les émeutes du vin

La mémoire collective souvient de la révolte des viticulteurs du Midi, en 1907, victimes de la surproduction et de la baisse des cours, et immortalisée par les héroïques soldats du 17ème régiment d’infanterie qui refusèrent de tirer sur la foule.

Elle a moins retenu celle des « cossiers« , ces vignerons champenois qui reprochaient (les marnais) aux grandes maisons de champagne de s’approvisionner en raisin hors de la zone d’appellation, ou qui souhaitaient (les aubois) y avoir accès.

Gaston Couté a chanté ces luttes : Le beau geste du sous-préfetCantique à l’usage des vignerons champenois,  Ces choses-là, Au Vigneron Champenois, le Nouveau crédo du paysan, parus dans le journal anarchiste La Guerre Sociale. On ne s’étonnera pas de la tonalité révolutionnaire de ces chansons !

Aujourd’hui, voilà c’ qui s’ pass’ dans la Marne 
D’après les dernièr’s nouvell’s des journaux : 
Au sac des celliers la foule s’acharne 
Brisant les bouteill’s, crevant les tonneaux ; 
Les ruisseaux débord’nt de flots de champagne 
Et les vign’s avec leurs grands échalas 
Sont comm’ des bûchers au cœur des campagnes…
 

On peut trouver les paroles de ces chansons sur le site de Mediapart.

Bon paysan dont la sueur féconde 
Les sillons clairs où se forment le vin 
Et le pain blanc qui doit nourrir le monde, 
En travaillant, je dois crever de faim ; 
Le doux soleil, de son or salutaire, 
Gonfle la grappe et les épis tremblants ; 
Par devant tous les trésors de la terre, 
Je dois crever de faim en travaillant ! 

Bien moins connues sont les émeutes qui étaient l’ordinaire d’un Ancien Régime où les « taillables et corvéables à merci » ne baissaient pas toujours la tête devant les « commis des fermes » et représentants de l’autorité. Des chercheurs ont eu la bonne idée de mettre en ligne une base de données des ces révoltes ordinaires, Hiscod (Historical Social Conflict Database). Le Bon Clos en a sélectionné quelques unes…

Ainsi à Clamart le 5 octobre 1749

« 7 ou 8 particuliers dans les bois s’enfuient à l’approche du garde de la Varenne du Louvre. Celui-ci dans le village est poursuivi par 60 individus menaçants. »

et à Auvers sur Oise le 22 janvier 1752

« Trois commis aux Aides qui surprennent un vigneron vendant à  »Muchepot » sont assaillis par six  »particuliers » et d’autres encore. Ils se sauvent dans la nuit, menacés par des groupes  »ameutez », criant  »tue, tue ces bougres là ». »

Sur 10 000 faits relatés, quelques 200 sont relatifs au vin, ce sont la plupart du temps des actes de résistance aux contrôles et à la levée des taxes. Les archers, commis des fermes et représentants de l’autorité se voient pourchassés, parfois même occis, par une « populace » furieuse.

Émeute à Lyon en avril 1669

« Soulèvement de femmes (500 à 600) de La Croix Rousse. Elles repoussent les archers placés aux portes par les fermiers des aides pour empêcher l’entrée du vin en bouteilles. L’une d’elles agite une feuille de papier blanc au bout d’un bâton en guise de drapeau. Tambour. Les archers ont tiré sur la foule qui les a poursuivis jusqu’au corps de garde. »

Émeute à Ancenis le 2 octobre 1724

« Vente clandestine de vin. Trois cordonniers transportant du vin sont appréhendés. Émeute. Dans cette  »populace en furie », les commis reconnaissent un tailleur d’habits, un potier d’étain, un marchand. »

