vendanges à Clamart (fin)

C’ets sous un ciel gris et parfois pluvieux

que les vignerons clamartois ont vendangé le clos Franquet

et accueilli les raisins apportés par les clamartois les 12 et 13 octobre.

Et toujours des bénévoles pleins d’entrain et en nombre.

Le résultat n’est pas fabuleux en maturité (9 degrés d’alcool potentiel pour le Franquet), mais on fera (et on a fait) avec, sous la houlette d’Edouard notre oenologue (ici mesurant le sucre au mustimètre).

Un dicton dit que quand vient la grive, c’est le moment de vendanger. A-t-on vu la grive ?

De toute façon avec le mauvais temps on ne pouvait plus attendre.

(on a reconnu une oeuvre d’un de nos fidèles et prolifiques vignerons !)

Et comme il faisait frais (12 degrés)  il a fallu chauffer l’espace des cuves pour lancer la fermentation !

 

 

1258, l’année terrible

Gelées, grêle, sécheresse, humidité, froid, maladies… Chaque année les vignerons tremblent pour leur précieuse récolte. Qualité et quantité dépendent de tous ces aléas, mais aussi, on le verra, du travail, de la vigilance, de l’expérience et de l’intelligence des vignerons.

L’an 1258 est de ce point de vue emblématique. Ce fut une année terrible, qui ne connut pas d’été, les fruits ne poussèrent pas, le foin pourrit, avec pour conséquence famine et maladies. On dit qu’à Londres un tiers de la population mourut.

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dégustation à la londe les maures

Cette fin juillet, on pouvait déguster les rosés AOC – La Londe sur la plage de l’Argentière, et écouter du jazz, aussi (le soir ou nous y étions, 3 saxos emmenés par Lionel Belmondo).

Très bonne surprise. Voici une appellation qui a fait d’énormes progrès et que l’on a dégusté sans modération, mais ils étaient trente-deux, pardon à ceux que l’on n’a pas eu le temps de connaitre.

pour en savoir plus…Nous y reviendrons!

 

traité de bon usage de vin

C’est à une cérémonie atypique que la Confrérie des Enlumineurs de museaux nous convie, pour quelques jours seulement, au théâtre de la vieille grille.

Disons plus précisément une conférence magistrale, en chansons, mettant à notre portée un fameux traité (inédit dont l’original reste à découvrir) de François Rabelais, véritable plaidoyer pro vino. Ne donne-t-il pas, les jours durant, des selles fermes et assurées ? pisse saine et rose ? et verge puissante et belle…

Le traité aurait été publié sous le nom de maître Alcofribas (pseudonyme de Rabelais), et il n’en reste, nous dit-on, que trois exemplaires en…tchèque, dûs à un certain Martin Kraus de Krausenthal qui l’aurait traduit en 1622. Une traduction en français rabelaisien actuel, dûe à Marianne Canavaggio, est parue en 2009.

Fichtre ! On voudrait nous faire croire cela ! Tout est fait pour, comme cette étude d’Olga Spilar (un aller-retour pour maître Alcofribas) (sur le site de l’écrivain tchèque Patrick Ourednik), qui cite force sources savantes, recherches et documents anciens.

Mais que vient faire cet écrivain  en cette affaire ?

Emule de Perec, traducteur de Vian, Queneau, Beckett, on le voit bien s’adonnant, tel le Gaspard Winckler du Condottiere, aux délices du pastiche et de la contrefaçon. Sa fiche wikipedia ne dévoile-t-elle pas le pot aux roses, avec la soi-disant traduction en 1995, du français au tchèque, du fameux traité ?

Bien joué, nous le lirons!

Revenons au spectacle, qui tourne depuis quelques années. En voici un avant-goût..

Les néophytes y prendront de la graine, les oenophiles confirmés réviseront leurs classiques (avec une mention spéciale pour les citations de l’Ecclesiaste), et tous pourront entonner un répertoire de chansons bachiques.

