table (1874), et par le prince Pierre Dolgoroukow, dans ses Mémoires, à propos de Lestocq, un personnage étonnant rencontré à la cour de Russie… Elle figure dans la revue MELUSINE, recueil de mythologie, littérature populaire, traditions et usages, publié dans les années 1880 par H.Gaidoz et E.Rolland (tome 3 p 430), avec une variante pour le deuxième quatrain (boire à la Célestine/ c’est pinte sur chopine/ en carme et cordelier/c’est vider le cellier), impliquant les Carmes, que l’usage a oublié ; et une attestation en 1701 dans un cahier de collégien à Lyon.

Sylvie Reboul la qualifie de menuet dans son article « de la plume au verre« , paru dans Territoires du vin en décembre 2021, avec une mention de publication (« Les menuets chantants sur tous les tons », recueillis par Christophe Ballard, imprimeur du Roy, Tome 2, Paris, 1725.)où nous ne l’avons pas retrouvée.

L’air « boire à la capucine » est cité pour la recette des « fricandeaux en ragoût » dans « le Festin Joyeux ou la Cuisine en Musique« , de J. Le Bas, paru en 1739, qui invitait les dames de la Cour à cuisiner en chantant.

Et, bingo! l’air « boire à la capucine » se trouve en fin de volume :

La chanson daterait donc du 17 ème siècle ou de la fin du 16ème, comme sans doute la ronde enfantine « dansons la capucine » (que Jean Baptiste Clément connut enfant, avant d’en faire une chanson révolutionnaire).

Revenons aux capucins. Ces franciscains à capuche vivaient dans la pauvreté et ne buvaient donc guère. Ce n’était apparemment pas le cas des Célestins (bénédictins) et des Jacobins (dominicains).

franciscain cordelier

Quant aux Cordeliers, autres franciscains, c’est peu dire qu’ils avaient mauvaise réputation. On s’en convaincra en lisant quelques nouvelles de l’Heptaméron de Marguerite de Navarre (vers 1545), comme la Juste punition d’un Cordelier pour l’étrange pénitence qu’il avait voulu faire faire à une jeune Demoiselle, ou encore Comment une batelière de Coulon, près de Niort, trouva moyen d’échapper aux entreprises de deux Cordeliers. (Et quant aux Carmes, n’en parlons pas – ne disait-on pas : bander comme un carme ?)

Au musée Granet d’Aix en Provence

Il reste un peu moins d’un mois pour aller voir à Aix l’exposition VIA ROMA des oeuvres de la NEUE PINAKOTHEK DE MUNICH (fermée pour rénovation), sur le thème des artistes allemands ayant travaillé à Rome au cours du XIXe siècle.

Ils y menaient la belle vie comme on peut le voir sur cette toile de Franz Ludwig Catel (1824), Le prince héritier Ludwig dans la taverne à vin espagnole à Rome,

ou sur celle-ci de Wilhem von Kaulbach (vers 1848),

l’étude des artistes allemands à Rome

Le tyrolien Joseph Anton Koch avait peint cette fête des vignerons près d’Olevano dès 1812. Venu à pied en Italie en 1795, il y passa l’essentiel de sa vie.

Le « retour des paysans italiens » (1831) est de Theodor Leopold Weller, en voici un détail

Le musée Granet porte le nom du peintre aixois François-Marius Granet. Elève de David, ami d’Ingres, il fit plusieurs séjours à Rome, et devint plus tard conservateur au château de Versailles. « Le sommeil » nous présente un homme attablé assoupi, à qui une servante vient subrepticement dérober la bouteille.

Voici quelques autres oeuvres glanées au musée Granet, comme cette

Nature morte aux bouteilles, de Giacometti (1954)

et ce Bacchus enfant avec sa nourrice (plâtre, 1856), de Jean-Joseph-Hippolyte-Romain Ferrat (ce sculpteur est notamment l’auteur d’une des statues dominant la fontaine de la Rotonde, à Aix)

Ce festin d’Acheloüs est une copie d’un tableau de Rubens. Dieu-fleuve du plus grand cours d’eau de Grèce (l’Aspropotamos), il invita Thésée retour de chasse, bloqué par les flots furieux du fleuve, à banqueter dans sa grotte.

Encore un flamand, Matheus van Hellemont, auteur de ce concert en famille qui nous remémore les oeuvres de Jordaens comme « le roi boit ».

