Souvenons-nous : il y a deux cents ans, l’irruption prolongée (de mars 1811 à août 1812) d’une comète dans le ciel où elle s’étendait sur 25° suscita l’émotion des populations. Bien qu’il n’y fut pour rien, elle est connue sous le nom de »comète de Napoleon ».
Le vin produit cette année-là, était d’une telle qualité et quantité qu’il resta dans l’Histoire comme le « vin de la Comète ». Il est vrai que l’été et l’automne avaient été anormalement chauds. C’est ainsi qu’un dégustateur en septembre 1986 d’un Yquem 1811parled’un vin dépassant tous les superlatifs et ne pouvant être approché et comparé que par le renommé millésime 1847.
Les russes sont conquis et la Veuve Clicquot emporte durablement la mise avec son millésime 1811.
La littérature suivit. Elle apparait dans Guerre et Paix : « rayonnait une pure lumière, dont la brillante chevelure, entourée d’astres scintillants, se déployait majestueusement »
Eugène Onéguine « se jette dans un traîneau, et le cri de gare ! gare ! retentit. Son collet de poil de castor s’argente d’une fine poussière glacée. Il arrive chez Talon, sûr que Kavérine l’y attend. Il entre, et le bouchon saute au plafond ; le vin de la comète jaillit. »
On doit le poème qui suit à Edouard Bricon (trouvé sur gallica)
Et en 1883, c’est Aristide Bruant qui y va de sa chansonnette (in « chansons et monologues d’aristide bruant », trouvé sur gallica)
Vieille fascination, comme l’atteste cette broderie de la tapisserie de Bayeux qui rappelle le passage de la comète de Halley en 1066. Une comète qui revient tous les soixante-seize ans, quand celle dont nous parlons ici ne revient que tous les trois mille ans.
Déjà en Chine, il y a quelques 2400 ans, cette table sur soie recensait les comètes...
Ne prenant pas au sérieux l’assertion d’Audiard ( En été, les vieux cons sont à Deauville, les putes à Saint-Tropez et les autres en voiture un peu partout), nous y sommes passés ce mois d’août.
Arrivant en bateau nous ne pouvions pas rater sur le port la galerie Vieceli qui expose les oeuvres de Guy Demun.
Appartenant à la fois aux derniers fauves et aux nouveaux réalistes, ce peintre contemporain (né en 1938) se situe entre Balthus et Paul Delvaux nous dit-on.
Un peu plus loin le musée de l’Annonciade est une étape obligée. Il y a quelque temps, on pouvait y voir une exposition des oeuvres du graveur André Dunoyer de Ségonzac (1884-1974) , illustrant les Géorgiques de Virgile.
le foulage du raisin
Par ici dieu du pressoir (tout ici regorge de tes dons, la campagne lourde se couvre du pourpre automnal, la vendange écume à pleins abords), par ici dieu du pressoir, viens et plonge avec moi dans le vin nouveau tes jambes nues d’où tu as ôté tes sandales.
Géorgiques, chant II, 4-8
Le bœuf du fermier Coulon ou les Vendanges à Saint Tropez
labours près des vignes et des feux de sarments
C’est dans les environs de Saint-Tropez, village qu’il affectionnait et et où il vécut jusqu’à la fin de sa vie, qu’il a trouvé son inspiration pour illustrer le chant II, consacré à la vigne et aux fruits.
Cette gravure illustre un ouvrage sur Colette, autre habituée des lieux.
