chapitres d’hiver

Autour de la Saint Vincent les réjouissances se multiplient, avec les chapitres, intronisations, et leurs dégustations, leurs festins, leurs chants et leurs danses. Et parfois des messes qui font mentir l’adage « courte messe et long repas font la joie du chevalier« .
Ainsi le 25 janvier les Echansons recevaient leurs Compaignons et Amis au Musée du Vin, sous le signe de la Corse, belle terre de vins.

Après la Sérénade du Souffle de Bacchus, qui permit de (re) découvrir des airs anciens (comme un vibrant air à boire du Bourgeois Gentilhomme, ou encore le coassant « Sommes nous des grenouilles ») et modernes (comme ce p’tit verre du p’tit vin du pays, de l’opérette Méditerranée), on procéda aux rituelles intronisations.

5 heureux élus furent jugés dignes de rejoindre la Confrérie :

lesintronisés

Michel Roman, un dessinateur qui manie l’humour bachique et dont les dessins étaient exposés cet hiver  au Musée du Vin,

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Michel Romand dédicaçant ses oeuvres

Luc de Saint-Maurice, « maitre campeur » à la Belle Etoile, camping près de Melun, et fondateur de la Confrérie du Brie de Melun,
Michel Devot, Président de la Coordination des Confréries d’Ile de France (Cocorico) et Grand Maitre de la Commanderie des Chevaliers de Saint-Grégoire,

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Michel Devot s’apprêtant à vider le tastevin

et Christiane Baquier, choriste au Souffle de Bacchus,
tous admis au grade de Compaignon ;
ainsi que Sylvain Andres, sommelier familier des grandes maisons et aujourd’hui formateur professionnel basé en Occitanie, qui fut adoubé Grand Bouteiller.

Le festin qui s’ensuivit ne laissa personne sur sa faim avec ses délicieux filets de rouget à la bonifacienne, ses filets de marcassin et ses aumônières aux pommes et miel corse. Mais ce sont bien sûr les vins (de Sartène, du Cap Corse…) qui les accompagnèrent qui portèrent à son comble le plaisir des convives.

bouteillescorses

Quelques jours plus tard, c’est le Devoir Parisien du Beaujolais qui prenait le relais,

panneau

le 1er février, ayant dû reporter son chapitre d’hiver en raison des grèves. Il recevait au Chai Brongniart, un établissement historique situé dans l’enceinte du Palais du même nom, et l’on put y déguster les 12 appellations du Beaujolais en évoquant mentalement les générations de courtiers et spéculateurs qui s’y sont abreuvés.

On y retrouva de vieilles connaissances, forcément,

avecguillaume

il y eut bien sûr des intronisations

intros

et l’on y fit aussi de belles rencontres, comme celle de Marielle, poétesse, maire de la Commune Libre de Montmartre (qui fête ces jours-ci ses 100 ans), venue présider à l’intronisation de son fils Frédéric,  sommelier au Divellec

marielle

(on visitera son site toutturpaud.fr avec bonheur)

ou encore Cendrine Bonami-Redler, venu promouvoir DANS SON JUS, son ouvrage de dessins sur les zincs de Paris,

cendrine

Et dès le lendemain, il fallut se lever de bonne heure pour rallier Sannois et les Amis de l’Asperge et du Vin qui y prospèrent depuis 60 ans !

Il ne sera pas possible de citer toutes les Confréries présentes tant celles-ci étaient venues nombreuses. Il faut dire que la réputation du Chapitre de Sannois, avec son banquet qui joue à guichets fermés, est établie.

tousasannois

Il y avait là les Toursiveux du vieux tiyou de Namur, les canardiers de Picardie, les closiers de Montlouis, les Bangards, qui gardaient jadis les vignes en Alsace,

unbangard

la tarte tatin de Lamotte Beuvron, les Goustiers de l’Andouille de Guéméné, les Haricots d’Alençon, les chipirons de Bidart et du Pays Basque, les Talmeliers et bien d’autres Confréries d’Ile de France, sans oublier, last but not least, les Cons et fiers de l’être.

