méli-mella à Yerres

C’est une importante délégation de la Confrérie du Clos de Clamart

clamartenmassequi s’est rendue ce dimanche 13 septembre à Yerres, pour assister et participer au 2ème chapitre des vendanges de la Grappe Yerroise, confrérie créée en juin 2014.

afficheIl faut dire que le terrain clamartois avait été largement labouré ces derniers temps par l’ami Michel Mella, Grand Chancelier de la dite Grappe, également élu au Bureau de Cocorico, que nous avons intronisé au printemps dernier.

D’autres confréries avaient fait le déplacement : Sucy en Brie, Gagny, Combs la Ville, Villiers-le-Bel, Bagneux, et aussi la Marmite d’Or, les Culs d’Ours et Cabinets d’vigne, Saint-Grégoire, et, last but not least, la Fédération Internationale des Confréries Bachiques représentée par Alan Bryden…

tous

On apprit que les vendanges de chardonnay et de pinot noir venaient d’être faites au Clos Bellevue.

La pluie était au rendez-vous mais permit une courte déambulation qui, depuis la Grange au Bois, nous mena place de l’Eglise après avoir longé le Parc Caillebotte et franchi l’Yerres sur le Pont du 18 juin. L’espérance brévannaise, harmonie dirigée par Philippe Lacombe, nous accompagna au son de Chariot et des Blues Brothers.

lesperanceLa Grappe Yerroise chanta son hymne

yerres chantepuis on procéda aux intronisations. C’est l’ami Michel Mella qui prononça les éloges des impétrants, et l’on assista à un festival de calembours et de coq-à-l’âne donnant du sens aux CV les plus hétéroclites en un meli-mella improbable.

lenvoléeC’est ainsi que l’ami Yves de Villiers-le-Bel, qui se voua à la charcuterie toute sa vie durant, reçut à tout jamais le sobriquet de l’abbé des cochons.

labbédescochonsLe maire Philippe Dupont-Aignan ne fut pas épargné (ce fut « saignan » !)

lintrodumaireSon intervention pour allouer à la culture de la vigne l’actuel Clos Bellevue fut rappelée et il but la coupe sans rechigner
lemaireboitLes inséparables Marcel Doyen et Michel Laroque, respectivement grand-maître et ex-grand-maître de la Confrérie du Clos de Clamart, reçurent le même traitement.(ci-dessous avec le Grand-Maître de la Grappe Yerroise, Michel Privat).

intromarcelintromichelOn apprit finalement que les textes étaient co-écrits par Jean-Claude Trouillas,

jeanclaudetrouillasjoyeux luron qui tient un peu de Pierre Desproges et qui porte la charge de Grand Vaguemestre de la Confrérie.

JCTMerci aux auteurs et à l’acteur incomparable pour ce bon moment.

carigoleLa suite est plus classique, avec un déjeuner de qualité accompagné en musique par le chanteur Pierre Meige.

Mais la poésie était encore à l’honneur sur les murs permettant aux affamés de patienter, avec Rabelais et sa Dive Bouteille, Molière (air à boire du Bourgeois Gentilhomme), Nerval (Gaieté), et d’autres moins connus comme Emile Goudeau et son vin de vérité, Vincent Muselli et ses Buveurs,  Robert Delahaye et sa Halte de midi.       les buveurs obouteilleAmis Yerrois, merci, et à bientôt !

(PS On peut revivre des moments choisis de cette journée sur le site de la grappe Yerroise et avec cette video de Michel Devot)

 

A la bonne Franquette

Les conditions météo étaient idéales ce mercredi 17 juin pour le traditionnel dîner des amis du Clos de Clamart à la Grange Franquet. Il faisait bon sans faire trop chaud, et la presque quarantaine de convives (dont quatre nouveaux amis désireux de découvrir le clos portant leur patronyme, Franquet, qu’ils avaient découvert lors d’une visite de la cave de Suresnes) ont fait honneur, tout en se sustentant, à l’apéro clamartois, aux excellents Muscadet-sur-Lie et Morgon qui leur étaient proposés.

