Ne prenant pas au sérieux l’assertion d’Audiard ( En été, les vieux cons sont à Deauville, les putes à Saint-Tropez et les autres en voiture un peu partout), nous y sommes passés ce mois d’août.
Arrivant en bateau nous ne pouvions pas rater sur le port la galerie Vieceli qui expose les oeuvres de Guy Demun.
Appartenant à la fois aux derniers fauves et aux nouveaux réalistes, ce peintre contemporain (né en 1938) se situe entre Balthus et Paul Delvaux nous dit-on.
Un peu plus loin le musée de l’Annonciade est une étape obligée. Il y a quelque temps, on pouvait y voir une exposition des oeuvres du graveur André Dunoyer de Ségonzac (1884-1974) , illustrant les Géorgiques de Virgile.
le foulage du raisin
Par ici dieu du pressoir (tout ici regorge de tes dons, la campagne lourde se couvre du pourpre automnal, la vendange écume à pleins abords), par ici dieu du pressoir, viens et plonge avec moi dans le vin nouveau tes jambes nues d’où tu as ôté tes sandales.
Géorgiques, chant II, 4-8
Le bœuf du fermier Coulon ou les Vendanges à Saint Tropez
labours près des vignes et des feux de sarments
C’est dans les environs de Saint-Tropez, village qu’il affectionnait et et où il vécut jusqu’à la fin de sa vie, qu’il a trouvé son inspiration pour illustrer le chant II, consacré à la vigne et aux fruits.
Cette gravure illustre un ouvrage sur Colette, autre habituée des lieux.
Ce petit village perché, au nord de Saint-Maximin la Sainte-Beaume (ville que nous connaissons bien),ne compte pas moins de 45 viticulteurs regroupés dans la coopérative Saint-André.
Cette fresque qui décore la cave Saint-André est l’oeuvre de Jean-Luc Myskowski, peintre de la Provence et de la Camargue.
Ces viticulteurs (Bernard et Bastien Pradier) ont pignon sur rue (joseph vernet, 86) en Avignon avec leur boutique, ils y présentent leurs vins (produits à Uchaux au nord d’Orange) que nous avons dégusté avec intérêt… et leurs oeuvres, qui exaltent la vigne et la féminité.
Voici quelques images rapportées de cette incursion.
On peut lire sur le site du chateau d’Hugues : « Bernard PRADIER expose ses toiles depuis 1969, et nourrit le lien entre le vin et l’art. Cette réflexion artistique se manifeste jusque dans la réalisation des étiquettes des vins du Château d’Hugues. « Saisir une lumière éphémère sur les vignes, l’harmonie d’un paysage, arrêter la fuite du temps pour apprécier l’instant. »
et « Depuis quelques années, Bastien PRADIER, a rejoint son père dans ces deux passions. Son travail à l’huile nous donne une peinture dynamique et haute en couleur, inspirée de la mythologie. Il tente de façonner peintures et sculptures comme autant de miroirs révélant la nature de l’homme : « L’art est le point de rencontre de l’Homme et de l’Univers. Elle nous amène à une prise de conscience de ce qu’est la beauté ».
Quoi de plus plaisant, poétique, désaltérant qu’un domaine viticole pour un concert d’été ? L’an dernier nous découvrions le festival Jazz en vignes du domaine de l’Olivette.
Cette année, c’est le domaine de Souviou (un peu plus au nord, près du Beausset), que nous visitions ce 23 juillet. A l’affiche, Marie Stone, déjà entendue sur le port de Sanary. Ré-écouter Citronelle, il ne fallait pas rater ça.
La voici, au clavier et à la guitare.
Rien de bachique dans son répertoire, mais un coup de foudre quand même !
De Souviou on a pu goûté blanc, rosé et rouge (ah ! ce rouge 2007, une vraie drogue) à profusion.