Émeute à Laval-Pradel le 15 août 1755

 »Les commis [de l’équivalent] sont insultés dans toutes les villes et lieux de la province, à tel point que la plupart ne peuvent point faire leurs fonctions, à cause des émotions populaires qui se forment à la première venue des employés, ce qui est déjà arrivé plusieurs fois, en divers lieux de la province », dit le fermier général de l’équivalent à propos de la présente affaire. Le 15 août, jour de fête balladoire à Laval, deux commis d’Alais qui faisaient leur fonction passent, à l’Habitarelle, devant la maison d’Arbousset, fermier de Mr Delouze de Troilhas. Ils y trouvent un grand nombre de buveurs, devant la maison, dans la basse-cour et à l’intérieur (60 rien qu’à l’intérieur). Arbousset dit vendre du vin de son cru, mais refuse de montrer son bail de fermage. Les commis veulent saisir trois tonneaux dans sa cave. Dehors  »rumeur séditieuse », signes et invectives contre les commis. Arbousset saute sur l’un des commis, à coups de poings, et excite les buveurs contre eux. Armés de barres et de bâtons, les buveurs désarment les commis et les frappent, après avoir fermé les portes de la basse-cour. Un des commis est blessé à la tête. Les violences continuent jusqu’à ce que les commis crient  »mercy ». On les laisse alors partir. Le cabaretier d’occasion prétend qu’il n’y a eu aucune violence : seul le commis a tiré son épée. Pourtant le verbal du chirurgien décrit trois grosses plaies sur la tête… »

Mais il y aussi des fêtes sauvages, comme à Castellane le 18 août 1726

« Paroisse du diocèse de Senez. Selon Achard Dictionnaire de la Provence et du Comté-Venaissin. . , les habitants  »aiment bien le vin et le jeu ». Dès le samedi soir 17 août, tapage de la jeunesse, en dépit des interdits : on danse avec éclat, même sous les fenêtres du curé autour de la chapelle. Le dimanche 18, coups de fusils, tambour,  »hurlements folastres ». En dépit de l’intervention du curé et du consul, cela continue. L’après-midi, les jeunes gens se répandent autour de l’église. Vêpres pertubées par ces  »libertins ».  »Dans les divers tours et retours auprès de l’église, un des danseurs y entra en dansant et prenant l’aspersoir bien trempé dans l’eau sainte, en asperge avec bouffonerie tous les danseurs, comme faisaient autrefois les païens dans leurs fêtes baccanales ». Les habitants proclament que  »ni curé ni évêque ne les empêcheroient jamais de danser ses jours-là…  ». Selon la requête du procureur du roi de Castellane au lieutenant criminel, cet attroupement a été concerté par  »un complot de révolte contre l’église ». Tapage dès le samedi à l’entrée de la nuit, puis le dimanche de grand matin et encore après vêpres. Tumulte. Insolences. »

ou encore à Franconville le 26 janvier 1777

« Cinq commis des aides entrent dans une maison où on chante et boit du vin rouge. Ils verbalisent. Se font insulter. Coups, violences. Les femmes appellent à la fenêtre : au feu ! Au voleur ! Rébellion ouverte, affluence, tocsin. Les commis s’enfuient. »

ou à Saint-Jean-sur-Reyssouze le 24 juin 1779, où manifestement il y avait de l’eau dans le gaz au sein des autorités.

« La bailli de justice de cette  »terre » veut empêcher de danser et de donner à boire dans les cabarets. Il est bousculé par la foule, et les 4 cavaliers de maréchaussée présents sur les lieux refusent  »avec dérisions » de lui prêter main forte. L’autorité mise en cause en celle de la seigneurie de Bagé (marquisat). Noter que l’on conteste ici l’autorité des gardes de la terre, dont on condamne les violences. Le dimanche 4 juillet 1779 à la sortie de la messe, il semble que 2 cavaliers de la maréchaussée auraient, après une enquête sommaire, verbalisé contre les gardes. Le 25 juillet [?] dans la paroisse de Bereziat, même marquisat, les cavaliers auraient toléré le débit de vin jour et nuit. »

Nantes et sa région semblent particulièrement remuants, les commis n’osent plus se risquer dans certains quartiers.

