In vino delyr

Pas grand chose à Avignon cette année sur le thème du vin ( ou alors ça nous a échappé), si ce n’est In vino delyr, le joli spectacle des Allumés : Sylvie Marin (que nous avions vue il y a quelques années dans les fantaisies oenolyriques)

et Bruno Duchâteau qui joue de l’accordéon…

et  de la guitare.

Ils interprètent des chansons connues mais toujours bonnes à se remémorer de Juliette (petite messe solennelle), Gaston Couté (sur le pressoir (paroles et musique) ou encore Gérard Morel (cantique en toque).Outre des chansons de sa composition, Bruno Duchâteau s’est aussi amusé à habiller de paroles bachiques des grands airs lyriques (libiamo, l’amour est un oiseau… fidèle, je veux vivre,- juliette dans le roméo de gounod, etc.) où tout l’art de la soprano Sylvie Marin se révèle, mais aussi des tubes internationaux (manha de carnaval, bacchianas brasileiras… etc.On n’oubliera pas sa version d’Alexandrie Alexandra (le vin d’ici), du tango corse (le rosé corse) Voir ici un résumé video du spectacle

C’est à l’Atypik Théâtre jusqu’au 29 juillet. Courez-y ! Et pas d’inquiétude : tous les spectateurs pourront gouter le château-neuf du pape offert pendant le spectacle !

la nonne sanglante

On peut voir cette oeuvre de Gounod ces temps-ci à l’Opéra Comique. Il s’agit d’un drame qui se termine bien, si l’on veut (l’assassin expie son crime à la fin, libérant ainsi les amants d’un sortilège). Il date de 1854.

Malgré son thème sombre, on y découvre quand même une chanson à boire. C’est au 4ème acte, scène 1

Pour imiter nos braves aïeux, chantons amis, et buvons comme eux !

(extrait du livret de Scribe et Delavigne)

Dans l’extrait ci-dessous (direction d’orchestre Laurence Equilbey) , Jérôme Boutillier est Luddorf (voir l’extrait à partir de 2h07mn25s) 

Le vin & la musique à la Cité du Vin

Vin et Musique, l’un ne va pas sans l’autre, le vin pousse à chanter, et chanter donne soif ! (A vrai dire c’est un ménage à trois, car il y a un troisième larron, l’Amour, qui n’est jamais loin !)

nature morte aux instruments de musique et verres de vin, Eugène Appert 1848

Voila pour légitimer la très belle exposition que nous sommes allés voir à Bordeaux, dans cet étonnant carafon dont nous avons déjà parlé.

Dès l’abord on voit des signes prémonitoires comme ces grandes bouteilles trônant sur les terrasses d’un édifice voisin.

Tableaux, objets décoratifs, instruments de musique, livrets et partitions… sont rassemblés là en nombre pour cette exposition. Et l’on peut  aussi écouter de la musique de diverses époques, allant des airs à boire de la Renaissance aux grands airs d’opéra et aux goguettes du  19ème siècle.

Commençons par quelques tableaux. Nombre honorent Bacchus comme ce Triomphe de Bacchus de Nicolaes Moeyaert (1624) qui s’est amusé à représenter des types contemporains de paysan, soldat, ou vieillard réputés bons buveurs…

et ces Bacchanales de Michel-Ange Houasse (1719)

et de Jacques Blanchard (1636)

On aura remarqué les tambourins, omniprésents sur ces tableaux.

On voit aussi des scènes d’auberges où l’on boit au son du violon

scène d’auberge, attribuée à Jan Steen

buveurs devant une auberge italienne, Johannes Lingelbach 1650-5

des poètes attablés (ci-dessous Piron, de Jacques Autreau, début 18ème),

(NB : le verre en haut à gauche ne fait pas de la lévitation, il est suspendu à un patère)

des buveurs jouant de la musique

joyeuse compagnie de Dirck van Baburen, 1623

et des musiciens buvant !

Eau forte de Jean 1er Leblond d’après Gerrit van Honthorst (17ème siècle), qui préfère le vin à la musique semble-t-il.

Quoique l’harmonie soit belle
Des instruments dont je me sers
Je quitte les plus beaux concerts
Pour boire une liqueur pareille
Car quoique l’on dise j’aie mieux
Un vin qu’un accord curieux
réunion de buveurs de Nicolas Tournier vers 1615-20
(voir le contraste entre l’élégance des buveurs du premier plan et la gloutonnerie de ceux de l’arrière-plan)

On porte des coupes en escortant le boeuf gras

le cortège du boeuf gras, dit la fête du vin, vers 1640
(remarquer le mini-violon, appelé pochette, joué par le personnage le plus à gauche)
et le cortège du bélier, lors du Carnaval de la Courtille par exempleCurieuse scène d’intérieur que cette chambre de rhétorique (anonyme, vers 1659).