Et admiré quelques oeuvres exposées comme ce vendangeur en bronze
... Où vient d’apparaître un château. Les arbres noueux du bord de la route s’inclinent vers le voyageur. Il vient du village proche, Il vient de la ville lointaine, Il ne fait que passer au pied des clochers. Il aperçoit à la fenêtre une étoile rouge qui bouge, Qui descend, qui se promène en vacillant Sur la route blanche, dans la campagne noire. Elle se dirige vers le voyageur qui la regarde venir. Un instant elle brille dans chacun de ses yeux, Elle se fixe sur son front. Étonné de cette lueur glaciale qui l’illumine, Il essuie son front. Une goutte de vin perle à son doigt. Maintenant l’homme s’éloigne et s’amoindrit Dans la nuit. Il est passé près de cette source où vous venez au matin cueillir le cresson frais, Il est passé près de la maison abandonnée. C’est l’homme à la goutte de vin sur le front. Il danse à l’heure actuelle dans une salle immense, Une salle brillamment éclairée, Resplendissante de son parquet ciré Profond comme un miroir. Il est seul avec sa danseuse Dans cette salle immense, et il danse Au son d’un orchestre de verre pilé. Et les créatures de la nuit Contemplent ce couple solitaire et qui danse Et la plus belle d’entre les créatures de la nuit Essuie machinalement une goutte de vin à son front, La remet dans un verre, Et le dormeur s’éveille, Voit la goutte briller de cent mille rubis dans le verre Qui était vide lorsqu’il s’endormit. La contemple. L’univers oscille durant une seconde de silence Et le sommeil reprend ses droits, Et l’univers reprend son cours Par les milliers de routes blanches tracées par le monde À travers les campagnes ténébreuses.
C’était le poème du jour, Fête-Diable (1934), de Robert Desnos, grand poète surréaliste qui disait :
« Je ne suis pas philosophe, je ne suis pas métaphysicien… Et j’aime le vin pur. »
Quelques années plus tôt, en 1929, il avait écrit le Poème à Florence (Corps et Biens):
Comme un aveugle s’en allant vers les frontières Dans les bruits de la ville assaillie par le soir Appuie obstinément aux vitres des portières Ses yeux qui ne voient pas vers l’aile des mouchoirs
Comme ce rail brillant dans l’ombre sous les arbres Comme un reflet d’éclair dans les yeux des amants Comme un couteau brisé sur un sexe de marbre Comme un législateur parlant à des déments
Une flamme a jailli pour perpétuer Florence Non pas celle qui haute au détour d’un chemin Porta jusqu’à la lune un appel de souffrance Mais celle qui flambait au bûcher quand les mains
dressées comme cinq branches d’une étoile opaque attestaient que demain surgirait d’aujourd’hui Mais celle qui flambait au chemin de saint Jacques Quand la déesse nue vers le nadir a fui
Mais celle qui flambait aux parois de ma gorge Quand fugitive et pure image de l’amour Tu surgis tu partis et que le feu des forges Rougeoyait les sapins les palais et les tours
J’inscris ici ton nom hors des deuils anonymes Où tant d’amantes ont sombré corps âme et biens Pour perpétuer un soir où dépouilles ultimes Nous jetions tels des os nos souvenirs aux chiens
Tu fonds tu disparais tu sombres mais je dresse au bord de ce rivage où ne brille aucun feu Nul phare blanchissant les bateaux en détresse Nulle lanterne de rivage au front des bœufs
Mais je dresse aujourd’hui ton visage et ton rire Tes yeux bouleversants ta gorge et tes parfums Dans un olympe arbitraire où l’ombre se mire dans un miroir brisé sous les pas des défunts
Afin que si le tour des autres amoureuses Venait avant le mien de s’abîmer tu sois Et l’accueillante et l’illusoire et l’égareuse la sœur des mes chagrins et la flamme à mes doigts
Car la route se brise au bord des précipices je sens venir les temps où mourront les amis Et les amants d’autrefois et d’aujourd’hui Voici venir les jours de crêpe et d’artifice
Voici venir les jours où les œuvres sont vaines où nul bientôt ne comprendra ces mots écrits Mais je bois goulûment les larmes de nos peines quitte à briser mon verre à l’écho de tes cris
Je bois joyeusement faisant claquer ma langue le vin tonique et mâle et j’invite au festin Tous ceux-là que j’aimai. Ayant brisé leur cangue qu’ils viennent partager mon rêve et mon butin
Buvons joyeusement ! chantons jusqu’à l’ivresse ! nos mains ensanglantées aux tessons des bouteilles Demain ne pourront plus étreindre nos maîtresses. Les verrous sont poussés au pays des merveilles.
Combattant de la liberté, il écrivit en 1938:
Je chante ce soir non ce que nous devons combattre Mais ce que nous devons défendre. Les plaisirs de la vie. Le vin qu’on boit avec les camarades. L’amour. Le feu en hiver. La rivière fraîche en été. La viande et le pain de chaque repas. Le refrain que l’on chante en marchant sur la route. Le lit où l’on dort. Le sommeil, sans réveils en sursaut, sans angoisse du lendemain. Le loisir. La liberté de changer de ciel. Le sentiment de la dignité et beaucoup d’autres choses Dont on refuse la possession aux hommes.
