Avec la commune libre de Montmartre

Ce mardi 17 juin, la Commune libre de Montmartre recevait dans le local de la commanderie du clos de Montmartre, « une ancienne fontaine à eau devenu « temple bachique » ,  curieuse bâtisse octogonale, de style néo-renaissance datant de 1835,  entourée d’un jardin agrémenté de ceps de vignes.

Nous étions une bonne quarantaine, rassemblés autour de la présidente, Colette PRÉMESNIL, et du maire, Jean-Loup BOUVIER,

Au centre en veste rouge Colette, et Jean-Loup au micro

tout juste élu après le décès l’an passé de la regrettée Marielle-Frédérique Turpaud, maire depuis 1998. Mais l’heure n’était plus aux lamentations, bien plutôt aux libations, de beaujolais blanc et de pinot noir d’Auvergne , soutenues par un buffet de haute tenue charcutière.

Aux fourneaux Fred préparait son aligot

et faisait mijoter ses saucisses de Toulouse,

délaissant pour un soir son restaurant de la rue des acacias (le petit acacia 3, 47 rue des acacias (du côté de la place des ternes).

Que fêtait-on au juste ? L’été peut-être ? ou bien l’exposition de photos « bistrots et cafés de France », de Pierrick Bourgault et Pierre Josse sur les grilles au pied du Sacré Coeur ? En voici une :

Il semble de toute façon que chez ces gens là, dont la devise est  : Pour ce qui est contre et Contre ce qui est Pour,  on n’ait pas besoin de de raison pour faire la fête.

Et Guy poussait la chansonnette.

Guy Léger chante Paris

Merci à tous !
On pourra en savoir plus sur l’histoire de la commune libre de Montmartre .

Vins du Yunnan

Des vins, mais pas que, étaient présentés à l’Académie de l’Agriculture, à l’invitation d’ Olivier Bouché, président du FIWA (France international wine &spirits awards), également président honoraire de la compagnie des courtiers jurés-experts piqueurs en vins de Paris, et du département du commerce de la province du Yunnan.

Les concours FIWA/FISA sont, nous dit-on, « incontournables pour aborder sereinement les marchés exports et tout particulièrement en Asie, les concours FIWA, FIWA BIO & FISA s’inscrivent tout naturellement dans un concept unique afin de vous aider à promouvoir vos vins et vos spiritueux en Chine. « 
Les trois concours ont lieu ensemble à deux périodes de l’année : la dégustation d’automne (à mi-octobre) qui coïncide avec les foires d’automne et les affaires de fin d’année et la dégustation à la porte du printemps (en février) juste avant les salons majeurs internationaux . »

En fait cela va dans les 2 sens et les vins chinois sont nombreux à se présenter à ce concours pour tenter d’entrer sur le marché européen.

Peut-on appeller vins des breuvages alcoolisés réalisés à partir de fruits ? A part les français, ça n’a l’air de gêner personne. En tout cas pas les chinois qui nous ont fait goûter du vin de myrtilles, de grenade,

 Du « vin » à 6,5° ! Le vin de grenade nous a bluffé : aromatique, léger, désaltérant…

Le Jinbula, vin de prune verte, a obtenu la médaille d’or aux éditions 2021 et 2024 du Concours FIWA. Etonnante et goûteuse expérience ! C’est le produit phare, élevé pendant plus de 5 ans.

L’Amphitrite, haut de gamme, est fortifié et rappelle nos vins doux naturels.

Mais on pouvait déguster aussi du vrai vin : blanc « crystal », rosé honey pink, rouge, de la région de MiLe (« la région du raisin du plateau »).

Très intéressant rosé notamment, 12,5°, puissant et long en bouche. Et le cabernet-sauvignon surpuissant (16,8°).

Il faut dire aussi deux mots des spiritueux, on a pu goûter des eaux de vie de sorgho rouge (42 et 50°),

Yunzhimeng, grande médaille d’Or FISA 2025

et un délicieux et inhabituel alcool de pêche.

liqueur de pêche Tao Cui

Le Yunnan est une province montagneuse du sud de la Chine, frontalière du Vietnam. A vocation agricole, la production se fait en altitude sur des plateaux à plus de 1500m. Elle nourrit bien des ambitions : la société LVMH s’y est implantée il y a une quinzaine d’années pour y produire « le meilleur vin de Chine ».