Plus ancien est ce repas galant de l’Ecole de Fontainebleau (15ème siècle)

Finissons avec ce portrait, signé Jean-Baptiste van Loo, peintre d’origine hollandaise né à Aix en 1684 : madame Albert de Bormes en vendangeuse

Quand Gaillac fête ses vins

C’est avec bonheur que nous sommes repassés dans cette cité du Tarn, qui fête ses vins chaque année début août. Ils sont toujours aussi bons, et ont cette propriété de « permettre à chacun de rentrer chez soi avant d’avoir le cerveau brouillé » !

 Est-ce dû à la vertu des cépages résolument locaux (Luenh de l’uelh -loin de l’oeil, mauzac  pour le blanc ; fer servadou appelé aussi braucol -un cousin du cabernet, duras, prunelard pour le rouge… ) ?

La fête, avec ses dégustations

Pascal Bonno, directeur du château Labastidié, sur son stand

et ses concerts se tenait comme tous les ans au parc de Foucault. C’est là aussi que la Confrérie de l’Ordre de la Dive Bouteille de Gaillac tint son 43ème chapitre le dimanche 7 août. Nous avons eu la chance d’y participer, sous le chaud habit des Echansons de France.

Après un petit déjeuner roboratif,

ayant revêtu leurs habits d’apparat, les représentants de 24 confréries ont franchi l’arc triomphal élevé pour la circonstance,

et parcouru en musique les rues de la ville

pour rejoindre l’église Saint-Pierre et assister à l’office.

Il y avait là les maîtres-vignerons du Frontonnais,

les Echansons de Saint-Bourrou, qui défendent l’AOP Marcillac-Vallon en Aveyron

la Génération Géminian, confrérie bachique de Cuxac d’Aude en Narbonnaise

la commanderie des grands vins de Gaillac à Toulouse

la Jolie Treille de Saint-Joseph et de l’Hermitage

la confrérie du raisin d’or (en pays de Sigoulès, Périgord pourpre)

et bien d’autres confréries bachiques

quelle est celle-ci?

et gastronomiques comme celle de nos amis du Brie de Melun

Il faisait chaud et le perlant de Labastide généreusement servi à la sortie permit d’étancher la soif lancinante.

De retour au parc, commença le chapitre proprement dit, sous la houlette du Grand Chancelier Henri Plageoles,

assisté par le Commandeur Michel Houdet est les autres membres de la confrérie.

Après l’intronisation de personnalités locales (parmi lesquelles le tout nouveau préfet du Tarn FX Lauch, et le curé de Gaillac Pierre-André Vigouroux),

ce fut le tour des « confrères » comme ces deux Echansons Daniel et Marc venus de Paris.

Tous ont été adoubés par Bacchus, Noé, Saint-Vincent et Rabelais, et ont prêté serment après avoir bu (sec) la coupe de vin blanc sec.

Le repas qui s’ensuivit donna l’occasion de faire connaître quelques chansons connues des lecteurs du bon clos.

Merci amis de Gaillac, pour cette belle fête et l’honneur qui nous a été fait.

Pour les amateurs, il faut savoir qu’en même temps que cette fête, se déroule celle de l’ail rose de Lautrec, occasion de découvrir un village historique,

d’y déguster la fameuse soupe à l’ail, et d’assister au record de la plus longue tresse (24,20 m).

A Albi tout proche ne pas rater cette fresque en trompe l’oeil.

« Bon jus de la treille, vins, charbon à domicile »

Le musée Lautrec nous remémore la citation du maître : « je boirai du lait quand les vaches brouteront du vin » et recèle quelques toiles intéressantes, comme ces vendanges à Celeyran où le maître a passé une partie de sa jeunesse (vers 1880-83)

et cette scène « au café » (femme au bar, après 1884) )de son ami Federico Zandomeneghi

Un été lyrique

Bonnes pioches cet été pour les amateurs d’airs bachiques lyriques, avec La belle Hélène d’Offenbach montée à Bruniquel, et la Dame Blanche de Boieldieu à Saint-Céré. Et bien sûr Pomme d’api au festival d’ Avignon, dont nous avons déjà parlé

Frank T’Hézan et sa bande réunie chaque année à Bruniquel ne risquaient pas grand chose à monter cette Belle Hélène, joyau de la couronne des oeuvres du Maître, loufoquerie d’une grande finesse toujours actuelle, dans le cadre splendide du château et avec le concours de la population locale.

