Voici, vu chez un ami fin gastronome, un tableau qui trône dans sa salle à manger. Il est de Michèle Benamou.
Ce thème inspire bien des peintres, nous en avons rencontrés des hyper-réalistes (voir ici et là), on se souvient aussi de Martine Gonnin et Pierre-Jean ou encore des bouteilles de Magritte.
Mais pour les âmes portées sur la religion, ce tableau évoquera certainement la Cène, bien qu’il manque deux bouteilles. La Scène se situerait donc après la Passion.
Et pour les sportifs, ce sera plutôt le Onze de France posant fièrement verre au pied. Sans doute la troisième mi-temps !
Nous avons déjà croisé la route du roi de Thulé et de sa coupe, lors d’un concert au Musée de Cluny il y a une paire d’ans. Nous l’empruntons à nouveau, étant tombés par hasard sur une Légende du Nord en 10 chants, intitulée Le Roi de Thulé (musique de Jean Fragerolle, Poème de Desveaux Vérité) qui doit dater de 1908,
Thulé est une île légendaire située quelque part en Islande ou aux alentours de la Norvège, dont on dit qu’elle fut découverte par Pytheas vers -330. Elle inspira Goethe, qui en 1774 écrivit Der König in Thule (le Roi de Thulé), qu’il incorporera dans Faust, et qui fut traduit par Nerval (voir en fin d’article)
L’histoire tient en peu de mots : sentant la mort venir, le Roi de Thulé jeta au flot la coupe d’or qu’il tenait de son amante disparue, et jamais ne devait plus boire.
Voici la partition du chant 9 de Fragerolle.
Ce poème inspira de nombreux musiciens et compositeurs comme Schubert, Berlioz, Liszt, Schuman, Gounod…
Voici une très belle version par Karl Friedrich Zelter, sur un air populaire (volkslied) dont nous ne connaissons pas l’auteur, illustrée d’images du film de Fritz Lang les Niebelungen.
Et voici la composition de Schubert (1816), chantée par Hermann Prey
Et voici l’air de Marguerite (la Callas) dans Faust de Gounod
et la version de Robert Schumann, par le choeur 43
et celle de Berlioz (la damnation de Faust, autrefois un roi de Thulé…) par Yvonne Minton
Au vieux roi de Thulé sa maîtresse fidèle Avait fait en mourant don d’une coupe d’or, Unique souvenir qu’elle lui laissait d’elle, Cher et dernier trésor.
Dans ce vase, présent d’une main adorée, Le pauvre amant dès lors but à chaque festin. La liqueur en passant par la coupe sacrée Prenait un goût divin.
Et quand il y portait une lèvre attendrie, Débordant de son cœur et voilant son regard, Une larme humectait la paupière flétrie Du noble et doux vieillard.
Il donna tous ses biens, sentant sa fin prochaine, Hormis toi, gage aimé de ses amours éteints ; Mais il n’attendit point que la Mort inhumaine T’arrachât de ses mains.
Comme pour emporter une dernière ivresse. Il te vida d’un trait, étouffant ses sanglots, Puis, de son bras tremblant surmontant la faiblesse» Te lança dans les flots.
D’un regard déjà trouble il te vit sous les ondes T’enfoncer lentement pour ne plus remonter : C’était tout le passé que dans les eaux profondes Il venait de jeter.
Et son cœur, abîmé dans ses regrets suprêmes, Subit sans la sentir l’atteinte du trépas. En sa douleur ses yeux qui s’étaient clos d’eux-mêmes Ne se rouvrirent pas.
Coupe des souvenirs, qu’une liqueur brûlante Sous notre lèvre avide emplissait jusqu’au bord, Qu’en nos derniers banquets d’une main défaillante Nous soulevons encor,
Vase qui conservais la saveur immortelle De tout ce qui nous fit rêver, souffrir, aimer. L’œil qui t’a vu plonger sous la vague éternelle N’a plus qu’à se fermer.
C’était, en 1933, l’injonction du Ministère de l’Agriculture, qui éditait cette affiche de Leonetto CapielloIl s’agissait sans doute de promouvoir la viticulture française, à une époque où l’on était moins regardant sur les méfaits de l’alcool.