On ne terminera pas sans dire un mot des sauces aux champignons sauvages de toute sorte (morilles, matsutake, truffe noire, bolets, etc de la marque Pure fields. Une tuerie comme on dit.

Ni sans saluer l’ami Jean-Claude Ignazzi, de la Confrérie du Clos de Clamart, un familier du lieu, l’Académie de l’Agriculture, société royale dédiée à l’agronomie fondée en 1761.


Quelques peintres suisses

La Suisse, grand pays du vin. Nous connaissons sa fête des vignerons, qui se tient 4 fois par siècle à Vevey. Ses musées consacrés au vin, comme celui de l’Aigle, où se tenait une exposition « Eros et Bacchus  » il y a 2 lustres. Et ses vins bien sûr, comme ces chasselas dégustés à la fête de Russin il y a peu ; de ce cépage sont issus plus de la moitié des vins blancs suisses.

De ses artistes, nous connaissions Hans Erni (1909-2015) pour ses 60 lithographies illustrant des poésies bachiques (de Goethe, Khayyam, Hafiz, Apollinaire, Hugo, Heredia, Baudelaire, Nietzsche, Rilke, Ramuz, Claudel, etc.) dans un ouvrage paru en 1962 : Ivresse. La vigne – le vin.

Mais aussi pour son Bacchus dessiné à la craie sur un foudre de feu le domaine de la Milhère dans le vignoble bandolais.

Magie du Net, nous en avons découvert quelques autres.

Frédéric Rouge (1867-1950, natif d’Aigle, a peint ce grand tableau intitulé « le retour de vendanges » en 1934

On lui doit aussi ce récit de chasse (1892)

et ce petit portrait, « la verte » (1893)

Marius Borgeaud (1861-1924), natif de Lausanne, a peint de nombreuses scènes d’intérieur, où il y a toujours une bouteille sur la table, comme ici : le bistrot(1912) !

voir aussi l’intéressant article d’André Deyrieux sur son blog les 5 du vins.

Ernest Biéler (1863-1948), originaire de Préverenges près de Lausanne, nous a laissé plusieurs oeuvres remarquables.
Voici « les vendanges », réalisé pour la fête des vignerons de Vevey en 1905

un buveur (mais est-ce du vin ? peut-être coupé d’eau ?), à la pause du moissonneur

et, là pas de question, c’est le « vin nouveau » ou « le bon vin » (1944)

enfin, une sympathique tablée (lithographie ).

« Schweizer verschiedener Stände beim Wein »

François Barraud (1899-1934) est né à La Chaud-de-Fonds dans le canton de Neuchâtel. Voici une de ses nombreuses natures mortes.

Nature morte avec carafe de vin, pain et lunettes.

Voici encore Friedrich Dürrenmatt (1921-1990), natif de Berne, peintre et écrivain, et son « portrait d’un psychiatre« .

Voici maintenant Jean-Michel Jaquet, né à la Chaud-de-Fonds en 1950. Son style est sobre,

 En souvenir du Ciel
Série: En attendant la pluie III. Lithographie 2006

peut-être un peu inquiétant ?

Visitons maintenant la galerie galantica, une galerie online pour des tableaux de peintre suisses. On y a fait une jolie vendange. Avec des paysages comme ce tableau de Ernst Hodel senior(1852-1902), natif de Thoune et décédé à Lucerne.

Les vendanges, sur le Chemin du Dézaley

et cette Huile sur toile de Walter Malfi 1950, dévoilant un joli clos

Vue sur le lac Léman – St-Saphorin,- Château de Glérolles 

On travaille dans les vignes, en voici la démonstration avec Charles Menge (1920-2009)

Travaux des vignes, au printemps (1959)

et avec son fils Olivier Menge né à Sion en 1971

Travail dans les vignes, maison rose à St-Léonard, année 2001

David Arnold Burnand(1888-1975) a traité le même sujet

Travail aux vignes

Terminons ce tour d’horizon de la peinture oenophile suisse avec cette porteuse de raisin de Paul-Théophile Robert (1879-1954), natif de Bienne

et avec Marguerite Burnat-Provins (1872-1952), écrivaine et peintre franco-suisse, et son affiche de 1905 pour l’emblématique fête des vignerons de Vevey

Fête des Vignerons, Vevey en 1905 lithographie

Le coeur et la main

C’est le titre d’un opéra-comique de Charles Lecocq qui date de 1882. Il recèle un boléro fameux : «un soir Perez le capitaine… », un air de l’héroïne, la princesse Micaëla.

