Plus doux que le vin

Qu’est-ce donc qui serait plus doux que le vin. Les baisers bien sûr !

C’est le message de la chanson de Jimmy Rodgers, un des pères de la musique Country : Kisses Sweeter than Wine

On a pu l’entendre dans la bande son du film Vingt dieux, dans les salles actuellement.

Voici les paroles de l’entêtant refrain :

Because she had kisses sweeter than wine
She had, mm-mm, kisses sweeter than wine
(Sweeter than wine)

Et les couplets

Well, when I was a young man and never been kissed
I got to thinkin’ it over how much I had missed
So I got me a girl and I kissed her and then, and then
Oh, Lord, well I kissed her again

Well I asked her to marry and be my sweet wife
I told her we’d be so happy for the rest of our life
I begged her and I pleaded like a natural man
And then, whoops! Oh Lord, well she gave me her hand

Well we worked very hard, both me and my wife
Workin’ hand-in-hand to have a good life
We had corn in the field and wheat in the bin
And then, whoops! Oh Lord, I was the father of twins

Well our children they numbered just about four
And they all had a sweetheart a’ knockin’ at the door
They all got married and they wouldn’t hesitate
I was, whoops! Oh Lord, the grandfather of eight

Well now that I’m old, and I’m ready to go
I get to thinkin’ what happened a long time ago
Had a lot of kids, a lot of trouble and pain
But then, whoops! Oh Lord, well, I’d do it all again

Ma nièce et mon ours

Voici une « folie- vaudeville » en 3 actes, livret de Clairville et Frascati, musique de Sylvain Mangeant, créée en 1859 au théâtre du Palais Royal. Elle n’a rien d’inoubliable (voir le livret), mais elle recèle une amusante « ronde bachique ».

Une jeune fille, Blanche, suscite de nombreuses convoitises. Plus d’un amoureux doit s’attendre à souffrir… heureusement il y a le champagne…

L’amour n’est rien qu’une tocade / Il nous désespère aujourd’hui/oui oui oui oui oui oui oui oui
Mais l’amoureux le plus malade/Le plus chagrin le plus conscrit
Quand le champagne le guérit/rit rit rit rit rit rit rit rit/Toujours ce nectar nous sourit.

Buvons donc ! (3 x) oui buvons rasade !
Buvons pour (3 x) narguer Cupidon !Buvons !
(9 x) Ici nous sortirons ronds ronds !

Tout est bien qui finit bien. Après bien des péripéties (enlèvement en malle avec un ours empaillé, entrée en scène d’une « femme fatale » etc…), la jeune fille aura le dernier mot.

Il ne semble pas qu’il en existe un enregistrement. La partition est sur Gallica

Chanter me fait bons vins…

Chanter me fait bons vins ety resjoïr… Voici une chansons bien ancienne, qui illustre une histoire étonnante contée par David B. et dessinée par Eric Lambé dans leur BD Antipodes.

C’est une sorte de conte philosophique qui raconte l’incroyable destinée d’un colon français au 16ème siècle, sauvé de la dévoration par ses chants qui émerveillent ses ravisseurs Tupinambas, une peuplade brésilienne en butte aux envahisseurs venus d’Europe : chants religieux, chants de guerre, d’amour et cet air bachique qui remonte au 13ème siècle.

Il y avait là de quoi éveiller notre curiosité. Ce chant est cité dans Chansons satiriques et bachiques du 13ème siècle, éditées par Jeanroy et Långfors en 1921

En voici les paroles

L’air du refrain serait celui-ci, d’après le site refrain.ac.uk

Cette chanson est aussi rapportée comme une chanson « du Nord de la France ou du midi de la Belgique » dans « Trouvères, jongleurs et ménestrels » d’Arthur Finaux (1803) (page XXVIII).

L’occasion faisant le larron, on y trouve trois autres chansons bachiques dans le recueil : Or Hi Parra, Seignors or entendez a nus, et Bon vin lon doit li tirer .

