Voila 400 ans ce 14 mai 2010 qu’un fanatique religieux ôta la vie au roi de France et de Navarre qui avait réussi à faire taire les armes après d’interminables guerres de religion.
Il avait la réputation d’un homme à femmes et d’un buveur, qu’en est-il vraiment ?
Comme disait l’historien René Gandilhon dont l’étude Henri IV et le vin fait autorité, « son nom est associé à une familiarité précoce et durable avec le vin. »
Selon la tradition, son grand-père Henri d’Albret lui fit boire du vin de Jurançon, ou plutôt, si l’on en croit André Favyn (1560-1620) dans son Histoire de Navarre, il lui présenta une coupe contenant du vin « à l’odeur duquel ce petit prince ayant levé la teste, il luy en mit une goutte dans la bouche qu’il avalla fort bien« .
A la cour d’Henri IV, trois sortes de vins étaient consommés, le vin de bouche (pour la bouche du roi, le meilleur), le vin de table (de bonne qualité) et le vin commun (destiné aux domestiques), sans parler du vin de suite « méchant vin que l’on donne aux valets » (Furetière).
Nicolas Abraham de la Framboisière, professeur de médecine à Reims, avait classé les vins : vin blanc qui se digère facilement et n’apporte « aucun détriment ny a la teste ni au foye », le préféré des grands de ce monde ; vin couvert « qui est rouge, vermeil ou noir, proffitable à ceux qui mènent une vie laborieuse » ; enfin vin claret ou rouge qui tient le milieu entre les deux.
Pour le service du roi, » les bouteilles, jamais placées sur la table, étaient disposées sur des dessertes, un gentilhomme servant, debout derrière le roi, quand il demandait son vin, lui présentait une coupe dorée ou un verre à pied en cristal, plein de vin, mais qu’il avait auparavant fait « taster à son premier médecin pour voir s’il seroit de son goût » étant précisé que celui-ci « ne devait pas s’ingérer dans autre chose que pour le vin ».
Quant aux quantités, voila ce qu’on peut lire dans l’étude de René Gandilhon.
Pour finir en chansons, voici vive Henri IV
On en trouvera une présentation complète sur un site de chansons maçonniques, là , où nous avons trouvé cette partition
Au diable guerres,
Rancunes et partis,
Au diable guerres,
Rancunes et partis,
Comme nos pères,
Chantons en vrais amis
Au choc des verres,
Les roses et les lys!
Qu’à Reims on danse,
Disant comme à Paris
Vive la France,
Vive le roi Henri !
Voici une version révolutionnaire de cette chanson (qui sera plus tard l’hymne de la Restauration).
Et voici une curieuse scène du film Guerre et Paix, où l’on voit soldats napoléoniens en déroute et soldats russes fraterniser et chanter ensemble une version qui réjouira les amis du bon clos
J’aimons les filles,
Et j’aimons le bon vin
J’aimons les filles,
Et j’aimons le bon vin
De nos bons drilles
Voilà tout le refrain
J’aimons les filles
Et j’aimons le bon vin !
Moins de soudrilles
Eussent troublé le sein
Moins de soudrilles
Eussent troublé le sein
De nos familles
Si l’ligueux plus humain
Eût ainsi aimé les filles
Eût aimé le bon vin !
C’était le thème de la conférence proposée par madame Elizabeth Liber, jeudi 6 mai à l’Institut Pasteur.
La vigne est connue depuis au moins 8 000 ans au Proche-Orient, où elle était cultivée sous forme de buisson ou de treille. Elle a marqué la civilisation judéo-chrétienne.
Au Moyen-Age, on compte quatre types de vignobles : le vignoble urbain, cultivé en ville, pour l’évêché ; le vignoble d’abbaye, comme celui de saint-Emilion ; le vignoble aristocratique, propriété du seigneur ; et peu à peu, le vignoble « bourgeois », à usage personnel ou commercial.Il y avait déjà 4000 tavernes à Paris au 15eme siècle, où l’on buvait sans doute le vin issu du gouais , cépage de bas étage.
Dans le passé, l’ajout de sucres, de résine ou d’aromates pour conserver et agrémenter le vin était couramment pratiqué. Le peuple buvait la « piquette » (faite de coupage à l’eau des résidus de la presse). Le meilleur vin était celui de mère-goutte, fait du jus s’écoulant sans pressurage.