Émeute à Nantes le 27 mai 1728

« Visite de contrôle des commis chez une lingère du quartier du Marchix qui vendait clandestinement du vin. Intervention des gens du quartier : portefaix, garçon tailleur, jardinier. Les soldats appelés à la rescousse sont eux-mêmes agressés violemment. Les personnes arrêtées sont toutes de la même famille. L’émotion est telle que deux détachements de soldats doivent intervenir. Les commis estiment ne plus pouvoir aller au Marchix (faubourg de Nantes)  »attendu les rébellions et attroupements continuels qui s’y commettent, sans risquer leur vie. »

Émeute à Nantes le 26 juin 1743

« Un homme portant des bouteilles de vin est appréhendé. Soulèvement du quartier de Biesse. La  »populace » est encouragée par les bourgeois. Les commis assaillis cherchent refuge chez une marchande de toile qui les repousse les traitant de gueux, fripons, misérables et coquins de maltôtiers et criant à la populace : il faut assommer ces coquins là. »

La justice ne donne pas toujours raison aux commis…

Émeute à Nantes le 9 avril 1787

« Après l’émeute du 8 avril, les commis retourne à la [?] de la Madeleine. Là, ils remarquent que des gens dansent et boivent du vin. En réponse à leur interrogatoire, le quartier se rassemble et les agresse. Les commis réussissent à se sauver mais ils sont poursuivis. L’émeute devient générale, on va jusqu’à échanger des coups de feu. Les commis réfugiés dans leur bureau doivent être protégés par la maréchaussée. L’émeute a lieu le jour de Pâques. Il s’agit là de l’affaire la plus importante. À l’issue d’une longue procédure, les commis sont condamnés à payer de lourdes amendes aux blessé et aux médecins : au total près de 6000 £. D’autre part, il est enjoint aux commis de se  »comporter à l’avenir avec sagesse et circonspection dans l’exercice de leur état, inhibition et défense leur est faite de porter des armes à feu, si ce n’est dans le seul cas de l’article 79 du bail des Devoirs comme aussi de causer et occasionner de quelque manière que ce soit des troubles et des émotions parmi les citoyens et de commettre aucun excès vis à vis d’eux ». »

L’ami Jean Edern avait-il eu vent de cette chasse aux gabelous au château de la Boixière le 9 juin 1675 à Briec ?

« 700 à 800 hommes des paroisses voisines se rendent à Briec et obligent 2 recteurs à marcher avec eux sur le châteaude la Boixière, à la recherche des gabeleurs. Ils recherchent aussi le Sr de Keranstret, seigneur du lieu et d’autres notables. Menaces de feu. Le soir, dans le bourg, nouvelles menaces contre les gabeleurs. Vin bu, écuries brûlées, idem grange, pillage. Tocsin à Quéménéven. »

A ce petit jeu, ce ne sont pas toujours les mêmes qui perdent et les peines pour les émeutiers peuvent être lourdes : amendes, prison, mise au carcan, fouet, bannissement, potence…

Des poètes turcs

Merci à France Culture, et à sa série « Buvons ensemble, histoires d’alcool », que l’on pouvait écouter ces jours-ci. Grâce à l’épisode consacré à l’empire ottoman, nous avons découvert le poète Nefʿī.

Nef’î vivait au 17ème siècle. Son hymne au sultan (Anthologie de la poésie turque, p 66) évoque les coupes qui se vident et les danseurs grisés de vin et d’harmonie. Il est vrai que Mourad IV était amateur d’alcool.

Le Sultan Murat IV verre en main

« La saison des roses, c’est celle de l’ivresse,
La fête des amours, temps fastes, temps bénis,
Où les coupes vidées se suivent… Les danseurs
Virevoltent grisés de vin et d’harmonie.
O état enviable, le grand Cheikh lui-même,
Coupable d’excès mériterait clémence.
Peut-on donc blâmer le gueux, la pécheresse,
De ne pas, incivils, repousser l’échanson ?
En amour, potentat, mais du vin esclave,
Seul, pour vanter mon maître je prends ma plume en main…
« 

Hélas pour Nef’î, qui attaquait son grand vizir avec véhémence, le sultan le fera exécuter.