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On a bien lu.  En fait, c’est une organisation caritative, qui se lit : « Coeur Ouvert Naturellement Simplement ».   Il fallait quand même oser (c’est à même à cela qu’on les reconnait, dit-on )!

Le déjeuner fut à la hauteur des espérances, avec ses asperges,

asperges

son homard, ses cailles farcies…,  son gâteau d’anniversaire,

gateaudanniv

et ses chanteurs et danseurs étonnants venus de l’ex Union Soviétique, qui interprétèrent avec brio les grands standards russes. Merci à Volodymyr Yemets et ses amis.

Et merci au Grand-Maitre Antonio, dont on connait les qualités lyriques, qui nous interpréta una Historia de un Amor que l’on n’oublie pas. Et qui nous fit la grâce de nous recevoir comme Compagnon dans sa docte compagnie.

 

 

Le roman d’Alexandre

Ce roman, qui relate la vie légendaire d’Alexandre de Macédoine, a connu un succès considérable au Moyen Age. Il en existe de nombreuses versions, en toutes langues, comme celle écrite en vers français (alexandrins) par Alexandre de Paris vers 1180. Il en reste plusieurs manuscrits richement enluminés. C’est dans le manuscrit MS Bodley 264 de la Bodleyan Library d’Oxford que se trouve cette illustration, montrant des singes vuidant un tonneau et remplissant jarres et calices.singes

Comme souvent, le texte voisin n’a strictement rien à voir, on lit en effet  :

Puis a pris le c(h)eval dont il éstoit méstiers, (dont il avait besoin)
si l’a rendu son frere qui monta volentiers

(Il se situe vers la fin du roman, dans l’épisode de la mort du roi Sorin. On peut trouver le texte complet en pdf ici.)

Il reste que cette image qu’on peut qualifier de drôlerie ou de grotesque, est bien belle et l’on remercie l’ami François qui nous l’a fait connaitre.

 

De Londres à Bath

Londres est un de ces lieu rêvé pour les amateurs de belles choses, encore faut-il aller les chercher dans leurs cachettes comme à la Fondation Wallace.

On y retrouve dès l’abord Lady Hamilton en bacchante (d’après Vigée Lebrun)

ladyhamilton

puis cette superbe bacchante noir et d’or et cette autre avec l’enfant Bacchus.

On découvre de joyeuses bachanales sur ce piédestal et cette horloge en ivoire.

Encore une horloge… et un miroir bachiques

Et encore un florilège de sculptures bachiques en bronze, porcelaine, marbre, de ou d’après des sculpteurs comme Etienne Maurice Falconet, Jean-Pierre Antoine Tassaert, Jean-Joseph Foucou, Joseph Charles Marin, Joseph ou Jean Baptiste Broche, François Duquesnoy…

Ce petit vendangeur de Bernardino Luini, élève de Léonard de Vinci,  a été transféré d’une fresque de la villa Pelucca près de Milan.

petitvendangeur

Remontons vers le Nord, au Siècle d’Or où la peinture flamande et néerlandaise connait son heure de gloire. Voici La richesse de l’automne (encore une bacchanale) de Jacob  Jordaens

richessedelautomnejordaens

On reconnait un thème cher à Frans von Mieris et à ses descendants sur ce tableau représentant un couple prenant du bon temps (vers 1680)

couplemieris

on peut en trouver un semblable sur le site connectvermeer ou encore sur le site fineartamerica.

Celui-ci, représentant une joueuse de luth, serait de Willem von Mieris (1711) le petit-fils

joueusedeluth

Ferdinand Bol (1616-1680) un des meilleurs élèves de Rembrandt, a peint ce buveur

ferdinandbolbuveur

Ian Steen a peint vers 1674 cette scène de taverne où l’on s’amuse bien et qui mérite d’être regardée en détail. Elle nous en rappelle d’autres !

merrymakinginataverniansteen

Continuons notre périple.

