vin de chio

Qu’était ce vin de Chio que, dans l’opéra de Riccardo Zandoni,

zandonai

Francesca da Rimini sert à son époux Gianciotto Malatesta, qui lui ordonne d’en boire, puis d’en faire boire aussi dans la même coupe à son frère le beau Paolo Malatesta ?

FRANCESCA
Ecco, bevete, È vino di Scio.

GIANCIOTTO
Prima bevete, in grazia, un sorso.
[ Francesca accosta le labbra alla coppa. ]
È dolce cosa
Rivedere la vostra faccia, dopo
La battaglia, e da voi avere offerta
Una coppa di vin possente, e beverla
D’un fiato!
[ Egli vuota la coppa. ]
Cosi, tutto si rallegra
Il cuore. E Paolo?
Paolo, vieni. Non hai tu sete? Lascia
Il fuoco greco per il vino greco.
Donna, versategli una piena coppa
E bevetene un sorso anco, per fargli
Onore; e salutatelo, il perfetto
Saettatore.

(le texte est là)

Un vin fameux depuis l’Antiquité.

Produit dans l’île de Chios (patrie putative d’Homère) dans la mer Egée, il était apprécié des Romains.

carte

Pour les habitants de l’île, c’était le fils de Dionysos qui leur aurait appris à faire ce vin rouge foncé. « Le meilleur des vins grecs selon plus d’un auteur », rapporte Alexis Lichine dans son Encyclopédie des vins et alcools, « irréprochable et qui ne donne jamais mal à la tête », « évidemment un breuvage doux et plutôt épais ».

Ainsi Athénée de Naucratis (170-230) dans son banquet des savants recensant les avis sur les vins de son temps :

Théopompe dit que les habitants de Chio ont les premiers planté et cultivé la vigne, et fait du vin noir : selon lui, ils l’apprirent d’un fils de Bacchus, nommé Enopion,  qui peupla cette île. Il ajoute que ce furent ces insulaires qui en communiquèrent la culture aux autres hommes.

Hermippus fait ainsi parler Bacchus :

« Le vin de Mende fait pisser les dieux même sur leurs tapis mollets. J’aime la douce saveur du vin de Magnésie : quant à celui de Thase, il répand une légère odeur de pomme ; mais je le regarde comme le meilleur de tous les vins, après le vin parfait et innocent de Chio.

Et Eubule :

« Après avoir pris du Thase, ou du Chio, ou du Lesbos, dont les gouttes sont autant de gouttes de nectar. »

En général, le vin de Chio est digestif, nourrissant ; il fait un bon sang, engraisse, et est des plus favorables à la santé, vu les excellents principes dont il est formé.

Quinze siècles plus tard, en 1700, lors d’un grand Voyage au Levant entrepris sur ordre du Roy, le botaniste Joseph Pitton de Tournefort visitera Chio. Voici ce qu’il dit de ses vignes et de son vin :

tournefort1

tournefort2

tournefort3

Et ce qu’en dit l’Encyclopédie de Diderot et d’Alembert, assez fidèlement…

articlencyclo

articlencyclo2

Et voici l’emblème de l’île, frappé d’un sphinx, d’une amphore et d’une grappe de raisin,

piece431BC

cette pièce daterait de 431BC

piece chios

amphores pleines d’un vin de Chio devenu comme un baume par le long travail des ans (Chateaubriand)

de cette ville orgueilleuse qui connut un destin cruel.

Au cours des siècles maintes fois assiégée, ravagée, pillée, elle passa sous domination ottomane au 16eme siècle. En 1822, au cours de la guerre d’indépendance grecque, sa population qui comptait alors plus de 100 000 habitants, fut massacrée ou réduite en esclavage par les Turcs.

Les Turcs ont passé là : tout est ruine et deuil,

Chio, l’île des vins n’est plus qu’un sombre écueil

écrivit Victor Hugo ( l’enfant dans les orientales, 1828).

Rattachée à la Grèce en 1912, Chios compte aujourd’hui 50 000 habitants et ses vignes ne couvrent plus qu’une centaine de « stremmas » (une dizaine d’hectares). Que n’a-t-on, comme le demandait lord Byron, laissé couler le vin de Chios !

In vain—in vain: strike other chords;
    

Fill high the cup with Samian wine!


Leave battles to the Turkish hordes,
    

And shed the blood of Scio’s vine:


Hark! rising to the ignoble call—


How answers each bold Bacchanal!

