Du champagne pour Noël

Célibataire ! Orphelin ! Divorcé(e) ! Veuf (ve) ! Mal-Aimé ! Ne passez pas Noël tout seul !

Apprenez avec Pierre Dac comment, avec seulement quelques verres même vides de Champagne,

flutes

passer le plus beau Noël de sa vie…

bouteilles

Et c’était en 1939…

J’ai passé
la nuit de Noël
tout seul
dans le petit bureau
qui sert
de salle
de rédaction…
Tout seul d’abord..
Puis je disposai
sur la table,
des verres,
et j’en mis un
devant le souvenir
de chacun
de mes camarades
absents…

Alors, soudain,
tandis que le seul
silence
parlait à ma mémoire,
le miracle se produisit :
derrière chaque verre
apparurent les chères
silhouettes
de ceux
que j’étais accoutumé à voir :
Toi, mon cher Claude Dhérelle,
mon vieux frère d’armes
maintenant lieutenant
d’infanterie de forteresse,
vous, Salardenne,
qui des ailes de Pégase
êtes sauté sur celles
de l’aviation,
Albin Jamin,
net et droit
comme l’âme des pionniers
que vous commandez ;
Pierre Devaux
dont le souriant
et nonchalant scepticisme
a son prolongement
quelque part
au front,
et puis vous tous
l’admirable cohorte
du rire bienfaisant ;
lieutenant Pruvost, maréchal de l’humour,
Carrizey, hors classe, quoique soldat de deuxième ;
Moisan,
Effel, le poète sous le casque ;
Henry, premier du nom,
et otus les autres
vous étiez là…

Nous n’avons choqué
personne,
mais nos verres,
à la victoire
et à la paix ;
les verres pourtant
étaient vides
de champagne,
mais tellement
pleins d’espoir
quer notre humble
salle
en était imprégnée…
Et depuis
cette nuit,
mes chers camarades,
nous ne nous quittons plus
puisqu’à chaque
minute du jour
et de la nuit
vous êtes dans mon coeur
cependant que ma
pensée
s’est divisée en secteurs
pour être toujours
présente
à vos côtés…

 

J’ai passé
tout seul,
dans le petit bureau,
le plus beau Noël de ma vie…

pierredac

L’âme du rouquin

Voici une chanson de Léo Ferré qui date de 1955 (in les années Odeon vol.2).
On peut l’écouter sur deezer.com

A coups d’ roulis
A coups d’ rouquin
Il n’est pas dit
Qu’ ça fass’ très bien
Moi j’ m’enlumin’ le genre humain
Du tiers du quart
Tout m’est égal
Mais quand l’ cafard
Déball’ ses mall’s
Moi j’ me débin’ jamais trop tard

L’âme du rouquin
C’est comm’ Chopin
Ça gueule un peu
Dégueule en deux
Ça va ça vient
Ça fait coup double
Et l’on s’ dédouble
En deux copains
Ça fait qu’on n’est jamais tout seul
Quand on s’ technicolor’ la gueul’
L’âme du rouquin
C’est comm’ Chopin
Suffit d’en jouer
Pour s’y bercer

Qu’ j’y voye tout blanc
Ou bien rosé
Ça m’fait bon vent
Et bon gosier
Mais quand j’ vois roug’ ça fait jaser
Y’a du canon
Dans la contrée
Ah ! nom de nom !
Quel bien ça fait
Mais quand ça boug’ y’a plus d’ question

L’âme du rouquin
C’est comm’ le pain
Ça fait pousser
Les p’tits français
Ça va ça vient
Ça fait coup double
Et l’on s’ dédouble
En moins de rien
Paraît d’ailleurs qu’on s’rait les seuls
A s’technicolorer la gueul’
Nous on s’en fout
Buvons un coup
Que chante enfin
L’âme du rouquin

Salut ironique à Baudelaire qui écrivit l’âme du vin ?  demande J.Layani sur son site Leo Ferré Etudes et Propos.

Voici ce poème

Un soir, l’âme du vin chantait dans les bouteilles :
 » Homme, vers toi je pousse, ô cher déshérité,
Sous ma prison de verre et mes cires vermeilles,
Un chant plein de lumière et de fraternité !