Notre ex-grand-Maitre Michel, engagé, depuis sa résignation, dans un grand nettoyage de printemps, avait apporté de vieilles bouteilles, comme ce Saint-Estèphe 1982, ou ce Rioja 94.  Un sonnet fut déclamé à son intention, célébrant ses vertus cardinales et l’exhortant à profiter de la vie (voir ci-dessous). On débattit des mérites des vins. Un ratafia suresnois, apporté par l’ami Suresnois Marcel,  vint clore la discussion.

bernardalaccordeon On saisit l’occasion de ce rassemblement pour se prêter, accompagnés par l’accordéon de Bernard Jacob, à une répétition grandeur nature du fameux tube de Daniel Cherrier, « A la santé des vignerons », qui accompagne  réunions et chapitres. Mise ainsi en voix, l’assistance se déchaîna et l’on se succéda au micro pour entonner la Madelon, le petit vin blanc et bien d’autres classiques. Et pour dire ses 4 vérités à l’ami Michel…

Ah ! Michel
Je veux dire aujourd’hui tes vertus cardinales.
Prudent certes tu es, tempérant sans excès
Brave bien sûr ; juste, selon tes lois. Qui sait
Si Platon vit vertus aussi phénoménales ?
 
Couvert d’hermine et d’or, tu allais brandissant
Ton gigantesque cep dans les rues de Clamart
Entrainant au milieu d’un joyeux tintamarre
Dames et chevaliers sous les yeux des passants
 
Etonnés. Vigneron, tu n’as pas ménagé
Ta peine. Avec constance, inlassable berger
Tu as tenu chapitre. Et les jours étaient courts
 
Tant tu avais à faire (mais tu trouvais quand même
le temps de boire un coup). Baste ! Carpe Diem !
Cette exhortation vaut mieux qu’un long discours !

micheletanita

W(h)ine…on the beat

On connait la chanson du grand Serge qui nous faisait plonger dans son univers érotique.
Le Bon Clos va plus loin avec ce W(h)ine on the Beat, qui veut nous immerger dans les méandres d’une dégustation poussée. A ingurgiter un (bon) verre à la vin, en écoutant Love on the Beat ?

Autour de toi je n’ai de cesse
D’inspirer l’air que tu parfumes
Percer ce secret qui m’oppresse
Encore et toujours je te hume.

D’étranges sensations m’assaillent
Quand tous mes sens sont en éveil
Prêter attention aux détails…
Vois-tu déjà je m’émerveille.

jeunedégustateur(On ne résiste pas au plaisir de revoir à cette occasion ce tableau de Philippe Mercier bien connu des lecteurs du bon clos)

Dans la coupe où tu virevol(tes)
Ta robe colorée je scrute
larmes et bulles cabriolent
en une improbable dispute.

Dans mon palais tu vas et viens.
En un élixir hydrophobe
Emmêlons le tien et le mien !
Je te presse, tu te dérobes

Es tu ronde, corsée, perlante,
douceur, soie, velours ou satin ?  
ou carrément  effervescente ?
Je sens venir la mise au point.

Il y a de la prune en toi
Et du poivre peut-être aussi
Et encore un je-sais-quoi
Au fort goût de revenez-y

Dans ma gorge couler ton flot
Je me risque enfin à laisser
Halte là ! point trop n’en faut
Une gorgée c’est bien assez.

 Mais longtemps je le sens tu vas
Dans ma bouche occuper la place
Mystère ! car déjà tu as
Disparu sans laisser de trace !

Voici aussi quelques illustrations du thème par des artistes contemporains :

« L’Officiant »de Jacqueline Carron, sur le blog du dégustateur François Martin (très ressemblant).francois-martinDégustation, d’Armel Jullien (2004)

armeljullien2004degustationla dégustation, de Sabrina Dauvergne (2014) chez artmajeur

degustation-sabrinadauvergne

la repue de Villon et de ses compaignons

Comment faire franche repue, boire et manger sans bourse délier ? C’est ce que l’on apprend en lisant

LA REPEUE DE VILLON ET DE SES COMPAIGNONS (oeuvre de quelque de ses disciples, parue vers 1480)

recueildesrepuesfranchesOn apprendra en passant que le vin de Baigneux était en bonne estime,

(On lui emplit, pour faire fin, du très bon vin de Baigneux)

mais loin derrière celui de Beaune  !