L’auteur d’Or Hi Parra, ode à la cervoise, s’est manifestement amusé à parodier un air religieux. Bevez bel et bevez bien !

Screenshot
Screenshot

On peut l’écouter par The Tavern

La chanson suivante, Seignors or entendez a nus, n’est pas à proprement parler une chanson bachique, c’est un chant de Noël, mais son final est intéressant :

Seignors, jo vus di par Noël
E par li sires de cest hostel,
Car bevez ben ;
E jo primes* (en premier) beverai le men,
E pois après chescon le soen
Par mon conseli ;
Si jo vus dis trestoz : Wesseyl,* (Wes Heil, « portez vous bien »)
Dehaiz* (malheur à celui) eit qui ne dira Drincheyl* (« Drinc Heil » Buvez et profitez bien).

Les annotations sont reprises de l’article de Frédéric Effe sur moyenagepassion.com

Cette chanson décrit comment porter un toast en langue germanique. Le porteur du toast dit » « Wes Heil » et boit le premier, et tous répondent « Drinch Heil » et boivent ensuite. On constate que Heil, qui signifie « salut » en allemand, a, comme en français, pour sens primitif : « santé« .

Venons en à la quatrième chanson du recueil : Bon vin lon doit li tirer, connue aussi par l’ incipit du 2ème couplet « quant ie le boi » et le refrain Cis chant veult boire

De celui-là nous avons déjà parlé, il apparait dans le roman de Fauvel, il en existe plusieurs enregistrements à réécouter avec plaisir.

On en trouvera une traduction et une analyse dans l‘article « chansons à boire et à manger » d’Anne Ibos-Augé paru dans Le ventre et l’oreille, « revue culturelle d’expressions musicales et culinaires ».

Ergo bibamus !

Ergo bibamus ! Alors buvons !

On trouve cette injonction ancienne dans les Carmina potoria, chansons à boire du manuscrit trouvé en 1803 dans l’abbaye de Benediktbeuern, en Bavière, connu sous le nom (rendu fameux par Carl Orff) de Carmina Burana (nous en connaissons notamment le Bacche bene venies, au répertoire du Souffle de Bacchus).

Ergo bibamus, ne sitiamus, vas repleamus!
Quisque suorum posteriorum sive priorum
Sit sine cura morte futura re()peritura
Ergo bibamus!

(Alors buvons, ne nous assoiffons pas, remplissons le vase ; que chacun n’ ait cure de sa mort future…)

Ergo bibamus – extrait du manuscrit

(On peut trouver ici le texte complet, plus facile à lire que le manuscrit)

Le groupe de rock néo-médiéval allemand Corvus Corax (le Grand Corbeau) l’a mis en musique. (Ci-dessous à Munich en 2009)

L’expression ergo bibamus a aussi inspiré Goethe. En 1810 il composa ce poème, qui sera mis en musique en 1813 par Max Eberwein le bien nommé, pour le choeur d’hommes de Carl  Friedrich Zelter :

Hier sind wir versammelt zu löblichen Tun,
Drum Brüderchen, ergo bibamus!
Die Gläser, sie klingen, Gespräche, sie ruhn;
Beherziget: ergo bibamus!
Das heißt noch ein altes, ein tüchtiges Wort
Und passet zum ersten und passet sofort
Und schallet ein Echo, vom festlichen Ort,
|: Ein herrliches: ergo bibamus! 😐

2. Ich hatte mein freundliches Liebchen gesehn,
Da dach ich mir: Ergo bibamus!
Und nahte mich traulich, da ließ sie mich stehn,
Ich half mir und dachte: Bibamus!
Und wenn sie versöhnet euch herzet und küßt,
Und wenn ihr das Herzen und Küßen vermißt,
So bleibet nur, bis ihr was besseres wißt,
|: Beim tröstlichen Ergo bibamus! 😐