Voici aussi son explicite hymne au vin (Anthologie de la poésie turque, p 67)

« Coupe bleutée, d’élixir rubis remplie, salut,
Que la voûte sans pilier [le ciel] déchiffre en toi le monde…
…..
Salut à toi, ô inséparable compagnon
Du jeune et du vieux et de l’échanson.
….
Compagnon de l’âme, vainqueur des tristesses,
Tu vaux plus que la vie, tu en es source même !
Non nul objet d’amour ne peut ravir autant,
Nulle part l’homme n’y peut glaner autant de joie ! »



On le retrouvera , ainsi que quelques autres qui attestent la présence du vin au moins dans l’imaginaire, dans l‘Anthologie publiée par Nimet Arzik et disponible en ligne.

Ainsi Yunus Enre vivait au 13ème siècle. Poète mystique d’origine paysanne, il aurait lancé à son instituteur avant de quitter les bancs de l’école pour s’inscrire à celle de la vie : Je te pardonne, ô créature, A cause de ton Créateur.

Il écrivit « le vin qu’il faut tirer et boire« 

Veux-tu convoler en noces? Convole! 
Veux-tu hériterde quelqu’un,hérite!
Veux-tu discourir?…Mais que les anges
Envient ta parole superbe!

Veux-tu voler?…Eh bien vole!
Ou te tapir dans un coin!…Fais-le!

Veux-tu tirer d’un vin et boire ?
Bois vin qui te grisera sans fin!

Veux-tu être amoureux? Sois-le.
Trouver l’élue de ton cœur? Trouve-la!
Mais brûle de fol amour au point
De ne ressentir autre brûlure!

Yunus,cesse donc de t’agiter.
J’entends où tu veux en venir:
Veux-tu avoir ton successeur?
..Soit, Mais qu’il n’ait son pareil au monde!..
.

Fuzuli, de son vrai nom Mehmed, vivait à Bagdad au 16ème siècle. C’est le plus grand poète de l’amour, nous dit-on. Son nom de plume signifie l’inutile.

Dans son poème « Désepoir« , il aligne les peines et les disgrâces, avec ces vers énigmatiques :

Le désir?…Qu’épreuve ajoutée à l’épreuve… 
Gouttelettes de vin pur, les coupes se suivent..

Tout but,résonnant comme grelots aigrelets.
Le vouloir?…Sentiers pleins de creux et de bosses.

Le corps? Promène ses membres disloqués
Tel gouffre Est cemonde…
O pauvres de nous sans guide!

Pour François Georgeon, directeur de recherche émérite au CNRS (laboratoire CETOBaC, Centre d’études turques, ottomanes, balkaniques et centrasiatiques) interrogé sur France Culture, le vin, bien qu’interdit aux musulmans, a toujours eu sa place dans l’Empire ottoman où résidaient chrétiens et juifs.

Historiquement, on assiste à une alternance de prohibition et de tolérance, l’Etat étant en tension entre le respect de la loi religieuse et son intérêt financier (les levées de taxes).

À l’époque classique ottomane on a ainsi le choix entre le vin, la boza (fermentée à base de millet ou d’orge), et le raki (« sueur de l’alambic » pour les arabes) de faible importance.

Au 19ème siècle, avec le développement de la classe moyenne, boire fait partie de la modernité, le raki devenant boisson nationale à la fin du 19ème, avec une grande liberté de consommation du temps de Kemal et jusqu’à l’’arrivée récente d’ Erdogan et des conservateurs au pouvoir…

Une pinte de vin ou une poignée de main

chez Ramponneau, cabaret parisien

Quelle différence dans la France moderne (16ème-18ème siècle)? se demandait Matthieu Lecoutre lors de sa conférence donnée en ligne pour la Cité du Vin de Bordeaux, ce dernier mardi 4 mai.

Cet historien de l’alimentation, professeur en khâgne et membre du laboratoire de Recherche Historique Rhône-Alpes, s’est intéressé à l’attitude vis à vis de l’ivresse dans la société française. Il a publié notamment en 2017 « le goût de l’ivresse » (boire en France depuis le Moyen Age) et un atlas historique du vin en France (préfacé parJ.R.Pitte).

Il a constaté que sous l’Ancien Régime celle-ci n’est guère réprimée et plutôt acceptée.

Certes s’enivrer est un péché pour l’Eglise, et l’ivresse publique est un délit condamné par un édit de 1536 sous François 1er, réprimé par la prison, le fouet voire l’essorillage (coupage des oreilles).