(Je demande du vin de Beaulne, qui soit bon, et non autrement)

«Qui n’a or, ny argent, ny gaige,
Comment peult-il faire grant chère?
Il fault qu il vive d’avantaige:
La façon en est coustumière.
Sçaurions-nous trouver la manière
De tromper quelqu’ung, pour repaistre?
Qui le fera sera bon maistre!»
Ainsi parloyent les compaignons
Du bon maistre Françoys Villon,
Qui n’avoient vaillant deux ongnons,
Tentes, tapis, ne pavillon.
Il leur dit: «Ne nous soucion,
Car, aujourd’huy, sans nul deffault,
Pain, vin, et viande, à grant foyson,
Aurez, avec du rost tout chault.»

Passons sur le poisson, les trippes, le pain, et voyons comme il fit pour le vin

La manière d’avoir du Vin.

Après qu’il fut fourny de vivres,
Il fault bien avoir la mémoire
Que, s’ils vouloyent ce jour estre yvres,
Il falloit qu’ils eussent à boire.
Maistre Françoys, debvez le croire,
Emprunta deux grans brocs de boys,
Disant qu’il estoit necessaire
D’avoir du vin par ambagoys.
L’ung fist emplir de belle eaue clère,
Et vint à la Pomme de Pin,
Atout ses deux brocs, sans renchère,
Demandant s’ils avoient bon vin,
Et qu’on luy emplist du plus fin
Mais qu’il fust blanc et amoureux.
On luy emplist, pour faire fin,
D’ung très bon vin blanc de Baigneux.
Maistre Francoys print les deux brocs,
L’un emprès l’autre les bouta;
Incontinent, par bons propos,
Sans se haster, il demanda
Au varlet: «Quel vin est ce là?»
Il luy dist: «Vin blanc de Baigneux.
—Ostez cela, ostez cela,
Car, par ma foy, point je n’en veulx.
«Qu’esse-cy? Estes-vous bejaulne?
Vuidez-moy mon broc vistement.
Je demande du vin de Beaulne,
Qui soit bon, et non aultrement.»
Et, en parlant, subtillement
Le broc qui estoit d’eaue plain
Contre l’aultre legierement
Luy changea, à pur et à plain.
Par ce point, ils eurent du vin
Par fine force de tromper;
Sans aller parler au devin,
Ils repeurent, per ou non per.
Aide à la compréhension
Ambagoys, ambages, finesses
Atout, avec
Béjaulne, niais
Per ou non per, pair ou non, quoi qu’il en soit

quelques épitaphes


L’épitaphe est un genre littéraire rimé : c’est ce que l’on aimerait inscrire sur la pierre tombale de quelqu’un que l’on admire, ou pas…

Les lecteurs du Bon Clos connaissent celle de Rabelais, par Ronsard

recueilEn voici quelques unes, trouvées dans le Recueil d’épitaphes sérieuses, badines, satiriques et burlesques de M. De La Place (Bruxelles, 1782). Elles concernent des buveurs, bien entendu ! Il ya là tout un concentré de vie !

Celle qui suit est de Maynard, poète du 17ème siècle, élève de Malherbe.
« Esprit sur tout autre éclatant » disait de lui Paul Scarron.fameuxbuveurCes deux-ci sont d’un certain Cocquart, (avocat dijonnais et poète né en 1700)

leplusgrandbuveur mortd'hydropisieEt en voici des anonymes.lucas ivrogne buveur
lapierrequiparle

 

Les trente ans du Musée du Vin

Décidément il y a toujours un anniversaire chez ces gens-là ! L’an dernier le Conseil des Echansons de France fêtait ses 60 ans, cette année c’est le Musée du Vin, son joyau, qui fête ses trente. carton    C’était le 25 janvier 2015. Un vent de poésie soufflait. Dès le matin, lors de la messe de la Saint-Vincent, le Père Xavier, curé de Sainte-Colette des Buttes Chaumont et aumônier du Conseil des Echansons, en était de son acrostiche.

