Qu’est-ce donc qui serait plus doux que le vin. Les baisers bien sûr !
C’est le message de la chanson de Jimmy Rodgers, un des pères de la musique Country : Kisses Sweeter than Wine
On a pu l’entendre dans la bande son du film Vingt dieux, dans les salles actuellement.
Voici les paroles de l’entêtant refrain :
Because she had kisses sweeter than wine She had, mm-mm, kisses sweeter than wine (Sweeter than wine)
Et les couplets
Well, when I was a young man and never been kissed I got to thinkin’ it over how much I had missed So I got me a girl and I kissed her and then, and then Oh, Lord, well I kissed her again
Well I asked her to marry and be my sweet wife I told her we’d be so happy for the rest of our life I begged her and I pleaded like a natural man And then, whoops! Oh Lord, well she gave me her hand
Well we worked very hard, both me and my wife Workin’ hand-in-hand to have a good life We had corn in the field and wheat in the bin And then, whoops! Oh Lord, I was the father of twins
Well our children they numbered just about four And they all had a sweetheart a’ knockin’ at the door They all got married and they wouldn’t hesitate I was, whoops! Oh Lord, the grandfather of eight
Well now that I’m old, and I’m ready to go I get to thinkin’ what happened a long time ago Had a lot of kids, a lot of trouble and pain But then, whoops! Oh Lord, well, I’d do it all again
Voici une « folie- vaudeville » en 3 actes, livret de Clairville et Frascati, musique de Sylvain Mangeant, créée en 1859 au théâtre du Palais Royal. Elle n’a rien d’inoubliable (voir le livret), mais elle recèle une amusante « ronde bachique ».
Une jeune fille, Blanche, suscite de nombreuses convoitises. Plus d’un amoureux doit s’attendre à souffrir… heureusement il y a le champagne…
L’amour n’est rien qu’une tocade / Il nous désespère aujourd’hui/oui oui oui oui oui oui oui oui Mais l’amoureux le plus malade/Le plus chagrin le plus conscrit Quand le champagne le guérit/rit rit rit rit rit rit rit rit/Toujours ce nectar nous sourit.
Buvons donc ! (3 x) oui buvons rasade ! Buvons pour (3 x) narguer Cupidon !Buvons ! (9 x) Ici nous sortirons ronds ronds !
Tout est bien qui finit bien. Après bien des péripéties (enlèvement en malle avec un ours empaillé, entrée en scène d’une « femme fatale » etc…), la jeune fille aura le dernier mot.
Il ne semble pas qu’il en existe un enregistrement. La partition est sur Gallica
Chanter me fait bons vins ety resjoïr… Voici une chansons bien ancienne, qui illustre une histoire étonnante contée par David B. et dessinée par Eric Lambé dans leur BD Antipodes.
C’est une sorte de conte philosophique qui raconte l’incroyable destinée d’un colon français au 16ème siècle, sauvé de la dévoration par ses chants qui émerveillent ses ravisseurs Tupinambas, une peuplade brésilienne en butte aux envahisseurs venus d’Europe : chants religieux, chants de guerre, d’amour et cet air bachique qui remonte au 13ème siècle.
L’air du refrain serait celui-ci, d’après le site refrain.ac.uk
Cette chanson est aussi rapportée comme une chanson « du Nord de la France ou du midi de la Belgique » dans « Trouvères, jongleurs et ménestrels » d’Arthur Finaux (1803) (page XXVIII).
L’occasion faisant le larron, on y trouve trois autres chansons bachiques dans le recueil : Or Hi Parra, Seignors or entendez a nus, et Bon vin lon doit li tirer .
L’auteur d’Or Hi Parra, ode à la cervoise, s’est manifestement amusé à parodier un air religieux. Bevez bel et bevez bien !
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On peut l’écouter par The Tavern
La chanson suivante, Seignors or entendez a nus, n’est pas à proprement parler une chanson bachique, c’est un chant de Noël, mais son final est intéressant :
Seignors, jo vus di par Noël E par li sires de cest hostel, Car bevez ben ; E jo primes* (en premier) beverai le men, E pois après chescon le soen Par mon conseli ; Si jo vus dis trestoz : Wesseyl,* (Wes Heil, « portez vous bien ») Dehaiz* (malheur à celui) eit qui ne dira Drincheyl* (« Drinc Heil » Buvez et profitez bien).
