Cette année, c’est ce grand succès d’Offenbach que la troupe réunie annuellement à Bruniquel par Frank T’Hézan mettait en scène (du 1er au Au 11 août). On se souvient de la Périchole montée l’an passé, qui nous avait ravi. Qu’allait-il en être cette année ?
Il faisait chaud. Est-ce un hasard si ça trinquait dans tous les coins, sur scène ?
Voici un savetier qui aimerait bien devenir financier, (le financier et le savetier d’Offenbach, par Colorature)
Et voici deux chanteurs des Grandes Gueules, dans Poéziques (groupe qui chante a capella des poésies du répertoire classique et moderne- s’il faut n’en retenir qu’un, pensons à Baobab de Jacques Roubaud :mais il faut les voir !
Tout cela méritait vraiment le déplacement, mais ce qu’on ne pouvait décemment pas manquer, « au bon clos« , c’était les fantaisies oenolyriques, (spectacle musical mis en scène par Fanny Gioria), jouées à la bourse du travail CGT.
Après une dégustation de Châteauneuf du Pape, ils étaient quatre (Sylvie Marin, soprano, Raphaëlle Andrieu, mezzo et Bertrand Beillot, baryton, sans oublier la pianiste Noélie Lantin) à se démener sur scène en interprétant les grands airs du répertoire lyrique bachique, où l’on pouvait retrouver des airs connus de Mozart, Offenbach, Bizet, Verdi, Poulenc etc, et bien donc que nous ignorions et que nous crevons de ne pas avoir identifiés. Une autre fois !
Ce spectacle épatant n’attend que des amateurs et peut être présenté un peu partout (ce soir, il est dans la Drôme). Qu’on se le dise !
C’est à une cérémonie atypique que la Confrérie des Enlumineurs de museaux nous convie, pour quelques jours seulement, au théâtre de la vieille grille.
Disons plus précisément une conférence magistrale, en chansons, mettant à notre portée un fameux traité (inédit dont l’original reste à découvrir) de François Rabelais, véritable plaidoyer pro vino. Ne donne-t-il pas, les jours durant, des selles fermes et assurées ? pisse saine et rose ? et verge puissante et belle…
Le traité aurait été publié sous le nom de maître Alcofribas (pseudonyme de Rabelais), et il n’en reste, nous dit-on, que trois exemplaires en…tchèque, dûs à un certain Martin Kraus de Krausenthal qui l’aurait traduit en 1622. Une traduction en français rabelaisien actuel, dûe à Marianne Canavaggio, est parue en 2009.
Fichtre ! On voudrait nous faire croire cela ! Tout est fait pour, comme cette étude d’Olga Spilar (un aller-retour pour maître Alcofribas) (sur le site de l’écrivain tchèque Patrick Ourednik), qui cite force sources savantes, recherches et documents anciens.
Mais que vient faire cet écrivain en cette affaire ?
Emule de Perec, traducteur de Vian, Queneau, Beckett, on le voit bien s’adonnant, tel le Gaspard Winckler du Condottiere, aux délices du pastiche et de la contrefaçon. Sa fiche wikipedia ne dévoile-t-elle pas le pot aux roses, avec la soi-disant traduction en 1995, du français au tchèque, du fameux traité ?
Bien joué, nous le lirons!
Revenons au spectacle, qui tourne depuis quelques années. En voici un avant-goût..
Les néophytes y prendront de la graine, les oenophiles confirmés réviseront leurs classiques (avec une mention spéciale pour les citations de l’Ecclesiaste), et tous pourront entonner un répertoire de chansons bachiques.
Et ça se termine avec la fête continue de Jacques Prévert (Paroles).
dessin de gabriel lefevre
Debout devant le zinc Sur le coup de dix heures Un grand plombier zingueur Habillé en dimanche et pourtant c’est lundi Chante pour lui tout seul Chante que c’est jeudi Qu’il n’ira pas en classe Que la guerre est finie Et le travail aussi Que la vie est si belle Et les filles si jolies Et titubant devant le zinc Mais guidé par son fil à plomb Il s’arrête pile devant le patron Trois paysans passeront et vous paieront Puis disparaît dans le soleil Sans régler les consommations Disparaît dans le soleil tout en continuant sa chanson
Que buvait-on dans les couvents et autres monastères ?
