On joue ces jours-ci à l’Opéra Bastille cet opéra de Donizetti créé en 1840, qui mérite bien sa célébrité, par sa musique, ses morceaux de bravoure lyrique, son patriotisme post-napoléonien. C’est une histoire d’amour qui finit bien, au scénario complètement improbable mais bon.
Gaetano Donizetti, par Rillosi
L’armée napoléonienne est en campagne au Tyrol, (devenu brièvement bavarois en 1805), et la « fille du régiment » (Marie) enfant recueillie au berceau, est amoureuse d’un garçon du pays (Tonio) qui lui aurait sauvé la vie. Elle la lui sauve à son tour en en témoignant, et il rejoint le régiment… événement qu’il faut fêter un verre à la main bien sûr !
On a trouvé quelques interprétations de cette scène, comme cette version récente avec Marie – Kelly Curtin et Tonio – David Walton
SULPICE Allons, allons… pour fêter le sauveur De notre enfant, de notre fille !… Buvons, trinquons, à son libérateur ! Un tour de rhum : c’est fête de famille. A Marie, pendant que les soldats s’apprêtent à boire. Ensemble SULPICE Pauvre enfant, quelle ivresse S’empare de son cœur ! Cette folle tendresse Doit faire son malheur ! TONIO et MARIE Quel instant plein d’ivresse ! Ah ! je sens à mon cœur, Que sa seule tendresse Peut faire mon bonheur ! SULPICE à Tonio Allons ! trinquons à la Bavière, Qui va devenir ton pays ! TONIO avec force Jamais ! jamais !… plutôt briser mon verre !… CHŒUR Que dit-il ?… TONIO Que dit-il ?… A la France ! à mes nouveaux amis ! CHŒUR A la France, à la France !… à tes nouveaux amis !
On trouve cette injonction ancienne dans les Carmina potoria, chansons à boire du manuscrit trouvé en 1803 dans l’abbaye de Benediktbeuern, en Bavière, connu sous le nom (rendu fameux par Carl Orff) de Carmina Burana (nous en connaissons notamment le Bacche bene venies, au répertoire du Souffle de Bacchus).
Ergo bibamus, ne sitiamus, vas repleamus! Quisque suorum posteriorum sive priorum Sit sine cura morte futura re()peritura Ergo bibamus!
(Alors buvons, ne nous assoiffons pas, remplissons le vase ; que chacun n’ ait cure de sa mort future…)
Ergo bibamus – extrait du manuscrit
(On peut trouver ici le texte complet, plus facile à lire que le manuscrit)
Le groupe de rock néo-médiéval allemand Corvus Corax (le Grand Corbeau) l’a mis en musique. (Ci-dessous à Munich en 2009)
L’expression ergo bibamus a aussi inspiré Goethe. En 1810 il composa ce poème, qui sera mis en musique en 1813 par Max Eberwein le bien nommé, pour le choeur d’hommes de Carl Friedrich Zelter:
Hier sind wir versammelt zu löblichen Tun, Drum Brüderchen, ergo bibamus! Die Gläser, sie klingen, Gespräche, sie ruhn; Beherziget: ergo bibamus! Das heißt noch ein altes, ein tüchtiges Wort Und passet zum ersten und passet sofort Und schallet ein Echo, vom festlichen Ort, |: Ein herrliches: ergo bibamus! 😐
2. Ich hatte mein freundliches Liebchen gesehn, Da dach ich mir: Ergo bibamus! Und nahte mich traulich, da ließ sie mich stehn, Ich half mir und dachte: Bibamus! Und wenn sie versöhnet euch herzet und küßt, Und wenn ihr das Herzen und Küßen vermißt, So bleibet nur, bis ihr was besseres wißt, |: Beim tröstlichen Ergo bibamus! 😐
3. Mich ruft mein Geschick von den Freunden hinweg; Ihr Redlichen, ergo bibamus! Ich scheide von hinnen mit leichtem Gepäck, Drum doppeltes: ergo bibamus! Und was auch der Filz vom Leibe sich schmorgt, So bleibt für den Heitern doch immer gesorgt, Weil immer dem Frohen der Fröhliche borgt: |: Drum, Brüderchen: ergo bibamus! 😐
4. Was sollen wir sagen zum heutigen Tag? Ich dächte nur: ergo bibamus! Er ist nun einmal von besonderem Schlag, Drum immer aufs neue: bibamus! Er führet die Freunde durchs offene Tor, Es glänzen die Wolken, es teilt sich der Flor, Da leuchtet ein Bildchen, ein göttliches vor, |: Wir klingen und singen: bibamus!