Voici aussi le couplet du verre de vin ( Etat de veille) :
Quand le train partira n’agite pas la main,
Ni ton mouchoir, ni ton ombrelle,
Mais emplis un verre de vin
Et lance vers le train dont chantent les ridelles
La longue flamme du vin,
La sanglante flamme du vin pareille à ta langue
Et partageant avec elle
Le palais et la couche
De tes lèvres et de ta bouche.
1942
Prémonitoire ? Résistant, Desnos sera déporté le 27 avril 1944 et ne reviendra pas.
C’est ainsi que les chinois trinquent, littéralement cela veut dire cul sec.
Car même si la Chine est d’abord le pays du thé, on y boit des boissons alcoolisées depuis l’âge de bronze au moins, si l’on en croit Hugh Johnson et son histoire mondiale du vin.
Voici quelques bouteilles et gourdes de bronze ou de céramique vues au musée Cernuschi à Paris.
début de l'époque des Printemps et des Automnes (vers -700)
bouteille Hu, vers -500
bouteille Fang Hou en terre cuite, époque des Han de l'Ouest (vers -100)
Ici un miroir aux motifs grappiformes.
miroir d'argent (8eme siècle)
En fait la vigne n’aurait été introduite en Chine qu’au deuxième siècle avant J.C. par le général Chang Chien, au retour d’une expédition en Bactriane -actuel Ouzbekistan- (des découvertes récentes attestent cependant la présence de vitis vinifera dès le 3eme siècle avant J.C. dans le Xinjiang).
Bonsai vu à la Cité Interdite
grappe en jade
Cet objet qui date de la dynastie Song (vers l’an 1000) servait à réchauffer le « vin » dont on ne sait trop s’il était issu du riz, du raisin ou d’autres fruits…
que l’on buvait dans des gobelets de ce style
Mais dès le 13eme siècle Marco Polo écrivait : « dans la province de Chang-Hai poussent de nombreuses vignes excellentes, qui donnent beaucoup de vin.. » (Hugh Johnson, op.cité).
Plus près de nous, les européens émigrés au début du vingtième siècle dans le Nord de la Chine y ont apporté leurs représentations et leurs us ; voici quelques fers forgés vus à Dalian et Harbin.
grille à Dalian
auvent à Harbin (début 20eme)
seau à champagne exposé à l'hôtel Moderne de Harbin
Mais l’usage du vin se répand et la production locale se développe. Voici quelques bouteilles vues ou dégustées.
vins produits à Tienjin avec le concours initial de Rémy Martin
Les grands producteurs sont Changyu, Dynasty, Great Wall et Dragon Seal (en savoir plus ici).
Quant à la qualité de ces vins, on peut lire sur peopledailycom.cn : Selon le célèbre dégustateur de vin britannique, Jonathan : « Changyu Cabernet a un goût de plume fort et particulier, qui fascine les gens.»
On sait que les vins étrangers et notamment français bénéficient d’un immense prestige, et les amateurs chinois font grimper les prix des fleurons de notre viticulture. Il faudra du temps, mais le marché chinois l’attend, comme nous l’a assuré Lambert, jeune manager du Bordeaux Café, récemment ouvert à Dalian.
Nous lui souhaitons le succès. Vive le Bordeaux Café de Dalian, qu’il vive longtemps, très longtemps !
Voici quelques images glanées dans le Sud-Ouest de Paris.
Au square Violet, c’est une treille grandiose qui habille les immeubles en pierre de taille de tout le pâté de maison. En voici une autre, trouvée sur le très beau site parisapied.net de Marc Outin
Plus modestes, ces têtes sculptées aux entrées d’immeubles :
4 rue Peclet (Paris 15e)
52 rue de Vaugirard
Aux serres d’Auteuil, la bacchanale de Dalou habille la fontaine depuis plus de cent ans
A Issy-les-Moulineaux, cette fresque étonne boulevard des frères Voisin
Il nous a quitté le 21 mai dernier, Ricet Barrier, de son vrai prénom Maurice-Pierre.
Avec son copain Bernard Lelou il a composé un répertoire plutôt drolatique.
Ne le laissons pas partir comme ça, écoutons le dans la Bacchus Bourrée (1978) !