3. Mich ruft mein Geschick von den Freunden hinweg;
Ihr Redlichen, ergo bibamus!
Ich scheide von hinnen mit leichtem Gepäck,
Drum doppeltes: ergo bibamus!
Und was auch der Filz vom Leibe sich schmorgt,
So bleibt für den Heitern doch immer gesorgt,
Weil immer dem Frohen der Fröhliche borgt:
|: Drum, Brüderchen: ergo bibamus! 😐

4. Was sollen wir sagen zum heutigen Tag?
Ich dächte nur: ergo bibamus!
Er ist nun einmal von besonderem Schlag,
Drum immer aufs neue: bibamus!
Er führet die Freunde durchs offene Tor,
Es glänzen die Wolken, es teilt sich der Flor,
Da leuchtet ein Bildchen, ein göttliches vor,
|: Wir klingen und singen: bibamus!

« Ici nous sommes assemblés pour une action louable, chers frères : Ergo bibamus ! Les verres tintent, les causeries cessent : avec courage, ergo bibamus ! … » (d’après l’essai sur Goethe d’Edouard Rod 2014)

dessin et partition sur le site mythostheatre.org

Herr Goethe, bibamus ! Voici une interprétation, avec la traduction en anglais, par le groupe Duivelspack.

En voici une autre version, beaucoup plus tonique et enlevée, dûe au compositeur allemand Peter Schindler, extrait de sa cantate Sonne, Mond und Sterne, par le Coro Piccolo Karlsruhe et l’Ensemble Camerata 2000.

On y aura remarqué, entre deux strophes, l’ insertion d’un extrait d’un autre poème de Goethe : Trunken müssen wir alle sein! (nous devons tous être ivres). Ceci mérite quelques éclaircissements.

Le grand poète allemand découvrit à un âge avancé l’éminent poète persan Hafez, qui vivait au 14ème siècle et dérogeait volontiers à la prohibition du vin, les lecteurs du bon clos le savent bien.

L’ensemble de l’oeuvre de Hafez constitue le Divan. Inspiré par sa poésie et sa philosophie, Goethe écrivit son « West-östlicher Divan », recueil de poèmes en 12 livres. Le 9ème est Saki namehDas Schenkenbuch (Le Livre de l’échanson). Plusieurs de ces poésies ont été mises en musique. Trunken müssen wir alle sein! en est une :

Trunken muessen wir alle sein!
Jugend ist Trunkenheit ohne Wein;
Trinkt sich das Alter wieder zu Jugend,
So ist es wundervolle Tugend.
Fuer Sorgen sorgt das liebe Leben
Und Sorgenbrecher sind die Reben.
Da wird nicht mehr nachgefragt,
Wein ist ernstlich untersagt.
Soll denn doch getrunken sein,
Trinke nur vom besten Wein!
Doppelt waerst du ein Ketzer
In Verdammnis um den Kraetzer.

( Ivres, il faut que nous le soyons tous : la jeunesse est une ivresse sans vin ; si le vieillard redevient jeune en buvant, c’est une merveilleuse vertu ; la pauvre vie se tourmente à donner des soucis, et, les soucis, le pampre les chasse.
On ne s’inquiète plus de cela ! Le vin est sérieusement défendu. S’il faut donc que tu boives, ne bois que du meilleur : tu serais un double hérétique, de te damner pour la piquette.)

Ce poème a été mis en musique par Hugo Wolf (1860-1903) à Vienne en 1890

La partition est

Au tout début du livre de l’Echanson, on trouve

sitz ich allein
Wo kann ich besser sein?
Meinen Wein
Trink ich allein;
Und niemand setzt mir Schranken;
Ich hab so meine eignen Gedanken.

(Quand je suis seul à table, où puis-je être mieux ? Je bois mon vin tout seul ; nul ne m’impose de gêne ; je suis à mes pensées) (les traductions du Divan sont de Jean-Jacques Porchat )

le poème a été mis en musique par Robert Schumann.