« Ici nous sommes assemblés pour une action louable, chers frères : Ergo bibamus ! Les verres tintent, les causeries cessent : avec courage, ergo bibamus ! … » (d’après l’essai sur Goethe d’Edouard Rod 2014)
Herr Goethe, bibamus ! Voici une interprétation, avec la traduction en anglais, par le groupe Duivelspack.
En voici une autre version, beaucoup plus tonique et enlevée, dûe au compositeur allemand Peter Schindler, extrait de sa cantate Sonne, Mond und Sterne, par le Coro Piccolo Karlsruhe et l’Ensemble Camerata 2000.
On y aura remarqué, entre deux strophes, l’ insertion d’un extrait d’un autre poème de Goethe : Trunken müssen wir alle sein! (nous devons tous être ivres). Ceci mérite quelques éclaircissements.
Le grand poète allemand découvrit à un âge avancé l’éminent poète persan Hafez, qui vivait au 14ème siècle et dérogeait volontiers à la prohibition du vin, les lecteurs du bon clos le savent bien.
L’ensemble de l’oeuvre de Hafez constitue le Divan. Inspiré par sa poésie et sa philosophie, Goethe écrivit son « West-östlicher Divan », recueil de poèmes en 12 livres. Le 9ème est Saki nameh – Das Schenkenbuch (Le Livre de l’échanson). Plusieurs de ces poésies ont été mises en musique. Trunken müssen wir alle sein!en est une :
Trunken muessen wir alle sein! Jugend ist Trunkenheit ohne Wein; Trinkt sich das Alter wieder zu Jugend, So ist es wundervolle Tugend. Fuer Sorgen sorgt das liebe Leben Und Sorgenbrecher sind die Reben. Da wird nicht mehr nachgefragt, Wein ist ernstlich untersagt. Soll denn doch getrunken sein, Trinke nur vom besten Wein! Doppelt waerst du ein Ketzer In Verdammnis um den Kraetzer.
(Ivres, il faut que nous le soyons tous : la jeunesse est une ivresse sans vin ; si le vieillard redevient jeune en buvant, c’est une merveilleuse vertu ; la pauvre vie se tourmente à donner des soucis, et, les soucis, le pampre les chasse. On ne s’inquiète plus de cela ! Le vin est sérieusement défendu. S’il faut donc que tu boives, ne bois que du meilleur : tu serais un double hérétique, de te damner pour la piquette.)
Ce poème a été mis en musique par Hugo Wolf (1860-1903) à Vienne en 1890
sitz ich allein Wo kann ich besser sein? Meinen Wein Trink ich allein; Und niemand setzt mir Schranken; Ich hab so meine eignen Gedanken.
(Quand je suis seul à table, où puis-je être mieux ? Je bois mon vin tout seul ; nul ne m’impose de gêne ; je suis à mes pensées) (les traductions du Divan sont de Jean-Jacques Porchat )
le poème a été mis en musique par Robert Schumann.
Un peu plus loin,
Solang man nüchtern ist
[Solang]1 man nüchtern ist, Gefällt das Schlechte; Wie man getrunken hat, Weiß man das Rechte; Nur ist das Übermaß Auch gleich zuhanden: Hafis, o lehre mich, Wie du’s verstanden! Denn meine Meinung ist Nicht übertrieben: Wenn man nicht trinken kann, Soll man nicht lieben; Doch sollt ihr Trinker euch Nicht besser dünken: Wenn man nicht lieben kann, Soll man nicht trinken.