On tombe en arrêt devant ce déjeuner de chasse. Un air de déjà vu ? Il est de Jean-François de Troy (1737)…

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C’est l’époque des fêtes galantes et des marivaudages, le raisin et le vin ne sont jamais loin.

Watteau peint vers 1719 ce petit concert en plein air (noter à droite le seau où les bouteilles sont mises à rafraichir par un petit serviteur) « les charmes de la vie »

sortiemusicaewatteau(extrait)

Des couples  batifolent sur des meubles précieux et des vases

couplesbatifolant

vaseaucouple

François Boucher déploie son art (un automne pastoral, 1749, détail)

extraitautomnepastoralboucher

et Greuze nous propose sa Bacchante (1780)

bacchantedegreuze

Cette petite paysanne italienne de Dominique Papety (1815-1849) fait la pause pendant la vendange.

paysanneitalienne

Mort à Marseille à 34 ans du choléra, Ingres aurait dit de lui : « Ce ne fut jamais un élève, c’était un maître dès qu’il toucha un pinceau« .

Le thème des paysannes semble l’avoir inspiré, voici une autre vendangeuse

paysannepaysageflorentin

On ne quittera pas cette magnifique demeure sans saluer le collectionneur Richard Wallace, et Sir John Murray Scott son secrétaire qui après sa mort en 1890 en fit un musée ouvert au public. Le voici un verre à la main vu par Herman G.Herkomer

johnmurrayscott


 

A 1h30 en train de Londres, Bath est une digne cité construite autour d’une source chaude qui coule toujours deux mille ans après que les Romains y ont construit des thermes. Abandonnée puis redécouverte au 16ème siècle, elle devint un lieu de villégiature fameux. Galeries d’arts, antiquaires y sont en nombre. La ville vaut le voyage. Quelques grapilles ont  aussi intéressé les reporters du Bon Clos.

Rex Whistler, (1905-1944) a peint vers 1933 ce tableau intitulé « the foreign bloke », soit l’étranger. Sans doute celui de droite qui boit du vin. Un Français ?

theforeignblokerexwhistler1933Ce « château Latour » vu chez RedRag est du britannique Michael Kidd

Michael KIDD - Chateau Latour…

Près de la gare, dans une librairie cette gravure de Benozzo Gozzoli (le vignoble de Noé)

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La scène est tirée d’une fresque du Cimetière de Pise (le Camposanto, vers 1470)

Benozzo_Gozzoli_-_The_Vintage_and_Drunkenness_of_Noah_-_WGA10335

Sur Bartlett Street nombreux antiquaires, beaux seaux à Champagne et jarres à vin comme cet in vino veritas 

ou encore cette tapisserie aux grappes de raisin.

tapisserie


Concluons cette promenade en Angleterre par cette pub trouvée dans un pub !

taddypaleale

Cheers !

 

 

 

Dry January

Que penser de la campagne lancée par l’association Alcohol Concern au Royaume Uni depuis bientôt 7 ans, incitant les buveurs à décliner toute boisson alcoolisée pendant tout le mois de janvier ? D’après le site doctissimo, 4 millions de britanniques auraient relever le défi l’an dernier, avec des bénéfices patents pour leur santé. Et une telle campagne a-t-elle une chance de marcher en France ?

L’initiative est louable, et au Bon Clos nous menons campagne pour le bien boire et le boire modérément. Il est bon de suspendre régulièrement sa consommation, mais le mois de Janvier est-il pertinent ?

dry3

Nous pensons que le mois de Février conviendrait mieux, et que c’est le seul mois qui pourrait convenir.

