je bois… systématiquement

Les amateurs de Boris Vian auront reconnu les premières paroles de sa fameuse chanson. Ils auraient eu l’occasion de l’entendre, jouée et chantée par la compagnie des bisons ravis lors du dernier festival d’Avignon (off), au cours de leur spectacle « En avian la zizique ! ».

en avian la zizique

Merveilleux spectacle où tout y passe (du blues du dentiste à johnny, du déserteur aux joyeux bouchers) dont on sort ravi du moment passé, et désolé qu’il soit déjà passé.

En voici un « digest »

Hélas le festival est fini, mais il y a encore moyen de les voir en Rhône-Alpes (ils sont de Lyon).

calendrier bisons

A défaut, il ne vous restera plus qu’à chanter, dépité,

Je bois
Systématiquement
Pour oublier les amis de ma femme
Je bois
Systématiquement
Pour oublier tous mes emmerdements

Je bois
N’importe quel jaja
Pourvu qu’il fasse ses douze degrés cinque
Je bois
La pire des vinasses
C’est dégueulasse, mais ça fait passer l’temps

La vie est-elle tell’ment marrante
La vie est-elle tell’ment vivante
Je pose ces deux questions
La vie vaut-elle d’être vécue
L’amour vaut-il qu’on soit cocu
Je pose ces deux questions
Auxquelles personne ne répond… et

Je bois
Systématiquement
Pour oublier le prochain jour du terme
Je bois
Systématiquement
Pour oublier que je n’ai plus vingt ans

Je bois
Dès que j’ai des loisirs
Pour être saoul, pour ne plus voir ma gueule
Je bois
Sans y prendre plaisir
Pour pas me dire qu’il faudrait en finir…

Vanessa Hidden à nouveau sur les planches

Nous l’avions découverte dans « c’est toujours ça de pris » spectacle musical et pétillant, on voit pourquoi, la voici qui remet ça tous les mercredis soir (20h30) à l’atelier théâtre montmartre,  7rue coustou,Paris 18eme, mise en scène par Stéphane Ly-Cuong et accompagnée au piano par Tristan Michel. 

Vous voulez savoir à quoi ça ressemble ? voici « c’est toujours ça de pris »

et voila le tango stupéfiant (marie dubas 1936)

On a réécouté avec plaisir « plus on est d’amis plus on boit » et bien d’autres chansons comme cette « pocharde » d’yvette guilbert (1927)qui a toute sa place dans la collection du clos

J’viens d’la noce à ma soeur Annette
Et comme le champagne y pleuvait
J’n’vous l’cache pas, je suis pompette
Et j’ai pincé mon p’tit plumet
Je sens flageoler mes guiboles
J’ai l’coeur guilleret, l’air folichon
J’suis prête à faire des cabrioles
Quand j’ai bu du Moët & Chandon.

{Refrain:}
Je suis pocharde
J’dis des bêtises
Ah mais j’suis grise !
Mais quoi, ça me r’garde
Qu’est-ce c’que vous voulez que je vous dise ?
Je suis grise.

Je fais très rarement des folies
Mais quand j’en fais, ah nom de nom !
Je dépasse toutes les fantaisies
J’suis plus une fille, j’suis un garçon
À moi l’plaisir, la rigolade,
J’m’en fais craquer l’corset de plomb
Car y a pas, moi faut que je cascade
Quand j’ai bu du Moët & Chandon.

{au Refrain}

J’dis aux gens qui m’reprochent la chose
Ah ! Remisez donc dans vos airs de deuil
Car c’est l’Champagne qui en est la cause
Quand j’ai quequ’ fois Marianne dans l’oeil
Et puis j’trouve que c’est toujours bête
De vouloir cacher son pompon
C’est pas un crime que d’être pompette
Et d’aimer le Moët & Chandon.

{au Refrain}

D’avoir son grain dans la boussole
Mon Dieu, ça n’est pas un défaut !
Moi, j’ris, j’chante, je batifole
Toutes les fois qu’j’ai bu un peu trop
Alors quoi ? Pour une petite mèche
Faudrait-y m’battre à coups d’chausson ?
J’aime mieux qu’on m’batte que d’battre la dèche
J’pourrais plus boire du Moët & Chandon !

{au Refrain}

pour une version musicale voir par exemple ce sympathique spectacle amateur trouvé sur youtube

pomme d’api

Encore une oeuvre de maître Jacques que les vrais fans d’Offenbach n’auront pas laissé passer. C’est au théâtre Marsoulan (où nous avions déjà eu le bonheur de voir l’ami Pascal Bolantin en récital il y a quelques semaines) et c’est par la compagnie de l’élixir enchanté , mise en scène de Florian Cléret.
Bonne pioche pour les amis du bon clos, qui auront à coeur d’entonner cet ode enamouré au champagne avec la sémillante Mélanie Guindeo.