Je sais combien il faut, sur la colline en flamme,
De peine, de sueur et de soleil cuisant
Pour engendrer ma vie et pour me donner l’âme ;
Mais je ne serai point ingrat ni malfaisant,

Car j’éprouve une joie immense quand je tombe
Dans le gosier d’un homme usé par ses travaux,
Et sa chaude poitrine est une douce tombe
Où je me plais bien mieux que dans mes froids caveaux.

Entends-tu retentir les refrains des dimanches
Et l’espoir qui gazouille en mon sein palpitant ?
Les coudes sur la table et retroussant tes manches,
Tu me glorifieras et tu seras content ;

J’allumerai les yeux de ta femme ravie ;
A ton fils je rendrai sa force et ses couleurs
Et serai pour ce frêle athlète de la vie
L’huile qui raffermit les muscles des lutteurs.

En toi je tomberai, végétale ambroisie,
Grain précieux jeté par l’éternel Semeur,
Pour que de notre amour naisse la poésie
Qui jaillira vers Dieu comme une rare fleur ! « 

Voir aussi l’ intéressant commentaire sur le vin chez Baudelaire, par un professeur de lettres, Michel Balmont.

 

dans un château du Lot

Voici quelques pièces vues dans un château du Lot, qu’on ne citera pas pour ne pas tenter les cambrioleurs, mais que les amateurs reconnaitront facilement si l’on ajoute qu’il s’y tient l’été des spectacles lyriques, et qu’il fut restauré au début du siècle par un mécène qui en fit don à la Nation, sous réserve d’usufruit pour lui et ses enfants (funeste réserve, qui dura près d’un siècle).

plus

pluspensequedit

Plus pense que dit, lit-on sur ce bahut qui date de 1532.

tapisserie

De superbes tapisseries racontent des histoires simples.

Pour la bonne bouche voici quelques vers, échangés entre deux amants, vus sur l’une d’elles

Tu es un grand mariolet

De vouloir tremper en mon lait

Ton pain bis et me faire soupe

Shakespeare et le vin

William Shakespeare fait dire à Iago, dans Othello

« Come, come, good wine is a good familiar creature, if it be well used« , (Allons, allons, le bon vin est un bon être familier quand on en use convenablement).

Est-ce pour l’en remercier qu’un artiste, Mike Oncley, a réalisé ce portrait de William en bouchons ?

Voila qui est un peu plus élaboré que certaines oeuvres connues au bon clos !

 On peut trouver ses oeuvres sur etsy.comVoici comment il s’y est pris.

Retrouvez l’info sur bourgogne-live site qui mérite une visite !

By the way, voici des poèmes sur le vin découverts sur le blog wine days and nights   en rédigeant cet article

There was a winemaker from Nantucket

Who bottled wine from the spit-bucket

He offered the swill to the wine-buyer

Who swirled and said I do not admire

This plonk I recommend you two-buck-chuck-it.

joli limerick, non ? qui nous en rappelle un publié ici il y a quelque temps

le marquis de la gueule en pente

Voici une chanson trouvée sur un forum , et dont, magie d’internet, Michel, un aimable lecteur du bon clos  nous a adressé le son… et l’image, plus d’un an après sa première publication dans nos colonnes ! Qu’il en soit remercié !

marquisdegueulenpente

[audio:https://aubonclos.blog/wp-content/uploads/2010/04/ad630-marquisdegueulenpente.mp3|titles=marquisdegueulenpente]

Raymond Souplex et les amis du tire-bouchon la chantaient donc.

Mais c’est Paul Sonniès, alias Paul Peyzonnie, ou Peyssonie, conseiller à la cour de cassation et membre de la société du cornet(*), à la Belle Epoque, qui en serait l’auteur, la musique étant d’Eugène David-Bernard (in Intermédiaire des Chercheurs et des Curieux de Janvier 1957, colonne 59)(*) La société du Cornet fut fondée par Alfred Bertrand, dit Bertrand Millanvoye, auteur dramatique, romancier et journaliste, avec Paul Delmet et Georges Courteline.
Les membres de cette Société s’engageaient seulement à jouer aux dés, à l’aide du cornet de cuir d’usage, les apéritifs de la journée ; elle devint en quelques années un des dîners d’artistes les plus courus de Paris.