(Aussi longtemps qu’on est à jeun, on se plaît au mal ; dès qu’on a bu, l’on connaît le bien, seulement l’excès arrive aussi bien vite ; Hafiz, apprends-moi de grâce comment tu l’entendais. Car mon avis n’est pas exagéré : si l’on ne peut boire, on ne doit pas aimer ; mais, vous, buveurs, il ne faut pas vous croire en meilleure position : si l’on ne peut aimer, on ne doit pas boire.)
Ce poème a été mis en musique par HugoWolf (ici la partition)
et aussi par Mendelssohn, c’est bien plus « tonique « , non ?
Il reste à se défendre contre les critiques
Sie haben wegen der Trunkenheit Vielfältig uns verklagt Und haben von unsrer Trunkenheit Lange nicht genug gesagt. Gewöhnlich der Betrunkenheit Erliegt man, bis es tagt; Doch hat mich meine Betrunkenheit In der Nacht umhergejagt. Es ist die Liebestrunkenheit, Die mich erbärmlich plagt, Von Tag zu Nacht, von Nacht zu Tag In meinem Herzen zagt, Dem Herzen, das in Trunkenheit Der Lieder schwillt und ragt, Daß keine nüchterne Trunkenheit, Sich gleich zu heben wagt. Daß keine nüchterne Trunkenheit Ob’s nachtet oder tagt, Die göttlichste Betrunkenheit, Die mich entzückt und plagt.
(Ils nous ont fait mille reproches au sujet de l’ivresse, et n’en ont jamais assez dit sur notre ivresse. Pour l’ordinaire, on est enseveli dans l’ivresse jusqu’au matin, mais, cette nuit, mon ivresse m’a fait courir de tous côtés : c’est l’ivresse de l’amour qui cruellement me tourmente, et, du jour à la nuit, de la nuit au jour, tremble dans mon cœur, dans mon cœur, qui se dilate et s’élève par l’ivresse des chansons, si bien que nulle froide ivresse n’ose rivaliser avec elle. Ivresse de l’amour, des chants et du vin, qu’il fasse jour ou nuit, ivresse divine, qui me charme et me tourmente !)
(ce poème aurait aussi été mis en musique aussi par Otto Klemperer)
De ce qui précède, on pourra retenir ces deux maximes : « Si l’on ne peut aimer, on ne doit pas boire », et « Le vin est sérieusement défendu. S’il faut donc que tu boives, ne bois que du meilleur : tu serais un double hérétique, de te damner pour la piquette. »
Antonio Caldara (1670-1736) est un musicien et compositeur vénitien considéré au 18ème siècle comme le plus grand compositeur italien.
En plus de dizaines d’opéras, oratorios, messes, symphonies, cantates… il composa quelques canons dont le plus connu est sans doute Che gusto, un air à boire s’il en fut !
C’est du vénitien d’époque :
Quel plaisir incomparable, compagnons, que de manger et boire bien vite, quand il fait chaud. Mangeons, buvons, et puis nous danserons heureux avec nos femmes !
En voici une interprétation par le choeur virtuel des conservatoires de Montreuil et Romainville
et une autre par le Coro del Upter Canto e Discanto
Un autre canons bachique, Beveria, vante le Tokai.
Screenshot
Je boirais bien du Tokai, si tu m’en donnes un peu. Même à moi, qui ne suis pas un coq (?). Donnez m’en, donnez m’en… rien qu’un verre.
(Il en existe une adaptation en français : je boirai bien un doigt de ce bon vin d’Arbois…)
Voici une interprétation par le « Coro Modelli Unici « , avec en bonus Viva la bottiglia de Salieri)
Et voici l’interprétation d’un trio japonais
Un troisième canon, Il Dio d’amore, se cache dans le même recueil
Le Dieu de l’amour toujours blesse le coeur Mais une bonne liqueur atténue la douleur Buvons donc, buvons sans peur Soyons joyeux, buvons à toute heure !
Hélas, pas d’enregistrement en ligne. Pour revenir à Viva labotiglia de Salieri, pas besoin de traduction, son sens se comprend aisément !
