Il est rare qu’une fête religieuse préconise de s’enivrer, c’est le cas pourtant de Pourim que les juifs célèbrent ces jours-ci.
Pourim commémore le sauvetage par Esther, épouse du roi perse Assuérus, de son cousin Mordochée et des juifs de l’empire perse promis à extermination par le vizir Haman. Elle y parvient en conviant le roi et son vizir à des festins bien arrosés. Haman sera pendu et Mordochée prendra sa place.
Le banquet d’Esther et Assuerus de Jan Victors (Staatliche Museen (Kassel, Germany)
Il est donc recommandé de « se parfumer » (s’enivrer) jusqu’à ne plus distinguer « maudit soit Haman ! » de « béni soit Mardochée ! », avec évidemment diverses interprétations depuis confondre les valeurs numériques des deux expressions jusqu’à la confusion complète.
le même banquet, vu par aert de gelder (au musée de Picardie à Amiens)
Et voici la version du grand Rembrandt, maître de ces deux peintres néerlandais, conservée au musée Pouchkine de Moscou.
C’est une fête joyeuse, où l’on se déguise, qui se déroule en février-mars et peut être rapprochée du Carnaval des chrétiens. Elle comporte bien sûr bien d ‘autres prescriptions, mais on nous pardonnera, compte tenu de la ligne éditoriale de ce blog, de ne pas nous y attarder ; le lecteur curieux pourra utilement consulter l’article de wikipedia, par exemple.
Au Moyen-Age une littérature parodique s’est développée (voir à ce sujet l’instructif article d’Esther Bénaïm-Ouaknine (Médiévales, Année 1992 Volume 11 Numéro 22 pp. 163-172) : Pouvoir libérateur du vin et ivresse du texte sur la parodie dans la littérature hébraïque médiévale).
Amassekhet purim, oeuvre de l’auteur et traducteur provençal Kalonymus ben Kalonymus (Arles 1286- après 1328), en est un exemple particulièrement savoureux.
En voici un extrait (tiré de l’article ci-dessus ; on appréciera l’Hallelouia final (yain veut dire vin en hébreu).
Encore un salon artistique dans la capitale, au Grand-Palais cette fois. Ce salon en regroupe en réalité 4 :
le salon des artistes indépendants, qui existe depuis 1884 (les rebelles du temps de l’impressionisme et de l’art moderne y ont été accueillis) et est largement ouvert à l’international et à la jeunesse.
le salon Comparaisons né en 1956, organisé par tendances au sein desquelles les oeuvres d’artistes différents sont confrontées (ici encore, la liste des grands noms qui y ont été exposés est impressionante)
le salon des artistes français, successeur du salon de l’Académie des Beaux-Arts, en est à sa 227ème édition et présente toutes les tendances actuelles en peinture, sculpture, gravure, photographie, architecture.
– ma famille de coeur, du géorgien russe Zourab Tsereteli surtout connu comme sculpteur monumentaliste
– le vigneron, triptyque de Sergueï Chmarinov qui s’est fait connaitre comme réalisateur de vitraux à Moscou, décorateur de théâtre, et illustrateur de revues
– voici Champagne, d’Emmanuel Lemarinier
– le moment décisif, de Kenny Kim porte bien son nom : elle est partie, il est abattu, peut-on penser
– celui-ci, de Cesare Novi, qu’on pourrait qualifier de naïf raffiné, pourrait être intitulé soirée vénétienne. Ici c’est lui que l’on attend, où est-il passé ?
– ce panier de raisins est signé Zhu Shigi
– ce tableau de Martine Coppens nous rappelle étrangement une autre peintre Françoise Leblond (qui saurait dire pourquoi ?).
On pourrait l’intituler « quand les maîtres ne sont pas là, les chats trinquent ».
On termine avec cette partie de billard après minuit, de Shimizu Moto
Et merci à Mary Brilli, rencontrée à la Saint-Vincent de Rueil, qui nous a invité à ce salon où elle expose ce délire de soi(e) « Tour Eiffel de livres »
Celui-là est à Madrid (Musée Thyssen-Bornemisza)Et ce dernier tient un verre d’une hauteur inhabituelle. Il est à L’Ermitage de Saint-Petersbourg.Et voici un concert (1623, National Gallery of Art, Washington DC)
Remercions la direction du cinéma le Balzac, aux Champs-Elysées, qui tous les ans nous gratifie, à l’occasion du Nouvel An russe, d’une pépite du cinéma soviétique peu ou pas connue sous nos latitudes. Cette année, c’était la prisonnière du Caucase, de Leonid Gaïdaï, énorme succès qui eut plus de 70 millions de spectateurs lors de sa sortie en 1967.