Mais le vin est une boisson couramment utilisée: on compte 72 litres/an par habitant au 16ème siècle, 150 à Paris et 200 à Lyon au 18ème, et jusqu’à 430 litres pour le cidre et le poiré à Caen ! (on n’en compte plus que 40/an aujourd’hui).

Boire de l’eau, surtout en ville ne coule pas de source. Le vin est recommandé pour rendre l’eau potable, voire en excès une fois le mois pour éveiller un estomac paresseux et le garder de s’engourdir (Montaigne citant le médecin parisien Silvius).

De même au 18ème le chevalier de Jaucourt, dans l’article « vin » de l’Encyclopédie, « lorsque la santé parait languir, il est bon de la réveiller un peu et une légère yvresse produit admirablement bien cet effet« 

Ils ne font en cela que suivre les anciens (Hippocrate, Dioscoride, Avicenne).

La culture populaire s’amuse du débat entre partisans de l’eau et du vin.

Ci-dessous, « le médecin d’eau douce » et « soigner par le vin fait merveille »,

Jacques Lagniet, recueil des plus illustres proverbes, 1663

Au 16ème siècle le néoplatonisme propose de réunir Jésus et Bacchus, car « pouvoir a [le vin] d’emplir l’âme de toute vérité, tout savoir et philosophie » « en vin est vérité cachée« . (Rabelais, 5ème livre 1564). C’est l’enivrement créatif qui inspirera de nombreux auteurs des 17-18èmes, les « inspirés de la gourde » de Diderot.

Le comique d’enivrement, pratiqué par des bateleurs comme Gros-Guillaume, Tabarin, est une autre forme de complaisance.

Le vin est aussi une arme utilisée politiquement, avec ces fontaines offertes au peuple à l’occasion de grands événements.

Fontaines de vin offertes aux Lyonnais pour l’entrée de Louis XIII et d’Anne d’Autriche, le 11 décembre 1622

Le baron d’Holbach pointe d’ailleurs que l’intempérance du peuple est regardée comme un bien pour l’état, en raison des droits que le gouvernement lève sur les boissons (la morale universelle, 1776).

Jean-Jacque Rousseau défend les buveurs : « Généralement parlant, les buveurs ont de la cordialité, de la franchise ; ils sont presque tous bons, droits, justes, fideles, braves & honnêtes gens, à leur défaut près. »

La Bruyere note en 1688 que l’on recherche plutôt la compagnie d’un buveur buvant cul-sec (« me l’amènerez vous ? »), plutôt que celle d’un homme de vertu (« qu’il la garde! »). Et Albert-Henri de Sallengre publie en 1715 l’Eloge de l’ivresse, qui la prône « en bonne compagnie » et de façon festive et communielle. Il fait suite à l’incroyable discours de l’ivresse et de l’ivrognerie publié parJean Mousin en 1612.

Ce tableau de Nicolas Lancret commandé par Louis XV pour décorer une salle à manger, où 23 bouteilles sont au sol, vidées par huit convives, et où tout le monde s’amuse, est évocateur des usages et plaisirs de l’époque.

le déjeuner de jambon, Nicolas Lancret, 1735 au musée de Chantilly

Savoureuse aussi est cette description par madame de Sévigné de la liesse de en Bretagne après un don du Roi. « Toute la Bretagne était ivre ce jour là« … (Après lecture de la lettre du Roi) » Il s’est élevé un cri jusqu’au ciel de Vive Le Roi et puis l’on s’est mis à boire, mais boire ! Dieu sait !« 

En conclusion, pour Matthieu Lecoutre, l’hostilité affichée à l’ivresse n’est qu’une posture qui perdure 300 ans.

— Bonus pour les amateurs de chansons à boire, cette thèse soutenue par Robin Bourcerie découverte en « googlant M.Lecoutre qui était dans le jury : De la chanson à l’air à boire : histoire d’une pratique musicale singulière au XVIIe siècle.

https://tel.archives-ouvertes.fr/tel-03223765/document

Un pavé de 400 pages, plein de chansons et d’analyses passionnantes. Bonne lecture !