Viva, viva la bottiglia, viva, viva l’alegria. Non più bella compagnia nel gran mondo non si dà. La bottiglia, l’alegria, non più bella compagnia nel gran mondo non si dá. Viva! Viva! No, no, no, no nel gran mondo non si dà.
Nous revoici à Bruniquel, où comme chaque année une oeuvre du maestro Offenbach est montée, avec toujours la même ferveur, le même enthousiasme de la troupe rassemblée autour de Frank T’Hézan et de Jean-Christophe Keck.
(Pour tout dire il l’a été déjà en 2008 à Bruniquel)
Résumons l’affaire : le comte Hector (Toto) qu’une vie dissolue a mis sur la paille, revient au village pour vendre son château. Vieilles rivalités, intrigues, invraisemblables péripéties et autres loufoqueries n’empêcheront pas qu’à la fin, c’est l’amour qui gagne !
Ce n’est peut-être pas une oeuvre majeure du maître, mais elle a ses mérites, dont une jolie chanson à boire à la fin du 2ème acte : Après la vente du château, Toto (Aude Fabre) fait apporter du vin et offre une tournée générale !
On peut aussi écouter cette version plus complète enregistrée sous la direction d ‘Alfred Herzog en 2002-2003 (Laetitia Ithurbide est Hector de la Roche-Trompette, dit Toto). Et merci à l’ami Bernard de nous l’avoir transmise.
(On trouvera le livret de Meilhac et Halévy sur Wikisource)
C’est du vin, oui, du vin, Et quel vin, du vin fin. Ils tremblaient / Ils craignaient Qu’on portât / De l’orgeat. Car l’orgeat / On sait ça, Fait mal à / L’estomac. Le vin vieux / Vaut bien mieux Et nous rend / Bien portant. Boire trop /De sirop Affadit, / Refroidit, Mais on peut / Tant qu’on veut, Sans danger, / Se gorger De bon vin ; / C’est très-sain. Et ça fait / Que l’on est Tout à fait / Guilleret.
On appréciera ces vers à 3 pieds !
Bons villageois tendez vos verres Et buvez le vin de mes pères. Buvons, buvons, mes chers amis, Buvons, et ceux qui seront gris Dans des voitures seront mis, Et chez eux seront reconduits ; Dans leurs lits on les couchera, Toute la nuit on dormira, Et quand le jour reparaîtra, Qui voudra se regrisera
(Sadressant aux bouteilles).
N’ayez pas peur, mes bonnes vieilles, Avec respect on vous boira ? Jeunes filles, vieilles bouteilles. La vie est douce avec cela. Buvons mes chers amis, etc.
Les participants, artistes, figurants, spectateurs le savent : le bonheur est là ! Si chaque spectacle se termine par un souper chantant dans les ruines du château et se conclut aux accents du Se Canto, il nous a semblé qu’il manquait une antienne pour accompagner le festival.
On propose donc cette petite composition ,à chanter sur l’air entrainant de la samba brésilienne de Francis Lopez.
Chaque année à Bruniquel On rejoue les immortelles Les opérettes à papa Qui nous laissent baba En dansant sur les pas D’ Offenbach
Chaque été au festival C’est la même bacchanale De tous les enamourés Qui reviennent chanter Car le bonheur est là Ici-bas
Il y a là les vieux de la vieille Les jeunesses, les merveilles Les artistes, les mécènes Et tous ceux qui reviennent Chaque soir par centaines Vivre ça
C’est une oeuvre magnifique Digne des jeux olympiques Quoique de modeste ampleur Car elle unit les coeurs Et prouv’ que le bonheur Il est là
Le concert de Willie Christie et de ses Arts Florissants tenu mardi 25 juin à la Cité de la Musique nous a révélé des parodies bachiques, sorte de goguettes qui détournent des airs d’opéra ou d’opéra-comique.
C’était l’habitude à l’époque classique, où il y avait sans doute plus de rimeurs que de compositeurs et où la reprise d’airs connus du public rendait plus facile la diffusion des nouvelles chansons.