 Le seul marquis que je fréquente

C’est le marquis de Gueule en Pente

Sa couronne, a pour gais fleurons,

 Des ortolans perchés en rond ;

un saladier tient lieu de casque;

la mousse au marasquin s’y masque;

L’épée, une broche de fer,

perce un canard au feu d’enfer !

Ah ! comme il boit ! Ah ! comme il chante !

Le beau marquis de Gueule en Pente !

 

II

 Deux cochons d’azur et de gueule,

Un tranche-lard avec sa meule

En chef un soleil d’or qui luit
Sont le blason parlant pour lui :

En pointe marche une bécasse,

Humant de son bec perspicace

Un flacon de vin radieux,

Seul nectar qui nous fasse Dieux !

Ah ! comme il boit ! Ah ! comme il chante !
Le beau marquis de Gueule en Pente !


III

Il a des lettres de noblesse ;

Ce sont des menus sans faiblesse.

Ses aïeux étaient bourguignons,
Tous salés et bons compagnons ;
Sa mère était une angevine,

Une authentique sacavine

Qui vit le jour entre Frémur,
Et les fiers côteaux de Saumur

Ah ! comme il boit ! Ah ! comme il chante !

Le beau marquis de Gueule en Pente !

 IV

Il n’est pas insensible aux belles,

Mais s’il s’y trouve quelques rebelles

Par des hasards malencontreux,

Il a tant de vins généreux,
Il débouche tant de bouteilles,

Il boit tant de pures merveilles,

Que chaque amour enseveli

Va dormir au fleuve d’oubli !

Ah ! comme il boit ! Ah ! comme il chante !

Le beau marquis de Gueule en Pente !

V

Sa bonne mine est délectable !

Mais il est beau surtout à table ;

Regardez-le boire un grand vin :

Il le mire comme un derin,

Il le contemple, le respire.

Le porte à ses lèvres, l’aspire,

Le goûte avec ravissement,

Tout doucement, tout doucement,

Ah ! comme il boit ! Ah ! comme il chante !

Le beau marquis de Gueule en Pente !

VI

Il est de noble intelligence ;

Il fuit les soucis, la vengeance :

Quand sa femme l’a fait cocu,
Il n’en a pas moins bien vécu.
Des quatre enfants qu’il eut naguère,

Si trois ne lui ressemblent guère,

Il a pris la bonne façon :

Il en a fait une chanson…


Ah ! comme il boit ! Ah ! comme il chante !

Le beau marquis de Gueule en Pente !

 


 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

Desproges es tu là ?

En ce 18 avril 2010 accueillons ce philosophe (mais oui) caustique disparu il y a aujourd’hui 22 ans, grand amoureux du vin si l’on se fie à sa chronique « l’aquaphile » du 10 avril 1986 (chronique de la haine ordinaire, qu’on peut trouver sur terredevins.com ).

Entre ici, Pierre Desproges…

(Celui qui a dit

“Il faut manger pour vivre et non pas vivre pour manger. De même qu’il faut boire pour vivre et non pas vivre sans boire, sinon c’est dégueulasse.”

et

«Certes l’eau est plus digeste que l’amanite phalloïde et plus diurétique que la purée de marrons, mais ce sont là futiles et fallacieuses excuses de drogués … Buvez du vin ! »

devrait se sentir chez lui au bon clos, non ?)

Le mieux est de l’écouter là

« J’étais littéralement fou de cette femme. Pour elle, pour l’étincelance amusée de ses yeux mouillés d’intelligence aiguë, pour sa voix cassée lourde et basse et de luxure assouvie, pour son cul furibond, pour sa culture, pour sa tendresse et pour ses mains, je me sentais jouvenceau fulgurant, prêt à soulever d’impossibles rochers pour y tailler des cathédrales où j’entrerais botté sur un irrésistible alezan fou, lui aussi.
Pour elle, aux soirs d’usure casanière où la routine alourdit les élans familiers en érodant à coeur les envies conjugales, je me voyais avec effroi quittant la mère de mes enfants, mes enfants eux-mêmes, mon chat primordial, mon chien essentiel, et même la cave voûtée humide et pâle qui sent le vieux bois, le liège et le sarment brisé, ma cave indispensable et secrète où je parle à mon vin quand ma tête est malade, et qu’on n’éclaire qu’à la bougie, pour le respect frileux des traditions perdues et de la vie qui court dans les mille flacons aux noms magiques de châteaux occitans et de maisons burgondes.