Versez ! Versez !

On pourra écouter cet air à boire (entre 3mn 30 et 5mn30) et d’autres dans cette video disponible sur youtube

A table, à table

Et le verre en main

Envoyons au diable

Tristesse et chagrin


Versez, versez, versez encor ;
Allez donc jusqu’au bord.
Voyez, voyez, ça mousse, mousse,
Voyez, voyez, ça pousse, pousse,
Ça pousse à se désennuyer.
Par les lèvres ça glisse, glisse,
On dirait un feu d’artifice
Qu’on vous tire dans le gosier !

Amis du clos n’attendez plus ! Dernière le 4 janvier 2009 à 20h30

Le vin des bavards

Les amateurs d’opérette et autres fans d’Offenbach sont heureux en cette fin d’année où l’on peut revoir « les bavards « , monté par la compagnie « minute papillon », dans le cadre confortable et néokitch (tentons ce néologisme) du ciné théâtre 13 de Claude Lelouch.

Et comme souvent chez Offenbach, le vin est de la fête…

vindesbavards


La fleur qui naît nous dit : aimons !

Le vin vieilli nous dit : buvons !

Vieux vin et fleur naissante

Croyons ces voix charmantes !

Quand sur lui le temps se passe

Le bon vin devient meilleur

Mais des fleurs l’éclat se passe

Cueillons les dans leur fraicheur

Ah ! Ah ! Cueillons !

Ah ! Ah ! Cueillons !

vindesbavardsfinal


C‘est l’Espagne qui nous donne

Le bon vin les belles fleurs

C’est pour elles que rayonne

Un soleil plus chaud qu’ailleurs

La fleur qui nait nous dit : aimons !

Le vin vieilli nous dit : buvons !

La fleur…

Nous dit, nous dit : aimons !

Le vin vieilli nous dit : buvons !

La fleur qui nait nous dit : aimons !


C’est jusqu’au 31 décembre, 1 avenue Junot à Montmartre. Courez-y vite !

Voici un extrait du spectacle en guise de mise en bouche…

Jubilé à Bagneux

Dix ans, ça ne suffit pas ! C’est du moins l’avis des « messiers » de la Confrérie balnéolaise des Chevaliers de Bacchus », qui célébraient ce samedi 22 novembre son dixième anniversaire.

confrérie

Les Confréries étaient venues nombreuses participer à cet évenement (ci-dessous des amies de la confrérie gastronomique du cèpe de l apointe du médoc)

confmedoc

et celle du Clos de Clamart ne faisait pas défaut (les deux cités ne sont elles pas associées dans la communauté d’agglomération Sud de Seine).

On a ainsi pu admirer l’exposition présentée à l’occasion,

expo

carriole
assister aux intronisations

étendard

(ci-dessous, l’ami Tony adoubé, abreuvé et dûment diplomé)
tonyadoubétonybuvanttonydiplomé

et découvrir « le vieux vin de Bagneux », chanson écrite dans les année 1890 par Clovis (chanteur sur lequel nous reviendrons)

parolesvindebagneux

et (re)mise au goût du jour par Patrick Elies (ci-dessus) et Gérard Guilloury.

Il ne faut voir là aucune hyperbole, l’histoire du vin à Bagneux étant très ancienne (n’y dit-on pas que le roi Dagobert en buvait volontiers ?) comme on peut l’apprendre là:

« Après la conquête de la majeure partie de la Gaule et l’unification du peuple franc par Clovis, la dynastie des Mérovingiens cherche à se concilier l’Eglise en faisant preuve de libéralités à son égard. En contrepartie, celle-ci s’empresse de consacrer leurs conquêtes et leurs spoliations. Bagneux, qui jusqu’alors appartenait au domaine royal, est ainsi donné à l’évêque de Paris à la fin du Ve siècle ou au début du VIe. A cette époque, Bagneux est en pleine transformation. Sur ses coteaux déboisés, on plante de la vigne et, rapidement, on s’aperçoit que la terre convient parfaitement à cette culture. Le vin de Bagneux devient célèbre. C’est en 829 que Bagneux apparaît pour la première fois dans un texte officiel. Au cours des siècles, le village se transforme grâce à deux activités : I’exploitation des carrières et le travail de la vigne. Durant sept siècles, des milliers de tonnes de pierres arrachées du sous-sol balnéolais alimentent les chantiers parisiens. Comme les roues de carriers qui émaillaient encore le paysage au siècle dernier, les vignes ont disparu de l’horizon balnéolais. Seuls, des noms de rue témoignent de leur présence ancienne. En 1965, le père Moreau remplissait pour la dernière fois de raisins le pressoir de la rue Albert-Petit. La Fête des Vendanges, reprise depuis 1959 chaque automne, évoque la récolte du « jus divin » et les traditions bachiques. »