perexavierleyMaître du Ciel et des saisons,
Unis, dans la fraternité, les Echansons.
Seigneur, bénis nos vignes, du Gaillac et du monde, et bénis nos maisons.
Et en l’an de grâce 2015,
Enrichis tous les hommes dans leur art de vivre ensemble,
Durablement,  pour la joie et la paix de leurs cœurs,
Unissant le travail et le repos, la famille et les amis, la vigne, le vin et la table.
Visite-nous, chaque jour, avec ton art d’aimer et de te donner,
Invisible, loin de l’œil, mais près du cœur,
Nourris-nous aussi, par ton Eucharistie, de ta réelle présence en ce pain et ce vin nouveau.

Son homélie, improbablement basée sur les notes de dégustation de 3 vins, réjouit l’auditoire, au moins celui des Echansons de France venus chanter.

Ainsi du Château Le Manceau (2012 Blaye, côtes de Bordeaux)…qui vieillit très bien avec du fruit et de la souplesse,
« Celui qui en boira se souviendra qu’il est fait pour porter du fruit et donner de la souplesse à sa vie pour mieux aimer les autres« .
Et du Château Villars Fronsac 1989, Grand vin de Bordeaux, fait de raisins cueillis à pleine maturité où l’on retrouve des arômes de fruits très mûrs avec une très grande densité en bouche et une structure marquée par des tanins soyeux.
« Celui qui en boira se rappellera que toute vie est faite pour atteindre une maturité que seule la fin de notre vie nous permettra de découvrir ; lors de notre rencontre finale avec le Seigneur. « 
Enfin du Domaine des Hospices Civils de Lyon, Beaujolais- Villages Nouveau 2014, produit sur un domaine constitué par legs successifs, dont les revenus sont affectés à l’amélioration des conditions d’accueil des malades. Ce vin sait séduire par sa souplesse, son charme et sa complicité aromatique de fruits rouges.
« Voici un vin qui peut inviter les générations plus jeunes à accompagner avec gentillesse les anciens, les plus vieux qui sont malades ou âgés. La souplesse de ce vin exprime pour nous une attention particulière pour ceux qui souffrent. Notre charme et notre complicité leur fera découvrir autre chose que leur mal à soigner. Ici encore de beaux fruits pour de bons moments de partage. »

Plus tard, lors du Chapitre, c’est l’ami Jean-Jacques qui eut ces mots en intronisant une nouvelle Echansonne :

Voici que parait devant nous à l’instant
Une femme charmante aux multiples talents,
Dont celui, non des moindres, d’avoir épousé
Un de nos Échansons aux belles qualités.
Fille de Bourguignon, des attaches en Touraine,
Un passage obligé au lycée La Fontaine ;
Elle y fut distinguée en classe de philo,
Non pour avoir brillé par de fumeux propos,
Mais pour son gout marqué pour les arts ménagers
Qui lui valut un prix amplement mérité.
Puis prof elle devint, toute sa vie durant,
Passionnée qu’elle était par les petits enfants.
Retraitée aujourd’hui, bienheureuse grand-mère,
Faisant des petits plats pour réjouir le grand-père,
Chantal aime le vin et surtout le Champagne
Qui fait briller les yeux de nos belles compagnes.
Elle voyage beaucoup dans des pays lointains
Et le reste du temps cultive son jardin.
Le raisin qui y pousse est porté au pressoir
Où l’on fait, à Clamart , un vin si doux à boire.
Mais elle chante aussi, tout comme la cigale,
Rehaussant de sa voix notre belle chorale.
Cher Grand Maître, il est temps, j’ose le proclamer
D’admettre que Chantal doit être intronisée.

muse du vin 2015 073Le Souffle de Bacchus était là, avec de nouveaux chants, comme « Buvons bien nous buvons guère« , « le vin le cidre et la clairette » ou encore « c’est en passant de Paris La Rochelle (aimons le vin)« .

