A Tenerife

Cette grande île des Canaries bénéficiait d’un climat clément en ce mois de mars, alors qu’ailleurs on se gelait. Une bonne raison pour y faire un tour et voir ce qui pourrait intéresser les lecteurs du bon clos…

Il y avait de quoi faire en effet dans cette île conquise par les Espagnols à la fin du 15ème siècle, et où la vigne et le vin ont été de première importance et largement exportés pendant 200 ans, jusqu’à ce que les vins du Portugal et d’Andalousie viennent les concurrencer auprès des Anglais.

Nous y avons médité sur d’antiques adages…

« avec du bon vin, on fait du chemin »

« Qu’il ne se plaigne de son destin, celui qui vit d’amour et de vin »

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Vous avez dit 75cl ?

Pourquoi les bouteilles de vin ont-elles une capacité de 75 centilitres ? Voila une question qui « fait le buzz », comme on dit, et auxquelles les réponses les plus folles sont apportées.

C’est à cause de la capacité respiratoire des souffleurs de verre,  dit-l’un.

C’est dans un but prophylactique, en référence au psaume 75 de David, dit l’autre.

Ne dit-il pas (verset 9) :

Il y a dans la main de l’Éternel une coupe,
Où fermente un vin plein de mélange,
Et il en verse:
Tous les méchants de la terre sucent, boivent jusqu’à la lie..

C’est parce que la France est un pays centralisé, a-t-on entendu dire aussi. Paris a imposé son numéro départemental, 75, Lyon défendant son pot (69 cl ?) et Bordeaux sa fillette (33).

Allons donc, la réponse est bien plus simple. Mais d’abord, pourquoi ce buzz ?

Le bon clos est allé enquêter, voici ses constatations.
Le 16 mars 2005, lors de la présentation au Conseil Interprofessionnel du Vin de Bordeaux de leur étude sur l’histoire de la bouteille bordelaise, deux retraités de Saint-Gobain, MM. Dominique Dabas et André Orsini, se sont trouvés confrontés à une question imprévue : pourquoi 75 cl ?

 Trois ans plus tard, le 14 décembre 2008, ils publiaient dans la revue Verre de l »Institut du Verre une réponse circonstanciée que l’on ne peut qu’inciter nos lecteurs à consulter sur le site de l’Amicale des Retraités du Groupe Saint-Gobain. En résumé : à partir du 17ème siècle, la capacité des bouteilles de verre a longtemps varié, d’une part parce qu’une fabrication uniforme n’était pas possible techniquement, d’autre part en raison des multiples coutumes et spécificités régionales.

En Bordelais, l’export vers les pays anglo-saxons a privilégié la contenance du « quart populaire » anglais, soit un peu plus de 75 cl. Mais les capacités sont différentes ailleurs.
Une réglementation nationale commence à se mettre en place au 19e siècle avec la loi de 1866 qui indique, pour la champenoise et la bourguignonne, le chiffre ras bord de 80 cl, et pour la bordelaise de 75 cl.
Ce n’est qu’au 20ème siècle en particulier avec le décret de 1963 que la contenance de 75 cl en liquide (hors bouchon) s’est imposée presque partout pour toutes les bouteilles…

On trouvera sur le site du Musée de la Sommellerie Française une très intéressante chronologie  de l’histoire de la bouteille.
Et pour les passionnés, nous recommandons l’étude d’Olive R. Jones,

les bouteilles à vin et à bière cylindriques anglaises 1735-1850

accessible sur le site de la Society for Historical Archaelogy.

C’est un travail très sérieux. Par l’examen de 211 bouteilles anciennes cachetées et datées, et de 127 bouteilles entières non datées, l’auteur a mis au point une formule permettant d’estimer la capacité d’une bouteille, et trois formules permettant d’estimer la date approximative de fabrication des bouteilles, tessons de col et tessons de cul. Les pages 115 et suivantes traitent de la capacité. La clé de notre problème s’y trouve:

« Le gallon à vin de la reine Anne, légalisé en en 1706 et dont la capacité est de 231 pouces cubes (soit 3,7854 l), est apparemment destinée à mesurer le vin, le cidre, les spiritueux etc. [… ]
De nombreuses pintes sont reconnues officiellement, mais « Une pinte jouit d’une grande popularité,  non seulement en Angleterre mais aussi en Europe. Cette pinte, qui contient 757 cl, est encore utilisée de nos jours dans sa version moderne de 750 ml. »
La désignation « reputed quart » a été retracée jusqu’en 1824 pour qualifier cette pinte.