Pour cette femme à la quarantaine émouvante que trois ridules égratignent à peine, trois paillettes autour de ses rires de petite fille encore, pour ce fruit mûr à coeur et pas encore tombé, pour son nid victorien et le canapé noir où nous comprenions Dieu en écoutant Mozart, pour le Guerlain velours aux abords de sa peau, pour la fermeté lisse de sa démarche Dior et de soie noire aussi, pour sa virilité dans le maintien de la Gauloise et pour ses seins arrogants toujours debout, même au plus périlleux des moins avouables révérences, pour cette femme infiniment inhabituelle, je me sentais au bord de renier mes pantoufles.

Je dis qu’elle était infiniment inhabituelle. Par exemple, elle me parlait souvent en latin par réaction farouche contre le laisser-aller du langage de chez nous que l’anglomanie écorche à mort. Nos dialogues étaient fous :
– Quo vadis domine ?
– Etoilla matelus ?
En sa présence, oui, il n’était pas rare que je gaudriolasse ainsi sans finesse, dans l’espoir flou d’abriter sous mon nez rouge l’émoi profond d’être avec elle. Elle avait souvent la bonté d’en rire, exhibant soudain ses clinquantes canines dans un éclair blanc suraigu qui me mordait le coeur. J’en étais fou, vous dis-je.

C’était le 16 octobre. Ce jour-là, je l’emmenai déjeuner dans l’antre bordelais d’un truculent saucier qui ne sert que six tables au fond d’une impasse endormie du XVe arrondissement de Paris où j’ai mes habitudes. Je nous revois, dégustant de moelleux bolets noirs en célébrant l’automne, romantiques et graves, d’une gravité d’amants crépusculaires. Elle me regardait, pâle et sereine comme cette enfant scandinave que j’avais entrevue penchée sur la tombe de Stravinsky, par un matin froid de Venise.
J’étais au bord de dire des choses à l’eau de rose, quand le sommelier est arrivé. J’avais commandé un Figeac 71, mon Saint-Emilion préféré, introuvable, sublime, rouge et doré comme peu de couchers de soleil. Profond comme un la mineur de contrebasse. Éclatant en orgasme au soleil. Plus long en bouche qu’un final de Verdi. Un vin si grand que Dieu existe à sa seule vue.
Elle a mis de l’eau dedans. Je ne l’ai plus jamais aimée. »

Voici  un autre extrait, de sa chronique « non compris » (Chronique du 12 juin 1986 sur France Inter), une histoire d’incompréhension et de vin.

Le texte complet peut être trouvé .

« Ce matin encore, j’ai été frappé par cette incompréhension réciproque entre les humains et moi. J’étais allé avec ma femme acheter quelques bouteilles de vins au cœur du vieux Bercy, chez un petit négociant qui vous fait goûter ses crus avec un quignon de pain et une rondelle de saucisson. D’ailleurs, je ne comprends pas qu’on achète du vin sans l’avoir goûté au préalable. Il ne viendrait à personne l’idée d’acheter un pantalon sans l’essayer avant. Alors, Dieu me tire-bouchonne, ne refusez pas à votre bouche ce que vous accordez à vos fesses.

Le marchand habituel était absent. Je ne connaissais pas son remplaçant. J’ai deviné d’emblée que nous ne nous comprendrions pas : il portait un béret et je ne comprends pas qu’on porte un béret.

− Bonjour messieurs-dames ! Nous a-t-il lancé.

Je ne comprends pas qu’on dise « bonjour messieurs-dames ». Je lui ai demandé, le plus poliment, le plus délicatement possible, de retirer ces paroles et d’ôter son béret, mais c’est alors que j’ai compris, une fois de plus, que l’incompréhension jouait dans les deux sens. Je l’ai deviné au ton légèrement agacé qu’il a pris pour me dire : « Et pour monsieur, qu’est-ce que ce sera ? »

Pourquoi n’avait-il pas dit : « Qu’est-ce que c’est ? »

Pourquoi employait-il le futur ?

Pourquoi nous projeter ainsi dans l’avenir, en pleine science-fiction ?

Je suis d’une autre planète vous dis-je.

− Je voudrais du vin, finis-je par avouer.

− Du vin pour tous les jours ?