Nous avons eu la chance de l’entendre (parmi d’autres merveilles) il y a quelques jours aux Offenbachiades du Briançonnais, chanté par Isabelle Philippe, soprano colorature, bien connue des lecteurs du Bon Clos (voir le mariage aux lanternes, et doux jus de pomme par exemple). Elle était accompagnée au piano par Yoshiko Moriai.

« L’intrigue tourne autour d’un mariage royal arrangé et de la détermination de l’époux réticent à le renverser. Il découvre finalement que son épouse royale est en fait la femme dont il est tombé amoureux sans connaître sa véritable identité.»

Poussé par la curiosité, nous avons découvert que « Le coeur et la main » recelait aussi des couplets à boire, qu’on  peut retrouver sur la partition (pp 42-)

Car bien vite apparait une troupe de soldats. Ils ont soif !

Au soldat après la parade,
Sous les chauds rayons du soleil,
Il faut bien qu’on verse rasade
D’un vin généreux et vermeil.
Mais si c’est la main d’une femme
Qui lui remplit son gobelet
Le soldat a la joie à l’âme
Car il a tout ce qui lui plaît.

Le soldat est d’humeur vaillante,
Le danger ne lui fait pas peur ;
Mais lorsque la soif le tourmente
Il perd moitié de sa valeur.
Le soldat adore les femmes
Et pour admirer deux beaux yeux
II irait au travers des flammes,
L’amour le vin voila ses dieux.

Ah ! Pepita verse rasade
A ta santé !
Et nous trinquons camarades
A la beauté.
Allons, verse nous rasade : A ta santé ! Buvons, trinquons camarades : A la beauté !
Allons verse, verse,verse,verse, verse nous rasade… (ad lib.)

On retrouve les soldats plus tard, un des leurs (Baldomero, un brigadier) est nommé lieutenant.

« Il a l’épaulette, il est lieutenant. » 

Encore une occasion de boire ! 

Welcome to Sack

Nous allons parler d’un poète anglais, Robert Herrick, déjà rencontré en nous intéressant au « Wassailing« , cette pratique britannique du toast porté encore aujourd’hui jusqu’aux arbres fruitiers pour lesquels Herrick a composé un quatrain fameux.

Robert Herrick

Disons tout de suite que le Sack est le nom donné au 16ème siècle par les anglais au vin fortifié qu’ils faisaient venir des Canaries, de Majorque et du sud de l’Espagne. L’origine est discutée. Mais le terme comme la chose était populaire. Ainsi Shakespeare fait-il dire à Falstaff :
« If I had a thousand sons, the first humane principle I would teach them should be, to forswear thin potations and to addict themselves to sack. »

Falstaff par Grützner

Pour parler de Robert Herrick, nous nous basons sur la thèse de 600 pages écrite en 1911 par FLORIS DELATTRE, professeur d’anglais au lycée Charlemagne, et sur la synthèse en 30 pages que lui a consacré Camille Chemin, professeur au lycée de Caen, dans la Revue Pédagogique, en 1913.
L’homme, né en 1591, vécut une vie d’étudiant assez dissolue au Trinity Hall à Cambridge.

« On s’habille de couleurs extravagantes. On fume partout, jusque dans le hall de Trinity, et même dans l’église de St Mary. On assiste aux combats d’ours et de chiens. On danse, malgré la défense expresse des Proctors. »
« On fréquente beaucoup les tavernes,… On y joue aux cartes ou aux dés, et on y boit ferme, Les jeunes poètes, oubliant de parler latin, y lisent leurs premières œuvres au milieu des applaudissements tapageurs, et Herrick a pu y déclamer quelque version primitive de sa Bienvenue au Vin des Canaries ». 