Il n’en subsiste qu’un clos, planté en 1981, le clos des Brugnauts, sis rue de la Lisette, où 760 pieds (2/3 sauvignon, 1/3 sémillon donnent aujourd’hui un vin goûteux qui a besoin de vieillir au moins 3 ans, dixit l’oenologue André Georges.

Longue vie à la Confrérie Balnéolaise des Compagnons de Bacchus !

l’ami Jean

Notre ami Jean,

Jean Mussote, grande figure du clos de Clamart,

n’est plus,

mais il continue à habiter ce blog.

jeandeboutRetrouvons-le à Montmartre , au Mont Valérien , à la grange Franquet où encore au palais Brongniart.
Et chantons avec lui…

L’autre matin tu nous as quitté
bien trop tôt tu n’as pas pu aller
au bout de la route,
au bout de la route
au bout de la route qui mène à cent ans

Mais pour nous tu es toujours là (bis)
dans notre mémoire tu resteras

Refrain

Aux rendez-vous toujours présent
les meilleurs crus toujours goûtant
pour les bons coups toujours partant
avec ta canne clopin-clopant

2)
Qu’avais tu donc à tant te presser
ça ne se fait pas en société
de lâcher ses potes
de lâcher ses potes
de lâcher ses potes inopinément

 

Mais pour nous tu es toujours là (bis)
dans notre mémoire tu resteras

3)
La confrérie est toute endeuillée
elle a perdu son grand chevalier
la voila qui doute
la voila qui doute
la voila qui doute sans son vétéran

hé jeannot, tu es toujours là ? (bis)

à nos côtés, dis, tu resteras ?

4)
Car qui donc saura déterminer
sans plus hésiter la variété
des raisins qu’apportent
des raisins qu’apportent
des raisins qu’apportent les récoltants ?

qui qui qui qui qui qui qui qui (bis)
qui qui qui qui qui qui qui qui?

5)
qui toujours saura raison garder
aux soins de la vigne toujours veiller
et sans fausse note
et sans fausse note
et sans fausse note nous dire en chantant

ouais les gars je suis toujours là (bis)

le clos de clamart je n’abandonne pas

6)
Avec toi encore nous voulons trinquer
à ton repos, à notre santé
encore une goutte
encore une goutte
encore une goutte de bon vin blanc

Car pour nous tu es toujours là (bis)
dans notre mémoire tu resteras..

dernier refrain

aux rendez-vous toujours présent
les meilleurs crus toujours goutant
pour les bons coups toujours partant
avec ta canne clopin-clopant
pour l’amitié toujours présent
tous les bons crus toujours goûtant
pour l’aventure toujours partant
copains… clopant

jean

 

vin des gaulois (Gwin ar C’hallaoued)

On savait les Gaulois amateurs de vin, dès avant mais surtout après la conquête romaine. Ne leur doit-on pas l’invention du tonneau (initalement pour la cervoise certes)?
Diodore de Sicile les décrivait ainsi :

 » Aimant le vin jusqu’à l’excès, les Gaulois engloutissent pur celui que leur apportent les marchands; ils boivent avec une passion furieuse et se mettent hors d’eux-mêmes en s’enivrant jusqu’au sommeil ou à l’égarement. Aussi beaucoup de marchands italiens, poussés par leur cupidité habituelle, considèrent-ils comme un trésor le goût des Gaulois pour le vin. Ils l’apportent en bateau par les fleuves navigables ou en chariot par voie de terre et en touchent un prix incroyable: pour une amphore de vin, ils reçoivent un esclave, échangeant la boisson contre l’échanson.  »

Mais qu’en est-il de ce fameux « chant des gaulois » (Gwin ar C’halloued), tiré du Barzaz-breiz, cette anthologie de chants populaires traditionnels bretons recueillis au 19ème siècle par le vicomte Théodore Hersart de la Villemarqué ?
Voila un chant bien martial qui retrace comment les anciens bretons concevaient la vendange… armée. Ne cultivant pas le vin sur leurs terres, il leur suffisait d’aller se servir chez leurs francs voisins, ainsi que le rapporte Grégoire de Tours.