Emmanuelle Zoldan dans le rôle d’Hélène, ça tombait sous le sens, Dominique Desmons en Ménélas, ça promettait, mais Christophe Crapez en Achille, Jeanne-Marie Lévy en Ajax 2, Aude Fabre en Oreste, voila qui était inattendu… et réussi !

On ne peut pas hélas citer tous les participants de la troupe, qui eurent l’occasion comme d’habitude de prolonger le spectacle, au cours des fameuses tables d’hôte, de leurs facéties et morceaux de bravoure jusqu’à potron-minet.

Mais venons en au fait. La fatalité poursuit la belle Hélène de Sparte qui résiste tant bien que mal aux assauts du berger Paris, fils du roi Priam de Troie. Vénus furieuse de voir ses plans contrariés , met au coeur des femmes de Grèce un immense besoin de plaisir et d’amour… Les maris quittent leurs femmes, les femmes quittent leur s maris, c’est une débâcle générale.

(pour plus de détail voir le livret)

Nous sommes au début du 3ème acte, à Nauplie, au bord de la mer. Le choeur mené par Oreste chante

Dansons ! aimons ! 
Buvons ! chantons ! 
Et trémoussons-nous avec verve !… 
Gloire à Vénus ! 
Gloire à Bacchus ! 
Et foin de la chaste Minerve !..

En attendant le DVD, voici de quoi se faire une idée de cet air avec le choeur des musiciens du Louvre..

(A propos de DVD celui de la Vie Parisienne jouée l’an dernier (et qu’on a pu (re)voir au cinéma de Caussade) est sorti. On peut le commander là. On y retrouvera le baron, joué par Frank T’Hézan, dans la fameuse scène de la griserie.

le baron qui n’est pas encore tout à fait gris

Et comparer avec la version de 2013. (on pourra relire l’article publié à l’époque)

Montauban n’est qu’à quelques lieues de Bruniquel, et son musée Ingres Bourdelle mérite une visite. On peut y voir cette « enfance de Bacchus« , de Raymond Balze (1840)

et ce « Silène et les quatre saisons » de l’atelier de Jordaens (après 1640)

On peut admirer aussi ces « plaques Campana », céramiques antiques d’Italie centrale, du nom de leur collectionneur : des satyres vendangeurs et fouleurs. Un air de déjà-vu ?

Cette Bacchante au raisin d’Emile-antoine Bourdelle (1907)

Et ce « Nymphe et Faune » de Pierre-Paul-Léon Glaize (1861)

Filons maintenant vers le nord, pour retrouver le château de Castelnau-Bretenoux où se jouait la Dame Blanche de François Adrien Boieldieu, sur un livret de Scribe, d’après Walter Scott, créé en 1825 et qui connut un immense succès.

Nous ne détaillerons pas l’argument (le retour d’un héritier légitime aux yeux des paysans au moment de la mise aux enchères du château familial hanté par une mystérieuse Dame Blanche) et filerons à la grande scène de l’hospitalité qui voit le héros adoubé comme parrain d’un nouveau-né.

II faut rire, il faut boire à l’hospitalité. 
A l’amour, à la gloire,
Ainsi qu’à la beauté!

Une fois n’est pas coutume, le spectacle joué pendant la pandémie à Rennes a été mis en ligne, pour notre grand plaisir.

Merci !

Le pouvoir est au bout … du goulot

Août est déjà bien entamé et nous n’avons pas encore signalé l’émission de Clément Rochefort sur France Musique : « Au bout du goulot » consacrée aux chansons à boire.

Si beaucoup étaient connues des lecteurs du bon clos , il s’en est trouvé quelques autres.

Ainsi Vinum bonus et suave , parodie d’un cantique à la Vierge de Roland de Lassus, proposée le 4 juillet.