Et comme avec les anglais rien n’est simple,

« cinq bouteilles réputées mesurer une pinte doivent être considérées comme équivalentes à un gallon ». (et en effet, 5*0,757=3,785).

En 1824 un nouveau gallon, le gallon impérial, pesant exactement dix livres, est défini. Sa capacité est de 277,42 pouce cube, soit de 4,5461 l. Maintenant ce ne sont plus cinq mais six« reputed quart » qui font un gallon impérial (6*0,757=4,542)

 

 

 

Que vaut une bouteille de vin de Clamart ?

Voila bien une question que l’on entend souvent.

Mais non, nos bouteilles de vins de confréries franciliennes ne sont pas à vendre, il s’agit d’un produit culturel produit en petite quantité et non commercialisable (à l’exception notable du vin de Suresnes qui fait cavalier seul en Ile-de-France).

Bien sûr on peut en offrir exceptionnellement en échange d’une « donation ». Mais que vaut vraiment une bouteille de vin de Clamart ?

Plusieurs paramètres entrent ici en ligne de compte : la valeur gustative, la rareté, la réputation, l’état  de l’acheteur…

Ainsi lors de ventes aux enchères on a pu voir s’envoler des bouteilles jusqu’à plusieurs dizaines d’euro.

Un document récemment découvert, et porté à notre connaissance par l‘association des Amis de Clamart, que les lecteurs du bon clos connaissent bien, peut éclairer notre lanterne.

Il s’agit d’un acte d’attestation, datant du 12 août 1675.

ACTE D’ATTESTATION DU 12 AOUST 1675
Pour justifier du prix des vins     par henry Berthelot et Vinssant Leriche
Ce jour dhuy douziesme Jour daoust mil six cent soixante et quinze sont comparus par devant moy  Martin Puthomme nottaire au Chatellet de Paris et garde du petit scel, greffier et tabellion en la prévosté de Clamard, soubsigné :  henry Berthellot marchand boucher demeurant à Clamard et Jean Couré l’aisné vigneron demeurant audit lieu.
Tous deux fermiers des dismes bleds et vins de la paroisse de Clamard, en l’année mil six cent soixante et douze, et Vincent Le Riche cy devant greffier au baillage de Meudon y demeurant.
Lesquels ont attesté et affirmé en leur conscience que les vins du cru de Clamard et Meudon ont valu de depuis dix sept livres le moindre, jusque a vingt quatre le meilleur pour en avoir lesdits Berthellot et Couré ; celuy qu’ils ont  recueilli, tant de leur avis que de toutes dismes, la somme de vingt deux livres le muid.
Ont afirmé veritable par devant moy tabellion soubsigné quy ay délivré le présent certifficat au Sieur dallaise du moistié, pour luy servir et valloir ce que de raison.
Approuvé Martin Puthomme en presence de Jean Puthomme et de messire Leonard Lionet, tesmoings qui ont signé et ledit gouré a déclaré ne scavoir escrire ny signer, de ce, interpellé pour satisfaire a la nouvelle ordonnance , et demeure ledit Jean Puthomme audit Clamard et ledit Lionet a Paris rue d’Orléans paroisse St Eustache.

Nous lisons bien : de 17 à 24 livres le muid (un muid correspondait à 268,220 litres (huit pieds cubes) à Paris au 17ème siècle). Soit 0,063  à 0,09 livre le litre.

Deux questions peuvent se poser : Comment se situait ce vin par rapport à ses contemporains ? Et combien vaudrait-il en euro d’aujourd’hui ?

Sur le site http://www.history.ubc.ca obligeamment recommandé par l’amie historienne Sabine, on peut trouver des données comparatives, par exemple :

– en 1601, le prix du litre de vin à Paris était de … 0,063 livre de Paris par litre.

(source : Georges D’Avenel, Histoire économique de la propriété, des salaires, des denrées et de tous les prix en général depuis l’an 1200 jusqu’en l’an 1800 par le vicomte G. d’Avenel, 7 vols. (Paris, 1894-1926; reprint, New York, 1968-69), 4: 181-241.)

Si l’on se réfère à l’étalon argent, la livre tournoi avait perdu environ 1/3 de sa valeur entre 1601 et 1675 (voir le tableau de référence sur www.histoirepassion.eu). Ce chiffre peut donc être réévalué à 0,095 livre 1675.