On sait ce qu’il en était chez les moines de Saint Bernardin. En voici une version franco-anglaise par les Limeliters.
L’ancêtre de cette chanson est antérieure au 16ème siècle, apprend-on sur le site de Xavier Hubaut. C’est : « Nous sommes de l’ordre de Saint Babouyn »
Villon est bien connu pour sa ballade des dames du temps jadis, chantée par Brassens, et pour celle des pendus (Frères humains qui après nous vivez…), qui nous parlent encore six siècles plus tard.
Cette ballade-ci est moins connue, mais devrait intéresser les lecteurs du bon clos.
Pour les amateurs d’opérette on peut voir ces jours-ci à l’Opéra Comique Ciboulette, de Reynaldo Hahn (1923). Il s’y trouve un petit air charmant :
Ah Qu’il est doux de faire campagne,(A la campagne tout près d’Paris*) Entre deux fêtes à Paris, Et de remplacer l’ champagn’ Par du cidre ou du p’tit vin gris.
(*) Il s’agit d’Aubervilliers. L’action se passe en 1867
On peut le voir dans cet enregistrement tourné en Avignon en 1997 sous la direction d’Emmanuel Plasson. L’air qui nous intéresse commence à la minute 19 et 11 secondes et dure à peine plus d’une minute !
Une chanson semble oubliée, et voila un film qui la fait ressurgir. Ainsi en est-il de Lonely wine, de Roy Orbison (1963), qu’on a pu réentendre dans Tabou
La nuit est claire et gaie mais j’ai le blues
Mon coeur erre librement et rêve de toi
C’est pourquoi je soupire en sirotant mon vin solitaire…
En ce mois de décembre les fans d’Offenbach et amateurs d’airs à boire avaient deux opportunités d’étendre leur répertoire, avec le retour des brigands à l’Athénée montant Croquefer (une merveille loufoque, livret d’Adolphe Jaime et Etienne Tréfeu, avec en rab l’île de Tulipatan, du grand art, c’est jusqu’au 13 janvier, courez-y !), et celui des délasscom osant monsieur et madame Denis au petit théâtre de Naples (c’est fini).
Voici un court extrait pour témoigner de l’art des Brigands.
On ne rira pas autant avec M.et Mme Denis, (ce n’est pas le plus drôle du maître, mais il y a un air à boire et une chaconne qui valaient le déplacement).
Pour clôturer le cycle de manifestations organisées autour de l’exposition « le vin au Moyen-Age » dont nous avons rendu compte, l’équipe de la Tour Jean Sans Peur avait fait venir Béatrice Gaussorgues et son choeur Montorgueil,
pour régaler le public d’un concert de musique vocale ancienne.
« Hoy comamos, hoy bebamos… » de Juan del Encina ( fin 15ème début 16ème, Cancionero del Palacio, n°357 dans un recueil d’époque de plus de 400 chansons) : « mangeons, buvons, chantons, amusons nous, car demain nous jeûnerons... » (paroles en espagnol là)
« ‘tis women makes us love« , d’Henry Purcell, fin 17ème : « des femmes nous tombons amoureux, l’amour nous rend malheureux, de tristesse nous buvons, et la boisson nous rend fous… (les échansons du Souffle de Bacchus reconnaitront l’air sur lequel ils chantent l’hommage à Saint-Vincent)
le Tourdion (« quand je bois du vin clairet… « anonyme du 16ème siècle, publié par l’imprimeur Pierre Attaingnant) ;
Ô Bacchus de Laurent Gervais de Rouen, vers 1700 ; en voici un extrait
« mon mary va à la taverne… » (anonyme du 16ème siècle)
pour finir avec le bien connu « Chevaliers de la table ronde », et « remply ton verre vide.. » …vide mon verre plein… (chanson à boire du 17ème) , entonnés par le public ravi.
Beaucoup de ces oeuvres, chantées par de multiples formations, sont accessibles en ligne, nous en donnons quelques aperçus en fin d’article
Une dégustation de vins d’appellation moyenâgeuse (Saint-Pourçain, Cabernet d’Anjou, Hautes Cotes de Beaune) accompagnait ce concert.
Et en guise de « boute hors », c’est un vin doux naturel de Maury (la Preceptorie), accompagné de gâteau au chocoloat, qui fut offert pour « bouter hors » le public. La classe !