Au-delà de l’histoire de la vigne et du vin, superbement documentée, on put aussi apprendre comment l’éminent chimiste consacra trois années de sa vie, dans les années 1860, à l’étude de la vinification, à la compréhension des mécanismes de la fermentation, à l’identification des germes responsables des maladies du vin (acescence , amertume , tourne , graisse ), à leur traitement par la « pasteurisation » (chauffage de courte durée) et l’hygiène.
Pasteur, au musée du vin à Paris
Il fallait en effet à cette époque où la consommation de vin se développait fortement trouver un remède au problème du vin qui « tourne » . Et c’est à la demande de l’Empereur Napoléon III, soucieux du commerce des vins français, que Pasteur se lança dans cette recherche. Voici sa lettre de réponse :
Las ! la pasteurisation s’opposait à la bonification du vin et dut être abandonnée.
On apprit aussi que l’Institut Pasteur produit un vin au chateau des Ravatys , dans le Beaujolais, au pied de la colline de Brouilly, legs inaliénable de Mathilde Courbe en 1937.
Voici quelques images glanées entre Loire et Cher.
Région sablonneuse, giboyeuse, poissonneuse, caverneuse… mais aussi viticole, vinicole, vineuse !
A Bourré , un restaurant les 2 caves (une bonne adresse), s’est niché dans un ancien chai troglodytique dit-on .
le mobilier est de circonstance
et l’on cultive la mémoire des temps anciens
au fond d’une des salles, cette vue rêvée de Montrichard (on prononce le t) tout proche est l’oeuvre récente d’artistes tourangeaux
A quelques kilomètres de là Pontlevoy s’enorgueillit jusque dans la rue de son enfant Ferdinand Desnos (peintre naïf 1901-1958) (oeuvres à voir aussi au « Petit Palais » à Genève)
le voici en visite à Paul Léautaud en 1954
observant Le poète Paul Fort à la Closerie des Lilas 1954 (on lit pourtant la bonbonnière?)
Plus au sud, au château de Valençay, on pouvait voir des oeuvres d’une artiste solognote de Selles Saint-Denis, Françoise Soulat dite « Mina »
transparences
raisins
Nous sommes allés voir de plus près le produit des vignes de Cheverny, chez Chesneau et fils , à Sambin.
Ici on ne garde pas son drapeau dans poche. Il est vrai que le vin est léger…
On n’est pas obligé de partager ce point de vue ! Qu’en pensele saint patron ?
Pour voir ce beau miroir il faut visiter le château de Cheverny (le Moulinsart des tintinophiles)
mais pour s’asseoir sur ces chaises il suffit de dîner au château de Chémery à la table d’hôtes de madame Fontaine (excellente maison).
L’époque est au communautarisme diront les uns. L’union fait la force, diront les autres. Toujours est-il qu’après les « vignerons polytechniciens » qui présentaient leurs vins il y a quelques semaines en leur hôtel de Poulpry,
Ils étaient une quinzaine, de toutes régions de France (manquait un malheureux portugais qui n’a pu présenter son Porto à cause d’un volcan islandais), unis par un destin commun : compter une abbaye dans la lointaine ascendance de leur domaine.
Voici quelques unes de nos « trouvailles »:
L’Abbaye de Morgeot, à Chassagne-Montrachet; le blanc n’est commercialisé qu’après 6 ans en cave.
l’Abbaye Sainte-Eugénie (Corbières) qui bénéficie d’un emplacement maritime au pied des Corbières et cultive le mourvèdre, comme à Bandol
l’Abbaye du Petit Quincy, qui propose Chablis, Tonnerre et Epineuil.
Tout cela reste à approfondir.
Une occasion peut-être , une prochaine soirée d’inauguration du comptoir des abbayes, 4-6 rue fléchier à Paris 9eme (celle prévue le 7 mai prochain est annulée).
Nous n’avons pas l’habitude dans ces colonnes de faire de la pub pour des vins, mais cette Poignée de raisin 2008 du domaine Gramenon apportée par l’ami Georges-Alain nous a conquis. Elle explose en bouche d’un fruit poivré et persistant. Hélas, déjà finie, et ça n’a pas l’air très facile de s’en procurer.