Pourquoi avait-il dit « du vin pour tous les jours ? ».

Pourquoi ? Pourquoi ? Pourquoi ? Voulait-il exprimer qu’il avait également en stock des vins pour un jour sur deux ? Des vins pour toutes les nuits ? N’avais-je pas décelé un soupçon d’animosité dans le ton de cet homme ? Si je lui avouais que je buvais du vin tous les jours, n’allait-il pas appeler la police ? J’essayais de rester calme, pour ne pas affoler Syphillos qui s’agrippait à mon bras. (Ma femme s’appelle Syphillos. Je le souligne à l’intention du tourneur-fraiseur qui tourne autour. Pourquoi les fraiseurs tournent-ils ? Pourquoi les tourneurs fraisent-ils ? Pourquoi ?)

− Oui, monsieur, je voudrais du vin pour tous les jours.

J’en profitai pour lui expliquer avec ménagement, que j’avais pris l’habitude de consommer du vin même le mardi.

− Tenez, c’est comme cette dame, pour vous donner un exemple : c’est ma femme pour tous les jours, n’est-ce pas ?

Alors, lui :

− Ah mais, y fait ce qu’y veut. Tiens, pour tous les jours y n’avons une petite côte de Duras qu’a de la cuisse. Y sera pas déçu. Et pour dimanche y veut rien ?  »

PS

Et nous avions oublié le sketch de l’ascenseur qu’un ami vigneron bien inspiré nous remet en mémoire ! Une histoire de cave à vin…


la disgrâce des raisins secs

Voici un joli poème de Pierre Dac, qui date de juillet 1939

Qui plaint les raisins secs ?

Personne !

Et pourtant,

Je connais peu de sorts

Qui soient plus dignes

De pitié

Que celui

Des raisins secs !

 autresraisinsecs

Pauvres raisins secs !

Qui n’ont plus de raisin

Que le nom

Et dont la sécheresse

Fait monter les larmes

Aux yeux

De ceux

Qui comprennent

Leur disgrâce

Imméritée !

Les raisins secs

En leur enfance

Ont partagé les jeux

De leurs frères

Les raisins ordinaires

Sans que rien ne les distingue

Les uns des autres…

Et puis l’âge est venu

L’âge ardu

de l’adolescence

Age ingrat

S’il en fut

L’âge où les raisins

S’adonnent à la boisson

 

Certains se convertissent au vin blanc

D’autres au rouge,

Sans compter

Les timorés

Qui se laissent aller

Au vin rosé…

raisins secs

Les raisins secs,

Eux, tiennent bon.

Amoureux de la vertu,

Ils résistent

Et s’obstinent,

S’isolant dans leur sobriété ;

Petit à petit

Ils perdent le jus

De leur sève

Et se retrouvent un jour

Complètement désséchés !…

 

Sombre destin

Des raisins secs

Qui se traînent

Sans but,

Sans espoir,

Jusqu’au soir,

Où, lassés,

Epuisés

De lutter,

Ils exerceront

Le métier déshonorant

De mendiants…

mendiant

Qui plaint les raisins secs ?

Personne..

Et pourtant…

 

 

 

Chopin… chopine

En cette année du bicentenaire, le moment est venu de faire le point sur le pays de Chopin.

Pas de vigne ou si peu sous ces cieux incléments : quatre cent hectares si l’on en croit sommelier-à-domicile… (mais les choses changent depuis 2005 qui a vu la vente de vins polonais autorisée par l’Union européenne).

Il y a bien quelques restaurants qui font honneur à notre boisson fétiche.

Voici ce qu’on peut voir à l’entrée de U Fukiera, sur la vieille place de Varsovie (Starego Miasto)

restofukieravarsovie

Ce tableau est visible au restaurant Sweik, place de la Constitution à Varsovie

tableausweik

NB  : ce tableau est de Jennifer Garant, découverte à Tenerife (29/3/2013)

Il a donc bien fallu troquer la chopine (de vin) contre la chope de bière, qui coule ici à flot : Warka (fondée en 1478), Zywiec (fondée en 1858), Tyskie,  Okocim, …Chopin-chopine…La chopine est une ancienne mesure d’une demi-pinte, quand le chopin est un objet de collection acheté à un prix bien inférieur à sa valeur, voire un objet volé…Curieuse proximité sur laquelle l’étymologie ne nous éclaire guère : elle fait découler chopine de Schoppen, « puisoir de brasseur », attesté au XIIeme siècle, mais renvoie chopin à choper (dérober).