... Où vient d’apparaître un château. Les arbres noueux du bord de la route s’inclinent vers le voyageur. Il vient du village proche, Il vient de la ville lointaine, Il ne fait que passer au pied des clochers. Il aperçoit à la fenêtre une étoile rouge qui bouge, Qui descend, qui se promène en vacillant Sur la route blanche, dans la campagne noire. Elle se dirige vers le voyageur qui la regarde venir. Un instant elle brille dans chacun de ses yeux, Elle se fixe sur son front. Étonné de cette lueur glaciale qui l’illumine, Il essuie son front. Une goutte de vin perle à son doigt. Maintenant l’homme s’éloigne et s’amoindrit Dans la nuit. Il est passé près de cette source où vous venez au matin cueillir le cresson frais, Il est passé près de la maison abandonnée. C’est l’homme à la goutte de vin sur le front. Il danse à l’heure actuelle dans une salle immense, Une salle brillamment éclairée, Resplendissante de son parquet ciré Profond comme un miroir. Il est seul avec sa danseuse Dans cette salle immense, et il danse Au son d’un orchestre de verre pilé. Et les créatures de la nuit Contemplent ce couple solitaire et qui danse Et la plus belle d’entre les créatures de la nuit Essuie machinalement une goutte de vin à son front, La remet dans un verre, Et le dormeur s’éveille, Voit la goutte briller de cent mille rubis dans le verre Qui était vide lorsqu’il s’endormit. La contemple. L’univers oscille durant une seconde de silence Et le sommeil reprend ses droits, Et l’univers reprend son cours Par les milliers de routes blanches tracées par le monde À travers les campagnes ténébreuses.
C’était le poème du jour, Fête-Diable (1934), de Robert Desnos, grand poète surréaliste qui disait :
« Je ne suis pas philosophe, je ne suis pas métaphysicien… Et j’aime le vin pur. »
Quelques années plus tôt, en 1929, il avait écrit le Poème à Florence (Corps et Biens):
Comme un aveugle s’en allant vers les frontières Dans les bruits de la ville assaillie par le soir Appuie obstinément aux vitres des portières Ses yeux qui ne voient pas vers l’aile des mouchoirs
Comme ce rail brillant dans l’ombre sous les arbres Comme un reflet d’éclair dans les yeux des amants Comme un couteau brisé sur un sexe de marbre Comme un législateur parlant à des déments
Une flamme a jailli pour perpétuer Florence Non pas celle qui haute au détour d’un chemin Porta jusqu’à la lune un appel de souffrance Mais celle qui flambait au bûcher quand les mains
dressées comme cinq branches d’une étoile opaque attestaient que demain surgirait d’aujourd’hui Mais celle qui flambait au chemin de saint Jacques Quand la déesse nue vers le nadir a fui
Mais celle qui flambait aux parois de ma gorge Quand fugitive et pure image de l’amour Tu surgis tu partis et que le feu des forges Rougeoyait les sapins les palais et les tours
J’inscris ici ton nom hors des deuils anonymes Où tant d’amantes ont sombré corps âme et biens Pour perpétuer un soir où dépouilles ultimes Nous jetions tels des os nos souvenirs aux chiens
Tu fonds tu disparais tu sombres mais je dresse au bord de ce rivage où ne brille aucun feu Nul phare blanchissant les bateaux en détresse Nulle lanterne de rivage au front des bœufs
Mais je dresse aujourd’hui ton visage et ton rire Tes yeux bouleversants ta gorge et tes parfums Dans un olympe arbitraire où l’ombre se mire dans un miroir brisé sous les pas des défunts
Afin que si le tour des autres amoureuses Venait avant le mien de s’abîmer tu sois Et l’accueillante et l’illusoire et l’égareuse la sœur des mes chagrins et la flamme à mes doigts
Car la route se brise au bord des précipices je sens venir les temps où mourront les amis Et les amants d’autrefois et d’aujourd’hui Voici venir les jours de crêpe et d’artifice
Voici venir les jours où les œuvres sont vaines où nul bientôt ne comprendra ces mots écrits Mais je bois goulûment les larmes de nos peines quitte à briser mon verre à l’écho de tes cris
Je bois joyeusement faisant claquer ma langue le vin tonique et mâle et j’invite au festin Tous ceux-là que j’aimai. Ayant brisé leur cangue qu’ils viennent partager mon rêve et mon butin
Buvons joyeusement ! chantons jusqu’à l’ivresse ! nos mains ensanglantées aux tessons des bouteilles Demain ne pourront plus étreindre nos maîtresses. Les verrous sont poussés au pays des merveilles.