« Welcome to the Sack » est en effet un des deux fameux poèmes écrits par Herrick à la gloire du Sack. Il y dit « son ravissement à retrouver sa liqueur aimée, dont l’éloignement lui avait été si cruel… la comparaison de la liqueur avec une épousée est reprise ici et poussée à l’extrême. La boisson est divine, elle est la Douce Amie, la Sainte du poète. Elle est son allégresse, sa force, et rien ne pourra plus à présent l’en séparer.« 

The Merry Drinker de Frans Hals 1627

En voici un extrait (le poème entier compte 92 vers) traduit par Floris Delattre (en v.o. ici)

..Bienvenue, bienvenue, ô mon illustre épouse ;
sois bienvenue, ô toi qui couronnes mes vœux.
Encor mieux accueillie que l’est la terre heureuse
quand, après maints travaux, ballotté par les vents,
le marchand la salue de ses pleurs, découvrant
les toits de son Ithaque où montent des fumées.
Où donc t’en allas-tu si longtemps, loin de moi,
pauvre chère exilée ? tes grâces mécontentes
avaient-elles voulu s’enfuir, et, un moment,
prodiguer leurs faveurs à des climats nouveaux ?
ou bien t’éloignas-tu pour que ta courte absence
excitât plus d’amour et plus d’ardeur en moi ?
D’où vient, ma Belle, ton courroux ? Pourquoi, ma Sainte,
refuser ton sourire à ton fervent dévot ?…
Ai-je été froid dans mes caresses ? négligent,
trop modéré dans mes étreintes ? le désir
de toi s’est-il éteint dans l’âtre, et nulle braise
ne vit-elle en le tas de cendres remuées,
y préservant au moins l’éclat d’une étincelle ? 
Aurais-je divorcé d’avec toi, pour m’unir
en fougueux adultère avec un autre vin ?
Certes, je te quittai, je l’avoue, mais proteste
que je le fis pour mieux affermir mon ardeur,
et pour doubler l’amour que je te porte, ainsi
que font ceux dont la haine enflamme la passion…

Mais tout a une fin, et sans doute contraint par ses excès, ou par un retour à la raison suite à sa nomination comme vicaire dans le Devon, il écrivit son Farewell to the Sack (en v.o. là)

« Il y chante l’affection qu’il porte à la généreuse liqueur, tout le véritable amour même dont il l’enveloppe, comme il ferait d’une maîtresse adorée. Bien qu’il soit contraint de s’éloigner d’elle, et de sa  » beauté ensorcelante, » il l’assure que son admiration amoureuse ne faiblira point. Citons seulement ici le début et la fin du poème :

Adieu, toi qui jadis m’étais si familier,
si cher, comme le sang à la vie, plus intime
que ne sont des parents, des amis, homme et femme,
plus que des époux même, ou que l’âme et le corps?,
vie animant nos jours, ou le flanc doux et chaud
de l’épousée qui se résigne, mais résiste.
Baisers de vierges, et prémices de la couche,
caresses, tendres mots, lèvres, virginité,
et mille autres douceurs ne purent jamais être
plus intimes, plus chères que tu fus pour moi.
O toi nectar des dieux et des anges, ô vin
qui répands le désir et l’ardeur, dont l’éclat
semble plus radieux qu’un pur soleil d’été…

……
Mais pourquoi plus longtemps te contempler ainsi 
d’un regard plein d’amour et d’admiration, 
puisque je suis contraint de te quitter, de dire : 
« éloigne-toi » à ta beauté ensorcelante ?… 
Que d’autres librement te boivent ; qu’ils désirent 
un baiser conjugal de tes lèvres ; pour moi
t’admirant et t’aimant, plus ne te goûterai. 
Que ma Muse, privée de tes secours d’antan, 
n’ait désormais recours qu’à sa force première ; 
et mes vers, jusqu’ici tout pleins de ta saveur, 
las ! n’exhaleront plus que l’odeur de la lampe !

Herrick publia l’ensemble de son oeuvre en 1648, mais les 2 poèmes dédiés au Sack dateraient des années 20-30 (dixit ChatGPT!)