Un peu plus loin,

Solang man nüchtern ist

[Solang]1 man nüchtern ist, 
Gefällt das Schlechte;
Wie man getrunken hat, 
Weiß man das Rechte;
Nur ist das Übermaß 
Auch gleich zuhanden:
Hafis, o lehre mich, 
Wie du’s verstanden!
Denn meine Meinung ist 
Nicht übertrieben:
Wenn man nicht trinken kann, 
Soll man nicht lieben;
Doch sollt ihr Trinker euch
Nicht besser dünken:
Wenn man nicht lieben kann, 
Soll man nicht trinken.

(Aussi longtemps qu’on est à jeun, on se plaît au mal ; dès qu’on a bu, l’on connaît le bien, seulement l’excès arrive aussi bien vite ; Hafiz, apprends-moi de grâce comment tu l’entendais. Car mon avis n’est pas exagéré : si l’on ne peut boire, on ne doit pas aimer ; mais, vous, buveurs, il ne faut pas vous croire en meilleure position : si l’on ne peut aimer, on ne doit pas boire.)

Ce poème a été mis en musique par Hugo Wolf (ici la partition)

et aussi par Mendelssohn, c’est bien plus « tonique « , non ?

Il reste à se défendre contre les critiques

Sie haben wegen der Trunkenheit
Vielfältig uns verklagt
Und haben von unsrer Trunkenheit
Lange nicht genug gesagt.
Gewöhnlich der Betrunkenheit
Erliegt man, bis es tagt;
Doch hat mich meine Betrunkenheit
In der Nacht umhergejagt.
Es ist die Liebestrunkenheit,
Die mich erbärmlich plagt,
Von Tag zu Nacht, von Nacht zu Tag
In meinem Herzen zagt,
Dem Herzen, das in Trunkenheit
Der Lieder schwillt und ragt,
Daß keine nüchterne Trunkenheit,
Sich gleich zu heben wagt.
Daß keine nüchterne Trunkenheit
Ob’s nachtet oder tagt,
Die göttlichste Betrunkenheit,
Die mich entzückt und plagt.

(Ils nous ont fait mille reproches au sujet de l’ivresse, et n’en ont jamais assez dit sur notre ivresse. Pour l’ordinaire, on est enseveli dans l’ivresse jusqu’au matin, mais, cette nuit, mon ivresse m’a fait courir de tous côtés : c’est l’ivresse de l’amour qui cruellement me tourmente, et, du jour à la nuit, de la nuit au jour, tremble dans mon cœur, dans mon cœur, qui se dilate et s’élève par l’ivresse des chansons, si bien que nulle froide ivresse n’ose rivaliser avec elle. Ivresse de l’amour, des chants et du vin, qu’il fasse jour ou nuit, ivresse divine, qui me charme et me tourmente !)

partition de Wolf

(ce poème aurait aussi été mis en musique aussi par Otto Klemperer)

De ce qui précède, on pourra retenir ces deux maximes :
« Si l’on ne peut aimer, on ne doit pas boire »,
et
« Le vin est sérieusement défendu. S’il faut donc que tu boives, ne bois que du meilleur : tu serais un double hérétique, de te damner pour la piquette. »

Ergo bibamus !

Les canons de Caldara

Antonio Caldara (1670-1736) est un musicien et compositeur vénitien considéré au 18ème siècle comme le plus grand compositeur italien.

En plus de dizaines d’opéras, oratorios, messes, symphonies, cantates… il composa quelques canons dont le plus connu est sans doute Che gusto, un air à boire s’il en fut !

C’est du vénitien d’époque :

Quel plaisir incomparable, compagnons, que de manger et boire bien vite, quand il fait chaud.
Mangeons, buvons, et puis nous danserons heureux avec nos femmes !