Loth et ses filles

C’est le décès tout récent du peintre Walter Spitzer qui nous conduit sur ce thème biblique, où ivresse rime avec inceste.

Le vieux Loth, neveu d’Abraham, fuyant Sodome vouée à la destruction, ayant perdu sa femme changée en statue de sel pour s’être retournée afin de voir la ville en flammes, est saoulé par ses filles qui, désespérant de trouver des époux, décident d’abuser de lui pour lui donner une descendance. L’une donnera naissance aux Moabites, l’autre aux Ammonites.

Loth et ses filles, par Walter Spitzer

Walter Spitzer, juif polonais déporté à 16 ans, que son talent de dessinateur (il fut protégé par ses camarades dans les camps pour plus tard témoigner) et sa résistance extrême aidèrent à survivre , fit sa vie en France, s’y illustra comme peintre, sculpteur (il est l’auteur du monument commémoratif à la rafle du vel d’hiv) et illustrateur.

Il faut salué par les plus grands. Pour Joseph Kessel, ce fut un coup de foudre :

 » Un monde à la fois réel et fantastique, construit avec rigueur et pourtant léger comme un conte avec ses enluminures d’Orient, ses nàivetés de folklore, la crudité de l’étal, la vagabonde liberté des’ nomades, les grâces d’ûne noce villageoise.  Un monde chaud, léger, éclatant, presque féérique mais tenant solidement à la terre par la densité des champs et des pierres, la tendre sensualité des chairs et un sens étonnant de l’humain … « 

Des générations de peintres ont mis l’ histoire de Loth en images. On trouvera sur le site du musée virtuel du vin les reproductions de dizaines d’oeuvres sur le même thème, comme celle-ci de Marc Chagall (1931)

La version d’Otto Dix (1939) (détail)

Les lecteurs du bon clos reconnaitront le style de Jean-François de Troy (1745) dans le tableau suivant

Remontant le temps, voici la version de Rubens

et celle de Le Guerchin (1651)

On s’arrête là ! On pourra lire toute l’histoire racontée sur un ton décalé et en tableaux sur le site « mieux vaut art que jamais ».

A la santé du général !

C’est le toast porté par les personnages des P’tites Michu d’André Messager au Général des Ifs, venu retrouver sa fille laissée pour cause de veuvage et d’ obligations militaires aux bons soins de la famille Michu.

On a pu le voir en ce début avril sur la chaine Culturebox, jouée par les Brigands. Dommage qu’elle ne soit plus en ligne.

(Au lever du rideau, un punch flambe sur une table au milieu du salon.

Les invités, le verre en main, entourent le général)

A la santé du général !

Que l’on vide gaîment son verre !

Fêtons ce guerrier martial !

Fêtons ce brave militaire !

A la santé du général !

On peut écouter la musique sur Spotify.

Les P’tites Michu ont été créées en 1897. Pour une analyse détaillée et le livret, voir le site Artlryiquefr https://www.artlyriquefr.fr/oeuvres/Ptites%20Michu.html

Le banquet des grecs

C’est le titre d’une conférence proposée en ligne par la Cité du Vin, en complément de l’exposition « Boire avec les dieux » à voir à Bordeaux « dès que possible » et en tout cas avant le 29 août 2021 !

C’est François Lissarague, professeur émérite, spécialiste du monde antique et de ses représentations, que nous avons pu écouter et voir présenter objets et images.

Il a d’abord rappelé les termes du sujet : δαίς (dais), le repas, le partage des viandes ; ξενία (xenía), l’hospitalité ; et συμπόσιονsymposion, le « boire ensemble », généralement après le repas, en position allongée.

scène mythologique de symposion, sur un cratère corinthien (-590)

Le mot banquet est bien plus tardif (15ème siècle), il vient de l’italien banchetto, repas pris alors assis sur des bancs. mais c’est par ce mot qu’on traduit classiquement symposion (cf celui de Platon).

Les vases, coupes, etc. qui nous sont parvenus permettent de comprendre comment se déroulaient ces symposion.