Combattant de la liberté, il écrivit en 1938:
Je chante ce soir non ce que nous devons combattre Mais ce que nous devons défendre. Les plaisirs de la vie. Le vin qu’on boit avec les camarades. L’amour. Le feu en hiver. La rivière fraîche en été. La viande et le pain de chaque repas. Le refrain que l’on chante en marchant sur la route. Le lit où l’on dort. Le sommeil, sans réveils en sursaut, sans angoisse du lendemain. Le loisir. La liberté de changer de ciel. Le sentiment de la dignité et beaucoup d’autres choses Dont on refuse la possession aux hommes.
Voici aussi le couplet du verre de vin ( Etat de veille) :
Quand le train partira n’agite pas la main,
Ni ton mouchoir, ni ton ombrelle,
Mais emplis un verre de vin
Et lance vers le train dont chantent les ridelles
La longue flamme du vin,
La sanglante flamme du vin pareille à ta langue
Et partageant avec elle
Le palais et la couche
De tes lèvres et de ta bouche.
1942
Prémonitoire ? Résistant, Desnos sera déporté le 27 avril 1944 et ne reviendra pas.
Gaston Couté en a écrit bien d’autres qui auraient leur place dans le cabinet de lecture du bon clos : le champ d’naviots, après vendanges, feu de vigne, hymne au vin nouveau, les vignes sont gelées, ma vigne pousse, sapré vin nouvieau…
Les gas ! apportez la darniér’ bouteille Qui nous rest’ du vin que j’faisions dans l’temps, Varsez à grands flots la liqueur varmeille Pour fêter ensembl’ mes quat’er vingts ans… Du vin coumm’ c’ti-là, on n’en voit pus guère, Les vign’s d’aujord’hui dounn’nt que du varjus, Approchez, les gas, remplissez mon verre, J’ai coumm’ dans l’idé’ que j’en r’boirai pus !
Ah ! j’en r’boirai pus ! c’est ben triste à dire Pour un vieux pésan qu’a tant vu coumm’ moué Le vin des vendang’s, en un clair sourire Pisser du perssoué coumme l’ieau du touet ; On aura bieau dire, on aura bieau faire, Faura pus d’un jour pour rempli’ nos fûts De ce sang des vign’s qui’rougit mon verre. J’ai coumm’ dans l’idé’ que j’en r’boirai pus !
A pesant, cheu nous, tout l’mond’ gueul’ misère, On va-t-à la ville où l’on crév’ la faim, On vend poure ren le bien d’son grand-père Et l’on brûl’ ses vign’s qui n’amén’nt pus d’vin ; A l’av’nir le vin, le vrai jus d’la treille Ça s’ra pour c’ti-là qu’aura des écus, Moué que j’viens d’vider nout’ dargnier’ bouteille J’ai coumm’ dans l’idé’ que j’en r’boirai pus.
Ou plutôt la Khamriyya est l’oeuvre d’un poète égyptien du 13eme siècle rencontré récemment à la Percée du Vin Jaune , Umar Ibn al-Faridh, » Sidi Umar « .
Il chante cet éloge du vin étonnant en terre d’Islam. C’est que le vin dont il s’agit est d’essence divine ?
Les traductions sont infidèles. Voici l’une, d’esprit mystique :
Nous avons bu à la mémoire du Bien Aimé un vin qui nous a enivrés avant la création de la vigne
Notre verre était sa pleine lune, lui, il est un soleil ; un croissant le fait circuler
Que d’étoiles resplendissent au fond du verre quand on s’en abreuve
Sans son parfum, je n’aurais pas trouvé le chemin de ses tavernes
Sans son éclat, l’imagination ne le pourrait concevoir.
( Dermenghem Emile, Omar ibn af-Fârid, L’éloge du vin, poème mystique, traduction de E. Dermenghe)
Nous en avons retrouvée une autre complète assez différente dans une anthologie de poésies arabes rassemblées et commentées par Grangeret de Lagrange parue en 1828.
Umar Ibn Al_FAridh est peut-être le plus grand poète mystique d’Egypte, où il est fêté comme un saint. Voir l’article passionnant de Pierre-Jean Luizard dans Egypte monde arabe n°14 1993.