En voici une interprétation par le choeur virtuel des conservatoires de Montreuil et Romainville

et une autre par le Coro del Upter Canto e Discanto

Un autre canons bachique, Beveria, vante le Tokai.

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Je boirais bien du Tokai, si tu m’en donnes un peu.
Même à moi, qui ne suis pas un coq (?).
Donnez m’en, donnez m’en… rien qu’un verre.

(Il en existe une adaptation en français : je boirai bien un doigt de ce bon vin d’Arbois…)

Voici une interprétation par le « Coro Modelli Unici « , avec en bonus Viva la bottiglia de Salieri)

Et voici l’interprétation d’un trio japonais

Un troisième canon, Il Dio d’amore, se cache dans le même recueil

Le Dieu de l’amour toujours blesse le coeur
Mais une bonne liqueur atténue la douleur
Buvons donc, buvons sans peur
Soyons joyeux, buvons à toute heure !

Hélas, pas d’enregistrement en ligne.
Pour revenir à Viva la botiglia de Salieri, pas besoin de traduction, son sens se comprend aisément !

Viva, viva la bottiglia, viva, viva l’alegria.
Non più bella compagnia nel gran mondo non si dà.
La bottiglia, l’alegria, non più bella compagnia nel gran mondo non si dá.
Viva! Viva! No, no, no, no nel gran mondo non si dà. 

Nous aimons bien cette version en costumes

Et ici la partition !

Tomorrow we’ll be sober

Voici une chanson traditionnelle britannique bien joyeuse, qui invite à remplir sa chope de bière pour faire la fête ! Demain nous serons sobres !

Come landlord fill the flowing bowl
Until it doth run over.
Come landlord fill the flowing bowl
Until it doth run over.
For tonight we’ll merry merry be
For tonight we’ll merry merry be
For tonight we’ll merry merry be
Tomorrow we’ll be sober.

On boit à celui qui boit une bière légère, à la fille qui vole un baiser, etc.

On lui prête sans certitudes des origines anciennes. Quant aux paroles, il en existe de nombreuses variantes, certaine plus « hard » que l’autre

En voici une autre version, plus chorale, avec les Wild Oats

et voici la version des Jack Tars

On ne se lasse pas !

Au château à Toto

Nous revoici à Bruniquel, où comme chaque année une oeuvre du maestro Offenbach est montée, avec toujours la même ferveur, le même enthousiasme de la troupe rassemblée autour de Frank T’Hézan et de Jean-Christophe Keck.

Voici cette fois un opéra-bouffe rarement joué, le Château à Toto, qui date de 1868.

(Pour tout dire il l’a été déjà en 2008 à Bruniquel)

Résumons l’affaire : le comte Hector (Toto) qu’une  vie dissolue  a mis sur la paille, revient au village pour vendre son château. Vieilles rivalités, intrigues, invraisemblables péripéties et autres loufoqueries n’empêcheront pas qu’à la fin, c’est l’amour qui gagne !

Ce n’est peut-être pas une oeuvre majeure du maître, mais elle a ses mérites, dont une jolie chanson à boire à la fin du 2ème acte : Après la vente du château, Toto (Aude Fabre) fait apporter du vin et offre une tournée générale !

On peut aussi écouter cette version plus complète enregistrée sous la direction d ‘Alfred Herzog en 2002-2003 (Laetitia Ithurbide est Hector de la Roche-Trompette, dit Toto). Et merci à l’ami Bernard de nous l’avoir transmise.

(On trouvera le livret de Meilhac et Halévy sur Wikisource)

C’est du vin, oui, du vin,
Et quel vin, du vin fin.
Ils tremblaient / Ils craignaient
Qu’on portât / De l’orgeat.
Car l’orgeat / On sait ça,
Fait mal à / L’estomac.
Le vin vieux / Vaut bien mieux
Et nous rend / Bien portant.
Boire trop /De sirop
Affadit, / Refroidit,
Mais on peut / Tant qu’on veut,
Sans danger, / Se gorger
De bon vin ; / C’est très-sain.
Et ça fait / Que l’on est
Tout à fait / Guilleret.