Il y a par ailleurs de nombreuses incertitudes car le prix du vin fluctuait en fonction des récoltes…

– En 1675 en Avignon,le prix du litre était de 0,036 livre (il en valait 0,038 en 1601)

(source : René Baehrel, Une croissance: La basse provence rurale de la fin du XVIe siècle à 1789, 2 vols (Paris, 1961; reedition, 1988), 1: 560 )

– En revanche, certains grands crus du Bordelais se négociaient à des prix nettement plus élevés : ainsi le tonneau de margaux ou de latour (225 litres) pouvait valoir 2400 livres en 1784 (soit 1500 livres de 1675 compte tenu de l’inflation, il n’en reste pas moins, nous sommes dans un rapport de un à cent, n’est-ce pas comme aujourd’hui ?)

(source : La France d’Ancien Régime: Textes et documents, 1484-1789)

Mais que valait une livre eu euro d’aujourd’hui ?

Vaste problème. Le site histoire.passion.eu propose plusieurs méthodes pour l’estimer : par rapport à l’étalon argent  ; par rapport au prix d’un produit « courant » (comme une douzaine d’oeufs, ou une berline) ; par rapport au revenu horaire d’un ouvrier… Nous ne tomberos pas dans ce marécage. Si l’on s’en tient à l’étalon argent : une « livre tournoi » valait 2,1 à 2,37 euro . Soit un prix au litre de vin de Clamart de 0,14 à 0,2 euro.

Ce prix est à rapprocher de celui du vin en vrac actuel, tel que présenté par Franceagrimer pour novembre 2012 : 73 euro l’hecto, soit 0,73 le litre de vin IGP rouge ou rosé (0,84 pour le blanc, 0,60 pour le vin sans IG)

On l’aura compris, en ces temps reculés, à l’aune d’aujourd’hui, le vin de Clamart et de Meudon ne valait pas tripette… Ce devait être un vin honnête, courant, comme les gros bataillons des 30 millions d’hectolitres que produisaient  2 à 3 millions de vignerons au 18ème siècle

(cf. l’article de Lucien Fèbvre sur l’ouvrage de Camille-Ernest Labrousse paru dans Annales, Economies, Sociétés, Civilasations, 1947, vol.2, pp 281-287)

Et nous ne sommes guère plus avancés pour répondre à la question-titre !

 

 

 

 

 

 

Soirée musicale à la Tour Jean Sans Peur

Pour clôturer le cycle de manifestations organisées autour de l’exposition « le vin au Moyen-Age » dont nous avons rendu compte, l’équipe de la Tour Jean Sans Peur avait fait venir Béatrice Gaussorgues et son choeur Montorgueil,

pour régaler le public d’un concert de musique vocale ancienne.

On entendit ainsi :

« Qui veut chasser une migraine…« , de Gabriel Bataille, vers 1600, popularisé par Tri Yann, connue des habitués du bon clos...

« Hoy comamos, hoy bebamos… » de Juan del Encina ( fin 15ème début 16ème, Cancionero del Palacio, n°357 dans un recueil d’époque de plus de 400 chansons) : « mangeons, buvons, chantons, amusons nous, car demain nous jeûnerons... » (paroles en espagnol là)

« ‘tis women makes us love« , d’Henry Purcell, fin 17ème : « des femmes nous tombons amoureux, l’amour nous rend malheureux, de tristesse nous buvons, et la boisson nous rend fous… (les échansons du Souffle de Bacchus reconnaitront l’air sur lequel ils chantent l’hommage à Saint-Vincent)

le Tourdion (« quand je bois du vin clairet… « anonyme du 16ème siècle, publié par l’imprimeur Pierre Attaingnant) ;

Ô Bacchus de Laurent Gervais de Rouen, vers 1700 ; en voici un extrait

« mon mary va à la taverne… » (anonyme du 16ème siècle)

pour finir avec  le bien connu « Chevaliers de la table ronde », et  « remply ton verre vide.. » …vide mon verre plein… (chanson à boire du 17ème) , entonnés par le public ravi.

Beaucoup de ces oeuvres, chantées par de multiples formations, sont accessibles en ligne, nous en donnons quelques aperçus en fin d’article

Une dégustation de vins d’appellation moyenâgeuse (Saint-Pourçain, Cabernet d’Anjou, Hautes Cotes de Beaune) accompagnait ce concert.