Cette chanson décrit comment porter un toast en langue germanique. Le porteur du toast dit » « Wes Heil » et boit le premier, et tous répondent « Drinch Heil » et boivent ensuite. On constate que Heil, qui signifie « salut » en allemand, a, comme en français, pour sens primitif : « santé« .
Venons en à la quatrième chanson du recueil : Bon vin lon doit li tirer, connue aussi par l’ incipit du 2ème couplet « quant ie le boi » et le refrain Cis chant veult boire
De celui-là nous avons déjà parlé, il apparait dans le roman de Fauvel, il en existe plusieurs enregistrements à réécouter avec plaisir.
On trouve cette injonction ancienne dans les Carmina potoria, chansons à boire du manuscrit trouvé en 1803 dans l’abbaye de Benediktbeuern, en Bavière, connu sous le nom (rendu fameux par Carl Orff) de Carmina Burana (nous en connaissons notamment le Bacche bene venies, au répertoire du Souffle de Bacchus).
Ergo bibamus, ne sitiamus, vas repleamus! Quisque suorum posteriorum sive priorum Sit sine cura morte futura re()peritura Ergo bibamus!
(Alors buvons, ne nous assoiffons pas, remplissons le vase ; que chacun n’ ait cure de sa mort future…)
Ergo bibamus – extrait du manuscrit
(On peut trouver ici le texte complet, plus facile à lire que le manuscrit)
Le groupe de rock néo-médiéval allemand Corvus Corax (le Grand Corbeau) l’a mis en musique. (Ci-dessous à Munich en 2009)
L’expression ergo bibamus a aussi inspiré Goethe. En 1810 il composa ce poème, qui sera mis en musique en 1813 par Max Eberwein le bien nommé, pour le choeur d’hommes de Carl Friedrich Zelter:
Hier sind wir versammelt zu löblichen Tun, Drum Brüderchen, ergo bibamus! Die Gläser, sie klingen, Gespräche, sie ruhn; Beherziget: ergo bibamus! Das heißt noch ein altes, ein tüchtiges Wort Und passet zum ersten und passet sofort Und schallet ein Echo, vom festlichen Ort, |: Ein herrliches: ergo bibamus! 😐
2. Ich hatte mein freundliches Liebchen gesehn, Da dach ich mir: Ergo bibamus! Und nahte mich traulich, da ließ sie mich stehn, Ich half mir und dachte: Bibamus! Und wenn sie versöhnet euch herzet und küßt, Und wenn ihr das Herzen und Küßen vermißt, So bleibet nur, bis ihr was besseres wißt, |: Beim tröstlichen Ergo bibamus! 😐
3. Mich ruft mein Geschick von den Freunden hinweg; Ihr Redlichen, ergo bibamus! Ich scheide von hinnen mit leichtem Gepäck, Drum doppeltes: ergo bibamus! Und was auch der Filz vom Leibe sich schmorgt, So bleibt für den Heitern doch immer gesorgt, Weil immer dem Frohen der Fröhliche borgt: |: Drum, Brüderchen: ergo bibamus! 😐
4. Was sollen wir sagen zum heutigen Tag? Ich dächte nur: ergo bibamus! Er ist nun einmal von besonderem Schlag, Drum immer aufs neue: bibamus! Er führet die Freunde durchs offene Tor, Es glänzen die Wolken, es teilt sich der Flor, Da leuchtet ein Bildchen, ein göttliches vor, |: Wir klingen und singen: bibamus!
« Ici nous sommes assemblés pour une action louable, chers frères : Ergo bibamus ! Les verres tintent, les causeries cessent : avec courage, ergo bibamus ! … » (d’après l’essai sur Goethe d’Edouard Rod 2014)
Herr Goethe, bibamus ! Voici une interprétation, avec la traduction en anglais, par le groupe Duivelspack.