Judith le Blanc a étudié ce phénomène. Dans son article : Le phénomène parodique, révélateur et catalyseur des succès de l’Opéra, elle constate que « Lully est également le compositeur le plus parodié au sens musical du terme, sous la forme de pièces détachées, pendant toute la première moitié du xviiie siècle « , et que « les airs de Lully se diffusent en revanche à la fois horizontalement et verticalement, leur simplicité, leur universalité et leur qualité mnémotechnique, ayant le pouvoir – sinon le charme – de rendre les frontières sociales poreuses « depuis la Princesse jusqu’à la servante de cabaret »
« Pour qu’un opéra ait du succès, il faut en effet que le public puisse s’en approprier des airs, autrement dit, il faut qu’il soit un réservoir de tubes. Un opéra n’a de succès que si le public de l’époque sort du théâtre en en fredonnant certains airs. » « Tout est fait pour faciliter l’apprentissage et la participation du spectateur chantant.»
Pour aller plus loin, voir aussi l’ouvrage publié par Judith le Blanc chez Garnier classiques :
Avatars d’opéras, Parodies et circulation des airs chantés sur les scènes parisiennes (1672-1745)
Les parodies chantées par les Arts Florissants sont dans le recueil « parodies bachiques, sur les airs des symphonies des opéra », paru en 1696.
Il fait la part belle à Lully. Mais les airs joués par les Arts Florissants sont de Marc-Antoine Charpentier (Médée, I : chi témé d’amore =malgré l’esclavage ; III : second air des démons= que sur mer et sur terre ) et de Henry Desmarest (Circé, V: le prélude des vents= lorsque je suis au cabaret). Pas de signature pour les textes, mais des initiales : M.R et Md’Y.
Dommage de ne pas avoir d’enregistrement de ces parodies. Mais on peut écouter les airs originaux, en chantonnant les parodies :
Chi teme d’amore, par le concert spirituel
Malgré l’esclavage où l’amour t’engage De ce doux breuvage Parbleu tu boiras
Le second air des démons, Par les arts florissants
Le prélude des vents, par Boston Early Music Festival Orchestra
Lorsque je suis au cabaret A l’ombre d’un buffet Je me moque du temps…
D’une trop c courte vie, rions et chantons, Vuidons les flacons…
A noter, parmi les dizaines de parodies répertoriées dans le recueil de monsieur Ribon, cette mention du rouge bord dont nous avons parlé il y peu.
Amis je bois un rouge bord, secondez mon effort
Pour les gastronomes, des parodies ont été écrites pour accompagner des recettes de cuisine. Voici le festin joyeux, publié en 1738, (déjà rencontré).
A le parcourir, on réalise que c’est quand même quelque chose, la gastronomie française ! et qu’elle vient de loin…
Pour les amateurs de cuisine au vin, on recommandera par exemple :
Les pigeons au soleil La galantine de poisson Le brochet rôti à la Bavière La matelote aux petits oignons Les soles à l’espagnolle la carpe farcie à l’angloise les truites aux huitres La barbue au court-bouillon les soles à la sainte Menou l’anguille à l’angloise les lottes à l’allemande les vives aux truffes vertes la terrine de poisson Le faisan à la sauce à la carpe, La hure de sanglier, La teste de boeuf à l’angloise Les andouilles de porc Les pieds à la Sainte Menou Les lapereaux à l’espagnole
Elle est au répertoire du Souffle de Bacchus, l’ensemble vocal des Echansons de France.
Béranger a simplement repris un air connu, comme il était d’usage à l’époque : » l’air de la catacoua » , déjà utilisé dans une pièce créée en 1786, « Constance » (source : la base de données théâtre et vaudevilles Théaville), sans doute encore plus ancien.
L’intéressant est qu’un siècle plus tard, en 1913, Camille Saint-Saëns s’empare du sujet et compose sa propre version, qui n’a rien à voir avec l’air classique. En voici quelques interprétations
Celle des Polyphonists, à Emmanuel Episcopal Church in Baltimore, Maryland
C’est une chanson qui peut paraitre un peu fruste, mais elle a ses lettres de noblesse. La Circassienne ou varsovienne (d’autres disent valsovienne) est une danse, une mazurka, ramenée de Pologne par les soldats de Napoléon. Les paroles sont simples :
T’es saoul bonhomme (ter) t’as bu T’as bu bonhomme (ter) t’es saoul..