Populaires en Flandres aux 17ème siècle, on s’y retrouvait pour composer poèmes et chants, débattre et philosopher, boire et faire la fête. On nous y fait remarquer Calvin, Luther qui joue du luth, des représentants de diverses confessions reconnaissables à leur costume.

Passons à la 3ème dimension avec cet autre Triomphe de Bacchus (terre cuite en ronde bosse) que l’on doit à Louis-Simon Boizot (vers 1772)

Cette cruche à vin représentant une noce paysanne vient de Wallonie (1600-10). Elle est en grès gris et étain.

Voici une bouteille de vin en faïence de Nevers représentant une bacchanale (vers 1680)Le cavalier juché sur ce tonnelet de faïence nous dit en vers : « Je veux boire jusqu’à demain/ puisque je suis le dieu du vin/ et tant que mon tonneau durera/ monsieur Rivin en boira »Ce superbe instrument peint de toutes parts est un virginal double (il y a un deuxième clavier au-dessus du premier). Il date de 1580 et a été fait à Anvers par Martinus van der Biest.

Et voici une tête de Bacchus ornant une basse de viole (Michel Collichon, 1689)

Venons en maintenant à l’autre dominante de l’exposition, la musique écrite.

Cette assiette (Roue 1740) fera la transition. On y lit

pour passer doucement ma vie
avec mon petit revenu
amis je fonde une abbaye
et je la consacre à Bacchus

On trouve cette chanson dans ce recueil d’ariettes et chansonnettes de table et à danser (18ème siècle)

Nous aimons bien le 3ème couplet :

je veux qu’en ce lieu chaque moine
qui viendra pour prendre l’habit
apporte pour tout patrimoine
longue soif et bon appétit

Voici maintenant, dans un recueil d’airs sérieux et à boire imprimé en 1729, « Avec du vin endormez-nous« , le fameux canon de Rameau (qui sera repris dans le ballet Anacréon), qui montre que le maître de l’harmonie n’était pas dénué d’humour.

Le recueil suivant date de 1718

Divin sommeil par vos charmes puissants endormez tout le monde…
Mais à présent qu’avec ce vin nouveau je travaille à rougir ma trogne…
Gardez vous bien d’endormir un ivrogne occupé à vuider son tonneau

Dans un autre recueil nous lisons

verse verse verse
à longs traits ce nectar si doux
si bacchus nous jette à la renverse
verse verse verse
l’amour aura soin de nous…

Nous voici en 1713 avec ce recueil de chansons et vaudevilles de Dailichamps

Bacchus d’heureuse mémoire
Dit un jour à ses enfants
Croyez moi l’on ne peut boire
Assez tôt ni trop longtemps
Suivons suivons tour à tour
Bacchus et l’Amour

Voici encore une chanson joliment illustrée.

Le fameux Diogène philosophe d’Athènes…

vivait dans un tonneau
Cela nous signifie
Que la philosophie
Ne s’apprend point dans l’eau

Malheusement sans musique, voici le recueil général des chansons du capitaine Savoyard, par lui seul chantées dans Paris. C’était au 17ème siècle un fameux chanteur des rues, du nom de Philippot, aveugle de par son ivrognerie disait-il. On peut en trouver une édition  sur gallica.

Accourez filles et garçons/écoutez bien notre musique…

Il a composé de nombreuses chansons à boire. Que doit-on préférer, le vin ou la musique ? On retrouve ici le point de vue violoniste vu plus haut.

Ca buvons c’est assez chanté
Il faut penser à nos bouteilles
J’aime mieux boire une santé
Que laisser charmer mes oreilles
Plus près de nous voici un recueil de chansons de Vadé Jean-Joseph, chansonnier qui vivait au 18ème siècle,
Nous ne pouvons rien trouver sur la terre
qui soit si bon ni si beau que le verre…
et
que mon flacon
me semble bon
sans lui
l’ennui
me nuit
me suit
Plus près de nous encore, voici des chansons de Pierre Capelle (1775-1851), l’homme qui ressucita le Caveau, célèbre goguette, et publia des centaines d’airs notés dans la Clé du Caveau. Un petit air de ressemblance...
Buvons, amis, et buvons à plein verre ;
Enivrons-nous de ce jus divin !