En voici une autre version, beaucoup plus tonique et enlevée, dûe au compositeur allemand Peter Schindler, extrait de sa cantate Sonne, Mond und Sterne, par le Coro Piccolo Karlsruhe et l’Ensemble Camerata 2000.
On y aura remarqué, entre deux strophes, l’ insertion d’un extrait d’un autre poème de Goethe : Trunken müssen wir alle sein! (nous devons tous être ivres). Ceci mérite quelques éclaircissements.
Le grand poète allemand découvrit à un âge avancé l’éminent poète persan Hafez, qui vivait au 14ème siècle et dérogeait volontiers à la prohibition du vin, les lecteurs du bon clos le savent bien.
L’ensemble de l’oeuvre de Hafez constitue le Divan. Inspiré par sa poésie et sa philosophie, Goethe écrivit son « West-östlicher Divan », recueil de poèmes en 12 livres. Le 9ème est Saki nameh – Das Schenkenbuch (Le Livre de l’échanson). Plusieurs de ces poésies ont été mises en musique. Trunken müssen wir alle sein!en est une :
Trunken muessen wir alle sein! Jugend ist Trunkenheit ohne Wein; Trinkt sich das Alter wieder zu Jugend, So ist es wundervolle Tugend. Fuer Sorgen sorgt das liebe Leben Und Sorgenbrecher sind die Reben. Da wird nicht mehr nachgefragt, Wein ist ernstlich untersagt. Soll denn doch getrunken sein, Trinke nur vom besten Wein! Doppelt waerst du ein Ketzer In Verdammnis um den Kraetzer.
(Ivres, il faut que nous le soyons tous : la jeunesse est une ivresse sans vin ; si le vieillard redevient jeune en buvant, c’est une merveilleuse vertu ; la pauvre vie se tourmente à donner des soucis, et, les soucis, le pampre les chasse. On ne s’inquiète plus de cela ! Le vin est sérieusement défendu. S’il faut donc que tu boives, ne bois que du meilleur : tu serais un double hérétique, de te damner pour la piquette.)
Ce poème a été mis en musique par Hugo Wolf (1860-1903) à Vienne en 1890
sitz ich allein Wo kann ich besser sein? Meinen Wein Trink ich allein; Und niemand setzt mir Schranken; Ich hab so meine eignen Gedanken.
(Quand je suis seul à table, où puis-je être mieux ? Je bois mon vin tout seul ; nul ne m’impose de gêne ; je suis à mes pensées) (les traductions du Divan sont de Jean-Jacques Porchat )
le poème a été mis en musique par Robert Schumann.
Un peu plus loin,
Solang man nüchtern ist
[Solang]1 man nüchtern ist, Gefällt das Schlechte; Wie man getrunken hat, Weiß man das Rechte; Nur ist das Übermaß Auch gleich zuhanden: Hafis, o lehre mich, Wie du’s verstanden! Denn meine Meinung ist Nicht übertrieben: Wenn man nicht trinken kann, Soll man nicht lieben; Doch sollt ihr Trinker euch Nicht besser dünken: Wenn man nicht lieben kann, Soll man nicht trinken.
(Aussi longtemps qu’on est à jeun, on se plaît au mal ; dès qu’on a bu, l’on connaît le bien, seulement l’excès arrive aussi bien vite ; Hafiz, apprends-moi de grâce comment tu l’entendais. Car mon avis n’est pas exagéré : si l’on ne peut boire, on ne doit pas aimer ; mais, vous, buveurs, il ne faut pas vous croire en meilleure position : si l’on ne peut aimer, on ne doit pas boire.)
Ce poème a été mis en musique par HugoWolf (ici la partition)
et aussi par Mendelssohn, c’est bien plus « tonique « , non ?