La version proposée par le choeur de chambre de Namur commence à 02m:18s

Le texte dit : « Vinum bonum et suave, nunquam bibi vinum tale, vinum cor lætificat », soit : « Vin bon et doux, jamais je n’ai bu un tel vin. Le vin réjouit le cœur »

En voici une autre version par le choeur Ex Cathedra, dir. Jeffrey Skidmore

Les amateurs de Carmina Burina ne confondront pas avec une autre oeuvre commençant par les mêmes mots, ci-dessous par l’ensemble Alegria

ou encore celle-ci dont l’accompagnement musical laisse mieux saisir les paroles

Le 6 juillet, c’est « quand la mer rouge apparut« , une des chansons à boire les plus connues du 18ème siècle qui était proposée. L’air fut repris par l’organiste et compositeur Michel Corrette pour en faire un chant de Noël nous dit-on. A moins que ce ne soit le contraire…

On trouvera partition et paroles sur chansons à boire.com par exemple.

Le 7 juillet, nous avons eu droit à « Amis enivrons du vin d’Espagne en France » un air du 17ème d’Etienne Moulinié, que nous connaissons ; et à « quand je tiens ma chère bouteille », de Jean Boyer, violiste et compositeur de la même époque, (à 2m:18).

On en a retrouvé la partition.

Le 8 juillet, c’étaient des airs à boire du très sérieux Marc-Antoine Charpentier (dont le Te Deum est bien connu des téléspectateurs des années 60) : « Veux-tu Compère Grégoire » (à 1m:38s), et « Ayant bu du vin clairet » (par les Arts Florissants)

Voici aussi la version du château de Versailles de Compère Grégoire

De la même époque « Je ne mettrai plus d’eau dans mon vin » conte l’histoire d’un mari que le décès de sa femme libère…

la voici,(émission du 20 juillet), chantée par les Frères Jacques (à 1m:25s)

Un siècle plus tard, voici « l’enlèvement au sérail » du génial Wolfgang Amadeus, dont on connaît les savoureux airs à boire. Au cours de cet opéra-bouffe, le geôlier de 2 prisonnières du pacha Selim boit du vin (contenant un somnifère) offert par leurs amoureux qui se proposent de les enlever.

Vivat, Bachus!
Bachus lebe!
Bachus, der den Wein erfand! (Bachus, qui inventa le vin !

Ecoutez l’air à 1m:20s

En voici une video sous-titrée en grec et en anglais

Bien plus près de nous, voici « les vins de France« , chantés par Fabia Gringor

« Qu’un vin soit noble ou roturier, c’est un bon vin s’il est français,
Blanc, rouge, gris ou bien rosé, rien au monde ne peut l’égaler »
.

Un peu scolaire (il s’agit de n’en oublier aucun) et cocardier peut-être ?

Et ça se termine avec les cadets de Bourgogne et leur A toi buveur !

Amis chantons avec ardeur, Honneur et gloire à toi buveur !

Merci à France Musique pour ce florilège, et bonne écoute à tous !

Pomme d’Api en Avignon

Revoici cette petite merveille de maître Jacques, (vue il y a quelques lustres au théâtre Marsoulan), mis en scène par le nivernais Théâtre du Temps pluriel, pour quelques semaines au festival off d’Avignon, au théâtre Girasole, tous les soirs (sauf les lundis) à 21h15 jusqu’au 30 juillet.

Le 9 juillet, c’était la première, et, vu de la salle, tout s’est passé à merveille. On a pu réentendre l’air du gril, bien sûr, et l’air à boire, un des plus beaux d’Offenbach : Ah ! versez, versez, versez encore ! Allez, allez jusqu’au bord…

L’histoire, s’il faut la résumer, c’est le huis clos amoureux d’un bellâtre (Franck Vincent), oncle d’un freluquet (Joris Conquet) qu’il a obligé à mettre fin à son amourette avec Pomme d’Api (étonnante et puissante Alice Fagard), laquelle, éplorée mais endurcie par l’épreuve, est envoyée comme bonne par le Pôle emploi de l’époque. On imagine la suite…

On ne reprochera pas au metteur en scène Olivier Broda d’avoir truffé le spectacle de gags et d’extraits d’air de griserie (la Périchole, le baron de la Vie Parisienne), c’est la coutume et la licence artistique permise, et il faut bien aller chercher les petites cuillers ! Mais quid du poème en allemand dit par Catherine ?

La réponse est arrivée : c’est le Wünschelrute de Eichendorff, clin d’oeil au Maître de la germaniste Alice

On n’omettra pas non plus de saluer la pianiste et directrice musicale Delphine Dussaux qui met aussi la main à la pâte… de la farce.

Merci à tous pour cette belle prestation !

Et en attendant des videos du spectacle, voici quelques airs sympathiques de productions plus anciennes.