aurait été découvert en Arménie par une équipe d’archéologues californiens et arméniens, apprend-on dans le dernier numéro de Pour la Science sous la plume de Loïc Mangin :
(OK c’était dans le figaro du 11 janvier , on est pas en avance mais le sujet mérite qu’on y revienne)
« Ils ont mis au jour une installation complète de vinification : des graines de vignes, des grappes desséchées, les restes de grappes pressées, une presse à vin rudimentaire, une cuve en argile où le jus fermentait, des tessons imprégnés de vin, et enfin, une coupe de dégustation. Ces vestiges ont été décelés à Areni-1, une zone d’excavation située au Sud-Est de l’Arménie, près du village d’Areni. » (non loin du mont Ararat où dit-on Noé mit pied à terre et planta une vigne)…
Curieux site, en fait une grotte habitée depuis des milliers d’années, au bas mot.
c’est déjà là qu’avait été découverte en 2008 la plus vieille chaussure du monde (5500 ans)
« Ainsi, on faisait du vin en 4000 avant notre ère, c’est-à-dire à la fin de l’ère Chalcolithique (l’âge du cuivre). Les plus anciens restes précédents attestant une activité viticole étaient plus récents d’un millénaire » , conclut Loïc Mangin.
Gaston Couté en a écrit bien d’autres qui auraient leur place dans le cabinet de lecture du bon clos : le champ d’naviots, après vendanges, feu de vigne, hymne au vin nouveau, les vignes sont gelées, ma vigne pousse, sapré vin nouvieau…
Les gas ! apportez la darniér’ bouteille Qui nous rest’ du vin que j’faisions dans l’temps, Varsez à grands flots la liqueur varmeille Pour fêter ensembl’ mes quat’er vingts ans… Du vin coumm’ c’ti-là, on n’en voit pus guère, Les vign’s d’aujord’hui dounn’nt que du varjus, Approchez, les gas, remplissez mon verre, J’ai coumm’ dans l’idé’ que j’en r’boirai pus !
Ah ! j’en r’boirai pus ! c’est ben triste à dire Pour un vieux pésan qu’a tant vu coumm’ moué Le vin des vendang’s, en un clair sourire Pisser du perssoué coumme l’ieau du touet ; On aura bieau dire, on aura bieau faire, Faura pus d’un jour pour rempli’ nos fûts De ce sang des vign’s qui’rougit mon verre. J’ai coumm’ dans l’idé’ que j’en r’boirai pus !
A pesant, cheu nous, tout l’mond’ gueul’ misère, On va-t-à la ville où l’on crév’ la faim, On vend poure ren le bien d’son grand-père Et l’on brûl’ ses vign’s qui n’amén’nt pus d’vin ; A l’av’nir le vin, le vrai jus d’la treille Ça s’ra pour c’ti-là qu’aura des écus, Moué que j’viens d’vider nout’ dargnier’ bouteille J’ai coumm’ dans l’idé’ que j’en r’boirai pus.
Francesca da Rimini sert à son époux Gianciotto Malatesta, qui lui ordonne d’en boire, puis d’en faire boire aussi dans la même coupe à son frère le beau Paolo Malatesta ?
FRANCESCA
Ecco, bevete, È vino di Scio.
GIANCIOTTO
Prima bevete, in grazia, un sorso.
[ Francesca accosta le labbra alla coppa. ]
È dolce cosa
Rivedere la vostra faccia, dopo
La battaglia, e da voi avere offerta
Una coppa di vin possente, e beverla
D’un fiato!
[ Egli vuota la coppa. ]
Cosi, tutto si rallegra
Il cuore. E Paolo?
Paolo, vieni. Non hai tu sete? Lascia
Il fuoco greco per il vino greco.
Donna, versategli una piena coppa
E bevetene un sorso anco, per fargli
Onore; e salutatelo, il perfetto
Saettatore.
Produit dans l’île de Chios (patrie putative d’Homère) dans la mer Egée, il était apprécié des Romains.
Pour les habitants de l’île, c’était le fils de Dionysos qui leur aurait appris à faire ce vin rouge foncé. « Le meilleur des vins grecs selon plus d’un auteur », rapporte Alexis Lichine dans son Encyclopédie des vins et alcools, « irréprochable et qui ne donne jamais mal à la tête », « évidemment un breuvage doux et plutôt épais ».
Théopompedit que les habitants de Chio ont les premiers planté et cultivé la vigne, et fait du vin noir : selon lui, ils l’apprirent d’un fils de Bacchus, nommé Enopion, qui peupla cette île. Il ajoute que ce furent ces insulaires qui en communiquèrent la culture aux autres hommes.
Hermippus fait ainsi parler Bacchus :
« Le vin de Mende fait pisser les dieux même sur leurs tapis mollets. J’aime la douce saveur du vin de Magnésie : quant à celui de Thase, il répand une légère odeur de pomme ; mais je le regarde comme le meilleur de tous les vins, après le vin parfait et innocent de Chio.
