Cette émission dominicale d’Alain Kruger sur France Culture donnait la parole dimanche à Eric Beaumard, grand sommelier et directeur du restaurant le Cinq, en titrant hier « le grand échanson« . Alerté par un ami du clos, nous l’avons écouté parler de la Bourgogne, ou encore expliquer avec quel accompagnement manger des huîtres ! L’émission vous bien son temps d’écoute, et l’on peut la réécouter là.
Catégorie : poésie
Non sans modération…
Sacré Philippe Meyer ! C’est toujours un délice d’entendre ce pince-sans-rire à la voix sucrée, dont on imagine qu’il se pourlèche intérieurement les babines des bons mots et autres facéties qu’il nous prodigue, mais on ne peut pas être toujours à l’écoute !
Heureusement, notre amie Isabelle veillait, et les lecteurs du bon clos qui auraient raté son émission pourront se délecter du programme qu’il a concocté sur France Inter le samedi 25 janvier dernier.
->L’émission peut être réécoutée jusqu’au 25 octobre 2016 à 12h ! suivez ce lien
C’est à un florilège de textes de Baudelaire (essai sur le Vin), Colette (que les lecteurs du bon clos ont déjà côtoyé), Alphonse Daudet (la mule du pape), Jean Le Houx, La Fontaine (l’ivrogne et sa femme), Corneille… et de chansons qui nous étaient souvent inconnues que nous sommes conviés. On en trouvera ci-dessous paroles et diverses interprétations.
Hymne au Cidre
Nous notions il n’y a pas longtemps dans quel mépris étaient tenus dans les hautes sphères le cidre et la bière.
Ce n’était pas l’avis de tout le monde, en tout cas pas celui des bretons, comme le démontre le poème ci-dessous, trouvé sur le blog de Blouzouga Memphis http://lapatatesacreedumachupichu.blogspot.fr/ (extrait de la revue la cidrerie française, juillet 1935).
(Frédéric le Guyader était un écrivain français. né le 14 mars 1847 à Brasparts, mort le 24 novembre 1926 à Kerfeunteun.)
Bourgogne ou Champagne ?
Voilà un vieux débat dans lequel nous fait replonger un livre paru en 1712, adressé par notre amie Sabine : recueil de poésies latines et françaises sur les vins des Champagne et de Bourgogne.
Il traite sous forme poétique d’un débat vieux comme le vin. Déjà dans la bataille des vins (1224) le roi Philippe avait fait mander des messagers pour faire venir à lui des vins de toutes origines, afin de savoir quels étaient les meilleurs. (H)Auviler(s), Biaune, Chablies, Espernai sont parmi les concurrents. Mais au XVIIème siècle le conflit s’envenime…
Le Recueil contient plusieurs odes, une requête, un « décret », une lettre enfin, écrits en vers latins avec leur traduction en vers français, que se sont amusés à s’adresser des personnages fort sérieux, MM. Grenan et Coffin.
Il est intéressant de constater qu’à cette époque (début 18ème), le Champagne est clairement effervescent, que la bière et le cidre sont tenus en piètre estime, au même titre que… le vin d’Ivry!
L’Avertissement du Recueil propose un mise en scène mythologique. Il nous apprend tout d’abord qu’en 1652, le bachelier en médecine de la faculté de Paris d’Arbinet avait pris parti dans sa thèse pour le Bourgogne. Les Champenois ne pouvaient en rester là, et en 1700 les Médecins de Reims soutinrent que le vin de Reims était meilleur et plus sain que le Bourguignon. Suivit en 1705 une lettre opposée d’un Médecin de Beaune à un parlementaire de Dijon.
C’est là qu’interviennent les Muses, buveuses d’eau comme on sait. Apollon les fit boire, nous dit-on, et il se trouva que seule parmi neuf, Erato prit le parti du Bourgogne. Il faut dire qu’après deux verres de ce vin, elle tomba de sommeil, et ne goûta pas le Champagne, au contraire de ses soeurs. Elle inspira une ode latine, Vinum Burgandum à Benignus Grenan, professeur au Collège d’Harcourt, que de Bellechaume mit en vers français :
« …Tu remplis d’un baume innocent
Et jamais le Chimiste habile
Ne fit d’essence plus subtile
Ni de remède plus puissant »
Les autres Muses, qui après avoir bu des deux vins avaient toutes préféré celui de Champagne, répondirent illico par une autre ode, Campania Vengata (la Champagne vangée) (sic),
que signa Charles Coffin, alors professeur au Collège de Beauvais, également mis en vers français par de Bellechaume.