Bacchus, Dieu du vin et de l'inspiration
De la vigueur féconde et de la procréation
Né du Feu, élevé par la pluie
C'est le Dieu des plaisirs de la vie
Il vide les tonneaux et remplit les vessies
Fait rire les chameaux et pleurer le Messie
Quand on fait la fête, qu'on est un peu bourré
Qu'on trouve la vie belle et les filles à croquer
Pour peu qu'un guitareux se mette à la gratter
Ça y est c'est parti, Bacchus est arrivé ...
La bourrée, la bourrée qui balance,
La bourrée des bourrés, c'est Bacchus qui la danse
Et tout en louvoyant de barrique en jupon
Il goutte le bon vin et les jolis tétons
La bourrée fait sauter les fillettes
Bacchus, l'oeil allumé, leur verse une piquette
Et dans la vigne au vin, dans le creux d'un sillon
L'entonnoir à la main, il trousse leur cotillon
Bacchus aime tout excepté ...
Le thé
Il boit toujours en société
Santé !
Débondez les tonneaux, percez les barillets
Allez, tous au goulot et videz les pichets
Quand on voit la vie
Couleur de paradis
On est bon pour danser
La bourrée des bourrés
La bourrée, la bourrée qui balance
La bourrée des bourrés, c'est Bacchus qui la danse
Et tout en louvoyant de barrique en jupon
Il goûte le bon vin et les jolis tétons
La bourrée chasse tous les soucis
La bourrée des bourrés vous fait voir du pays
Dans les fumées du vin
Le pauvre a des écus
Les moines sont coquins
Et contents les cocus !
Bacchus ne connaît qu'un fléau
C'est l'eau !
Un seul pays a sa confiance
La France !
Bacchus est malicieux
En vidant les tonneaux
Il pousse les amoureux à remplir les berceaux
Mariage ou enterrement
Ça finit en buvant
Les jambes en compote
Mais l'printemps dans la culotte !
C’est une région de basse montagne située au pied du Vercors, à la frontière des Alpes et de la Provence. Elle ne défraye pas la chronique des amateurs de vins, si ce n’est par sa sympathique clairette, un vin effervescent naturellement doux et peu alcoolisé, puisque la fermentation du moût est arrêtée par le froid pour reprendre en bouteille. Vin « facile » donc, fait à partir de muscat et de clairette, très aromatique, à boire jeune.
chemin des vignes à châtillon en diois
Son origine est ancienne, Pline l’Ancien citait déjà ce vin des Voconces, dont on arrêtait la fermentation en plongeant les « dolia » dans l’eau froide. Au Moyen-Age, les vins étaient consommés dans les vallées alpines proches.
On apprend aussi sur Wikipedia qu’à Poyols, un des plus typiques villages de la région *, en 1700, « la vigne vient bien« .
Nous avons apprécié la clairette de Jérôme Vincent, 100% muscat paradoxalement, médaille d’or au Concours des Vins des vignerons indépendants 2009.
Un coup de chapeau également à Didier Cornillon, qui réussit à faire des vins rouges intéressants, assemblant gamay, pinot noir et syrah, les meilleurs de la région dit-on.
Nous avons découvert chez lui des oeuvres du peintre Ali Benyahia, qui tient le restaurant le mets d’ici à deux pas.
paysage de vignes en diois, ali benyahia
intérieur aux raisins, Ali Benyahia
Un festival « arts et vigne » a lieu chaque été à Châtillon-en-Diois, le coeur de l’appellation (en 2011 ce sera de 7 au 14 août). Dégustation de tous les vins du cru à l’ouverture lors de la fête des vendanges. On nous a vanté aussi la nuit des cabanons de vigne, le jeudi. Affaire à suivre…
Pour plus d’information voir la remarquable présentation du vignoble sur le site diois-tourisme.com
(*) A propos de Poyols, une bonne adresse, le gîte d’Irène et Bernard Grasse, où une bouteille de clairette vous attend… Ah ! casa d’irene ! bottiglie di vino…
Il ne reste plus beaucoup de temps pour voir l’exposition de photos de Philippe Martineau, un spécialiste de la vigne et du vin, au Pictorium, rue du Moulin Joly à Belleville (jusqu’au 8 juin).
Il y a là un travail saisissant qui s’intéresse tant aux paysages qu’à l’architecture et bien sûr aux bouteilles et aux verres !
Philippe Martineau a récemment publié quelques beaux ouvrages comme « Des boissons et des hommes » et « les plus grands vins d’Europe ».
Pour ceux qui auraient ratée l’expo voici quelques photos notables.