Et en guise de « boute hors », c’est  un vin doux naturel de Maury (la Preceptorie), accompagné de gâteau au chocoloat, qui  fut offert pour « bouter hors » le public. La classe !

Eustache Deschamps

Voici le poète le plus prolifique du 14ème siècle, il a écrit par centaines rondeaux, ballades et virelays, ses oeuvres complètes tiennent en onze volumes. Etablies et commentées par le marquis de Queux de Saint-Hilaire et Gaston Raynaud, elles sont consultables à la Bibliothèque Historique de la Ville de Paris.

cette image est présentée sur plusieurs sites comme représentant Eustache Deschampssans garantie

Nous l’avons rencontré il y a quelques semaines lors d’une conférence à la Tour Jean Sans Peur sur les vins « français » au Moyen-Age, décriant la Brie et sa froidure.

« Le corps me rompt, le cuer me crie,
Quand je pense au pays de Brie:
Durs vins y a, neant charnus,
Apres de goust, de liqueur nus ; »

Eustache Morel dit « des champs » naquit dans les années 1340 à Vertus en Champagne.

Je fu jadiz de terre vertueuses
Nez de Vertus, le païz renommé,
Ou il avoit ville tres gracieuse
Dont li bon vin sont en maint lieux nommé…
Dehors Vertus ay maison gracieuse
Maison des Champs l’ont pluseur appelé.
Ballade 250.

Sa langue est assez différente de la notre, mais quand même assez intelligible avec un peu de concentration.

Il est considéré comme le père de la chanson à boire, et a inspiré, dit-on, Olivier Basselin. En tout cas, cet homme ne se mettra pas à table si le vin n’y est pas !

Le voilà qui apprécie la profession de foi de frère Bernars : tousjours assez boire de vin, plutôt que de conquérir les  pays étrangers, d’avoir louange et prix, richesse, puissance, amis…

Marié lui-même, avec bonheur semble-t-il, Eustache Deschamps n’a cesse de décrier le mariage. « Avoir tel femme n’est pas sain » qui n’est satisfaite que si elle dispose de…

Pour rester en bonne santé, il nous conseille le vin rouge léger coupé d’eau fraîche… hélas, il faudra renoncer aux vieux fromages, et au gros vin vermeil…

Le vin peut aussi servir de remède…

Mais attention au vin trop vert, « dont je suis presque mors » !

Et que boire quand il fait chaud ? « remede nul n’y a que boire fort » !

Ne quittons pas Eustache Deschamps sans passer par le château de Cachan, aujourd’hui disparu. Entouré de vignes, à une lieue seulement de Paris, « je n’en scay nul plus propre que Cachant »

 

 

 

Des vignes aux barricades

C’est le thème d’une exposition qui se tient au Pavillon de l’Ermitage, délicieuse « folie » de style Régence, dernier élément du domaine de Bagnolet, « près du village de Charonne ».

C’est de ce village de Charonne qu’il est donc question.

Voici à quoi pouvait ressembler le paysage à l’époque (extrait des quatre saisons de Carmontelle, oeuvre peinte sur un support transparent conservée au domaine de Sceaux)

 

 

Symbolique du tonneau

Ce mercredi 3 octobre à la Tour Jean Sans Peur, c’était le tour de l’historien médiéviste Michel Pastureau d’éclairer un fidèle public sur la symbolique du vin au Moyen-Age.

Ne disposant que d’une heure, il a choisi de consacrer son exposé au tonneau, et d’aborder aussi la figure de l’ivrogne.

Ce récipient, fut semble-t-il inventé  par les celtes (les rhètes peut-être). On le rencontrait déjà en Etrurie et jusqu’en Scandinavie plusieurs siècles avant notre ère. Plus solide, plus maniable, il a fini par supplanter l’amphore traditionnelle à la fin de l’Empire Romain.

Servant à conserver le sel, les grains,  les aliments aussi bien que le vin et autres liquides, ou encore des objets de valeur (livres, vaisselle, fourrures, monnaie…), il s’est rendu indispensable au Moyen-Age et faisait vivre toute une population de tonneliers attelés à sa fabrication et à son entretien.

Côté symbolique, il partage avec les autres récipients les notions de protection, d’abri (voir le tonneau de Diogène), de cachette (ainsi saint Cénéri en Italie), mais ausi de miracle (morts retrouvant la vie dans la légende des 3 enfants de saint Nicolas, tonneaux remplis par miracle) et de métamorphose.