Dans ces montagnes reculées le droit des femmes n’est guère reconnue et Nina, jeune fille moderne, sportive et membre des Komsomols a fort à faire pour échapper aux malandrins qui veulent l’enlever pour la marier contre son gré.
Vue de Russie, cette contrée, le Caucase, est le pays de la vigne
et ses habitants, des buveurs de vin impénitents.
Aussi boit-on dans toutes les occasions !
Ce n’est pas une légende. Alexandre Dumas, qui voyagea en Géorgie en 1858, en rapporta ces impressions (in Le Caucase chap. 47):
Un dîner géorgien est un repas où les petits buveurs boivent leurs cinq ou six bouteilles de vin, et les grands leurs douze ou quinze. Quelques-uns ne boivent même pas à la bouteille, ils boivent à l’outre ; ceux-là vont à vingt-cinq bouteilles. C’est en Géorgie une gloire de boire plus que son voisin. Or, la moyenne du voisin c’est toujours une quinzaine de bouteilles.Dieu, qui mesure la rigueur du vent en faveur de l’agneau nouvellement tondu, a donné aux buveurs géorgiens le vin de Kakétie, c’est-à-dire un vin charmant, qui ne grise pas, ou plutôt, entendons-nous bien, qui ne monte pas au cerveau. Aussi, les Géorgiens ont été humiliés de pouvoir boire dix ou douze bouteilles sans se griser. Ils ont inventé un récipient qui les grise malgré eux, ou plutôt malgré le vin. C’est une espèce d’amphore que l’on appelle une goulah. La goulah, qui est, en général, une bouteille à gros ventre et à long goulot, emboîte le nez en même temps que la bouche, de façon qu’en buvant on ne perd non seulement rien du vin, mais encore rien de sa vapeur. Il en résulte que, tandis que le vin descend, la vapeur monte, de sorte qu’il y en a pour tout le monde : pour l’estomac et pour le cerveau. Mais, à part la goulah, les buveurs géorgiens ont encore une foule d’autres vases des formes les plus fantastiques : ils ont des courges à long tuyau ; des cuillers à soupe au fond desquelles, je ne sais pourquoi, il y a une tête de cerf en vermeil dont les bois sont mobiles : elles s’appellent quabi ; des coupes, larges comme des soupières ; des cornes montées en argent, longues comme la trompe de Roland.
Le moindre de ces récipients contient une bouteille, qu’il faut toujours boire d’un seul coup et sans se reprendre. D’ailleurs, le convive géorgien ou étranger qui s’assied, je me trompe, qui s’accroupit à une taille géorgienne, toujours maître de ce qu’il mange, n’est jamais maître de ce qu’il boit.
C’est celui qui lui porte un toast qui décide de la capacité de son estomac. Si le toast est porté avec une goulah pleine, avec une courge pleine, avec une quabi pleine, avec une coupe pleine, avec une corne pleine, celui qui accepte le toast doit vider jusqu’à la dernière goutte la goulah, la courge, la coupe, la quabi ou la corne. Celui qui porte le toast dit ces paroles sacramentelles : « Allah verdi. » Celui qui accepte le toast répond : « Yack schioldi. » Ce défi lancé, il faut boire ou crever.
Voici revenue la Saint-Vincent, que l’on fête dans tous les pays de vigne et notamment en Ile de France. A chaque Confrérie sa statue du patron pourrait-on dire.
La Confrérie du Clos de Clamart s’y prépare, avec cette statue en zinc réalisée sur commande par notre confrère Jean Dessirier, et pour laquelle une souscription est en cours.
Voici celles que l’on a pu voir à Rueil…
où les festivités ont commencé le samedi 21 janvier à l’hôtel Renaissance (ex résidence de Marcel Boussac et avant lui du fondateur de l’hippodrome de Saint-Cloud attenant Edmond Blanc ) avec la République de Buzenval où la tradition est de « tourner » avec Suresnes.
les grands-maîtres de Suresnes Axel Brücker et de Rueil-Buzenval Jean-Pierre Didrit
Les participants (parmi lesquels la République de Montmartre, les Confréries du Clos de Clamart et des Gaubregeux goûteurs de Tête de veau)
ont pu assister à l’intronisation de Charles Dumont, éminent auteur-compositeur-interprète dont les fans entonnent encore avec émotion son « quand les amants » qu’il composa et chanta avec Edith Piaf.