anniv muse du vin 001Et le banquet fut grand, animé par le groupe polonais Dzwon (ce qui veut dire en polonais : la cloche)

dzwon1dzwon

et arrosé de vins de Chateauneuf-du-Pape (la Gardine) et de Lirac (Saint-Roch) choisis par le Grand Pipetier Monique ; très en verve, plutôt que de se lancer dans l’énumération fastidieuse des treize cépages de Chateauneuf, elle raconta l’histoire de l’arrêté anti-ovnis qui y fut pris en 1954 et qui fit le tour du monde.

arrete-ovn(Ceci nous rappelle le cas du village de Morogues, sur le terroir de Menetou-Salon, où un Conseil Municipal Extraordinaire avait décidé en 1907 que l’alcoolisme n’existant pas à Morogues, il convenait de fixer à 20 mètres (sic) l’éloignement minimum d’un débit de boisson des lieux protégés par la loi du 17 juillet 1880 !)

la grande orgie

C’est le titre d’une chanson de Pierre-Jean de Béranger, notre grand chansonnier, dont l’ami Jean-Jacques a publié un extrait sous le titre « le vin charme les esprits », (qui en est en fait l’incipit) dans le numéro 21 de Ganymède (la lettre du Conseil des Echansons de France).

berangerMerci à lui de nous la faire connaitre, elle nous avait échappé…

Elle daterait de 1814. L’air est celui de Vive le vin de Ramponneau. Nous reviendrons sur cette chanson et sur cet intéressant personnage….

Voici la grande orgie, paroles et musique !

la grande orgie red Refrain

Le vin charme tous les esprits :
Qu’on le donne
Par tonne.
Que le vin pleuve dans Paris,
Pour voir les gens les plus aigris
Gris.

Non, plus d’accès
Aux procès ;
Vidons, joyeux Français,
Nos caves renommées.
Qu’un censeur vain
Croie en vain
Fuir le pouvoir du vin,
Et s’enivre aux fumées.

Graves auteurs,
Froids rhéteurs,
Tristes prédicateurs,
Endormeurs d’auditoires ;
Gens à pamphlets,
À couplets,
Changez en gobelets
Vos larges écritoires.

Loin du fracas
Des combats,
Dans nos vins délicats
Mars a noyé ses foudres.
Gardiens de nos
Arsenaux,
Cédez-nous les tonneaux
Où vous mettiez vos poudres.

Nous qui courons
Les tendrons,
De Cythère enivrons
Les colombes légères.
Oiseaux chéris
De Cypris,
Venez, malgré nos cris,
Boire au fond de nos verres.

L’or a cent fois
Trop de poids.
Un essaim de grivois,
Buvant à leurs mignonnes,
Trouve au total
Ce cristal
Préférable au métal
Dont on fait les couronnes.

Enfants charmants
De mamans
Qui des grands sentiments
Banniront la folie,
Nos fils bien gros,
Bien dispos,
Naîtront parmi les pots,
Le front taché de lie.

Fi d’un honneur
Suborneur !
Enfin du vrai bonheur
Nous porterons les signes.
Les rois boiront
Tous en rond ;
Les lauriers serviront
D’échalas à nos vignes.

Raison, adieu !
Qu’en ce lieu
Succombant sous le dieu
Objet de nos louanges,
Bien ou mal mis,
Tous amis,
Dans l’ivresse endormis,
Nous rêvions les vendanges !

Vendanges 2014 à Clamart

Nous y voilà : après un été médiocre, un temps splendide s’est finalement installé, permettant au raisin « hâtif » de mûrir. Les vignerons clamartois, fidèles au rendez-vous, ont apporté leur production ces vendredi 12 et samedi 13 septembre à la grange municipale de la rue Pierre Franquet, où les « usual suspects » auraient pu les attendre avec ces mots que l’auteur de ces lignes a longuement pesés après (avoir bu un) coup :

Entre ici, beau raisin,

En cent clos recueilli,

Et avec tes voisins

Viens partager ton lit.