Et si Chopin n’était pas tout simplement l’homme à la chopine ?Chopin, voila un nom bien de chez nous. Et oui, Frédéric était le fils d’un Nicolas Chopin venu de Lorraine peu avant la Révolution Française, dont la chopine (la chopine de Colas, bien connue des contrepéteristes), était si l’on peut dire un bijou de famille.Le grand Frédéric ne devait d’ailleurs pas la dédaigner,cette chopinette, car comme dit fort justement Internetalis Universalus« Il se passionne alors pour les mazurkas endiablées qui formeront la base de son œuvre à venir.  Pour les ignares, la mazurka c’est entre la polka et la rumba congolaise (mais à trois temps bien sûr).  L’intérêt principal est donc comme dans la valse musette de se boire en même temps un petit vin blanc sec bien frais. »

Ne composa-t-il pas aussi une chanson à boire, Hulanka ? (paroles de Stefan Witwitcki )

Szynkareczko, szafareczko, bój się Boga, stój!
Tam się śmiejesz,
A tu lejesz miód na kaftan mój!

Nie daruję, wycałuję!
Jakie oczko, brew!
Nóżki małe, ząbki białe,
Hej! spali mnie krew!

Cóż tak bracie wciąż dumacie?
Bierz tam smutki czart!
Pełno nędzy
Ot, pij prędzej, świat tendiabła wart!

Piane nogi zbłądzą z drogi,
Cóż za wielki srom?
Krzykiem żony rozbudzony
Trafisz gdzie twój dom.

Pij, lub kijem się pobijem!
Biegnij dziewczę w czas,
By pogodzić, nie zaszkodzić,
Oblej miodem nas!

Take care, pretty girl; be careful!
You are laughing so much
You're spilling wine all down my coat!

I'll not forgive you! I'll make you pay;
I'll kiss you till I'm exhausted!
Ah, those shining eyes, and those divine lips
set my blood afire!

Come now, moody one,
Let all this brooding go to the devil!
Drink, don't waste time, my boy,
For this sorry world already has its fill of woe.

So what if you can barely walk.
What's the disgrace in that?
When your wife shouts you'll won't hear her;
You'll be out cold on the floor!

Drink down or feel my fist.
Hey, lass, over here!
Just serve us. Don't entice us.
Pour us some beer!
Voici une des nombreuses versions visibles sur youtube, Jacek Ozimkowski starring

Pas de doute, chopin, chopine, « ça le fait ».

Et ce n’est pas Pierre Vassiliu qui dirait le contraire !

alainaline

Lui qui composa une pas très chopinesque Alain- Aline  (1965) (elle aimait bien Chopin, lui c’était la chopine…),  incontournable dans cet article !

Les trois capitaines ne se posaient pas la question, qui disaient

Hôtesse tire-moi une chopine (bis)
Chopinette de vin blanc
brave, brave
Chopinette de vin blanc oh! bravement (bis)

Abû Nawâs

Un ami du clos nous remet en mémoire Hassan Ibn Hâni Al-hakami , ce poète arabo-persan qui au VIIIeme siècle, au temps du calife Haroun Al-Rachid, chantait les noces du vin et de l’amour.

portraitdabunawas

Voici le

quintetteduvin

quintettefin

voir la suite (torride) par exemple (blog d’une historienne de l’alimentation intarissable sur le vin).

et cettte adresse trouvée dans Bacchus à Sodome (poèmes traduits par Omar Merzaoug)

bacchusasodome

Oami

(1 célèbre tribu arabe)

patrenostre

Envie de prière ?

Voici la patrenostre du vin, fabliau moyenâgeux qui témoigne que la verve des chansonniers est ancienne dans notre pays, et qu’en ce temps non plus on ne respectait rien… Une contribution du bon clos au débat qui fait rage sur l’identité nationale ?

(Le dictionnaire Godefroy peut aider)

patrenostreduvin

patrenostreduvin2

On ne trouvera pas la suite , mais des informations complémentaires et d’autres patrenostres parodiques dans un ouvrage numérisé par Google malheureusement en consultation partielle