… En couleur ton Nectar excelle
Comme un diamant précieux
Dont le vif plait, change, étincelle
Et tout d’un coup ravit les yeux.
En odeur il est un essence
Dont les esprits vont par avance
Saisir doucement l’odorat ;
Qu’il forme une agréable image
Lorsque dans un mousseux nuage
On voit qu’il reprend son éclat !
…
Des vins fameux il est l’élite
Qui couronne les grands repas.
Beaune je prise ton mérite
Mais que sur toy Reims ait le pas.
La chute est sévère pour la Muse qui est invitée à
boi(re) du limon de Normandie / Ou que ta langue trop hardie / Ne goûte que du vin d’Ivry.
Isolée, Erato (Grenan) se tourne alors vers Esculape (un certain Fagon, médecin du Roi, connu pour avoir imposé le Bourgogne face au Champagne à la table de Louis XIV) ,
lui adressant une Requête ( la troisième pièce du recueil)
« Enflés du même orgueil tous ses vins bondissants
N’élèvent que des flots écumeux, frémissants :
Leur liqueur furieuse, inconstante et légère,
Etincelle, pétille et boût dans la fougère… »
Esculape, ravi de se venger sur les Muses d’un coup de foudre reçu de leur Père (Jupiter), donne l’ordre à tous les Médecins du monde de tenir pour le Bourgogne contre le Champagne. Suit un Décret sans complaisance de la Faculté de Médecine de l’île de Cô :
Entend que la honte accompagne
Partout l’orgueilleuse Champagne ;
A ses Vins pleins de faux appas
Défend l’entrée en tout repas ;
Ordonne que leur seve plate
Dorénavant n’ait rien qui flatte ;
Que le Cidre soit plus brillant
Le Vin d’Ivry plus excellent
Que qui les flaire, ou qui les goûte,
D’abord soit atteint de la goutte…
…Comme un flamand buveur de bière
Qu’il soit plongé dans la matière…
Le recueil se termine par une dernière lettre des Muses, cherchant à calmer le jeu. La voix de la raison ?
Un franc Bourguignon se fait gloire
D’être avec un Rémois à boire
Ils sont tous deux bons connaisseurs
Et ne sont pas moins bons buveurs.
Et voici une conclusion qui devrait faire consensus :
Beau Sexe à qui des deux donnez vous la victoire ?
En tout votre goût est divin.
Beaune et Reims aujourd’hui se disputent la gloire
D’avoir le plus excellent vin.
Doux et charmants objets de notre complaisance
Déclarez nous lequel a pour vous plus d’attraits
Celui qui sur vos coeurs a le plus de puissance
Est celui qu’avec vous nous boirons à longs traits.
On trouvera l’ouvrage sur gallica ,et beaucoup d’information sur le passionnant site maisons-champagne.com
Zadkine (les vendanges)
Ce sculpteur, qui nous est venu de Russie dans les années 1910, jouit de deux musées, l’un dans le Lot, l’autre à Paris rue d’Assas.
C’est dans ce dernier que sont exposées les Vendanges, sculpture monumentale (elle doit faire dans les deux mètres) en bois (vers 1918) qui évoquerait un rite païen.
La voici sous deux angles

Comment ne pas penser au Pressoir de Gaston Couté (écrit quelques années plus tôt, et que les amis du clos ont déjà rencontré) ?
Sous les étoiles de septembre
Notre cour a l’air d’une chambre
Et le pressoir d’un lit ancien ;
Grisé par l’odeur des vendanges
Je suis pris d’un désir
Né du souvenir des païens.
Couchons ce soir
Tous les deux, sur le pressoir !
Dis, faisons cette folie ?…
Couchons ce soir
Tous les deux sur le pressoir,
Margot, Margot, ma jolie !
Parmi les grappes qui s’étalent
Comme une jonchée de pétales,
Ô ma bacchante ! roulons-nous.