« Aussitôt que revenait l’automne, ils (les Bretons) partaient, suivis de chariots et munis d’instruments de guerre et d’agriculture, pour la vendange armée.
Les raisins étaient encore sur pied, ils les cueillaient eux-mêmes.
Le vin était-il fait, ils l’emportaient.
S’ils étaient trop pressés ou surpris par les Francs, ils le buvaient sur place, puis emmenant captifs les vendangeurs, ils regagnaient joyeusement leurs bois et leurs marais ».

partitionvindesgaulois

Les paroles françaises sont assez explicites…

Gwell eo gwin gwenn bar
Na mouar !
Gwell eo gwin gwenn bar.
Mieux vaut vin blanc de raisin
que de mûre !
Mieux vaut vin blanc de raisin.
Diskan
Tan ! tan ! dir ! oh ! dir ! tan ! tan ! dir ha tan !
Tann ! tann ! tir ! ha tonn ! tonn ! tir ha tir ha tann !
Refrain
Feu ! feu ! acier ! ô acier ! feu ! feu ! acier et feu !
Chêne ! chêne ! terre ! ô flots ! flots ! terre et chêne !
Gwell eo gwin nevez
Oh ! na mez;
Gwell eo gwin nevez.
Mieux vaut vin nouveau
que bière;
mieux vaut vin nouveau.
Gwell eo gwin a lufr
Oh ! na kufr;
Gwell eo gwin a lufr.
Mieux vaut vin brillant
qu’hydromel;
mieux vaut vin brillant
Gwell eo gwin ar Gall
Nag aval;
Gwell eo gwin ar Gall
Mieux vaut vin de Gaulois
que de pommes;
mieux vaut vin de Gaulois
Gall, d’id, kef ha deil
D’id pez-teil !
Gall, d’id, kef ha deil
Gaulois, ceps et feuille à toi,
ô fumier !
Gaulois, ceps et feuille à toi !
Gwin gwenn, d’id, Breton
A galon !
Gwin gwenn, d’id, Breton.
Vin blanc, à toi, Breton
de coeur !
Vin blanc, à toi, Breton !
Gwin ha goad a red
Enn gefred;
Gwin ha goad a red.
Vin et sang coulent
mêlés;
vin et sang coulent.
Gwin gwenn ha goad ruz
Ha goad druz;
Gwin gwenn ha goad ruz.
Vin blanc et sang rouge,
et sang gras;
vin blanc et sang rouge.
Goad ruz ha gwin gwenn
Eunn aouen !
Goad ruz ha gwin gwenn.
Sang rouge et vin blanc,
une rivière !
Sang rouge et vin blanc.
Goad ar C’hallaoued
Eo a red;
Goad ar C’hallaoued.
C’est le sang des Gaulois
qui coule;
c’est le sang des Gaulois.
Goad ha gwin eviz
Er gwall vriz;
Goad ha gwin eviz.
J’ai bu sang et vin
dans la rude mêlée;
j’ai bu sang et vin.
Gwin ha goad a vev
Neb a ev;
Gwin ha goad a vev.
Vin et sang nourrissent
qui en boit;
vin et sang nourrissent.

Autres temps autres moeurs, dira-t-on (O tempora O mores…). Il n’empêche… Pas très gentil pour les gaulois tout ça !

Le groupe breton Tri Yann en a fait un chant de lutte (victorieuse !) lors de la mobilisation contre l’installation d’une centrale nucléaire à Plogoff, dans les années 80 : Kan ar Kann. Revoyons les en video.

en voici les paroles (une traduction se trouve )

Gwall war Veg ar Raz
Ha brud braz

 

Tan ! tan ! dir ! oh ! dir !
Tan ! tan ! dir ! ha tan !
tann !tann !
Tir ha tonn ! tonn ! tann !
Tir ha tir ha tann !

 

Bretoned touzet
a zo bet
Dalc’h penn te Breton
a galon
Gwell eo stourm nevez
o na mezh
Gwardou gwer ha dir
gwer ha dir
Stourm evit frankiz,
de frankiz
Fuc’h hag avel – dro war Plogo
Fuc’h hag avel – dro
Moged hag aezhen
deoc’h kouerien
Goad ar Vretoned eo a red
Goad ar Vretoned
Dastum er Penn-ger
E Kemper
Dastum er Penn-ker
Torr o fenn o zor
Torr o zor
Kant mil’zo enemgavet
Kant mil kounnaret
Kant mil oll war Veg ar Van
Kan ha klemm ha kann
Kan trec’h ha korroll
d’id heol
Kan goanag ha kann
Kan ha kann
Kaneveden gen
War o fenn

in taverna

Nous avons déjà parlé dans ces colonnes des « carmina burana », ces magnifiques chants du 13eme siècle comme ce « bacche bene venies » dédié à Bacchus, que nous avons mis en ligne.