Janvier, c’est le mois des voeux et des galettes des rois. Comment faire des voeux sincères sans lever un verre ? Comment tirer les rois sans un verre même de cidre, à défaut de champagne ou de bière comme dans les pays nordiques ? Et comment feront les vignerons pour fêter leur patron, St Vincent ?

jan-miense-molenaer-le-roi-boit
le roi boit (jan miense molenaer)

Mars ne convient pas : va-t-on priver les buveurs de la bière de Mars ?

mars2

Avril, Mai : v’là l’printemps, saison des amours. Imagine-t-on Vénus sans Bacchus ?

sprangerbacchusvenus
Bacchus et Venus (Spranger)

Juin, Juillet, Août, c’est l’été, les vacances, la convivialité  : va-t-on supprimer l’apéro, le rosé, le pastaga, le pineau, le petit muscat ?

rosedelete

Septembre, Octobre : les vendanges. On oublie.

1967fetedesvendangesaromangnatles vendanges à Romagnat en 1967

Novembre, le mois du vin nouveau, une tradition qui remonte à l’Antiquité que le Beaujolais Nouveau fait revivre avec intelligence.

bruegelstmartinle vin de la saint martin (Breughel)

Décembre : les fêtes. On oublie aussi.

drysauvignon

Reste Février, qui comporte l’avantage d’être un mois de 28 jours (en général), rendant l’effort 10% moins élevé qu’en Janvier. On objectera que le Carnaval tombe le plus souvent ce mois là. Et bien, on fera une exception pour la semaine précédant Mardi Gras!

Barkouf au pouvoir !

Cet opéra comique d’Offenbach, qui n’avait pas été joué depuis 1861,  a enfin été monté l’an dernier par l’Opéra du Rhin avec Pauline Texier dans le rôle de Maïma. Et pour cause, la partition De Barkouf était perdue… jusqu’à ce que l’infatigable Jean-Christophe Keck, spécialiste mondial d’Offenbach, la retrouve…

Remercions-le, ainsi que la troupe, et Benoit Duteurtre, qui a diffusé sur France Musique un air à boire assez atypique. En effet, l’invitation à boire s’adresse à des empoisonneurs…. qui ne peuvent plus supporter d’être gouvernés par un chien, Barkouf!

Voici aussi la version d ‘Alina Wunderlin qu’on peut trouver en ligne
Grand échanson, notre doux maître
Trouve ce breuvage parfait,

(Geste de joie des conjurés.)

Et je dois vous faire connaître
Combien il en est satisfait.
LES CONJURÉS, à part.
II a bu ! De lui c’en est fait !

Pour lui la mort… la mort !
MAÏMA, à Bababeck.
Mais je n’ai pas tout dit encor.
COUPLETS.
Premier couplet.
Gouverneur généreux,

Il veut à la ronde
Voir, quand il est heureux,

Heureux tout le monde.
De ce vin favori

Sa bonté profonde

Veut qu’ici,
Comme lui,
Vous buviez aussi !

(Regardant d’un air sombre Bonbeck qui tremble.)

Oui, vous en boirez comme lui ;
Buvez, Barkouf le veut ainsi !
BABABECK.
O ciel ! en boire comme lui !
MAÏMA, avec force et saisissant l’aiguière que Bababeck tient d’une main tremblante.
Allons, Barkouf vous invite.

Mais buvez donc,
Grand échanson !
A Barkouf il faut au plus vite

Et sans façon
Faire raison.

Buvez donc,
Grand échanson !
BABABECK, tremblant.
C’est trop d’honneur… non, non !

LE CHŒUR.
Buvez donc,
Grand échanson !
Au gouverneur, faites raison !
LES CONJURÉS, pressant Bababeck de boire.
Buvez donc, buvez donc,
Pour détourner tout soupçon !
BABABECK, se défendant.
C’est trop d’honneur, non, non !
MAÏMA, tenant toujours d’une main l’aiguière et une coupe que Balkis vient de lui donner, s’adressant à Bababeck et la lui remettant.
À vous donc cette coupe d’or !