Elle a été très populaire, notamment en Saintonge et dans le Poitou, et en pays de Brive
Oya Kephale, cette joyeuse troupe lyrique amateur qui nous ravit régulièrement avec des opérettes, opéras-bouffes et comiques (barbebleue en 2022, les brigands l’an dernier), revient au théâtre Armande Béjart d’Asnières avec une oeuvre tardive (1878) d’Offenbach, Madame Favart. Une pépite à ne pas négliger ! C’est jusqu’au 25 mai !
Basée sur l’histoire vraie de Justine, célèbre artiste des années 1750,
épouse de celui qui a donné son nom à la salle de l’opéra-Comique de Paris, Charles Simon Favart,
c’est une histoire rocambolesque où l’on trouve des puissants libidineux (le maréchal de Saxe et le gouverneur d’Artois) qui seront ici mis en échec par cette fine mouche.
Une scène enlevée nous la montre, dans une auberge, charmant les gardes lancés à sa recherche avec des airs populaires (Fanchon, ma mère aux vignes m’envoyit).
MADAME FAVART, CHŒUR DES SOLDATS.
A l’auberge de Biscotin On boit, dit-on, d’excellent vin ! Nous sommes rompus et pour cause, Il faut ici qu’on se repose, Reposons-nous, le verre en main, A l’auberge de Biscotin !
Le vin coule à flot et les gardes seront bientôt gris…
MADAME FAVART, gaîment.
Tendez vos verres… il faut boire !
Elle verse à boire.
TOUS. Buvons, buvons à pleins verres, Aimable et jeune beauté, En braves, galants militaires Nous allons boire à ta santé !
MADAME FAVART, versant.
Buvez, buvez, buvez encore ! Buvez, buvez, buvez toujours !
LE SERGENT, se levant en chancelant.
Ah ! palsanguienne ! je t’adore ! Verse, déesse des amours !
Il tend son verre.
MADAME FAVART, versant. Buvez encore ! Buvez toujours !
LES SOLDATS, buvant et chancelant Buvons encore !Buvons toujours !
MADAME FAVART, bas à Biscotin. Ils sont tous gris !
Au 2ème acte, une autre scène montre les marmitons porteurs de bons mets, appelés par le mari Favart qui n’en peut mais, envahir la scène pour circonvenir un gouverneur bien entreprenant.
LES MARMITONS, entrant et entourant Pontsablé.
Pour que Bacchus le tienne en joie, Nous apportons à monseigneur D’excellents gâteaux de Savoie, Vins exquis et fine liqueur !
version de 2019 à l’opéra Comique
(Spoiler : Le gouverneur n’arrivera pas à ses fins, il sera même démis par le roi)
Quant au maréchal de Saxe, si on ne le voit pas sur scène, il ne lâchera pas l’affaire dans la vraie vie. Mais c’est une autre histoire.
Comme tous les rounds, les catches sont des pièces qui peuvent être répétées indéfiniment et dans lesquelles les différentes voix entonnent la même mélodie à la même hauteur mais en commençant à chanter avec un décalage temporel.
L’origine du terme est floue, il pourrait dériver de l’italien caccia (canon populaire en Italie dès le 14ème siècle, une voix chassant l’autre), ou encore se référer aux saisies du motif par les différentes voix qui attrapent (catch) le flux musical.
The Catch Book : 153 Catches Including the Complete Catches of Henry Purcell de Paul Hillier (1987) (ouvrage consultable à la Médiathèque musicale de Paris).
Henry Purcell en composa de nombreux, une cinquantaine, certains faisant référence au vin dans leur titre, mais bien d’autres aussi dans le texte et les partitions.
Come let us drink, ’tis is vain to think like fools on grief or sadness, let our money fly, and our sorrows die, all worldly care is madness,
But wine and good cheer will, in spite of our fear, inspire our hearts with mirth, boys, the time we live, to wine let us give, since all must turn to earth, boys,
Hand about the bowl, the delight of my soul, and to my hand commend it, a fig for chink! ’twas made to buy drink, and before we go hence we’ll spend it.