 

 

le vin qui mousse à travers la Champagne…

me rendra fou.

On reconnait bien là un vers connu. Mais celui-ci est extrait des deux pêcheurs, bouffonnerie musicale de Jacque Offenbach (livret Dubeuty et Bourget) écrit en 1857, et non de Guitare de Victor Hugo (in les rayons et les ombres) publié en 1840 et dont Verlaine disait qu’il dépassait toute l’oeuvre d’Hugo..

C’est l’histoire d’un pêcheur à la ligne malheureux à la pêche comme en amour… qui noie son chagrin dans le Champagne, comme il se doit. Et que nous content deux noceurs, Polissard et Gros-Minet qui pêchent à la ligne dans la Marne à Charenton.

 Castilbêta, le pêcheur à la ligne,

Chantait ainsi :

Ca ne mord pas et mon Alexandrigne,

Elle s’est enfuie.

J’ai pour chasser le chagrin qui me gagne

Bu comme un trou !

Le vin qui mousse à travers la Champagne

Me rendra fou !

       

      Bom di di bom, bom di di bom, bom di di di di bom, di di bom…

      L’a rendu fou ! (m’a rendu fou !)

 

Vrai la Géante auprès d’elle n’était guère

Que d’la Saint-Jean :

On la montrait à la fête d’Asnières

Pour de l’argent ;

Elle relevait sa dentelle d’Allemagne

Jusqu’au genou !

Le vin qui mousse à travers la Champagne

Me rendra fou !

       Bom di di bom, bom di di bom, bom di di di di bom, di di bom…

      L’a rendu fou ! (m’a rendu fou !)…  

      

Pleurez, pleurez : ma tendre Alexandrigne,

Un beau matin,

Me vola tout, mes hameçons et ma ligne

Jusqu’à mon crin,

Et pour aller faire une partie d’campagne

Mit tout au clou !

 Le vin qui mousse à travers la Champagne

Me rendra fou !

     Bom di di bom, bom di di bom, bom di di di di bom, di di bom…

      L’a rendu fou ! (m’a rendu fou !)…  

Ecoutons la chantée par Loïc Felix avec Mark Stone

castilbetalepecheur

Brassens, qui a mis en musique le poème de Victor Hugo, connaissait-il cette version ?

Un  spécialiste de Victor Hugo  comme Arnaud Laster , semble ignorer ce pastiche puiqu’il ne le cite pas dans sa communication au groupe Hugo en 1997, avec les versions d’Hipolyte Monpou (Gastibelza, le fou de Tolède, chanson d’Espagne), Léon Kreutzer (la chanson du fou), Louis Niedermeyer ( gastibelza), Franz Liszt (Boléro, 1844)

Et pendant qu’on parle de Champagne avec Offenbach, voici deux colonels d’outre Rhin qui sont aussi prêts à faire des folies… (in La Diva , chantée par Colin Lee et Mark Wilde )

tu la connais

JAZZ en vignes

C’est le programme proposé cet été par Jean Duval, réalisateur d’événements musicaux, et le Domaine de l’Olivette, au Castellet près de Bandol, lors de 4 soirées en juin, juillet et août.

Nous avons pu assister à celle du jeudi 22 juillet. Au programme le pianiste Elie Portal et son blue birds « septet », et les chanteurs Faby Medina et Marc Thomas, jouant et chantant Gershwin, Art Blakey, etc.

On pouvait bien sûr déguster les vins délicats du domaine de l’Olivette autour d’un comptoir où nous avons retrouvé notre caviste préféré, Fabrice Doneddu, et sa délicieuse compagne ; et ne plus rien ignorer des cépages régionaux grâce à ce tableau.

Soirée magique entre pins et vignes, face aux deux éminences de la Cadière et du Castellet.

Il n’est pas trop tard pour en goûter une nouvelle jeudi prochain 12 août et écouter le Bandol Jazz Orchestra de Denis Gauthier. Et peut-être revoir Jean Duval, dans son grand numéro de faux timide, refuser de monter sur cène pour recueillir l’ovation du public !

En leur souhaitant que le mistral ne soit pas de la partie comme le 23 juillet où il fit, dit-on, des dégâts…

Voici quelques oeuvres présentées au domaine qui intéresseront les amis du bon clos.

hérisson de verre au pied de la muraille

une grappe qui en bouche un coin

Cette série de vignettes humoristiques sur le thème du vin est de Michel Jean, dit Mimi , peintre et sculpteur

on pensera ce qu’on voudra des jeux de mots, mais ce dernier vaut bien le déplacement !