Pour en savoir plus sur Robert Herrick, voir cet article

saisons douloureuses

Fritz Vanderpyl (1876-1965), néerlandais immigré à Paris en 1899, poète et critique d’art aujourd’hui presque totalement oublié, a publié en 1907 dans son recueil de poésies « les saisons douloureuses » deux sonnets bachiques « à la mémoire d’Omar Khayyàm« , que son biographe Daniel Cunin, qui le qualifiait d' » infréquentable bon vivant parmi la bohème artistique parisienne« , a eu le bon goût de nous faire connaitre. Les voici.

Sonnet I

sonnet II


Celui qui parle ici n’a que trente ans, il se voit déjà vieux et ridé, en proie à la peur de mourir sans avoir « écrit ce qu’on eût dû écrire ». Ah ! Cet ange au « grand verre tentant » !
Le vin est ici l’ami dangereux qui nous éloigne du bon chemin.

Omar Khayyam, lui, était déjà un grand savant lorsqu’il écrivit ses quatrains. Le vin ne s’oppose pas pour lui à l’accomplissement personnel, il en serait plutôt la récompense.
Qui donc bois du vin, si ce n’est le sage ? dit-il,
et aussi :

Bois du vin…c’est lui la vie éternelle,
C’est le trésor qui t’es resté des jours de ta jeunesse :
La saison des roses et du vin, et des compagnons ivres !
Sois heureux un instant, cet instant c’est ta vie.

estampes, dessins et autres…

Le site analectapictura.fr , créé il y a 1 an 8 mois, présente déjà 5000 « miettes culturelles choisies ». Nous en avons trouvé une trentaine susceptibles d’intéresser les lecteurs du bon clos…

Voici pour commencer cinq oeuvres de Jacob Gole (1660-1737), un graveur et dessinateur néerlandais. Elles sont extraites d’un ouvrage édité à Amsterdam « avec privilège d’Innocent XI », Le Renversement de la Morale Chrétienne par les désordres du Monachisme, 1ère partie, « un pamphlet resté anonyme et considéré à juste titre comme la plus importante attaque contre les moines et les jésuites ».

Le frère Robinet,
Ie suis maistrre du Robinet,
Prest a tiré du Vin, si tost qu’on le m’ordonne,
Mais sans oublier ma personne,
Car ie bois a Coupe bonnet.

(Au passage, cette expression « boire à Coupe Bonnet » nous interpelle. Peu d’attestations : on la trouve chez Antoine du Verdier (voir ici), un humaniste du 16ème siècle.)

Le père Dominique
Ie bois avec plaisir a la santé du Roy,
Afin de bien gagner l’Indulgence pleiniere.
Si quelqu’un entreprend de combattre avec moi,
Quil s’arme d’un bon verre, et entre en la Corriere.
Le père Ignace
Ie tire les marrons du feu,
Et les ames du Purgatoire.
Parle moi de l’Enfer, ie m’en soucie peu,
Si iay de la santé et de bon vin a boire.
Le père Victoire,
A la gloire de Dieu, ie boiray comme un trou,
Pourgagner le pardon que l’on gagne a bien boire,
Tout m’est un pour cela, ius qu’a faire le fou
Car ie pretens icy remporter la Victoire.
Le Roy du carnaval
Reveillez vous Amis ! Indulgence pleiniere
A qui dit le Roy boit, et y boira aussi :
Point de Messe a present ; mais sans aucun souci,
Beuvons a la Bouteille, et faisons chere entiere

Ce Sac à vin avec sa brouette (1521), est de Hans Weiditz (1495-1537) connu pour ses scènes de genre et pour avoir illustré des oeuvres de Pétanque.

De la même époque est ce dessin de Hans Holbein, le Triomphe de la mort : Le roi, publié en 1780 par Christian von Mechel dans un recueil de gravures.

« On le voit manger en cérémonie, assis sous un dais & servi par ses grands officiers ; la Mort est venue se mettre du nombre, & fait en ce moment l’office d’Échanson. Elle verse à boire au Monarque qui lui tend la large coupe, qu’il va vraisemblablement vider pour la dernière fois. Ce Prince tient de la main gauche un papier, sans doute un placet qu’on vient de lui remettre. »

Plus proche de nous, cette invitation à boire d’Helen M. Sinclair (1914)

Voici maintenant quelques oeuvres de Georges Cruikshank, illustrateur et caricaturiste anglais des années 1800-1850, décriant l’alcoolisme.