Il est aussi assimilé à une barque : c’est un vaisseau (vessel, etymologiquement lié à vase). Des histoires de navigation miraculeuse abondent, comme celle de Saint Antonin, navigant décapité dans un tonneau sur l’Ariège, de saint Brieuc, retournant de Bretagne au pays de Galles sur un tonneau…

Fait de bois, matériau vivant, le tonneau symbolise aussi richesse et abondance, voir l’avarice (cf la cathédrale de Magdeburg ou un tonneau symbolise ce péché capital sur un ouvrage).

Quant à l’ivrognerie, elle ne semble guère fustigée en ces temps, car peu de documents y réfèrent. D’ailleurs, pour St Thomas d’Acquin, très indulgent envers la gloutonnerie (lui-même très corpulent,  » sans doute le plus gros de son siècle », à l’instar de Platon et de Bouddha !), « celui qui s’enivre est excusé du péché s’il ignore l’effet du vin », et « un homicide est plus grave s’il est perpétré par quelqu’un de sobre ».

Le latin de l’époque distingue l' »ebrietas (légère ivresse) de la crapuila (ivrognerie, puis débauche, crapulerie). L’ivrogne, c’est le « crapulosus ».

Guillaume le Roux, fils de Guillaume le Conquérant, buvait, dit un chroniqueur, tant le soir qu’il ne pouvait conduire la chasse le lendemain. Le clergé ne faisait pas de cadeau à cet anticlérical qui fut traité de rubicundous, crispus, rufus, crassus (=obèse) et crapulosus.

L’empereur Venceslas, ditr l’Ivrogne, né en 1361, était faible, indolent, paresseux, débauché. Il abuse du vin. Il sera déposé par la Diète impériale en 1400.

Robert de Masmines, chevalier flamand, un des premiers membres de l’ordre de la Toison d’Or, se serait vu reprendre son collier pour ivrognerie. Le voici peint par Robert Campin. Et voici une  curieuse représentation de ce chevalier un poisson sur la tête

Dans le cycle de la Table Ronde, Yvain l’Avoutre (le bâtard)  demi-frère d’Yvain, fils d’Urien, voit son surnom se transformer en ivrogne.

(On ne peut s’empêcher de penser à d’autres « ivrognes » connus des lecteurs du bon clos, comme ce juge anglais mobilisé dans la bataille des vins, qui finit ivre mort (« Puis geta la chandeille a terre, Et puis si ala sommeillier .iij. nuis, .iij. jors sanz esveillier. », ou ces trois dames de Paris (dit des, de Watriquet de Couvin)

Un spécialiste des couleurs,  ne pouvait pas ne pas aborder in fine ce thème. On observa que la couleur réelle du vin n’est pas la couleur nommée (blanc, rouge). En vieux français on disait d’ailleurs vermeil. Au Moyen-Age, blanc et rouge sont opposés, plutôt que blanc et noir. Et l’eau n’était pas blanche, mais verte…

 

 

 

 

 

 

Dionysos, dieu du vin et… de la bière ?

Avec un article intitulé « une mousse, sinon rien  » la revue Books attire ces jours notre atttention sur le positionnement de cet antique breuvage par rapport au vin. Sa recette était connue par les sumériens 6000 ans avant notre ère, nous dit-on. Mais les romains la méprisaient, lui préférant le vin. L’empereur Julien, dit l’Apostat, connu pour avoir résidé à Lutèce, aurait consacré un poème dédié aux deux Dionysos, celui du vin et celui de l’orge.

Nous l’avons retrouvé, traduit par Eugène Talbot (Plon, 1863)  :

 

les vins « français » au moyen-âge

C’étatit le titre d’une conférence donnée ce mercredi 26 septembre par Mickaël Wilmart, de l’Ecole Des Hautes Etudes En Sciences Sociales, à la Tour Jean Sans Peur, dans le cadre des manifestations autour d’une exposition sur le vin au moyen-âge dont nous avons rendu compte. En voici un résumé, agrémenté de quelques compléments glané ici ou là.

L’ancienneté des vins d’Ile de France est révélée par la toponymie : rue des Vignes comme à Passy, passage du Clos Bruneau  (Montagne Sainte-Geneviève), rue des Vignoles, rue du Clos à Charonne, rue du Clos Feuquières à Vaugirard, etc.