Il reste à se défendre contre les critiques
Sie haben wegen der Trunkenheit Vielfältig uns verklagt Und haben von unsrer Trunkenheit Lange nicht genug gesagt. Gewöhnlich der Betrunkenheit Erliegt man, bis es tagt; Doch hat mich meine Betrunkenheit In der Nacht umhergejagt. Es ist die Liebestrunkenheit, Die mich erbärmlich plagt, Von Tag zu Nacht, von Nacht zu Tag In meinem Herzen zagt, Dem Herzen, das in Trunkenheit Der Lieder schwillt und ragt, Daß keine nüchterne Trunkenheit, Sich gleich zu heben wagt. Daß keine nüchterne Trunkenheit Ob’s nachtet oder tagt, Die göttlichste Betrunkenheit, Die mich entzückt und plagt.
(Ils nous ont fait mille reproches au sujet de l’ivresse, et n’en ont jamais assez dit sur notre ivresse. Pour l’ordinaire, on est enseveli dans l’ivresse jusqu’au matin, mais, cette nuit, mon ivresse m’a fait courir de tous côtés : c’est l’ivresse de l’amour qui cruellement me tourmente, et, du jour à la nuit, de la nuit au jour, tremble dans mon cœur, dans mon cœur, qui se dilate et s’élève par l’ivresse des chansons, si bien que nulle froide ivresse n’ose rivaliser avec elle. Ivresse de l’amour, des chants et du vin, qu’il fasse jour ou nuit, ivresse divine, qui me charme et me tourmente !)
(ce poème aurait aussi été mis en musique aussi par Otto Klemperer)
De ce qui précède, on pourra retenir ces deux maximes : « Si l’on ne peut aimer, on ne doit pas boire », et « Le vin est sérieusement défendu. S’il faut donc que tu boives, ne bois que du meilleur : tu serais un double hérétique, de te damner pour la piquette. »
Antonio Caldara (1670-1736) est un musicien et compositeur vénitien considéré au 18ème siècle comme le plus grand compositeur italien.
En plus de dizaines d’opéras, oratorios, messes, symphonies, cantates… il composa quelques canons dont le plus connu est sans doute Che gusto, un air à boire s’il en fut !
C’est du vénitien d’époque :
Quel plaisir incomparable, compagnons, que de manger et boire bien vite, quand il fait chaud. Mangeons, buvons, et puis nous danserons heureux avec nos femmes !
En voici une interprétation par le choeur virtuel des conservatoires de Montreuil et Romainville
et une autre par le Coro del Upter Canto e Discanto
Un autre canons bachique, Beveria, vante le Tokai.
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Je boirais bien du Tokai, si tu m’en donnes un peu. Même à moi, qui ne suis pas un coq (?). Donnez m’en, donnez m’en… rien qu’un verre.
(Il en existe une adaptation en français : je boirai bien un doigt de ce bon vin d’Arbois…)
Voici une interprétation par le « Coro Modelli Unici « , avec en bonus Viva la bottiglia de Salieri)
Et voici l’interprétation d’un trio japonais
Un troisième canon, Il Dio d’amore, se cache dans le même recueil
Le Dieu de l’amour toujours blesse le coeur Mais une bonne liqueur atténue la douleur Buvons donc, buvons sans peur Soyons joyeux, buvons à toute heure !
Hélas, pas d’enregistrement en ligne. Pour revenir à Viva labotiglia de Salieri, pas besoin de traduction, son sens se comprend aisément !
Viva, viva la bottiglia, viva, viva l’alegria. Non più bella compagnia nel gran mondo non si dà. La bottiglia, l’alegria, non più bella compagnia nel gran mondo non si dá. Viva! Viva! No, no, no, no nel gran mondo non si dà.
Voici une chanson traditionnelle britannique bien joyeuse, qui invite à remplir sa chope de bière pour faire la fête ! Demain nous serons sobres !
Come landlord fill the flowing bowl Until it doth run over. Come landlord fill the flowing bowl Until it doth run over. For tonight we’ll merry merry be For tonight we’ll merry merry be For tonight we’ll merry merry be Tomorrow we’ll be sober.
On boit à celui qui boit une bière légère, à la fille qui vole un baiser, etc.
On lui prête sans certitudes des origines anciennes. Quant aux paroles, il en existe de nombreuses variantes, certaine plus « hard » que l’autre…
En voici une autre version, plus chorale, avec les Wild Oats
Nous revoici à Bruniquel, où comme chaque année une oeuvre du maestro Offenbach est montée, avec toujours la même ferveur, le même enthousiasme de la troupe rassemblée autour de Frank T’Hézan et de Jean-Christophe Keck.