Et ça se termine avec la fête continue de Jacques Prévert (Paroles).

dessin de gabriel lefevre

Debout devant le zinc
Sur le coup de dix heures
Un grand plombier zingueur
Habillé en dimanche et pourtant c’est lundi
Chante pour lui tout seul
Chante que c’est jeudi
Qu’il n’ira pas en classe
Que la guerre est finie
Et le travail aussi
Que la vie est si belle
Et les filles si jolies
Et titubant devant le zinc
Mais guidé par son fil à plomb
Il s’arrête pile devant le patron
Trois paysans passeront et vous paieront
Puis disparaît dans le soleil
Sans régler les consommations
Disparaît dans le soleil tout en continuant sa chanson

la voici chantée par jacques douai

l’animateur des temps nouveaux

C’était une feuille d’inspiration libérale qui paraissait tous les vendredis avant-guerre. Notre ami Jean, vigneron clamartois, nous en a fait passer un exemplaire qui traite du vin et de l’alcoolisme..

L’article date d’octobre 1931. A 80 ans de distance, on ne peut que constater que l’argumentaire « pour lr vin, contre l’alcoolisme » n’a pas pris une ride. Alors que la prohibition faisait  rage de l’autre côté de l’Atlantique comment ne pas convenir de rester dans « l’équilibre français et la modération, génie français » ?

Et que dire de cette mise en garde aux buveurs d’eau, passant la cinquantaine, contre les hémorragies cérébrales, « fréquemment observées »?

A noter aussi cette information sur la ration du trappiste, élevée à 1 litre de vin par jour, (quand Saint Benoit n’accordait, du bout des lèvres, qu’une demi hémine -un quart de litre), et son effet sur la santé!

 

Que vaut une bouteille de vin de Clamart ?

Voila bien une question que l’on entend souvent.

Mais non, nos bouteilles de vins de confréries franciliennes ne sont pas à vendre, il s’agit d’un produit culturel produit en petite quantité et non commercialisable (à l’exception notable du vin de Suresnes qui fait cavalier seul en Ile-de-France).

Bien sûr on peut en offrir exceptionnellement en échange d’une « donation ». Mais que vaut vraiment une bouteille de vin de Clamart ?

Plusieurs paramètres entrent ici en ligne de compte : la valeur gustative, la rareté, la réputation, l’état  de l’acheteur…

Ainsi lors de ventes aux enchères on a pu voir s’envoler des bouteilles jusqu’à plusieurs dizaines d’euro.

Un document récemment découvert, et porté à notre connaissance par l‘association des Amis de Clamart, que les lecteurs du bon clos connaissent bien, peut éclairer notre lanterne.

Il s’agit d’un acte d’attestation, datant du 12 août 1675.

ACTE D’ATTESTATION DU 12 AOUST 1675
Pour justifier du prix des vins     par henry Berthelot et Vinssant Leriche
Ce jour dhuy douziesme Jour daoust mil six cent soixante et quinze sont comparus par devant moy  Martin Puthomme nottaire au Chatellet de Paris et garde du petit scel, greffier et tabellion en la prévosté de Clamard, soubsigné :  henry Berthellot marchand boucher demeurant à Clamard et Jean Couré l’aisné vigneron demeurant audit lieu.
Tous deux fermiers des dismes bleds et vins de la paroisse de Clamard, en l’année mil six cent soixante et douze, et Vincent Le Riche cy devant greffier au baillage de Meudon y demeurant.
Lesquels ont attesté et affirmé en leur conscience que les vins du cru de Clamard et Meudon ont valu de depuis dix sept livres le moindre, jusque a vingt quatre le meilleur pour en avoir lesdits Berthellot et Couré ; celuy qu’ils ont  recueilli, tant de leur avis que de toutes dismes, la somme de vingt deux livres le muid.
Ont afirmé veritable par devant moy tabellion soubsigné quy ay délivré le présent certifficat au Sieur dallaise du moistié, pour luy servir et valloir ce que de raison.
Approuvé Martin Puthomme en presence de Jean Puthomme et de messire Leonard Lionet, tesmoings qui ont signé et ledit gouré a déclaré ne scavoir escrire ny signer, de ce, interpellé pour satisfaire a la nouvelle ordonnance , et demeure ledit Jean Puthomme audit Clamard et ledit Lionet a Paris rue d’Orléans paroisse St Eustache.