Et Eubule :
« Après avoir pris du Thase, ou du Chio, ou du Lesbos, dont les gouttes sont autant de gouttes de nectar. »
En général, le vin de Chio est digestif, nourrissant ; il fait un bon sang, engraisse, et est des plus favorables à la santé, vu les excellents principes dont il est formé.
Quinze siècles plus tard, en 1700, lors d’un grand Voyage au Levant entrepris sur ordre du Roy, le botaniste Joseph Pitton de Tournefort visitera Chio. Voici ce qu’il dit de ses vignes et de son vin :
Et ce qu’en dit l’Encyclopédie de Diderot et d’Alembert, assez fidèlement…
Et voici l’emblème de l’île, frappé d’un sphinx, d’une amphore et d’une grappe de raisin,
cette pièce daterait de 431BC
amphores pleines d’un vin de Chio devenu comme un baume par le long travail des ans (Chateaubriand)
de cette ville orgueilleuse qui connut un destin cruel.
Au cours des siècles maintes fois assiégée, ravagée, pillée, elle passa sous domination ottomane au 16eme siècle. En 1822, au cours de la guerre d’indépendance grecque, sa population qui comptait alors plus de 100 000 habitants, fut massacrée ou réduite en esclavage par les Turcs.
Les Turcs ont passé là : tout est ruine et deuil,
Chio, l’île des vins n’est plus qu’un sombre écueil
écrivit Victor Hugo ( l’enfant dans les orientales, 1828).
Rattachée à la Grèce en 1912, Chios compte aujourd’hui 50 000 habitants et ses vignes ne couvrent plus qu’une centaine de « stremmas » (une dizaine d’hectares). Que n’a-t-on, comme le demandait lord Byron, laissé couler le vin de Chios !
Il n’est pas inintéressant de lire les explications données sur Topic Topos, le site du patrimoine des communes de France
« La Vierge et l’Enfant affichent ici, malgré leur maintien un peu raide, des visages souriants qui reflètent l’idéal de bien-être redécouvert à la Renaissance. La grappe de raisin, image médiévale du sang qui doit être versé, se mue en symbole dionysiaque de l’instant à croquer et la colombe, présence de l’Esprit saint, reprend discrètement dans la main de l’Enfant sa connotation antique d’oiseau de l’amour entre les mains du petit Éros. »
« Cette Vierge à l’Enfant tient dans sa main droite une grappe de raisin, symbole de la fête célébrée à la mi-août. À cette époque, les raisins ne sont pas encore mûrs. Les festivités sont destinées à demander la prospérité et la bénédiction des vendanges à venir. L’Enfant Jésus tient un oiseau, évoquant le Saint-Esprit. »
Toujours à l’affût de déco originale, nous avons déniché ces bouteilles peintes chez l’ami Mélac. Nous auraient-elles échappé lors de notre précédente visite ?
Nous retrouvons des noms connus, comme Jean-Paul Chambas , et sommes heureux d’accueillir beaucoup de nouveaux dans la galerie du bon clos…
Ils ont nom Olivier Lapidus, Brito (dessinateur bien connu des lecteurs du Canard), Alain Challier, Gérard Guyomard , Arthur Beatty, Christine Ankaoua …
Et de gauche à droite Paul Jacquette (*), Charlelie Couture (sic), Lelia (?) Pissarro, Bonnin….
(Photos Bernard Chatreau)
* « Peintre contemporain »,comment ne pas aimer ce « pique-nique »?
Ou plutôt la Khamriyya est l’oeuvre d’un poète égyptien du 13eme siècle rencontré récemment à la Percée du Vin Jaune , Umar Ibn al-Faridh, » Sidi Umar « .
Il chante cet éloge du vin étonnant en terre d’Islam. C’est que le vin dont il s’agit est d’essence divine ?
Les traductions sont infidèles. Voici l’une, d’esprit mystique :
Nous avons bu à la mémoire du Bien Aimé un vin qui nous a enivrés avant la création de la vigne
Notre verre était sa pleine lune, lui, il est un soleil ; un croissant le fait circuler
Que d’étoiles resplendissent au fond du verre quand on s’en abreuve
Sans son parfum, je n’aurais pas trouvé le chemin de ses tavernes
Sans son éclat, l’imagination ne le pourrait concevoir.
( Dermenghem Emile, Omar ibn af-Fârid, L’éloge du vin, poème mystique, traduction de E. Dermenghe)
Nous en avons retrouvée une autre complète assez différente dans une anthologie de poésies arabes rassemblées et commentées par Grangeret de Lagrange parue en 1828.
Umar Ibn Al_FAridh est peut-être le plus grand poète mystique d’Egypte, où il est fêté comme un saint. Voir l’article passionnant de Pierre-Jean Luizard dans Egypte monde arabe n°14 1993.
Le vin d’Arbois, on le sait, plus on en boit, plus on va droit !
C’est sans doute ce qu’avaient en tête les près de 60 000 amateurs venus participer à cette 15eme percée, en goûtant les crus de pas moins de 84 domaines.