J’aurai l’étreinte rude et franche
Et les tressauts de ta chair blanche
Ecraseront les raisins doux.
Sous les baisers et les morsures,
Nos bouches et les grappes mûres
Mêleront leur sang généreux ;
Et le vin nouveau de l’Automne
Ruissellera jusqu’en la tonne,
D’autant plus qu’on s’aimera mieux !
Au petit jour, dans la cour close,
Nous boirons la part de vin rose
Oeuvrée de nuit par notre amour ;
Et, dans ce cas, tu peux m’en croire,
Nous aurons pleine tonne à boire
Lorsque viendra le petit jour.
Je ne sais si je fêterai….
En France, on ne fête pas Thanksgiving en novembre ? me demandait un ami d’outre Atlantique. Non, mais on fête le beaujolais nouveau, en quelque sorte une action de grâce à Bacchus, lui répondis-je. Hélas cette année je n’ai pu me joindre à la joyeuse assemblée qui se réunit tous les ans à Clamart pour festoyer. Dommage. Je n’ai pu assister en direct à la déclamation d’un poème écrit pour la circonstance par notre amie Nicole Olmeta (dont ce n’est pas le premier essai !).
Je ne sais si je fêterai,
Dans douze mois, le Beaujolais …!
A mon âge, on ne sait jamais …
Jeune ou âge, nul ne le sait …
De quoi demain sera-t-il fait ?
Mais ce soir, ah ! çà, je le sais,
Je testerai le Beaujolais
Car, je suis venue, « tout exprès ! »
Profitons du bon temps qui passe,
Oublions les soucis qui lassent
Et qui nous pourrissent la vie.
Ici, nous sommes entre amis
(C’est-à-dire, en toute amitié)
Pour accueillir, fêter, chanter,
A la Confrérie de Clamart,
L’arrivée du « Nouveau Nectar »
Qui vient tout droit du Beaujolais !
Mais, s’ « IL » est plaisant au palais,
N’oublions pas que, désormais,
Nous avons, aussi, dans nos chais,
Un vin méritant le respect,
Qui fut récemment honoré
Et qui nous incite à chanter :
« A Clamart, à Clamart, »
« Il y a du bon vin, «
« A Clamart, à Clamart, «
« Du bon vin de nos raisins. «
Très illustres Buveurs
Buveurs très illustres, et vous goutteux très précieux…
Ainsi commence le Tiers Livre des faits et dits héroïques du bon Pantagruel, de François Rabelais. Dans une autre édition, ces « bevveurs » suivent les « Bonnes Gens ». Dans le Prologue de Gargantua, ils précèdent les Vérolés. Bref, c’est bien à nous, aux gens de bien et autres buveurs de prime cuvée, que s’adresse Maître François.
L’expression a dû faire florès car un siècle plus tard, vers 1635, le graveur Abraham Bosse (collaborateur et ami de Jacques Callot, émule du mathématicien Desargues qui l’initia aux lois de la perspective) publie une planche intitulée
« Aux buveurs très illustres et hauts crieurs du Roy boit«
(« le roy boit » est l’acclamation traditionnelle du tirage des rois, thème de prédilection de Jakob Jordaens)
Cette planche (que l’on peut trouver sur gallica) mérite qu’on la regarde de plus près. Ils sont là vingt-quatre, du Roy au Portier, du Sommelier au Laquais, à proclamer leur bachique addiction. Chacun y va de son épigramme. Voici, à tout seigneur tout honneur,
le Roy : »Bacchus me fait maintenant croire Que je suis prince quand je bois »
Le Chancelier : « J’ordonne qu’on boive en délices Aux bonnes grâces des Destins »
Le Conseiller d’Etat : « Et que chacun prenne sa coupe Pourvu qu’on ne s’enivre pas »
Le Médecin : »…qu’on boive tant qu’il en tonne Et que l’on remplisse les pots »
Le Musicien : » Ma voix sait charmer les oreilles Je ravis les coeurs doucement Mais pour bien faire des merveilles iIl me faut boire abondamment »
Le Maitre d’hôtel : « Les mets que je sers sur la table Sont pour faire boire à tous coups Que le bon vin est souhaitable Au monde rien n’est de plus doux »
Et bien sûr l’Echanson : « Je fais courir parmi le monde Pour du vin bien délicieux Quand mon Prince en boit à la ronde Il se croit le maître des Dieux »
Le Sommelier : » Courage enfants bravons l’ennui le bon vin ne nous manque pas C’est lui qui réjouit la vie Et qui surmonte le trépas
Le Tireur de vin : » Quoiqu’on me tienne en peut d’estime Pour me mettre à tirer le vin J’entends bien le jeu de la prime L’on me croit sot mais je suis fin »
Le Laquais « Je ne vais jamais en campagne Alors que l’on fait un banquet Ai-je bu du bon vin d’Espagne Je cause comme un perroquet »
Le Portier : « Toujours une douleur me presse Si je ne suis parmi le vin »
Le Suisse : Quand je suis saoul j’ai du courage Rien ne peut être mon vainqueur Surtout le vin et le fromage Sont les bons amis de mon coeur »
Laissons le dernier mot au Fou : « Ma gloire gît en la bouteille Je veux mourir dedans le vin Rien ne contente mon oreille Si ce n’est le bruit d’un festin «
En ce temps de vendanges..