(Pour tout dire il l’a été déjà en 2008 à Bruniquel)
Résumons l’affaire : le comte Hector (Toto) qu’une vie dissolue a mis sur la paille, revient au village pour vendre son château. Vieilles rivalités, intrigues, invraisemblables péripéties et autres loufoqueries n’empêcheront pas qu’à la fin, c’est l’amour qui gagne !
Ce n’est peut-être pas une oeuvre majeure du maître, mais elle a ses mérites, dont une jolie chanson à boire à la fin du 2ème acte : Après la vente du château, Toto (Aude Fabre) fait apporter du vin et offre une tournée générale !
On peut aussi écouter cette version plus complète enregistrée sous la direction d ‘Alfred Herzog en 2002-2003 (Laetitia Ithurbide est Hector de la Roche-Trompette, dit Toto). Et merci à l’ami Bernard de nous l’avoir transmise.
(On trouvera le livret de Meilhac et Halévy sur Wikisource)
C’est du vin, oui, du vin, Et quel vin, du vin fin. Ils tremblaient / Ils craignaient Qu’on portât / De l’orgeat. Car l’orgeat / On sait ça, Fait mal à / L’estomac. Le vin vieux / Vaut bien mieux Et nous rend / Bien portant. Boire trop /De sirop Affadit, / Refroidit, Mais on peut / Tant qu’on veut, Sans danger, / Se gorger De bon vin ; / C’est très-sain. Et ça fait / Que l’on est Tout à fait / Guilleret.
On appréciera ces vers à 3 pieds !
Bons villageois tendez vos verres Et buvez le vin de mes pères. Buvons, buvons, mes chers amis, Buvons, et ceux qui seront gris Dans des voitures seront mis, Et chez eux seront reconduits ; Dans leurs lits on les couchera, Toute la nuit on dormira, Et quand le jour reparaîtra, Qui voudra se regrisera
(Sadressant aux bouteilles).
N’ayez pas peur, mes bonnes vieilles, Avec respect on vous boira ? Jeunes filles, vieilles bouteilles. La vie est douce avec cela. Buvons mes chers amis, etc.
Les participants, artistes, figurants, spectateurs le savent : le bonheur est là ! Si chaque spectacle se termine par un souper chantant dans les ruines du château et se conclut aux accents du Se Canto, il nous a semblé qu’il manquait une antienne pour accompagner le festival.
On propose donc cette petite composition ,à chanter sur l’air entrainant de la samba brésilienne de Francis Lopez.
Chaque année à Bruniquel On rejoue les immortelles Les opérettes à papa Qui nous laissent baba En dansant sur les pas D’ Offenbach
Chaque été au festival C’est la même bacchanale De tous les enamourés Qui reviennent chanter Car le bonheur est là Ici-bas
Il y a là les vieux de la vieille Les jeunesses, les merveilles Les artistes, les mécènes Et tous ceux qui reviennent Chaque soir par centaines Vivre ça
C’est une oeuvre magnifique Digne des jeux olympiques Quoique de modeste ampleur Car elle unit les coeurs Et prouv’ que le bonheur Il est là
Le concert de Willie Christie et de ses Arts Florissants tenu mardi 25 juin à la Cité de la Musique nous a révélé des parodies bachiques, sorte de goguettes qui détournent des airs d’opéra ou d’opéra-comique.
C’était l’habitude à l’époque classique, où il y avait sans doute plus de rimeurs que de compositeurs et où la reprise d’airs connus du public rendait plus facile la diffusion des nouvelles chansons.