Disons deux mots de ce vin issu du cépage savagnin, qui demande un peu plus de 6 ans de maturation en foudres pour voir se développer un voile de levures produisant une molécule, le sotolon, à l’origine de son goût étonnant de noisette et de curry qui ne plait pas à tout le monde mais dont les amateurs ne peuvent plus se passer.
Toute la ville avait fait assaut de coqueterie pour la circonstance.
Voici ce que l’on pouvait découvrir en venant de Poligny, passage obligé pour monter dans les navettes et rejoindre Arbois.
Une installation de brûles-sarments annonçant cette sculpture monumentale.
Un peuple débonnaire éclusait des godets dans la bonne humeur.
trois jeunesses qui « récupèrent » sous un porche
L’école maternelle était de la partie.
avez-vous vu ?
Le clou de la fête fut sans doute cette bouteille datant de 1774 vendue aux enchères pour 57 000 euro !
L’église Saint-Just n’était pas en reste avec une exposition baptisée « vin de l’ivresse, vin de la sagesse »…
En tout bien tout honneur car nous dit-on « l’ivresse mystique est sobre… l’alcool […] n’est qu’une contrefaçon de la seule véritable ivresse à laquelle Dieu invite toute l’humanité«
on y pouvait découvrir les méfaits de l’ivresse avec Jacobus de Voragine (chroniqueur du 13eme siècle)
vs. le Pont des Anges attribué à un comte de Poupet par Luc Boilley (sic)
le festin d’Assuerus, sous la treille comme il se doit ( Jacopo del Sellaio, 15eme siècle)
et un bel exemple de prosélytisme oecuménique, cette évocation de Ibn Al Fâridh, poète mystique arabe du 12eme siècle qui écrivit l’éloge du vin !
Au hasard des rues on pouvait découvrir cette treille « de Lignan plantée en 1854 par Zenon Morin et entretenue par le domaine Jacques Tissot ».
Il ne fallait pas manquer bien sûr la visite du musée de vigne et du vin, installé dans le chateau Pecauld.
Ce vitrail de l’église saint-just représente les porteurs du « biou », cette grappe géante faite d’une multitude de grappes confectionnée chaque année en l’honneur de saint-just début septembre.
bouteille historique de 1774, tiens.
Plus originaux cette Vierge au raisin, pierre polychrome du 15eme siècle provenant de l’ancien hopital d’Arbois
et ce garde-vignes, mais on s’étonne de ne pas voir de grappes à garder !
Mais réservons notre Palme pour l’exposition d’art contemporain où nous avons déniché quelques belles choses.
Figure imposée aux artistes : utiliser comme support les filtres utilisés pour filtrer le vin avant la mise en bouteille, sortes de carrés de papier cartonné de 50 cm sur 50 environ.
Voici quelques oeuvres qui ne dépareront pas dans la galerie du bon clos.
deux brûle-sarments, de Chantal Rident
Jadis… le foulage, d’Arlette Badoz
nouvelle histoire du vin jaune, par Luce Clavel Davignon (acrylique, encre de chine, collage)
Le bon Pasteur en est tombé du paquetage, dirait-on
Pasteur hip’ sation, de Michel Veysset (respectueuse impertinence)
Ce sculpteur affectionne aussi photo et video. Voici une série sur l’art et la manière de boire…
??
enfin cette grappe extraordinaire, d’Yves Gravel
Une belle fête donc, que l’on quitte en psalmodiant : l’an prochain à Ruffey sur Seille ?
Voici une jolie brasserie qui se cache derrière la Bibliothèque Nationale, au numéro 2 de la rue Vivienne.
L’immeuble date de 1828 et abritait des magasins d’articles de mode dont l’un prit le nom de grand Colbert sous Louis-Philippe, nous dit-on. Un « bouillon » ouvert en 1900 garda ce nom, pour laisser la place après rénovation à l’actuel restaurant en 1985.
Qu’a-t-il de si extraordinaire ? Outre un « bon manger » comme on en trouve dans ce beau pays, une décoration d’époque qui met en valeur le volume de la salle (6m sous plafond) et dont nous ne citerons que le papier peint en trompe-l’oeil à la pierre cietti , on comprendra pourquoi.
Et ne quittons pas ce lieu sans un coup de chapeau au grand homme.
On les appelle cabinets de vignes, choquettes, loges, cabioles, grangettes, mazets.. selon la région. Elles servaient à entreposer le matériel de viticulture. Un site leur est consacré :cabanesdevignes.fr, qui mérite vraiment une visite.
Après avoir été longtemps abandonnées aux amoureux et aux sans logis, depuis quelques années elles font l’objet de réhabilitations diverses.
Saluons ainsi l’initiative des autorités de l’Agglomération de Béziers et de l’agence artistique atdown.fr qui ont entrepris de mettre en valeur les cabanes vigneronnes et autres édicules épars dans les vignes. C’est peint à la bombe, on cite les artistes Zest et Vania .
Voici quelques réalisations, qui nous parlent de vin.