Viens mêler ton jus clair

A un jus plus foncé

Et immoler ta chair

En un vin métissé.

Vigneron clamartois

Ici nous voulons croire

Que c’est un peu de toi

Que tu nous donnes à boire !

 Année après année, les efforts conjugués des producteurs, soucieux d’apporter un beau raisin sain et mûr, et des trieurs, s’attachant à éliminer sans état d’âme grains abîmés ou verts,  portent leurs fruits, avec pour résultat une petite cuvée (2,5 hl) , mais qui s’annonce prometteuse.

Ce premier matin, on ne vit guère le Grand-Maître, parti soigner la vigne Franquet de l’autre côté de la rue, mais il se fit pardonner en débouchant une excellente bouteille de la Féronne Haute, (assemblage de sauvignon et de chardonnay) de nos amis de Rosny/bois.

la féronnePendant ce temps, tandis que les garçons de chais triaient, foulaient, pressaient, et faillaient en venir au main quand l’un voulut « shunter » le tri, le vice-grand-maître Marcel, véritable chef d’orchestre, pilotait avec doigté et efficacité les opérations, sachant être partout quand il fallait ; Dame Gisèle,  préparait dans son verre les échantillons de jus à mesurer*, Dame Carmen faisait merveille à la lance à incendie, et Dame Ginette au tiroir-caisse notait tout et engrangeait les chèques. Et tous trinquaient.

* L’usage du réfractomètre introduit l’an dernier, (qui mesure le degré d’alcool potentiel du jus de raisin et évalue donc sa maturité) s’est banalisé. Notre ami Gérard en a même apporté un second, qui, pour nous simplifier la vie, mesure le taux massique de sucre en unités Brix. L’occasion  de se livrer à quelques petites comparaisons et calculs, prenant en compte la masse volumique du jus de raisin (dans les 1,06 g/ml), et la correspondance entre un degré d’alcool et la masse de sucre ( l° d’alcool correspond à 16,83 g de sucre par litre). Nous laissons les lecteurs du bon clos faire le calcul (spoiler). Au final, il faut multiplier par 0,6 le degré Brix pour connaitre le taux d’alcool potentiel et retomber sur ses pieds. Qu’on se le dise !

Pour des raisons pour l’instant pas encore totalement élucidées, le Grand-Maître avait décidé de procéder à un décompte rigoureux des poids des raisins, déchets, rafles, et moût. Contre toute attente, on tomba juste une fois prise en compte la masse volumique du moût (1,06).

Au déjeuner nous eûmes la visite d’une poétesse, Jeanine Jobelot, qui nous lut un poème à la gloire des vignerons clamartois (elle a publié quelques recueils comme fumée bleue, l’échappée belle, poèmes au clair de lune…).

jeanine jobelotL’après-midi vint Gérard Perroquin, maquettiste, collectionneur, et auteur de romans policiers (comme le coup de foudre, ci-dessous, qui se déroule dans un domaine viticole) ,

lecoupdefoudredegerardperroquinIl y eut bien d’autres visiteurs, mais le miel fut ces fleurs offertes par de toutes jeunes filles, heureuses d’avoir été bien accueillies.

jeunesfillesenfleursOn fit une première presse le soir, une deuxième le samedi où un vigneron retardataire fut quand même repêché, car on n’est pas des boeufs !

Ils n’étaient plus que 4 braves pour la douche finale de tout le matériel, mais à 7 heures du soir, tout était nickel. Merci à tous !

Rendez-vous est donné pour les prochaines vendanges les 26 et 27 septembre. Au Clos des Volontaires, on vendangera le 25 au soir. Amis du Clos, bienvenue ! Vous êtes attendus.

Il ne restait plus qu’à traiter le vin, ce qui fut fait dès dimanche sous la houlette de notre oenologue attitré Ed. C’est une autre histoire qui commence…

début de fermentation
début de fermentation

 

 

Champagne éternel

Voilà que disparait, sans crier gare en plein été, le poète, le musicien qui fit rêver de liberté des millions de Max…

Hervé Cristiani avait aussi composé ce champagne éternel, publié dans l’album « 5 » en 1983, qui lui vaut d’être accueilli dans la discothèque du bon clos. Le Champagne comme métaphore du monde ; qui peut le comprendre ?