(Elle passe entre lui et les conjurés, et se tournant vers ceux-ci 🙂

Mais je n’ai pas tout dit encor.
Deuxième couplet.
De ce nectar si bon
Qu’il n’épargne guère,

Et du même flacon
Remplissant vos verres.
Barkouf, dans sa bonté,

Veut, amis sincères,
Vous voir avec gaîté

Boire à sa santé !

(Les regardant d’un air sombre.)

Vous boirez tous, avec gaîté,
Vous boirez tous à sa santé !
LES CONJURÉS, tremblants.
Ô ciel… ô ciel ! avec gaîté
Il nous faut boire à sa santé.
MAÏMA, avec force et faisant signe à Xaïloum et à Balkis de leur distribuer des coupes,
Allons, Barkouf vous invite…

(Se tournant vers Bababeck.)

Commencez donc,
Grand échanson ! (Se tournant vers les conjurés.)
Et vous tous, buvez au plus vite

Avec gaîté
A sa santé !
Boire est si doux !
Vous boirez tous !
LE CHŒUR.
Buvez tous, buvez donc,

Grand échanson,
Au gouverneur faites raison !
BABABECK, bas aux conjurés.
Buvez tous, buvez donc,
Pour mieux détourner tout soupçon.
LES CONJURÉS.
C’est trop d’honneur, non, non !
TOUS, tombant à genoux.
C’est fait de nous !
BABABECK.
Grâce et pardon !
LE PEUPLE.
Qu’ont-ils donc tous ?
MAÏMA, les montrant du doigt avec indignation.
Ils ont…

(Montrant Bababeck.)

Que, guidés par ce traître,
Ils versaient un poison mortel

A Barkouf notre maître !
LE CHŒUR.
O ciel !

(Tout le peuple se précipite sur les conjurés.)

L’origine de cette histoire provient d’un conte de l’abbé François Blanchet, Barkouf et Mani, que les curieux pourront lire là

Barkouf

Cet opéra comique d’Offenbach, qui n’avait pas été joué depuis 1861,  a enfin été monté l’an dernier par l’Opéra du Rhin avec Pauline Texier dans le rôle de Maïma. Et pour cause, la partition était perdue… jusqu’à que l’infatigable Jean-Christophe Keck, spécialiste mondial d’offenbach, la retrouve…

Remercions-le, ainsi que la troupe, et Benoit Duteurtre, qui a diffusé sur France Musique un air à boire assez atypique. En effet, l’invitation à boire s’adresse à des empoisonneurs…. qui ne peuvent plus supporter d’être gouvernés par un chien, Barkouf!

Voici aussi la version d ‘Alina Wunderlin qu’on peut trouver en ligne
Extrait
Grand échanson, notre doux maître
Trouve ce breuvage parfait,

(Geste de joie des conjurés.)

Et je dois vous faire connaître
Combien il en est satisfait.
LES CONJURÉS, à part.
II a bu ! De lui c’en est fait !

Pour lui la mort… la mort !
MAÏMA, à Bababeck.
Mais je n’ai pas tout dit encor.
COUPLETS.
Premier couplet.
Gouverneur généreux,

Il veut à la ronde
Voir, quand il est heureux,

Heureux tout le monde.
De ce vin favori

Sa bonté profonde

Veut qu’ici,
Comme lui,
Vous buviez aussi !

(Regardant d’un air sombre Bonbeck qui tremble.)

Oui, vous en boirez comme lui ;
Buvez, Barkouf le veut ainsi !
BABABECK.
O ciel ! en boire comme lui !
MAÏMA, avec force et saisissant l’aiguière que Bababeck tient d’une main tremblante.
Allons, Barkouf vous invite.

Mais buvez donc,
Grand échanson !
A Barkouf il faut au plus vite

Et sans façon
Faire raison.

Buvez donc,
Grand échanson !
BABABECK, tremblant.
C’est trop d’honneur… non, non !