Buvons, laissons filer argent et soucis, le vin et la bonne chère inspirent nos coeurs, adonnons au vin, car tout retourne à la terre…
« Down, down with Bacchus » (1693) (Z 247)
Down, down with Bacchus, down, down with Bacchus: from this honor Renounce, renounce the grape’s tyrannick pow’r; Whilst in our large, our large confed’rate bowl, and mingling vertue, chear the soul.
Down with the French, down with the French, march on to Nantz, For whose, for whose dear sake wee’l con’quer France; And when, when th’inspiring cups swell high, their hungry, hungry juice with score, with score defy.
Rouse, rouse, rouse, rouse royal boyes, your forces joyn To rout, to rout the Monsieur and his wine; Then, then, then, then the next year our bowl shall be quaff’d, quaff’d under the vines in Burgundy.
A bas Bacchus et le pouvoir tyrannique de la grappe ! A bas les Français ! Debout ! mettons en déroute le Monsieur et son vin !
« Drink on till night be spent » (1686) (Z 248)
…and sun do shine Did not the gods give anxious mortals wine To wash all care and trouble from the heart ? Why then so soon should jovial fellows part ? Come, let’s give bumper to the next give way Who’s sure to live and drink another day.
Buvons jusqu’au jour ce vin qui nettoie le coeur de tous les soucis, pourquoi se séparer ?
Ecouter aussi l’air à la guitare joué par Noël Akchoté
He that drinks is immortal (1686) (Z 254)
He that drinks is immortal, and can never decay, For wine still supplies, what age wears away. How can he be dust, that moistens his clay?
(celui qui boit est immortel, le vin apporte ce que l’âge emporte)
« Bacchus is a power divine » (Z 360) (celui-ci n’est pas un « catch« , mais un simple « song« )
Bacchus is a pow’r divine, For he no sooner fills my head With mighty wine, But all my cares resign, And droop, then sink down dead.
Then the pleasing thoughts begin, And I in riches flow, At least I fancy so.
And without thought of want I sign, Stretch’d on the earth, my head all around With flowers weav’d into a garland crown’d. Then I begin to live, And scorn what all the world can show or give.
Let the brave fools that fondly think Of honour, and delight, To make a noise and fight Go seek out war, whilst I seek peace and drink.
Then fill my glass, fill it high, Some perhaps think it fit to fall and die, But when the bottles rang’d to make war with me, The fighting fool shall see, when I am sunk, The diff’rence to lie dead, and lie dead drunk.
« Once in our lives let us drink to our wives » (1686) (Z 264)
Buvons à nos femmes… Une interprétation feminine, pourquoi pas ?
Et une singulière interprétation, dramatique, de ce catch humoristique par le poète russe Mikhail Chtcherbakov.
Once in our lives, Let us drink to our Wives, Though their numbers be but small; Heaven take the best, And the Devil take the rest And so we shall get rid of them all: To this hearty wish, Let each man take his dish, And drink, drink till he falls!
« Great Apollo and Bacchus » (Z 251)
Great Apollo and Bacchus one night did dispute… ( les suiveurs qu’Apollon adorent aussi Bacchus !)
« I gave her cakes and I gave her ale » (1690)Z 256
Celui-là parle de bière et de sherry, et de baisers…
« Let us drink to the blades » (1691) Z 259 Buvons à nos lames (au siège de Limerick en 1691)
« Now, now we are met and humours agree » (1688) Z 262
Now now we are met and humours agree, Call, call for wine and lose no time, but let’s merry be ; Fill, fill it about, to me let it come, Fill the glass to the top : I’ll drink every drop supernaculum * A health to the King, round, round, let it pass, Fill it up and then drink it off like men, never balk your glass
to the last drop —used chiefly in the phrase to drink supernaculum
A la santé du Roi, faites passer, remplissez et buvons comme des hommes…sans jamais refuser un verre…
Sum up all the delightsZ275 « A solid enjoyment of bottles and friend … None like wine and true friendship are lasting and pure … Then fill up the glasses until they run o’er Friend and good wine are the charms we adore » (l’amitié et le vin sont les seuls délices qui durent… alors remplissons nos verres°
Et voici pour finir quelques Catches d’autres auteurs trouvés dans « The Catch Book » (le nombre entre parenthèses correspond au classement du Catch Book)
(1) ->Call George again, boy, And for the love of Bacchus, call George again George is a good boy and draws us good wine, Then fills us more claret our wits to refine…
(10) -> drink or dy, doctor tell what will make a sick man well ?