Pas sectaire, le patron de La Coordination des Confréries d’Ile de France, Ruben Martinovsky, était là et en profita pour se faire aussi introniser.
(L’occasion nous était donnée de goûter les vins locaux : nous donnons une petite préférence au vin de Suresnes, plus tonique, sur celui de Rueil, bien agréable tout de même)
C’est un trio animé par le chef Michel Lefèvre (à droite sur la photo) qui anima la soirée.
Le lendemain c’est à Yerres que se déroulait la Saint-Vincent de Cocorico, en présence de pas moins de vingt-quatre Confréries.
Il y fut annoncé le résultat du concours des vins 2015. Furent décernées des médailles d’or (Sucy-en-Brie en blanc et Gagny en rouge) d’argent (Issy-les-Mx en blanc et le clos de Bréon de Coubron en rouge) et de bronze (Marolles-en-Brie en blanc)).
Seul rosé en compétition, le Clos de Clamart reçut le prix du jury : « belle couleur, fruité, sans défaut, très bon pour un vin fait par des amateurs » nous a résumé le Président du Jury Michel Boulay.
Enfin dimanche 29 janvier, déphasé comme à l’habitude, ce fut le chapitre des Echansons de France où le Souffle de Bacchus, dont c’était les dix ans, donna, sous la direction de Marie-Françoise Bourdot,
(Le Souffle de Bacchus, 3ème mi-temps ; on reconnaîtra au fond de cette tablée, debout, la grande ordonnatrice du dîner, Monique Josse.)
Décernons nous aussi une médaille d’or, au Souper qui suivit dans les caves du caveau des Echansons, pour son menu fin cuisiné sur place, ses vins choisis : ballet d’octobre moëlleux 2014 de Cauhapé, créneaux de Pauillac, champagne Claude Josse (mais si !)… et ses entremets musicaux choisis par la chef de choeur (ci-dessous en pleine concentration):
dansons ! buvons ! (et foin de la chaste Minerve) de la Belle Hélène, Gris, je suis gris des mousquetaires au couvent que nous connaissons bien, mais également l’Air du menu de Fleurette, et l’air de Pausanias d’une Education manquée d’Emmanuel Chabrier.
Ce vin généreux J’en ai pris d’abord un verre, Après j’en ai pris deux, Mais quand je bois ça m’altère ! Et voilà, je crois Voilà pourquoi j’ai poussé jusqu’à trois !
Eh ! bon, bon, bon, bon, bon, bon qu’il était bon Le petit Roussillon, Qu’il était bon !
Eh ! Bon, bon, bon, Qu’il était bon ! Ah ! qu’il était bon, Ce petit gueux de Roussillon
Mais rester à trois ce n’est vraiment pas un compte, Il eut été discourtois, A de si bon, si bon vin faire honte ! Voilà ce qui fait,
C’est un thème régulièrement rencontré (on se souvient de la grande fresque vue à l’expo Pompei, des tableaux de Titien et de Breughel…), qui revient avec cette exquise cantate de François Couperin dénichée par Christophe Rousset et interprétée par le baryton Stéphane Degout et les Talens Lyriques.
Ariane en cette langueur allait finir son destin déplorable, lorsqu’une main secourable verse en sa bouche une douce liqueur qui rappelle ses sens et ravive son coeur. Elle ouvre un oeil mourant mais quel objet l’étonne ? Elle voit à ses genoux un dieu jeune et charmant que le pampre couronne. Il a la coupe en main les yeux brillants et doux.
L’Amour l’avait instruit du sort de la princesse, et vers ce lieu fatal avait conduit ses pas.
Buvez, lui disait-il, que votre douleur cesse, Bacchus vient secourir et venger vos appâts.
Pouvez vous pleurer un barbare ? Vous méritez un sort plus doux.
Ariane que perdez vous que ma tendresse ne répare ? Bacchus de vos chaines content vous jure une ardeur éternelle. Un dieu soumis tendre et fidèle ou bien un mortel inconstant ?