On boit le vin additionné d’eau, d’herbes et d’épices dans un cratère. Les buveurs commencent par des libations aux dieux, puis s’allongent sur des lits et sont servis dans des coupes sur des tables à trois pieds.

Cette reconstitution archéologique permet de visualiser la scène, au nombre de pieds des table.

Sur cette Pyxis (boite à trois pieds), sont représentés les trois moments du symposion : la procession menant l’animal à l’autel,

le symposion proprement dit, et des danseurs faisant la fête (le temps du komos).

Cette vitrine rassemble les différents contenants

Les cratères de grande capacité (10-15 litres) servent à mélanger le vin à l’eau et aux ingrédients ; des cruches permettent d’y puiser et servent à remplir les coupes dans lesquelles on boit.

sur cette coupe sont représentés les différents contenants, associés aux instruments de musique
un échanson puisant dans le cratère pour servir la coupe

Des femmes considérées comme « accessoires » pour l’amour, la musique… viennent participer aux festivités

Le jeu du kottabos est populaire au 5ème siècle. Il vise à envoyer des gouttes de vin de la coupe sur un objet.

on se sert de la coupe comme d’une chistera
un joueur habile fera tomber l’oiseau perché sur le trépied
la musique (ci-dessus une lyre et un aulos -flûte double) accompagne les chants (la main sur la tête désigne le chanteur)

Une autre coutume consiste à faire circuler un rameau de chanteur en chanteur reprenant la même chanson

Le vin peut être rafraichi dans des récipients ingénieux à deux compartiments.

En arrière plan, les mythiques satyres sont représentés remplissant les cratères, s’y abreuvant, plongeant dedans, en grande excitation

Cette coupe les présente en pleine activité viti-vinicole.

On terminera en beauté avec cette grande coupe d’une belle couleur rouge corail représentant Bacchus banquetant sur un bateau, où une vigne a poussé autour du mât, après qu’il a défait et transformé en dauphins les pirates venus l’enlever.

Tout ça est passionnant. Vivement l’expo !

A boire encore ! du vin du Rhin

Nous avons déjà rencontré Faust, celui de Gounod, et son choeur qui clame Vin ou bière, bière ou vin, que mon verre soit plein !

Voici maintenant celui de Berlioz, composé 13 ans plus tôt en 1846. L’histoire est sensiblement la même.

On y trouve aussi un choeur de buveurs, qui clament : « A boire encore ! du vin du Rhin! »

Le voici, par le Choeur de l’Orchestre Symphonique de Montréal, dirigé par Charles Dutoit.

Oh! qu’il fait bon quand le ciel tonne
Rester près d’un bol enflammé,
Et se remplir comme une tonne
Dans un cabaret enfumé!
J’aime le vin et cette eau blonde
Qui fait oublier le chagrin.
Quand ma mère me mit au monde,
J’eus un ivrogne pour parrain.
Oh! qu’il fait bon quand le ciel tonne . . .


Qui sait quelque plaisante histoire?
En riant le vin est meilleur.

(C’est ensuite que l’on entend l’ histoire de la rate et celle de la puce…)

Drink avec les stars

La Chica, alias Sophie Fustec, est une chanteuse franco-vénézuélienne. Elle chante généralement en espagnol, mais Drink est en anglais.

Drink est une « chanson pour les morts » dans la lignée des traditions d’Amérique latine où connexion avec les défunts rime avec alcool et chants.

 « Au Vénézuéla, les rituels se font avec du rhum, des chants, des tambours.. L’alcool permet d’accéder à une certaine transe », précise l’artiste. L’ivresse brûlante  obtenue par l’alcool, le chant ou la danse peut aider à exorciser ses démons. « On oublie un peu ses peines et ses malheurs ». (Lu dans un blog de l’express)

I was down when I woke up
He was there, I could touch his face
I was feeling so close his presence
But he faded away in my memoryI drink your memory and swallow my wish
I wanna be drunk ’til tomorrowI have no brain, saturated with smoke and despair
I would rather talk with the essence
I fear the pillow
I don’t want to dream again
I’m his ghostI drink your memory and swallow my wish
I wanna be drunk till tomorrow

Toute autre est la chanson Cheers, (Drink to that), de Rihanna, qui appelle simplement à la fête pour le « freaking week-end ». Et que le Jameson coule à flots !