John Eccles (1668-1735)
(41) -> Brisk man never made a mortal stupid Drink, drink, drink… while sober sots look pale, Condemned to claps ans soggy ale…
Anonymouc (Purcell ??) (116) -> Say good Master Bacchus a stride on your butt Since our Champagne’s all gone and our claret ‘run out Which of all the brisk wines in your empire that grow will serve to delight your poor drunkards below? Resolve us grave sir and soon send it over lest we dye of the sin of being sober..
Décidément, ce poète est présent dans nos colonnes. Nous citions il y peu son repas ridicule, à propos de l’expression « rouge-bord », et plus anciennement une chanson à boire, écrite à 17 ans, « au sortir de mon cours de philosophie« .
Philosophes rêveurs, qui pensez tout savoir, Ennemis de Bacchus, rentrez dans le devoir: Vos esprits s’en font trop accroire. Allez, vieux fous, allez apprendre à boire. On est savant quand on boit bien: Qui ne sait boire ne sait rien.
S’il faut rire ou chanter au milieu d’un festin, Un docteur est alors au bout de son latin: Un goinfre en a toute la gloire. Allez, vieux fous, allez apprendre à boire. On est savant quand on boit bien: Qui ne sait boire ne sait rien.
Cette « chanson à boire du bon vieux temps » a été mise en musique « à l’ancienne » par Camille Saint-Saëns en 1885 (voir la partition ici)
Boileau en a écrit deux autres, dont on ne connait pas de musique…
Chanson A Boire II (vers 1653-56)
Soupirez jour et nuit sans manger et sans boire; Ne songez qu’à souffrir; Aimez, aimez vos maux, et mettez votre gloire À n’en jamais guérir. Cependant nous rirons Avecque la bouteille, Et dessous la treille Nous la chérirons.
Si sans vous soulager une aimable cruelle Vous retient en prison, Allez aux durs rochers, aussi sensibles qu’elle, En demander raison. Cependant nous rirons Avecque la bouteille, Et dessous la treille Nous la chérirons.
Chanson à boire III (1672)
Celle-là demande quelques explications : le château de Basville, sur l’actuelle commune de Saint-Chéron dans l’Essonne, appartenait à Guillaume Ier de Lamoignon, marquis de Basville, magistrat français, premier président du Parlement de Paris, nommé par Mazarin. Il y recevait ses amis gens de lettres, notamment Boileau avec qui il était très lié. Arbouville, un de ses parents. On devait bien boire à sa table ! Bourdaloue (à Paris) et Escobar (à Valladolid) étaient des prédicateurs de renom. Le second jugé laxiste eut ses oeuvres condamnées par le pape Innocent XI.
Que Bâville me semble aimable, Quand des magistrats le plus grand Permet que Bacchus à sa table Soit notre premier président! Trois muses, en habit de ville, Y président à ses côtés: Et ses arrêts par Arbouville Sont à plein verre exécutés. Si Bourdaloue un peu sévère Nous dit, Craignez la volupté; Escobar, lui dit-on, mon Père, Nous la permet pour la santé. Contre ce docteur authentique Si du jeûne il prend l’intérêt, Bacchus le déclare hérétique, Et janséniste, qui pis est.
Terminons cet article avec une chanson anonyme du 18ème siècle, mise en musique par Erick Satie dans son recueil de chansons (1920) :
C’est mon trésor, c’est mon bijou, Le joli trou par où Ma vigueur se réveille… Oui, je suis fou, fou, fou, Du trou de ma bouteille.