On appréciera ces vers à 3 pieds !

Bons villageois tendez vos verres
Et buvez le vin de mes pères.
Buvons, buvons, mes chers amis,
Buvons, et ceux qui seront gris
Dans des voitures seront mis,
Et chez eux seront reconduits ;
Dans leurs lits on les couchera,
Toute la nuit on dormira,
Et quand le jour reparaîtra,
Qui voudra se regrisera

(Sadressant aux bouteilles).

N’ayez pas peur, mes bonnes vieilles,
Avec respect on vous boira ?
Jeunes filles, vieilles bouteilles.
La vie est douce avec cela.
Buvons mes chers amis, etc.

Les participants, artistes, figurants, spectateurs le savent : le bonheur est là ! 
Si chaque spectacle se termine par un souper chantant dans les ruines du château et se conclut aux accents du Se Canto, il nous a semblé qu’il manquait une antienne pour accompagner le festival.

On propose donc cette petite composition ,à chanter sur l’air entrainant de la samba brésilienne de Francis Lopez.

Chaque année à Bruniquel
On rejoue les immortelles
Les opérettes à papa
Qui nous laissent baba
En dansant sur les pas
D’ Offenbach

Chaque été au festival
C’est la même bacchanale
De tous les enamourés
Qui reviennent chanter
Car le bonheur est là
Ici-bas

Il y a là les vieux de la vieille
Les jeunesses, les merveilles
Les artistes, les mécènes
Et tous ceux qui reviennent
Chaque soir par centaines
Vivre ça

C’est une oeuvre magnifique
Digne des jeux olympiques
Quoique de modeste ampleur
Car elle unit les coeurs
Et prouv’ que le bonheur
Il est là

C’est la fête à Bruniquel !

Parodies bachiques

Le concert de Willie Christie et de ses Arts Florissants tenu mardi 25 juin à la Cité de la Musique nous a révélé des parodies bachiques, sorte de goguettes qui détournent des airs d’opéra ou d’opéra-comique.

C’était l’habitude à l’époque classique, où il y avait sans doute plus de rimeurs que de compositeurs et où la reprise d’airs connus du public rendait plus facile la diffusion des nouvelles chansons.

Judith le Blanc a étudié ce phénomène. Dans son article : Le phénomène parodique, révélateur et catalyseur des succès de l’Opéra, elle constate que « Lully est également le compositeur le plus parodié au sens musical du terme, sous la forme de pièces détachées, pendant toute la première moitié du xviiie siècle « , et que « les airs de Lully se diffusent en revanche à la fois horizontalement et verticalement, leur simplicité, leur universalité et leur qualité mnémotechnique, ayant le pouvoir – sinon le charme – de rendre les frontières sociales poreuses « depuis la Princesse jusqu’à la servante de cabaret »

« Pour qu’un opéra ait du succès, il faut en effet que le public puisse s’en approprier des airs, autrement dit, il faut qu’il soit un réservoir de tubes. Un opéra n’a de succès que si le public de l’époque sort du théâtre en en fredonnant certains airs. » « Tout est fait pour faciliter l’apprentissage et la participation du spectateur chantant

Pour aller plus loin, voir aussi l’ouvrage publié par Judith le Blanc chez Garnier classiques :

Avatars d’opéras, Parodies et circulation des airs chantés sur les scènes parisiennes (1672-1745)

Les parodies chantées par les Arts Florissants sont dans le recueil « parodies bachiques, sur les airs des symphonies des opéra », paru en 1696.