Déjà au 4ème siècle les vignes poussaient autour de Lutèce, saluées par l’empereur Julien qui y a séjourné dans les années 350 (« il y pousse de bonnes vignes« ).

Au Moyen-Age, alors que  la vigne était cultivée aussi au nord qu’est Anvers, elle couvrait un dixième de l’espace cultivable. Le relief de Paris et de l’Ile de France, avec ses coteaux, s’y prêtait admirablement. Et les fleuves et rivières, puis le réseau routier, permettaient de transporter le vin jusqu’en Angleterre dont des marchands venaient s’approvisionner à Saint-Denis.

La vigne s’étage sur trois cercles : dans Paris ; dans la boucle de la Seine (d’Argenteuil à Vanves ; et dans les vallées de la Marne (jusqu’en Champagne) et de la Seine (jusqu’à Vernon). Deux abbayes possèdent des domaines étendus : Saint-Denis et Saint-Germain des Prés. Mais nobles et bourgeois possèdent aussi des treilles (dans leurs résidences) et des clos (hors la ville, clôtures en haies d’osier ou en pierres sèches) .

Le vin est blanc, claret ou rouge. Les principaux cépages sont fromentel (le meilleur), morillon (une sorte de pinot noir), et le gouais ou goué, de piètre qualité, mais plus productif, que la croissance de la population au 13ème siècle favorisera, et que les dommages de la guerre et de la peste, et les reculs du vignoble consécutifs, favoriseront encore. Tous les vins ne se valent pas bien sûr. Vers 1220 Henri  d’Andeli écrit la bataille des vins (bien connue des amis du clos) où l’on saura qui sont les vainqueurs ! Argenteuil semble le meilleur de tous, par les textes et la diffusion. Plus tard Eustache Deschamps (1346-1406) ajoutera son grain de sel, dénigrant la Brie et sa froidure.

« le corps me rompt, le corps me crie,

Quand je pense au pays de Brie :

Durs vins y a, neant charnus,

Apres de goust, de liqueur nus. »

Avec les pertes démographiques causées par la peste noire et la guerre de cent ans, le coût de la main-d’oeuvre monte et l’on passe d’une économie d’exploitation directe employant des salariés à une économie de louage des terres.

Ls vignerons s’organiseront en corporation au quinzième siècle (confréries de saint-vincent). Des taxes protègent les vins franciliens distribués par 80 courtiers. On exporte jusqu’au Danemark, à Bruges des grues gigantesques permettent de charger et décharger les tonneaux des vaisseaux.

Des « étapes » du vin se mettent en place à Arras, Saint-Quentin, Valenciennes… Arras et Compiègne se spécialisent dans le commerce. Et des fortunes vigneronnes se constituent…

Au musée du vin de Passy

C’est une exposition de peintres contemporains qui nous fait revenir dans ce musée situé sous la colline de Passy. Nous en reparlerons.

Il y a quelques lustres nous y avions partagé un repas moyenâgeux avec l’ami Jean-Marc Pastré, ci-devant grand-maître de la Confrérie du Clos de Clamart.

C’est un lieu chargé d’histoire, établi dans des galeries creusées dès le 13ème siècle dans le calcaire grossier du lutécien, qui servirent ensuite de cellier aux frères Minimes du Couvent de Passy, puis au restaurant de la Tour Eiffel.

Il est Musée du Vin, propriété du Conseil des Echansons de France, depuis 1984.

Un restaurant y est installé, où étaient accrochés les tableaux de l’exposition.

Voici quelques vues de ce lieu magique, en avant-goût.

Il nous ramène au temps béni des monastères…

On peut y rencontrer des échansons en pleine action…

des buveurs…

se retrouver dans une cave champenoise…

aviser quelques enseignes anciennes…

un porte-bouteilleune tirette pour la mise en bouteilles

un curieux fût hexagonal

Et voici la main de Jean Jaurès, réalisée par la verrerie ouvrière d’Albi à l’occasion du centenaire de la fondation, à l’issue d’un conflit historique, de la première coopérative ouvrière de France (aujourd’hui filiale de Saint-Gobain).

Ce raseur à bascule signifiait au client qu’il devait quitter les lieux à la fin des oscillations (Alsace, 19ème siècle)

Ce ratelier de Thomery permettait de conserver les grappes de raisin pendant tout l’hiver

Et voici une vigne qui prospère dans le quartier