Olivier Basselin , foulon de draps, vivait à Vire au 15eme siècle. On lui doit les premiers poèmes bachiques et chansons de table à une époque qui ne connaissait que les fabliaux, qui prêchaient l’amour et la dévotion.
Il les appelait les vaux-de-vire, et l’usage en fera bien plus tard des vaudevilles. Ce sont des chansons naïves, sans prétention, transmises de bouche à oreille, qu’un compatriote normand (Jean Lehoux) réussit à faire imprimer un siècle après sa mort.
Voici quelques échantillons sélectionnés par le bon clos.
Nous en étions restés avec Pierre Dac à dater cette invention de 1638 , sans plus de détails, tandis que d’aucuns s’obstinent à le dater du 18eme siècle.
La lecture des Poësies de Lainez , nous permet d’en savoir un peu plus.
Certes cet ouvrage n’a été publié qu’en 1753, mais son auteur, Alexandre Lainez, né en 1660, décédé en 1710, avait écrit bien avant « l’Origine du Tire-bouchon », ce qui prouve qu’au début du « siécle de fer » cet ustensile était déjà bien connu.
Qui était Alexandre Lainez ? Un poète qui n’écrivait guère, mais qui disait ses vers dans les sociétés qu’il prisait. Est-ce que j’écris moi ? disait-il. Voltaire l’aurait jugé digne de figurer dans la liste des auteurs célèbres du règne de Louis XIV. Grand voyageur, (il avait parcouru l’Europe et une partie de l’Asie), grand mangeur, érudit et brillant causeur, il appréciait plus que tout le vin de Champagne (il avait fait fait ses études à Rheims) qu’il vanta dans ses poésies. Nous y reviendrons.
Mais revenons à l’origine du tire-bouchon dont Lainez nous dit tout en 64 vers de dix pieds, ce que le bon clos résume en deux mots :
les dieux du Vin et de l’Amour, pour sceller leur alliance, doivent « vuider une bouteille« . Un grand vin, qu’ « Auvile« , (c’est à-dire Hautvillers en Champagne, patrie de Dom Perignon, si l’on en croit Charles de saint-Evremond qui lança la mode du Champagne à la Cour d’Angleterre), ou Hermitage ne donnerait pas en cent mille ans ! Pour arracher son bouchon trop serré, l’Amour se sert d’une flêche de son carquois…
Voici un site passionnant consacré à la poésie, et aux chansons. Florilege est son nom.
Et voici quelques pépites qu’il recèle,
comme cette chanson de Paul Scarron (1610-1660), dont malheureusement nous ignorons l’air
Que de biens sur la table Où nous allons manger !
Ô le vin délectable Dont on nous va gorger ! Sobres, loin d’ici ! loin d’ici, buveurs d’eau bouillie ! Si vous y venez, vous nous ferez faire folie. Que je sois fourbu, châtré, tondu, bègue-cornu, Que je sois perclus, alors que je ne boirai plus. Montrons notre courage : Buvons jusques au cou. Que de nous le plus sage Se montre le plus fou. Vous, qui les oisons imitez en votre breuvage, Puissiez-vous aussi leur ressembler par le visage. Que je sois fourbu, châtré, tondu, bègue-cornu, Que je sois perclus, alors que je ne boirai plus. Et d’estoc et de taille Parlons comme des fous ; Qu’un chacun crie et braille : Hurlons comme des loups. Jetons nos chapeaux, et nous coiffons de nos serviettes, Et tambourinons de nos couteaux sur nos assiettes. Que je sois fourbu, châtré, tondu, bègue-cornu, Que je sois perclus, alors que je ne boirai plus. Que le vin nous envoie D’agréables fureurs ! C’est dans lui que l’on noie Les plus grandes douleurs. Ô Dieu ! qu’il est bon ! prenons-en par-dessus la tête ; Aussi bien, chez nous, vomir est chose fort honnête. Que je sois fourbu, châtré, tondu, bègue-cornu, Que je sois perclus, alors que je ne boirai plus. Hâtons-nous de bien boire Devant qu’il soit trop tard, Et chantons à la gloire Du Seigneur de Cinq-Mars : Il est beau, vaillant, courtois, prend plaisir à dépendre ; Tel fut autrefois défunt Monseigneur Alexandre. Que je sois fourbu, châtré, tondu, bègue-cornu, Que je sois perclus, alors que je ne boirai plus.