Tom et Jerry prennent un mauvais alcool, par Georges Cruikshank (1820)

puis le charme est rompu ( la vie à Londres )

Le commerce anglais d’alcool, par Georges Cruikshank (1829)



Oh là là, c’est une idée choquante.
Ils fabriquent le gin à partir d’eau-forte :
Ils le font exprès pour raccourcir la vie des gens
et le vendent à deux pence le quart.

Les enfants de l’ivrogne(1848)

scène d’ivresse dans une boutique de gin avec des enfants à qui l’on donne de l’alcool.

Le Cognac français, du même (1831)

Un siècle plus tard, le combat contre l’alcoolisme est toujours d’actualité…

L’alcool et la prostitution sont les tueurs de l’humanité (1919)

affiche de propagande hongroise

Et maintenant quelques dessins d’humour de l’époque Napoléon III…

Guide du noble étranger dans Paris, tempérance (1863) La vie parisienne – 1ère année – 1863
Un grand diner, un valet (1863)La vie parisienne – 1ère année – 1863 

et de la 3ème République

journal satirique Le Rire – 9 février 1895
Une bombe turque étant tombée sur la table (1889) M. de Crac, sans lâcher son verre, prit la bombe et la renvoya par le même chemin chez les Turcs, où elle éclata.
Les aventures de M. de Crac – Le petit français illustré du 18 mai
Famille bouteille de champagne, par Heinrich Kley (1909)
Nos viticulteurs (1902) L’album comique de la famille n° 13
Mon mari est cachottier, par Perré (1928) Midinette n° 90, le journal illustré du 3 août 1928

Nous finissons avec des scènes de genre, comme cette inspirante  » fine bouteille « de Daumier

Daumier : la fine bouteille (1864)

et ce touchant « verre de vin » de Jean Veber (1905)

Le verre de vin, par Veber Jean (1905)

Arrêtons nous là avec cette affiche pour le vin mousseux Robba de Leonetto Cappiello (1911), que nous avons rencontré à plusieursreprises.

Le fond de la besace

Voici une chanson que l’on n’ entend plus guère, et qui eut son heure de gloire aux 18ème et 19ème siècle, si l’on en croit Charles Nisard, auteur en 1867 de l’ essai historique « DES CHANSONS POPULAIRES chez les anciens et chez les français ».

Cette chanson moque des moines qui font bombance en oubliant leurs compagnons. Nous verrons comment ceux-ci voudront se venger et ce qu’il en advint.
Nous sommes bien là dans une tradition rabelaisienne, que l’auteur décrit ainsi : « Il n’ a rien de plus agile, de plus spirituel et de plus malin que le Fond de la besace. On dirait que le souffle de Voltaire a passé la-dessus ».
Et plus loin il confesse : « Je l’avoue humblement, il n’y a guère de chansons que nous n’ayons plus chantées que celle-ci, mes camarades de collège et moi, aux heures de promenades et de récréations… »

les 3 frères Etienne, Eugène et François

Un jour le bon frère Etienne
Avec le joyeux Eugène,
Tous deux la besace pleine,
Suivis du frère François,
Entrant tous à la Galère*,
Y firent si bonne chère
Aux dépens du monastère,
Qu’ils s’enivrèrent tous trois.

Ces trois grands coquins de frères,
Perfides dépositaires
Du dîner de leurs confrères,
S’en donnent jusqu’au menton :
Puis, ronds comme des futailles,
Escortés de cent canailles,
Du corps battant les murailles,
Regagnèrent la maison.

Le portier, qui les voit ivres,
Leur demande où sont les vivres.
« Bon ! dit l’autre, avec ses livres,
Nous prend-il pour des savants ?
Je me passe bien de lire,
Mais pour chanter, boire et rire,
Et tricher la tirelire,
Bon! à cela je m’entends.»

Au réfectoire on s’assemble,
Vieux dont le râtelier tremble
Et les jeunes tous ensemble
Ont un égal appétit.
Mais, ô fortune ennemie !
Et bien fou qui s’y confie,
C’est ainsi que dans la vie,
Ce qu’on croit tenir nous fuit.