On ne saurait mieux dire ! Ces vers sont de Ronsard, qui a traduit en vers français l’hymne à Bacus, écrit en latin par Jean Dorat.Celui-ci préférait le latin, et le grec…
C’est le mentor de la Pléiade, nous dit-on sur le site pantherspirit.com. C’est le plus important poème français consacré à Bacchus de la Renaissance, apprend-on.
L’hymne est dédié à Jean Brinon, fameux mécène héritier d’une immense fortune, qui vécut entre 1520 et 1555, chéri des poètes et des humanistes. Comme dit Ronsard :
- Te serai-je toujours redevable, Brinon ? Je pensoi estre quitte en paiant un canon, Une dague, un Bacus, un verre, une alumelle, Et voicy de rechef une debte nouvelle.
En quelques trois cent vers, il raconte l’histoire du dieu, sa « naissance » à Thèbes où Junon, furieuse de l’infidélité de Jupiter, fit avorter sa mère Sémélé, sa gestation dans la cuisse de Jupiter, l’ « accouchement » en Arabie, puis son envoi à Nyse auprès des nourrices Ippe, Inon, Athame et Mélicharse. Comment il échappa de nouveau à la fureur de Junon qui voulait le faire manger par une chienne…. Et comment
« soudain tu fus fait D’un jeune enfant qui tette un jouvenceau parfaict ».La rencontre décisive avec le bouc,
Sans ce père cornu tu n’eusses point trouvé Le vin, par qui tu as tout le monde abreuvé. … Un grand bouc qui broutait la lambrunche sauvage : Et soudain qu’il eut bien de la vigne brouté, Tu le vis chanceler comme yvre d’un costé… A l’heure tu pensasqu’une force divine Estoit en cette plante, et bêchant sa racine, Songneusement tu fis ses sauvages raisins En l’an suivant d’après adoucir en bons vinsLe départ en char, talonnant Silene, entouré des Ménades, Pans, Sylvans, Lenes, Thyades, faisant « grand bruit de corps et de tabours » pour « enseigner aux humains l’usage de ton vin« . Les mille noms qu’il reçoit, et parmi ceux-ci « Bacus le Vendômois« , car
« Tu vins camper ton ost au bord gauche de l’onde De mon Loir, qui pour lors de ses couteaux voisins Ne voyait remirer en ses eaux les raisins » … « (Miracle) tout soudain fertile, elle produit La vigne hérissée en feuilles et en fruit Là ta main provigna une haute coutiere Qui de ton nom Denys eut nom la Denysiere »Restons en là.
Le texte intégral, en latin et en français, est publié sur gallica, là
et disponible intégralement ici
Germain Nouveau
C’est le théâtre varois Poquelin qui remet au gout du jour ce poète, l’ami et (pour Aragon, un connaisseur) l’égal de Rimbaud, en présentant « Rimbaud et Germain Nouveau » spectacle qu’hélas nous n’avons pu voir.
Le monde est petit, nous l’avons déjà rencontré lors d’une récente exposition, Bohêmes, où l’on présentait un dessin de lui, quartier latin.
