L’auteur de celles-là reste obscur, apprécions son imagination,

entre acrobates…

 

 et crocodiles

bouteillecroco

 

Quant à ces céramiques, elles viennent du Périgord

Country

Voici une chanson qui nous vient de la Belle Province,

un petit verre de vin ! par Wendell Roach (chanteur acadien récemment décédé)

un ptit verre de vin c’est pourtant agréable
comment pourrait-il causer tant de chagrin
je cherche encore pour trouver cette réponse
dans le fond de ce petit verre de vin

C’est Country Pete qui l’a posté -countrypete27 sur youtube : voir son channel consacré à la musique country, ou son site perso où nous avons rencontré George Canyon , chantant drinkin’ thinkin dans un montage très personnel !

That’s just drinkin’ thinkin’, liquor logic in a can
your brain cells party, and your body believes you’re superman
thats just drinkin’ thinkin’
And here’s where the trouble starts
The more you drink, the better you think you are

(voir les couplets )

Juhe ! Der wein ist da !

A l’heure où la confrérie du Clos de Clamart vient de mettre sa production 2009 en bouteilles, il est temps de se remémorer cette belle musique de Joseph Haydn, que l’on pourrait traduire par : Hourrah ! le vin est là !

C’est en 1801 qu’Haydn, âgé de près de 70 ans, composa les Saisons (Die Jahreszeiten), d’après un poème de l’écossais James Thomson .

C’est à la fin de l’Automne que l’on trouve ce choeur des vendanges allegro molto, puis allegro assai, en ut majeur, sorte d’hymne à la joie et au vin.

Ecoutons le avec ravissement sur ce site vietnamien Juhe ! Der wein ist da

et chantons !

(présentation des Saisons et traduction disponible sur le blog de Catherine , voir le n°28)

                         Juhe, der Wein ist da,

                         die Tonnen sind gefüllt,

                         nun lasst uns fröhlich sein,

                         und juhe, juhe, ju,

                         aus vollem Halse schrei’n!

  Lasst uns trinken, trinket Brüder,

  lasst uns fröhlich sein!

  Lasst uns singen, singet alle,

                         lasst uns fröhlich sein!

                         Es lebe der Wein!

           Es lebe das Land, wo er uns reift!

           Es lebe das Faß, das ihn verwahrt!

           Es lebe der Krug, woraus er fließt!

           Es lebe der Wein!

                         Kommt, ihr Brüder!

           Füllt die Kannen, leert die Becher,

           lasst uns fröhlich sein,

                         und juhe, juhe, ju

                         aus vollem Halse schrein!

                         Juhe, es lebe der Wein!

           Nun tönen die Pfeifen

           und wirbelt die Trommel,

           und wirbelt und wirbelt die Trommel.

                         Hier kreischet die Fiedel,

                         da schnarret die Leier

                         und dudelt der Bock.

           Schon hüpfen die Kleinen,

           und springen die Knaben;

           dort fliegen die Mädchen

          im Arme der Bursche

                         den ländlichen Reih’n!

                         Heißa, hoppsa, laßt uns hüpfen!

           Ihr Brüder kommt! Laßt uns springen!

                         Die Kannen füllt, laßt uns tanzen!

           Die Becher leert,

           heida, laßt uns fröhlich sein!

           Jauchzet, lärmet, juhe, ju!

           Springet, tanzet, heißa, hoppsa!

           Nun fassen wir den letzten Krug,

                         und singen dann im vollen Chor

                         dem freudenreichen Rebensaft!

           Es lebe der Wein, der edle Wein,

           der Grillen und Harm verscheucht!

           Sein Lob ertöne laut und hoch,

                       in tausendfachem Jubelschall.

                        Heida, lasst uns fröhlich sein,

                        aus vollem Halse schrein.

haydn

dionysos, le vin et le sang

C’est le titre d’une création récente d’ Alexandros Markeas pour douze voix mixtes et dispositif électroacoustique, (jouée par Musicatreize , dirigé par Roland Hayrabedian) au festival international des musiques d’aujourd’hui, qui se déroulait à Marseille du 17 avril au 1er mai 2010.

Pour la petite histoire, cette Lesbie au moineau de François-Joseph Trophème (1820-1888), rencontrée le jour même à la Vieille Charité, nous avait mis en appétit.