Voici enfin musique et vin réunis avec cette joyeuse Rocambole, ou Baccanale au sujet de la paix (1679, fin de la guerre de Hollande qui aura duré 7 ans)

Enfin apres la Guerre et ses tristes allarmes
La Paix, l’aimable Paix, vient étaler ses charmes,
Et rétablir le Calme en ces paisibles lieux ;
On n’y voit que festins, tout respire la Joye
Dans le jus du Raisin le noir Chagrin noye,
Et chacqu’vn à trinquer s’excite à qui mieux mieux.
Ces Peuples ennemis que l’vnion rassemble
Quittant leurs differens
pour s’accorder ensemble,
Tous vnanimenent ont mis les armes bas ;
Et s’il y reste encor quelqu’image de Guerre
Leurs plus grans démeléz et leurs plus fiers combats
Se font entre les plats la bouteille, et le verre
    On n’a pas pu tout dire, ni tout montrer. Mais il reste encore quelques semaines pour voir cette belle expo qui se termine le 24 juin.             

 

la chanson irlandaise

Nous connaissions la chanson écossaise de Beethoven (Come fill…), voici maintenant la chanson irlandaise « Put round the bright wine »

Faites tourner le vin brillant car mon coeur est gai, le soleil peut briller la nuit comme le jour !

Put round the bright wine,
for my bosom is gay,
the night may have sunshine
as well as the day.
Oh welcome the hours! when dear visions arise
to melt my kind spirit, and charm my fond eyes.
When wine to my head can its wisdom impart,
and love has its promise to make to my heart;
when dim in far shade sink the spectres of care,
and I tread a bright world with a footstep of air.
On peut trouver le texte complet sur le site lieder.net, et la partition sur la base IMSLP

Beethoven et Bacchus

Voici une oeuvre d’Antoine Bourdelle représentant Beethoven, sur laquelle sont gravées ces paroles attribuées au génial compositeur :

« Moi je suis Bacchus, qui pressure pour les hommes le nectar délicieux. »

Cette citation invite à la réflexion : pourquoi diable Beethoven s’identifie-t-il à Bacchus?

Ces mots ont été rapportés par Elizabeth Brentano, alias Bettina von Arnim, dans une lettre à son ami Goethe, après avoir rencontré Beethoven en 1810. Citons-en plus exhaustivement les paroles :

(in Goethe et Bettina  correspondance inédite t2 trad. Seb. Albin Paris 1843)

« je méprise le monde qui ne comprend pas que la musique est une révélation plus sublime que toute sagesse, que toute philosophie ; qu’elle est le vin qui inspire les créations nouvelles? Moi je suis le Bacchus qui pressure pour les hommes ce nectar délicieux ; c’est moi qui leur donne cette ivresse de l’esprit, et quand elle a cessé, voila qu’ils ont pêché une foule de choses, qu’ils rapportent avec eux sur le rivage. »

Voici donc la réponse à notre question : en identifiant la musique qu’il vénère au vin, Beethoven honore l’un et l’autre, qu’il place au-dessus de toutes les créations humaines.

Et voici aussi quelqu’un qui se croyait (sans doute à raison) « sorti de la cuisse de Jupiter », ce n’est pas si courant ! Peut-être un peu forcé car il y a plus d’un compositeur de la trempe de Beethoven (enfin, ça se discute), mais un seul Bacchus !  On lui pardonne, notamment pour ses chansons à boire, mais pas que !

Nous en connaissions quelques unes, en voici d’autres

la première est un trinklied, un chant d’adieu qui date de 1792  (WoO109)

Erhebt das Glas mit froher Hand
und trinkt euch heitren Mut.
Wenn schon, den Freundschaft euch verband,
nun das Geschicke trennt,
so heitert dennoch euren Schmerz
und kranket nicht des Freundes Herz.
Nur trinkt, erhebt den Becher hoch,
ihr Bruder, hoch und singt nach treuer Freunde
weisem Brauch und singt das frohe Lied.
Uns trennt das Schicksal,
doch es bricht die Freundschaft treuer Herzen nicht.
(Lève ton verre d’une main joyeuse et bois au courage… Buvez, mes frères, et chantez, comme de vrais amis, ce gai lied)

la deuxième un punchlied ( WoO 111)

Wer nicht, wenn warm von Hand zu Hand
der Punsch im Kreise geht,
der Freude voll’re Lust empfand,
der schleiche schnell hinweg.
Wir trinken alle hocherfreut,
so lang uns Punsch die Kumme beut.