Judith le Blanc a étudié ce phénomène. Dans son article : Le phénomène parodique, révélateur et catalyseur des succès de l’Opéra, elle constate que « Lully est également le compositeur le plus parodié au sens musical du terme, sous la forme de pièces détachées, pendant toute la première moitié du xviiie siècle « , et que « les airs de Lully se diffusent en revanche à la fois horizontalement et verticalement, leur simplicité, leur universalité et leur qualité mnémotechnique, ayant le pouvoir – sinon le charme – de rendre les frontières sociales poreuses « depuis la Princesse jusqu’à la servante de cabaret »
« Pour qu’un opéra ait du succès, il faut en effet que le public puisse s’en approprier des airs, autrement dit, il faut qu’il soit un réservoir de tubes. Un opéra n’a de succès que si le public de l’époque sort du théâtre en en fredonnant certains airs. » « Tout est fait pour faciliter l’apprentissage et la participation du spectateur chantant.»
Pour aller plus loin, voir aussi l’ouvrage publié par Judith le Blanc chez Garnier classiques :
Avatars d’opéras, Parodies et circulation des airs chantés sur les scènes parisiennes (1672-1745)
Les parodies chantées par les Arts Florissants sont dans le recueil « parodies bachiques, sur les airs des symphonies des opéra », paru en 1696.
Il fait la part belle à Lully. Mais les airs joués par les Arts Florissants sont de Marc-Antoine Charpentier (Médée, I : chi témé d’amore =malgré l’esclavage ; III : second air des démons= que sur mer et sur terre ) et de Henry Desmarest (Circé, V: le prélude des vents= lorsque je suis au cabaret). Pas de signature pour les textes, mais des initiales : M.R et Md’Y.
Dommage de ne pas avoir d’enregistrement de ces parodies. Mais on peut écouter les airs originaux, en chantonnant les parodies :
Chi teme d’amore, par le concert spirituel
Malgré l’esclavage où l’amour t’engage De ce doux breuvage Parbleu tu boiras
Le second air des démons, Par les arts florissants
Le prélude des vents, par Boston Early Music Festival Orchestra
Lorsque je suis au cabaret A l’ombre d’un buffet Je me moque du temps…
D’une trop c courte vie, rions et chantons, Vuidons les flacons…
A noter, parmi les dizaines de parodies répertoriées dans le recueil de monsieur Ribon, cette mention du rouge bord dont nous avons parlé il y peu.
Amis je bois un rouge bord, secondez mon effort
Pour les gastronomes, des parodies ont été écrites pour accompagner des recettes de cuisine. Voici le festin joyeux, publié en 1738, (déjà rencontré).
A le parcourir, on réalise que c’est quand même quelque chose, la gastronomie française ! et qu’elle vient de loin…
Pour les amateurs de cuisine au vin, on recommandera par exemple :
Les pigeons au soleil La galantine de poisson Le brochet rôti à la Bavière La matelote aux petits oignons Les soles à l’espagnolle la carpe farcie à l’angloise les truites aux huitres La barbue au court-bouillon les soles à la sainte Menou l’anguille à l’angloise les lottes à l’allemande les vives aux truffes vertes la terrine de poisson Le faisan à la sauce à la carpe, La hure de sanglier, La teste de boeuf à l’angloise Les andouilles de porc Les pieds à la Sainte Menou Les lapereaux à l’espagnole
Elle est au répertoire du Souffle de Bacchus, l’ensemble vocal des Echansons de France.
Béranger a simplement repris un air connu, comme il était d’usage à l’époque : » l’air de la catacoua » , déjà utilisé dans une pièce créée en 1786, « Constance » (source : la base de données théâtre et vaudevilles Théaville), sans doute encore plus ancien.
L’intéressant est qu’un siècle plus tard, en 1913, Camille Saint-Saëns s’empare du sujet et compose sa propre version, qui n’a rien à voir avec l’air classique. En voici quelques interprétations
Celle des Polyphonists, à Emmanuel Episcopal Church in Baltimore, Maryland
C’est une chanson qui peut paraitre un peu fruste, mais elle a ses lettres de noblesse. La Circassienne ou varsovienne (d’autres disent valsovienne) est une danse, une mazurka, ramenée de Pologne par les soldats de Napoléon. Les paroles sont simples :
T’es saoul bonhomme (ter) t’as bu T’as bu bonhomme (ter) t’es saoul..
Elle a été très populaire, notamment en Saintonge et dans le Poitou, et en pays de Brive