Inconnu au bataillon, Gramenon ? Voici ce qu’en dit Robert Parker :
« Le domaine Gramenon est l’une des toutes meilleures propriétés de la vallée du Rhône méridionale… »
Pour plus de détails sur ce vin et cette propriété, voir par exemple entredeuxverres
In vino BFM est parait-il la seule émission de radio entièrement dédiée à l’univers du vin et spiritueux, on peut l’écouter le samedi matin de 10 à 11, le dimanche après-midi de 16 à 17, ou mieux en podcast.
Le 7 janvier dernier c’est un vignoble cher au bon clos qui était à l’honneur : Bandol, et l’on a pu entendre (en milieu d’émission) un dégustateur bien connu des amis du clos , Bernard Burtschy, en dire tout le bien qu’il en pense : un vin de longue garde, dont les meilleurs crus comme Pibarnon peuvent atteindre les bonnes années (comme 1989) le niveau d’un 1er cru du bordelais (sic).
C’est « le grand cru du Sud ».
Il existe depuis 1989 un concours dit des longues gardes, visant à identifier à l’aveugle les meilleurs crus dès leur plus jeune âge (année de naissance), exercice difficile pour les dégustateurs. Pibarnon a souvent gagné, c’est un vin très élégant provenant d’un terroir calcaire et dont le raisin est totalement égrappé avant pressage, mais BB cite aussi Lafran-Veyrolles, Terrebrune, Pradeaux (« le 82, toujours magnifique, le 95 comence à peine sa carrière »), L’Olivette, JP Gaussens…
Au final, sur 60 participants au concours 1989, 43 sont encore disponibles, les deux tiers « tenant vraiment la route ». Ce qui laisse un choix assez vaste aux amateurs, avec un rapport qualité/prix incomparable (20-30 euro).
Quant aux blancs et rosés, s’ils n’ont pas vocation à vieillir longtemps, ils évoluent aussi étonnamment bien.
Ces propos sont approuvés par les autre participants à l’émission, comme David Cobbold (qui cite aussi La Bastide Blanche et La Bégude, et dont on apprend au passage qu’il est l’auteur du seul ouvrage traitant exclusivement du Bandol), Philippe Faure-Brac, et Georges Lepré qui insiste sur la décantation des rouges.
On trouvera un palmarès des millésimes et des longues-gardes sur ce site (d’un « amateur de vins du sud, non commercial et indépendant »), avec plein d’autres informations sur le Bandol.
Nous parlions il y a quelques jours des vignerons d’alex, qui propose un service de proximité de découverte des vins.
Diamétralement opposée est la démarche d’eccevino , qui propose un service de conseil en ligne, adossé aux principaux vendeurs de vin on-line.
Les conseils sont donnés par David Cobbold (qu’on peut entendre le samedi matin sur BFM dans in vino BFM de 10 à 11h ou le dimanche de 16 à 17h, » la seule émission de radio en France 100 % dédiée à l’univers des vins et spiritueux », nous dit-on) et Sébastien Durand -Viel, tous deux « dégustateurs, auteurs et enseignants du vin », qui comptent de nombreuses réalisations ludiques et pédagogiques à l’atelier du vin.
Offenbach était à l’honneur ces jours-ci au Trianon où les Tréteaux Lyriques jouaient sa « Princesse de Trébizonde (*) », opéra-bouffe monté pour la première fois en 1869 à Baden et longtemps oublié ; en voici l’ouverture
Il s’y trouve un délicieux air à boire chanté en duo dont voici les paroles, et qui fait référence à la malvoisie, vin grec doux, originaire de Μονεμβασία, qui fut célèbre au Moyen-Age. C’est aussi un groupe de cépages . Pour en savoir plus)
L’oeuvre fut ensuite remaniée en 3 actes et il se pourrait bien que certains textes aient changé. N’avons nous pas entendu plutôt : « quel parfum merveilleux a ce vin vieux ?
(* Trébizonde, cité d’Asie Mineure sur la Mer Noire, fut du 12eme au 15eme siècle la capitale d’un Empire )