LE CHŒUR.
Buvez donc,
Grand échanson !
Au gouverneur, faites raison !
LES CONJURÉS, pressant Bababeck de boire.
Buvez donc, buvez donc,
Pour détourner tout soupçon !
BABABECK, se défendant.
C’est trop d’honneur, non, non !
MAÏMA, tenant toujours d’une main l’aiguière et une coupe que Balkis vient de lui donner, s’adressant à Bababeck et la lui remettant.
À vous donc cette coupe d’or !

(Elle passe entre lui et les conjurés, et se tournant vers ceux-ci 🙂

Mais je n’ai pas tout dit encor.
Deuxième couplet.
De ce nectar si bon
Qu’il n’épargne guère,

Et du même flacon
Remplissant vos verres.
Barkouf, dans sa bonté,

Veut, amis sincères,
Vous voir avec gaîté

Boire à sa santé !

(Les regardant d’un air sombre.)

Vous boirez tous, avec gaîté,
Vous boirez tous à sa santé !
LES CONJURÉS, tremblants.
Ô ciel… ô ciel ! avec gaîté
Il nous faut boire à sa santé.
MAÏMA, avec force et faisant signe à Xaïloum et à Balkis de leur distribuer des coupes,
Allons, Barkouf vous invite…

(Se tournant vers Bababeck.)

Commencez donc,
Grand échanson ! (Se tournant vers les conjurés.)
Et vous tous, buvez au plus vite

Avec gaîté
A sa santé !
Boire est si doux !
Vous boirez tous !
LE CHŒUR.
Buvez tous, buvez donc,

Grand échanson,
Au gouverneur faites raison !
BABABECK, bas aux conjurés.
Buvez tous, buvez donc,
Pour mieux détourner tout soupçon.
LES CONJURÉS.
C’est trop d’honneur, non, non !
TOUS, tombant à genoux.
C’est fait de nous !
BABABECK.
Grâce et pardon !
LE PEUPLE.
Qu’ont-ils donc tous ?
MAÏMA, les montrant du doigt avec indignation.
Ils ont…

(Montrant Bababeck.)

Que, guidés par ce traître,
Ils versaient un poison mortel

A Barkouf notre maître !
LE CHŒUR.
O ciel !

(Tout le peuple se précipite sur les conjurés.)

L’origine de cette histoire provient d’un conte de l’abbé François Blanchet, Barkouf et Mani, que les curieux pourront lire là

Amis buvons, buvons sans cesse

On a repéré ces premiers mots d’une chanson à boire évoquée par Musset dans le chandelier (voir l‘article sur Fortunio). Quelle est cette chanson ?

Elle pourrait être l’air à boire de Monsieur Morel, paru dans le recueil de tous les livres d’airs donnés en l’année 1696.

Amis buvons, buvons sans cesse,
Eloignons les tourments que nous coûte l’amour
Iris à ma changer s’empresse
Et moi pour du bon vin je la change à mon tour

airaboiremorel

Mais il y en a une autre, parue Dans Mon Portefeuille, de Legret (édité en 1806) dans le 15ème diner, (sur l’Air : Lise chantait)

la même à une variante près se trouve dans le Chansonnier des bonnes gens, de 1833, (13ème diner)

Amis buvons, buvons sans cesse
Et dans nos élans de gaîté (var : Et sans quitter notre trépié)
Livrons nous à la double ivresse
De l’amour et de l’amitié
Baisons sans crainte qu’on nous gronde

La voisine et notre moitié
C’est ainsi chez nous à la ronde
Que Bacchus enivre son monde

L’air Lise chantoit (dans la prairie) proviendrait d’un opéra comique de 1783 de Nicolas Dezede, soit Blaise et Babet, (la suite des trois fermiers),

nicolasdezede

lisechantoit1lisechantoit2lisechantoit3

 

 

En vadrouille à Versailles

On imagine difficilement à quoi pouvait ressembler Versailles à l’époque du Roi-Soleil. Il y a le château certes, et ses somptueux jardins. Mais regardons de l’autre côté. Face aux château deux grands bâtiments semblables construits par Mansard abritaient les Ecuries du Roi et les milliers de chevaux de selle (logés avec leurs écuyers et palefreniers aux grandes Ecuries) , et ceux de trait, avec les carrosses et berlines, logés aux petites Ecuries.