Les textes sont d’Anacréon, Euripide, Eschyle, Omar Kayyâm, Molière …

C’est un « hymne au mythe bachique où se côtoient le plaisir, la jouissance mais aussi le comique/le tragique, la sagesse /l’excès, la vie/la mort », nous dit le programme.

Qu’on en juge avec l’extrait suivant (Molière, le bourgeois gentilhomme)

Buvons ! Buvons ! chers amis buvons

le temps qui fuit nous y convie

On ne boit pas toujours

Quand on a passé

Dé-pê-chons !

Raisonner les sots

Notre philosophie

Que l’on peut être heureux

versez versez

tant qu’on vous dise assez

dionysos

dyonisosdemarkeas

dionysos1

 

 

 

musicatreize

 

paroles1

paroles2
paroles3

 

Princesse de Trébizonde

Offenbach  était à l’honneur ces jours-ci au Trianon où les Tréteaux Lyriques jouaient sa « Princesse de Trébizonde (*) », opéra-bouffe monté pour la première fois en 1869 à Baden et longtemps oublié ; en voici l’ouverture

Il s’y trouve un délicieux air à boire chanté en duo dont voici les paroles, et qui fait référence à la malvoisie, vin grec doux, originaire de Μονεμβασία, qui fut célèbre au Moyen-Age. C’est aussi un groupe de cépages . Pour en savoir plus)

airaboiretrebizonde

trouvé dans le livret de censure de 1869 (version en 2 actes).

L’oeuvre fut ensuite remaniée en 3 actes et il se pourrait bien que certains textes aient changé. N’avons nous pas entendu plutôt : « quel parfum merveilleux a ce vin vieux ?

(* Trébizonde, cité d’Asie Mineure sur la Mer Noire, fut du 12eme au 15eme siècle la capitale d’un Empire )

Don Quichotte à Dulcinée

Le héros fondateur de la littérature espagnole a inspiré Maurice Ravel qui composa en 1932 « Don Quichotte à Dulcinée », un ensemble de 3 chansons : romanesque, épique, et.. à boire (paroles de Paul Morand), presqu’un hymne à la joie !

Il nous fut donné de l’écouter ce dimanche :

Foin du bâtard, illustre Dame,

Qui pour me perdre à vos doux yeux

Dit que l’amour et le vin vieux

Mettent en deuil mon cœur, mon âme !

Je bois à la joie !

La joie est le seul but

Où je vais droit…

Lorsque j’ai bu !

A la joie, à la joie !

Je bois à la joie !

Foin du jaloux, brune maîtresse,

Qui geint, qui pleure et fait serment

D’être toujours ce pâle amant

Qui met de l’eau dans son ivresse !

Je bois à la joie !

La joie est le seul but

Où je vais droit…

Lorsque j’ai bu !

A la joie! A la joie !

Je bois à la joie !

En voici une interprétation par le baryton Andrew Garland

Et pour ceux qui voudraient tout entendre, voici une version historique avec Gérard Souzay.

C’est l’occasion d’honorer aussi Francis Poulenc qui composa dix ans plus tôt (1922) sa « chanson à boire« ,

Les rois d’Egypte et de Syrie,
Voulaient qu’on embaumât leurs corps,
Pour durer plus longtemps morts.
Quelle folie!

Buvons donc selon notre envie,
Il faut boire et reboire encore.
Buvons donc toute notre vie,
Embaumons-nous avant la mort.

Embaumons-nous;
Que ce baume est doux. 

 

marin, breton, et .. sobre

C’est le programme qui était proposé au bar à eau du festival des chants de marins de Paimpol.

 

Une gageure pour les plus de cent-mille participants, qui ont arpenté les quais durant trois jours les 7, 8 et 9 août dernier, sous le soleil de la Bretagne, pour applaudir les musiciens venus de Bretagne, de France et même du Nouveau Monde,

et qui ont entonné avec Bernard Simard « du vin pour ma tante » !

Un grand moment de bonheur en tout cas, partagé avec les Charbonniers de l’Enfer, les Moules Marinières , Mille Sabords ,  la Marée Chante, tous venus du Québec

Avis : Beaucoup de leurs chansons peuvent être écoutées sur musicme ou sur  le podcast  » bordeldemer « 

Ami du Clos, les Charbonniers de l’Enfer reviennent en France fin octobre . Ils seront à Clermont-Ferrand le 1er novembre. A ne pas rater !