Il fait la part belle à Lully. Mais les airs joués par les Arts Florissants sont de Marc-Antoine Charpentier (Médée, I : chi témé d’amore =malgré l’esclavage ; III : second air des démons= que sur mer et sur terre ) et de Henry Desmarest (Circé, V: le prélude des vents= lorsque je suis au cabaret). Pas de signature pour les textes, mais des initiales :  M.R et Md’Y.

Dommage de ne pas avoir d’enregistrement de ces parodies. Mais on peut écouter les airs originaux, en chantonnant les parodies :

Chi teme d’amore, par le concert spirituel

Malgré l’esclavage où l’amour t’engage De ce doux breuvage Parbleu tu boiras

Le second air des démons, Par les arts florissants

Le prélude des vents, par Boston Early Music Festival Orchestra

Lorsque je suis au cabaret A l’ombre d’un buffet Je me moque du temps…

D’une trop c courte vie, rions et chantons, Vuidons les flacons…

A noter, parmi les dizaines de parodies répertoriées dans le recueil de monsieur Ribon, cette mention du rouge bord dont nous avons parlé il y peu.

Amis je bois un rouge bord, secondez mon effort

Pour les gastronomes, des parodies ont été écrites pour accompagner des recettes de cuisine. Voici le festin joyeux, publié en 1738, (déjà rencontré).

On y retrouvera la recette des fricandeaux en ragoût, chantée sur l’air Boire à la capucine.

A le parcourir, on réalise que c’est quand même quelque chose, la gastronomie française ! et qu’elle vient de loin…

Pour les amateurs de cuisine au vin, on recommandera par exemple :

Les pigeons au soleil
La galantine de poisson
Le brochet rôti à la Bavière
La matelote aux petits oignons
Les soles à l’espagnolle
la carpe farcie à l’angloise
les truites aux huitres
La barbue au court-bouillon
les soles à la sainte Menou
l’anguille à l’angloise
les lottes à l’allemande
les vives aux truffes vertes
la terrine de poisson
Le faisan à la sauce à la carpe,
La hure de sanglier,
La teste de boeuf à l’angloise
Les andouilles de porc
Les pieds à la Sainte Menou
Les lapereaux à l’espagnole

Tous les airs sont en fin de volume

Trinquons

On connait la chanson de Pierre-Jean de Béranger : « Trinquer est un plaisir fort sage… ». Elle figure dans un recueil publié en 1821.

Elle est au répertoire du Souffle de Bacchus, l’ensemble vocal des Echansons de France.

Béranger a simplement repris un air connu, comme il était d’usage à l’époque :  » l’air de la catacoua » , déjà utilisé dans une pièce créée en 1786, « Constance » (source : la base de données théâtre et vaudevilles Théaville), sans doute encore plus ancien.

L’intéressant est qu’un siècle plus tard, en 1913, Camille Saint-Saëns s’empare du sujet et compose sa propre version, qui n’a rien à voir avec l’air classique. En voici quelques interprétations

Celle des Polyphonists, à Emmanuel Episcopal Church in Baltimore, Maryland

Celle des Tel Aviv Renaissance Voices

et celle de la chorale française de Boston

De Saint-Saëns, nous connaissions la chanson à boire du bon vieux temps, sur un texte de Boileau. Remercions Béatrice, de l’ensemble vocal création (EVOC), (et gastronome en plus !) , qui nous a fait connaitre cette oeuvre.

Et la partoche est

T’as bu bonhomme…

C’est une chanson qui peut paraitre un peu fruste, mais elle a ses lettres de noblesse. La Circassienne ou varsovienne (d’autres disent valsovienne) est une danse, une mazurka, ramenée de Pologne par les soldats de Napoléon.
Les paroles sont simples :

T’es saoul bonhomme (ter) t’as bu
T’as bu bonhomme (ter) t’es saoul..  

Elle a été très populaire, notamment en Saintonge et dans le Poitou, et en pays de Brive

Il y a des variantes : t’es saoul goret…

On trouvera musique et pas de danse ici