Arrive frère Pancrace,
Faisant piteuse grimace
De ne rien voir à sa place,
Pour boire ni pour manger.
A son voisin il s’informe,
S’il serait venu de Rome,
Quelque bref portant réforme
Sur l’usage du dîner.

« Bon ! répond son camarade,
N’ayez peur qu’on s’y hasarde,
Sinon, je prends la cocarde
Et je me ferai Prussien.
Qu’on me parle d’abstinence
Quand j’ai bien rempli ma panse,
J’y consens ; mais sans pitance,
Je suis fort mauvais chrétien.

Resterons-nous donc tranquilles
Comme de vieux imbéciles ?
Répliqua père Pamphile
Oh ! pour le moins vengeons-nous ;
Prenons tous une sandale,
Et sans la crainte du scandale,
Allons battre la cymbale
Sur les fesses de ces loups. »

Chacun ayant pris son arme,
Fut partout porter l’alarme ;
Mais au milieu du vacarme,
Frère Etienne fit un p…
Mais un p… de telle taille,
Que jamais jour de bataille,
Canon chargé de mitraille,
Ne fit un pareil effet.

Ainsi finit la mêlée ;
Car la troupe épouvantée,
S’enfuyant sur la montée,
Pensa se rompre le cou ;
Tandis que le frère Etienne,
Riant à perte d’haleine,
Et, frappant sur sa bedaine,
Amorçait un second coup.

* un cabaret situé rue Saint-Thomas-du-Louvre (disparue vers 1850)

Les paroles sont de je ne sais qui (anonyme). S’appuyant sur la phrase « et je me ferais prussien », Nisard date la chanson de l’époque de la guerre de sept ans (1756-1763).

L’air est celui des Trembleurs de Lully (Isis, 1677), consigné dans la Clé du Caveau (731),  dont s’inspirera Purcell pour son fameux Cold Song dans King Arthur (1691), et que reprendront des dizaines d’oeuvres comme on peut le voir sur le site Theaville.

 

Des chansons bachiques, dont Nisard va chercher les origines jusqu’aux scolies des Grecs (Alcée, Anacréon, Simonide), son ouvrage en écrit l’histoire, jusqu’à la glorieuse époque du Caveau fondé en 1729 ou 35, c’est selon, dont il cite les plus populaires à son époque :

« Plus on est de fous, plus on rit », et « l’Eloge de l’eau », avec le refrain :
C’est l’eau qui nous fait boire Du vin (ter);
l’une et l’autre d’Armand Gouffé;
le Cabaret: « A boire je passe ma vie »,., par J.-J. Lucet; le Mouvement perpetuel,« Loin d’ici, sœurs du Permesse, » etc., et le refrain fameux « Remplis ton verre vide, Vide ton verre plein, » etc.; Vive le vin! la Barque à Caron; les Glouglous; plus récemment, une demi-douzaine de chansons de Désaugiers, comme le Panpan bachique :
Lorsque le champagne. Fait en s’échappant Pan pan, Ce doux bruit me gagne L’âme et le tympan
le Délire bachique:
Quand on est mort, c’est pour longtemps. Dit un vieil adage Fort sage
le Carillon bachique :
Et tic, et tic et tic, et toc et tic, et tic et toc, De ce bachique tintin Vive le  son argentin
enfin le « Nec plus ultra de Grégoire »

J’ai Grégoire pour nom de guerre. 
J’eus en naissant horreur de l’eau
Jour et nuit, armé d’un grand verre
Lorsque j’ai sablé mon tonneau,
Tout fier de ma victoire
Encore ivre de gloire,
Reboire,
Voilà,
Voilà
Le Nec plus ultra
Des plaisirs de Grégoire

Ensuite, « dès que Béranger commença de faire un peu de bruit… Lui seul ou à peu près chanta pendant trente ans, et l’on ne chanta que ce qui venait de lui. »

Mais nous avons vu qu’on n’en avait pas fini avec la chanson bachique…

Monsieur et madame Denis

Nous attendions depuis des années de le revoir, ce petit opéra-comique créé en 1862 aux Bouffes parisiens, et donné par les Délasscoms en 2012 au petit théâtre de Naples. C’est qu’il recèle un des plus beaux airs à boire que notre génial Offenbach a composé. Il a été donné en version de concert à l’Odéon de Marseille ce dimanche 6 avril, dans le cadre des dimanches d’Offenbach.