Entre ici, rocker mélodique, merveilleux poète.

Regarde le ciel
Que la Lune est belle!
Champagne éternel
Y a dans les étoiles
Des secrets qui dansent
Au fond du silence

Quelque part, y a un géant qui danse
Drapé dans le noir
D´une belle indifférence
C´est le hasard
Et ses lois bizarres

Regarde le ciel
Que la Lune est belle!
Champagne éternel
Tous ces grains de lumière
Qui s´ balancent dans l´air
Sont chargés du messages
De leurs grands voyages

Mais qui peut le comprendre?
Qui peut le comprendre? {x4}

Quelque part, y a un géant qui danse
Drapé dans le noir
D´une belle indifférence
C´est le hasard
Le roi de l´histoire

Profitons en pour faire entrer avec lui son ami Jacques Higelin, qui avait écrit champagne pour tout le monde en 1979, dans la même veine astrale.

La nuit promet d’être belle
Car voici qu’au fond du ciel
Apparaît la lune rousse
Saisi d’une sainte frousse
Tout le commun des mortels
Croit voir le diable à ses trousses
Valets volages et vulgaires
Ouvrez mon sarcophage
Et vous pages pervers
Courrez au cimetière
Prévenez de ma part
Mes amis nécrophages
Que ce soir nous sommes attendus dans les marécages

Voici mon message
Cauchemars, fantômes et squelettes
Laissez flotter vos idées noires
Près de la mare aux oubliettes
Tenue du suaire obligatoire

Lutins, lucioles, feux-follets,
Elfes, faunes et farfadets
S’effraient d’mes grands carnassiers
Une muse un peu dodue
Me dit d’un air entendu
Vous auriez pu vous raser
Comme je lui fais remarquer
Deux, trois pendus attablés
Qui sont venus sans cravate
Elle me lance un ?il hagard
Et vomit sans crier gare
Quelques vipères écarlates

Vampires éblouis
Par de lubriques vestales
Egéries insatiables
Chevauchant des Walkyries
Infernales appétits de frénésies bacchanales
Qui charment nos âmes envahies par la mélancolie
Envoi !
Satyres joufflus, boucs émissaires
Gargouilles émues, fières gorgones
Laissez ma couronne aux sorcières
Et mes chimères à la licorne

Soudain les arbres frissonnent
Car Lucifer en personne
Fait une courte apparition
L’air tellement accablé
Qu’on lui donnerait volontiers
Le bon Dieu sans confession
S’il ne laissait malicieux
Courir le bout de sa queue
Devant ses yeux maléfiques
Et ne se dressait d’un bond
Dans un concert de jurons
Disant d’un ton pathétique
Que les damnés obscènes cyniques et corrompus
Fassent griefs de leur peine à ceux qu’ils ont élus
Car devant tant de problèmes
Et de malentendus
Les dieux et les diables en sont venus à douter d’eux-mêmes
Dédain suprême

Mais déjà le ciel blanchit
Esprits je vous remercie
De m’avoir si bien reçu
Cocher lugubre et bossu, déposez-moi au manoir
Et lâchez le crucifix
Décrochez-moi ces gousses d’ail
Qui déshonorent mon portail
Et me chercher sans retard
L’ami qui soigne et guérit
La folie qui m’accompagne
Et jamais ne m’a trahi
Champagne !

le temps de finir la bouteille

Un artiste, un poète naît, vit à vos côtés, disparait…

On le découvre un jour, par un ami, ou par la magie du web.

Allain Leprest est né en 1954 et mort en 2011. Il a écrit plus de mille chansons d’une grande poésie. Celle-ci  évoque de façon pathétique l’alcool et ses illusions.

« un des plus foudroyants auteurs de chansons que j’ai entendus au ciel de la chanson française » (Nougaro)

Lire la suite « le temps de finir la bouteille »