En voici un autre, dans la même veine : in taverna quando sumus… mis en musique par Carl Orff

Ah la belle vie que ces moines faisaient…

On trouvera un enregistrement sur portique.net

(traduction trouvée sur http://maddingue.free.fr/carmina-burana/cb-by-Orff.fr.html )

In taberna quando sumus             Quand nous sommes dans la taverne,
non curamus quid sit humus,         que nous importe de n'être que poussière,
sed ad ludum properamus,            mais nous nous hâtons pour les jeux
cui semper insudamus.               qui nous mettent toujours en sueur.
Quid agatur in taberna              Ce qui se passe dans la taverne,
ubi nummus est pincerna,            où l'argent est le roi,
hoc est opus ut queratur,           ça vaut le coup de demander,
si quid loquar, audiatur.           et d'écouter ce que je dit.

Quidam ludunt, quidam bibunt,       Certains jouent, certains boivent,
quidam indiscrete vivunt.           d'autres vivent sans pudeur.
Sed in ludo qui morantur,           De ceux qui jouent,
ex his quidam denudantur            certains se retrouvent nus,
quidam ibi vestiuntur,              certains sont rhabillés,
quidam saccis induuntur.            d'autres sont mis en sac.
Ibi nullus timet mortem             Personne ici ne craint la mort,
sed pro Baccho mittunt sortem.      mais ils misent le sort pour Bacchus.

Primo pro nummata vini,             Le premier est pour la tournée
ex hac bibunt libertini;            puis les affranchis boivent,
semel bibunt pro captivis,          une autre fois pour les prisonniers,
post hec bibunt ter pro vivis,      une troisième pour les vivants,
quater pro Christianis cunctis      une quatrième pour les Chrétiens,
quinquies pro fidelibus defunctis,  une cinquième pour les fidèles défunts,
sexies pro sororibus vanis,         une sixième pour les soeurs légères,
septies pro militibus silvanis.     une septième pour la troupe en campagne.

Octies pro fratribus perversis,     Une huitième pour les frères pervertis,
nonies pro monachis dispersis,      une neuvième pour les moines dispersés,
decies pro navigantibus             une dixième pour ceux qui naviguent,
undecies pro discordaniibus,        une onzième pour les plaideurs,
duodecies pro penitentibus,         une douzième pour les pénitents,
tredecies pro iter agentibus.       une treizième pour les voyageurs.
Tam pro papa quam pro rege          une pour le Pape et une pour le Roi,
bibunt omnes sine lege.             tous boivent sans loi.

Bibit hera, bibit herus,            La patronne boit, le patron boit,
bibit miles, bibit clerus,          le soldat boit, le prêtre boit,
bibit ille, bibit illa,             celui-ci boit, celle-ci boit,
bibit servus cum ancilla,           l'esclave boit avec la servante,
bibit velox, bibit piger,           l'agile boit, le paresseux boit,
bibit albus, bibit niger,           le blanc boit, le noir boit,
bibit constans, bibit vagus,        le pondéré boit, l'inconstant boit,
bibit rudis, bibit magus.           le fou boit, le sage boit,

Bibit pauper et egrotus,            Le pauvre et le malade boivent,
bibit exul et ignotus,              l'exilé et l'étranger boivent,
bibit puer, bibit canus,            l'enfant boit, le vieux boit,
bibit presul et decanus,            l'évêque et le doyen boivent,
bibit soror, bibit frater,          la soeur boit, le frère boit,
bibit anus, bibit mater,            la vieille boit, la mère boit,
bibit ista, bibit ille,             celui-ci boit, celui-là boit,
bibunt centum, bibunt mille.        cent boivent, mille boivent.

Parum sexcente nummate              Six cent pièces filent
durant, cum immoderate              vite, quand, sans retenue,
bibunt omnes sine meta.             tous boivent sans fin.
Quamvis bibant mente leta,          Mais ils boivent l'esprit gai,
sic nos rodunt omnes gentes         ainsi nous sommes ceux que tous méprisent,
et sic erimus egentes.              et ainsi nous sommes sans le sou.
Qui nos rodunt confundantur         Ceux qui nous critiquent iront au diable
et cum iustis non scribantur.       et avec les justes ne seront pas comptés.