Takin’ shots in here, you want one?
Yeah-e-yeah, yeah-e-yeah, yeah-e-yeah
Yeah-e-yeah, yeah-e-yeah, yeah-e-yeahCheers to the freakin’ weekend
I drink to that, yeah-e-yeah
Oh, let the Jameson sink in
I drink to that, yeah-e-yeah
Don’t let the bastards get you down
Turn it around with another round
There’s a party at the bar
Everybody put ya glasses up, and I drink to that
Yeah-e-yeah, yeah-e-yeah, yeah-e-yeah
Yeah-e-yeah, yeah-e-yeah, yeah-e-yeah
(And I drink to that)
Yeah-e-yeah, yeah-e-yeah, yeah-e-yeah
Yeah-e-yeah, yeah-e-yeah, yeah-e-yeahLife’s too short to be sittin’ ’round miserable
People gon’ talk whether you doing bad or good, yeah
Got a drink on my mind and my mind on my money, yeah
Looking so bomb, gonna find me a honeyGot my Ray Bans on and I’m feelin’ hella cool tonight, yeah
Everybody’s vibin’ so don’t nobody start a fight, yeahCheers to the freakin’ weekend
I drink to that, yeah-e-yeah
Yeah-e-yeah, yeah-e-yeah, yeah-e-yeah’Bout to hop on the bar, put it all on my card tonight, yeah
Might be mad in the morning but you know we goin’ hard tonight (Wooo…)
It’s getting Coyote ugly up in here, no Tyra (Hey…)
It’s only up from here, no downward spiralGot my Ray Bans on and I’m feelin’ hella cool tonight, yeah
Everybody’s vibin’ so don’t nobody start a fight, yeah…Cheers to the freakin’ weekend
I drink to that, yeah-e-yeah

Et que dire de Drunk in Love, de Beyoncé et Jay-Z?
Un hymne à l’amour et à l’ivresse ?


Peintres vus aux Puces

En parcourant le marché Dauphine aux Puces de Saint-Ouen, nous sommes tombés sur ce tableau surprenant.

Graâce à la recherche d’images de Google, nous avons pu identifier son auteur : il s’agit de Christophe Blanc, un peintre qui expose notamment à la galerie Sebban. C’est un peu « space », comme on dit, dans le style expressionniste. En voici deux autres vus sur place.

Un visite du site de Christophe Blanc, et notamment la série des « affables », laisse entrevoir un monde masculin de convivialité, de célébration, à vrai dire un peu inquiétant. Ses personnages boivent, chantent, attendent… on ne sait quoi.

Plus douce est l’atmosphère des tableaux de Fatka, vus au marché Serpette, qui nous transportent un siècle en arrière dans l’atmosphère des bistrots parisiens.

Fatka est une artiste russe, une portraitiste. Reconnaitra-t-on celui-la ?

Voir ici sa photo galerie.

Taille de mars

Nous étions une bonne douzaine, ce vendredi 5 mars, à nous retrouver pour la taille annuelle au Clos Franquet où est la vigne municipale de Clamart. Notre mentor, le vigneron champenois Jean-Pierre Léguillette, après avoir rappelé les fondamentaux, veillait au grain et vérifiait le travail. On na taille jamais assez !

Une innovation cette année : la récupération des sarments pour le compost et l’usage de broyeurs.

Le résultat sera répandu au pied des ceps afin de nourrir la vigne. Le sol est riche, mais non alimenté depuis des années. La raison de la sensibilité aux maladies cryptogamiques (mildiou, oidium…) ? L’excès d’azote, la carence ou l’excès de potassium par exemple, sont des facteurs de sensibilité aux maladies. Pour le savoir il faudrait faire des analyses de sol et débourser une somme somme tout rondelette, ce qui fait réfléchir.

L’affaire fut rapidement menée et l’on fut heureux de fêter au Champagne ces retrouvailles.

Merci à Jean-Pierre qui nous fit déguster son extra-brut !

Au fait combien étions nous ? Il suffit de compter les flûtes !