Maestro, pianiste, chanteurs, les voilà !

L’intrigue en elle-même est un peu maigre, mais qu’importe ! On est là pour se faire plaisir. L’action se passe en 1750. Le filleul (Gaston) de M. Denis vient en son absence chez celui-ci avec leur nièce (Lucile) qu’il a enlevée de son pensionnat ; mais les soldats du guet (Brindamour et Jolicoeur), conduits par le sergent Bellerose, ont vite fait d’y rattraper les tourtereaux. Heureusement, il y a à la cave un vieux Jurançon (« excellent, mais sournois en diable« ). Et une accorte chambrière (Nanette), qui sait y faire. Car comment ne pas boire à la santé du roi et de la reine (« des militaires ne peuvent pas refuser !« ?

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Ecoutons cet air avec on l’espère, la bénédiction des chanteurs, du pianiste et du maitre de cérémonies !

Versez et buvons à pleins verres/ Bellerose ici l’obtempère/ Buvons buvons buvons !
Vive un vin frais et clair qui pétille / Dès qu’il mousse et qu’il brille / rougissant un pur cristal / Du plaisir est le signal.
C’est un ami qui charme qui console / Par son pouvoir s’envole / des ennuis des soucis fâcheux /  salut vin généreux
A notre reine (à notre roi) à notre reine au roi je bois etc.
Ah pour eux quelle aubaine / Buvez la coupe est pleine / Ce vin vieux les entraine
Mes amis il faut boire /A notre souveraine / A la reine buvez je bois au roi buvons à sa gloire

Voyez ce Jurançon plein de flammes / Il électrise l’âme / Fils d’un rayon du soleil / Comme lui vif et vermeil
Frais compagnon oui partout il sait plaire / Il anime à la guerre /Il charme et distrait en garnison / Vive le jurançon!
Merci pour le roi pour la reine mais vous ne pouvez refuser de boire aussi à votre capitaine

Allons buvons à notre capitaine ça ne peut pas se refuser
Ni de trinquer à notre belle demoiselle/Et puis mes amis au bon monsieur Denis, à madame Denis souvenez vous en et finalement buvons çà la ronde à tout le monde
buvons buvons buvons buvons…
chantons oui trinquons oui chantons et vidons les flacons
Ce vin est vraiment un nectar un velours je le préfère à tou les amours et je voudrais en boire toujours
buvons buvons…

Notons qu’on n’aura pas vu  de tout le spectacle ni monsieur ni madame Denis, partis à la campagne. Mais ce ne sont pas des inconnus pour les spectateurs de l’époque. En effet, en 1808, avait été créé au Théâtre des Variétés «  Monsieur et madame Denis ou la veille de la Saint-Jean »,

un Tableau conjugal en un acte et en vaudevilles par MM. Desaugiers et De Rougemont ».


Ces deux vieux amoureux touchants étaient aussi les héros d’une chanson gentiment grivoise du même Désaugiers : les SOUVENIRS NOCTURNES DE DEUX EPOUX DU 17e SIÈCLE, 

 Monsieur Denis, lui offrant une prise de tabac.

Demain, songez s’il vous plaît,
    À me donner mon bouquet. 

Madame Denis, tenant la prise de tabac sous le nez.

 Quoi ! c’est demain la Saint-Jean ?

Monsieur Denis, rentrant dans son lit.

Souvenez-vous-en, souvenez-vous-en… 
    Époque où j’ai des retours 
    Qui me surprennent toujours.

Madame Denis, se recouchant.

    Oui, jolis retours, ma foi !
    Votre éloquence avec moi 
    Éclate une fois par an ;
Souvenez-vous-en, souvenez-vous-en…
 Encor votre beau discours 
    Ne finit-il pas toujours.

dont l’air charmant est celui d’un Noël bourguignon (Guillo prend ton tambourin), qu’Offenbach a repris à plusieurs reprises, pour notre plus grand plaisir, dans son Monsieur et Madame Denis.