(Nous buvons dans la joie ce punch qui passe de main en main…)

Prosit, Ludwig !

Bourdelle, Beethoven, Bacchus, Brentano, Bettina, Boeldieu (du nom de l’amie du clos qui nous a signalé cette oeuvre), étonnant, non ? On en reste Bouche Bée !

 

Bacchus et Erigone

Nous avons déjà rencontrés Erigone et Bacchus, tendrement enlacés dans une peinture d’Octave Tassaert.Erigone était la fille d’Icarios, roi d’Attique, à qui Bacchus  avait enseigné la culture de la vigne et la fabrication du vin. Il la séduisit en prenant l’apparence d’une grappe de raisin. Destin funeste, le roi invita à boire avec lui des bergers qui, ivres, le tuèrent. Erigone, désespérée, se pendit au-dessus de sa tombe et Bacchus la changea alors en constellation de la Vierge.

Voici un dessin du pastelliste Jacques-Philippe Caresme (1734-1796)et une peinture de François Boucher (1745)

A ne pas confondre avec Francois Bouchot (1800-1842) dont voici la version

Vers la même époque Léonor Mérimée (1757-1836, le père de Prosper) peignit ce gracieux tableau plein de vie

Celui-ci, plus ancien ( Bertholet Flemal (17ème) semble raconter la fin de l’histoire,

Très pudique la version de Simon Vouet (début 17ème, dite aussi l’automne)

Le mythe d’Erigone inspira aussi musiciens et chorégraphes. Un ballet (de Jean Joseph Cassanea de Mondonville, livret Le clerc de la Bruère)  fut ainsi joué à la cour de Louis XV en 1747 (Madame de Pompadour était Erigone..). Il fut ensuite intégré comme acte 2 dans les fêtes de Paphos.

On remercie l’université Harvard d’en avoir mis une interprétation en ligne.

Voici l’argument :

Érigone se lamente ( dieu des amans recois les voeux d’un coeur tendre qui t’implore, mets ta flamme dans mes yeux pour triompher du héros que j’adore) : Bacchus ne lui rend pas l’amour qu’elle lui porte. Mercure vient la rassurer : Jupiter souhaite son mariage avec Bacchus. Il lui conseille de séduire Bacchus en réunissant les Plaisirs. On entend les Sylvains approcher pour célébrer Bacchus. Mercure veut rester seul avec ce dernier. Bacchus arrive sur un char tiré par les Sylvains. Comus et les Plaisirs l’accueillent. Mais Bacchus ne cherche que le repos. Bacchus confie à Mercure que sa gloire ne le satisfait pas. Mercure et Comus vantent les mérites d’une enchanteresse dont on aperçoit le palais. Érigone apparaît, richement parée et accompagnée de ses Nymphes. Bacchus s’enflamme pour celle qui a les charmes de Vénus et les traits de l’Amour. Érigone est celle que Bacchus recherchait pour connaître le bonheur. Bacchus appelle Ménades et Sylvains à célébrer le triomphe de l’Amour. Ballet.

Une version de concert a été jouée à Versailles en 1996 par le choeur Accentus et les Talens Lyriques.

 

les trois baisers du diable

C’est une « opérette fantastique » créée par le grand Jacques aux Bouffes Parisiens en 1857 que l’on a pu voir ces jours-ci mise en scène par Yves Coudray dans le cadre du festival d’Etretat (elle avait été montée l’an passé, mais nous n’en avions point eu vent, à Pourrières par « l’opéra au village« )

C’est l’histoire d’un suppôt de Satan qui cherche à dévoyer une âme pure, sans succès bien sûr !

Elle recèle comme souvent un air à boire, dont voici les paroles :

Le travail c’est la tristesse,
Le bon vin c’est la gaieté !
En buvant à la paresse
On boit à la liberté.
Soyons frères
Que nos verres
Soient pleins l’hiver comme l’été !
Si jamais triste et malade
L’amour passe à ton côté
Verse à boire au camarade
Le vin lui rend la santé.
 
Marc Larcher, « Jacques », et Marc Labonnette « Gaspard »
Mais la musique n’est pas celle de « le travail c’est la santé », d’Henri Salvador. En voici un court extrait :
On trouvera sur Gallica une adaptation des airs au piano par le fameux Musard  et un fichier midi