lesecuriesdeversailles

Ce dernier bâtiment ( au fond à droite sur le tableau) abrite aujourd’hui la galerie des sculptures et des moulages qui recèle une impressionnante collection de statues en marbre, retirées des jardins ou elles étaient en proie à l’érosion, et restaurées, et de moulages dits aussi tirages en plâtre. Voici quelques specimens intéressant le bon clos.

fauneencage
faune de Jacques Houzeau (marbre, vers 1687)
bacchante
bacchante de l’arlésien Jean Dedieu (marbre, 1686)
bacchusditlautomne
bacchus dit aussi l’automne de Jean Degoullons et Jean Raon (marbre, 1687-93)
2dionysos
Dionysos dit de Richelieu (4ème s. av. JC, à droite), et Dionysos romain -villa Albani-, 2ème s. av. J.C. )

Evidemment Versailles recèle bien d’autres merveilles, qu’on découvre au hasard des promenades. Comme ce bassin de Bacchus, où le dieu est entouré de 4 satyres (plomb, vers 1673, frères Marsy).

bassinbacchus

C’est bien simple, dans les jardins de Versailles, il y a des Bacchus partout ! André La Nôtre en a fait un recensement, voir son article « Bacchus : mythe et représentation dans les jardins de Versailles » : on pourra le voir rampe Nord, allée d’Apollon, sur le parterre du bassin d’Apollon, sur le Corps Central, allée sud du Bassin d’Apollon, bosquet de la Girandole…

Celui-là, adressé par Laura, une amie du clos, s’est semble-t-il mis à l’abri dans les couloirs du château.

bacchuschateau
Bacchus ou l’Automne, de Thomas Regnaudin

 

 

 

 

Les naïfs lèvent le coude

Très belle exposition que celle que l’on peut voir ces temps-ci au Musée Maillol, intitulée « du Douanier Rousseau à Séraphine ».

affiche

On peut y voir des oeuvres de peintres découverts par Dina Vierny,

Dina1943Maillolmodèle, muse du sculpteur, puis galeriste, collectionneuse et fondatrice du Musée Maillol.

Plusieurs rendent hommage au vin comme cette nature morte aux huîtres de Jean Eve (1941)

3bouteillesjeaneve

ou celle-la de René Rimbert, parfois qualifié de primitif moderne

bouteillerimbert

Voici aussi le Bourgogne associé au homard avec Camille Bombois

bouteillesbombois

On ne saura pas quel vin est dans ces bouteilles représentées par Louis Vivin, elles sont sans étiquette…

bouteilleslouisvivin

… non plus que celle-ci accompagnant « la carpe » de Ferdinand Desnos (cousin du poète).

lacarpedesnos

 

Dessins d’humour au Musée du Vin

Nous signalons une exposition de dessins de Michel Roman,

affiche

connu pour ses BD et son humour ravageur. Voici sa proposition de foi (sur lapassionduvin.com) :

Bonjour, je me prénomme Michel et je suis dessinateur humoristique et je dessine essentiellement sur le vin rouge. On ne peut rire que de personne ou de choses que l’on aime. Alors moi, le vin m’inspire de l’humour.

Et voici un avant-goût de l’expo (c’est jusqu’au 25 janvier)

Encore un peu ?

Outre ces dessins, l’album Vino Sapiens un calendrier 2020 y attend les amateurs. Avis !

calendrier

Finissons avec un quizz qui n’a rien à voir, proposé par Claude Josse, Grand-Maître  du Conseil des Echansons de France.

Voici une étrange scène : où se situe-t-elle, de quoi s’agit-il, et qui est ce personnage ?

vendangeetrange

Réponse à adresser au bon clos, qui transmettra.