Voila qui nous amène à découvrir d’autres illustrations du thème, comme celle de Michel Pignolet de Monteclair (1667-1737), avec ici, la mezzo-soprano Ashlee Bickley en Floride
et, dans un tout autre genre, à découvrir Bacchus et Ariane d’Albert Roussel (ballet 1931). Ci-dessous la 2ème suite.
On en profite pour attirer l’attention sur l’ensemble chronochromie de Jean-Michel Hasler où Bacchus, revenant d’Inde, s’exprime avec un instrument indien.
et l’on terminera ce concert avec la chaconne de Marin Marais
Le roman de Fauvel, qui date du début du 14ème siècle (dans les années 1310), conte l’histoire d’un cheval, symbole de fausseté, qui s’approprie la maison de son maître et que tous viennent « torchier ». Cette oeuvre satirique admoneste l’Eglise et le pouvoir politique. C’est un long poème de plus de 3000 vers largement mis en musique (on peut télécharger la version commentée d’Arthur Langfors là.
Le manuscrit 146 conservé à la Bibliothèque Nationale recèle un étonnant « explicit » (déclaration du scribe en fin d’ouvrage) dont les derniers mots sont : J’ai sef, il est temps que je boive, suivi de portées musicales aux paroles sans ambigüité.
Et nous y avons fait bien sûr de belles rencontres, comme le château Lafitte ( Jurançon) où l’on fait un étonnant vin naturel (sans sulfite ajouté) baptisé Argile (100% petit manseng) car élevé en amphore et mis en bouteille de céramique.
Ou encore ce domaine d’Eouve (chêne vert en provençal) de la famille Ramalla, situé à La Motte dans le Var.
Et bien d’autres encore : Le salon compte 70 exposants et espère accueillir cette année 10 000 visiteurs dans la belle structure métallique du carreau du Temple à deux pas de la place de la République. Promettons-lui un bel avenir.
C’est un grand portraitiste, dont on peut admirer les oeuvres ces temps-ci au Musée du Luxembourg, un grand compositeur de natures mortes aussi.
On en rapporte ce petit bijou offert en cadeau de fiançailles à sa promise Victoria 7 ans avant que l’union soit effective.
Voici des fruits, des fleurs… et un verre de vin
Voici maintenant deux détails d’un grand et célèbre tableau, saura-t-on le reconnaitre ? (déjà publié au bon clos)Le pauvre Silène est bien ivre sur son âne dans le jardin du Luxembourg voisin.
Nous parlions récemment de ce manuscrit dit de Bayeux à propos de la chanson gentils galants. Il en comporte plus de cent, qui furent rassemblées au début du 16ème siècle pour le prince Charles de Bourbon, apprend-on. Sans mention d’auteur, certaines seraient d’Olivier Basselin.
Quelques unes nous intéressent bigrement. Ainsi buvons ma commère, mais aussi bon vin je ne te puis laisser et buvons fort jusqu’au bort.
Bevons ma commère , le chant 15 du manuscrit, est d’auteur inconnu ; il évoque le dit des trois dames de Paris qui vont au cabaret et s’enivrent jusqu’à plus soif dont nous avons déjà parlé,et dont on peut trouver une relation détaillée sur le blog monparismédiéval.
Voici la transcription de la chanson (paroles et musique), par M.Théodore Gerold en 1921On le voit, on reste un peu sur sa faim, il devait y avoir bien plus de couplets si l’on se réfère à l’histoire des trois dames, qui finissent dévêtues dans le caniveau…
Bevons ma commère, nous ne buvons point….
Ilz estoient trois dames d’acord et d’apoint, Disant l’ung à I’aultre Nous ne bevons point,
Il y vint ung rustre tout en beau pourpoint, Pour servir les dames tres bien et à point.
Se dirent les dames: « Vecy bien à point; Faison bonne chere, ne nous faignons point.
Le mignon commence, il ne tarda point. De servir s’avance tout â leur bon point.
De chanter s’avance en doulx contrepoint, Et en grant plaisance vint fraper au point. . Des maris doubtance nous n’en avons point. D’eux n’airons grevance, car ils n’y sont point.
voici d’autres paroles (rapportées par Achille Millien – Chants et chansons populaires, vol. III page 34 – 1910) Nos homm’ sont aux vignes, Qui, qui, qui, qui, qui, Nos homm’ sont aux vignes, Qui travaillent bien... Boivent la piquette, Et nous, nous, nous, nous, nous, Boivent la piquette, Et nous le bon vin.