Nous lisons bien : de 17 à 24 livres le muid (un muid correspondait à 268,220 litres (huit pieds cubes) à Paris au 17ème siècle). Soit 0,063  à 0,09 livre le litre.

Deux questions peuvent se poser : Comment se situait ce vin par rapport à ses contemporains ? Et combien vaudrait-il en euro d’aujourd’hui ?

Sur le site http://www.history.ubc.ca obligeamment recommandé par l’amie historienne Sabine, on peut trouver des données comparatives, par exemple :

– en 1601, le prix du litre de vin à Paris était de … 0,063 livre de Paris par litre.

(source : Georges D’Avenel, Histoire économique de la propriété, des salaires, des denrées et de tous les prix en général depuis l’an 1200 jusqu’en l’an 1800 par le vicomte G. d’Avenel, 7 vols. (Paris, 1894-1926; reprint, New York, 1968-69), 4: 181-241.)

Si l’on se réfère à l’étalon argent, la livre tournoi avait perdu environ 1/3 de sa valeur entre 1601 et 1675 (voir le tableau de référence sur www.histoirepassion.eu). Ce chiffre peut donc être réévalué à 0,095 livre 1675.

Il y a par ailleurs de nombreuses incertitudes car le prix du vin fluctuait en fonction des récoltes…

– En 1675 en Avignon,le prix du litre était de 0,036 livre (il en valait 0,038 en 1601)

(source : René Baehrel, Une croissance: La basse provence rurale de la fin du XVIe siècle à 1789, 2 vols (Paris, 1961; reedition, 1988), 1: 560 )

– En revanche, certains grands crus du Bordelais se négociaient à des prix nettement plus élevés : ainsi le tonneau de margaux ou de latour (225 litres) pouvait valoir 2400 livres en 1784 (soit 1500 livres de 1675 compte tenu de l’inflation, il n’en reste pas moins, nous sommes dans un rapport de un à cent, n’est-ce pas comme aujourd’hui ?)

(source : La France d’Ancien Régime: Textes et documents, 1484-1789)

Mais que valait une livre eu euro d’aujourd’hui ?

Vaste problème. Le site histoire.passion.eu propose plusieurs méthodes pour l’estimer : par rapport à l’étalon argent  ; par rapport au prix d’un produit « courant » (comme une douzaine d’oeufs, ou une berline) ; par rapport au revenu horaire d’un ouvrier… Nous ne tomberos pas dans ce marécage. Si l’on s’en tient à l’étalon argent : une « livre tournoi » valait 2,1 à 2,37 euro . Soit un prix au litre de vin de Clamart de 0,14 à 0,2 euro.

Ce prix est à rapprocher de celui du vin en vrac actuel, tel que présenté par Franceagrimer pour novembre 2012 : 73 euro l’hecto, soit 0,73 le litre de vin IGP rouge ou rosé (0,84 pour le blanc, 0,60 pour le vin sans IG)

On l’aura compris, en ces temps reculés, à l’aune d’aujourd’hui, le vin de Clamart et de Meudon ne valait pas tripette… Ce devait être un vin honnête, courant, comme les gros bataillons des 30 millions d’hectolitres que produisaient  2 à 3 millions de vignerons au 18ème siècle…

(cf. l’article de Lucien Fèbvre sur l’ouvrage de Camille-Ernest Labrousse paru dans Annales, Economies, Sociétés, Civilasations, 1947, vol.2, pp 281-287)

Et nous ne sommes guère plus avancés pour répondre à la question-titre !