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Aimez, buvez, le reste est plein de choses vaines ; Le vin, ce sang nouveau, sur la lèvre versé, Rajeunit l’autre sang qui vieillit dans vos veines Et donne l’oubli du passé.
J’ai, quelque jour, dans l’Océan, (Mais je ne sais plus sous quels cieux), Jeté, comme offrande au néant, Tout un peu de vin précieux… Qui voulut ta perte, ô liqueur ? J’obéis peut-être au devin ? Peut-être au souci de mon cœur, Songeant au sang, versant le vin ?
Sa transparence accoutumée Après une rose fumée Reprit aussi pure la mer…
Perdu ce vin, ivres les ondes !… J’ai vu bondir dans l’air amer Les figures les plus profondes…;
Fais rafraîchir mon vin de sorte Qu’il passe en froideur un glaçon : Fais venir Jeanne, qu’elle apporte Son luth pour dire une chanson : Nous ballerons tous trois au son : Et dis à Barbe qu’elle vienne, Les cheveux tors à la façon D’une folâtre Italienne. Ne vois-tu que le jour passe ? Je ne vis point au lendemain : Page, reverse dans ma tasse, Que ce grand verre soit tout plein. Maudit soit qui languit en vain : Ces vieux Médecins je n’appreuve : Mon cerveau n’est jamais bien sain, Si beaucoup de vin ne l’abreuve.
&
Versons ces roses près ce vin, Près de ce vin versons ces roses, Et boivons l’un à l’autre, afin Qu’au cœur nos tristesses encloses Prennent en boivant quelque fin.
Quand vous serez bien vieux, avec encor des dents Plein la bouche, et déjà dorloté par l’Histoire, Direz, si ces vers-ci meublent votre mémoire, Un tel me célébrait lorsque j’avais cent ans. Lors, vous n’aurez aucun de vos petits-enfants Qui n’ait soif à ce nom et ne demande à boire, Répétant à l’envi votre immortelle gloire Et le nombre fameux de vos jours triomphants.
Pour moi, je serai mort depuis belle lurette Mais je refleurirai dans quelque pâquerette Vous, vous aurez toujours la même horreur du vin.
Ah ! si vous m’en croyez, ô vieillard sobre et digne, Ainsi que tout le monde éteignez-vous demain Mais cueillez aujourd’hui les roses de la Vigne.
Chacun a son défaut où toujours il revient :
Honte ni peur n’y remédie.
Sur ce propos, d’un Conte il me souvient :
Je ne dis rien que je n’appuie 5De quelque exemple. Un suppôt de Bacchus
Altérait sa santé, son esprit, et sa bourse.
Telles gens n’ont pas fait la moitié de leur course,
Qu’ils sont au bout de leurs écus.
Un jour que celui-ci plein du jus de la treille, 10Avait laissé ses sens au fond d’une bouteille,
Sa Femme l’enferma dans un certain tombeau.
Là les vapeurs du vin nouveau
Cuvèrent à loisir. À son réveil il treuve
L’attirail de la mort à l’entour de son corps, 15Un luminaire, un drap des morts.
« Oh ! dit-il, qu’est ceci ? Ma femme est-elle veuve ? »
Là-dessus, son Épouse, en habit d’Alecton,
Masquée et de sa voix contrefaisant le ton,
Vient au prétendu Mort, approche de sa bière, 20Lui présente un chaudeau propre pour Lucifer.
L’Époux alors ne doute en aucune manière
Qu’il ne soit citoyen d’enfer.
« Quelle personne es-tu ? dit-il à ce fantôme.
─ La Cellerière du royaume 25De Satan, reprit-elle ; et je porte à manger
À ceux qu’enclôt la tombe noire. »
Le Mari repart sans songer :
« Tu ne leur portes point à boire ? »