Est-ce cette campagne qui donna l’idée à Raymond Souplex (bon dieu ! mais c’est bien sûr !), et Georges Matis de composer la fantaisie musicale du même titre, en 1935, pour la Revue des Deux Anes ?
Nous l’avons retrouvée dans les Quarts d’Heure de Rabelais *,
une publication humoristique d’inspiration gastronomo-éroto-bachique parue en 1949 sous l’égide de l’Académie Rabelais** que nous a diligentée l’ami Alain, merci à lui. La voici :
* Pour la petite histoire, le quart d’heure de Rabelais est « le moment où il faut payer la dépense d’une consommation quelconque »
** Quant à l’Académie Rabelais, c’est une compagnie de bons vivants (elle a pour objet d’encourager chez ses membres et leurs amis le respect des principes du Maître François RABELAIS: le rire, l’ironie, la farce, la chanson joyeuse, le bien penser, le gai savoir, et bien sûr le bien manger et le bien boire) qui compte ou a compté dans ses rangs des gens aussi illustres que Curnonsky, Kleber Haedens, Henri Jeanson… qui s’étaient retrouvés à Lyon pendant l’Occupation. (Voir son histoire là). Elle décerne annuellement un prix littéraire (qui eut entre autres pour lauréats René Fallet en 1980 pour sa Soupe aux choux, François Cavanna pour les yeux plus grands que le ventre, Alphonse Boudard pour la fermeture, Jacques Pessis pour son Pierre Dac, Pierre Perret…) , et la Coupe du Meilleur Pot de Beaujolais (attribué à l’ami Jacques Mélac en 1981, au Vin des Rues en 1989…)
Certes il y eut des vignes à Bagnolet comme dans toute l’Ile de France, même si l’on n’en entend plus guère parler. L’abbé Lebeuf écrit en 1754 dans son Histoire de la Banlieue Ecclésiastique que « tout est presque planté de vignes » dans le Parc de Bagnolet. Le petit vin se vend bien aux barrières ; à la Révolution les vignerons demandent le réaménagement des taxes sur leur petit vin gris à l’entrée dans Paris (cf l’histoire de la ville).
Mais le vin de Bagnolet, c’est toute une histoire, la voici.
L’histoire du vin de Bagnolet (1883), c’est toute une histoire, qui nous rappelle le grand metingue du metropolitain, de la même époque (1887) une grande histoire aussi ! La voici, chantée par Stéphane Branger
Une vente de tableaux anciens chez Artcurial, c’est l’occasion de découvrir quelques toiles savoureuses, comme ces jeunes danseurs devant une taverne, de Karel Dujardin (1626-1678)
L’art de Louise-Elizabeth, actuellement exposé au Grand Palais, pourra intéresser les amateurs de portrait et les féministes. Les amis du bon clos et autres émules de Bacchus y trouveront aussi de quoi étancher leur soif, avec cette Bacchante, peinte en 1785.
Voici une intéressante exposition à la Halle Saint-Pierre, au pied de la Butte, avec une soixantaine d’artistes représentatifs du lowbrow art (une sorte de pop surréaliste): Hey 3. C’est assez décoiffant et plein de surprises, un art très décalé. Jusqu’au 13 mars !
Et Hop ! Voici une photo que nous fait passer l’ami Hervé, coutumier du fait. Elle provient d’Adelaide Hills, en Australie, et a été présentée au National Geographic Photo Contest en 2014.
Ecoutons son auteur, Greg Snell : « »Il s’agit d’un kangourou gris occidental qui se prélasse dans les caves des Adélaïde Hills, en Australie. L’automne est une période idéale pour observer la faune locale, et j’ai eu la chance de tomber sur ce phénomène. Son attitude m’a beaucoup fait rire. Il a l’air de me demander : « Vous avez bu ? Vous êtes ici pour visiter ? Ce moment était tout simplement parfait. J’espère que vous l’aimez !«
Etonnant, non ?
Pas si étonnant que ça quand on sait qu’il y a environ 40 millions de kangourous et 150 000 ha de vignes en Australie.
Voici de nouvelles sculptures que Gibo Perlotto, croisé il y a quelques jours au salon « art shopping« , nous a envoyées. Il s’agit de ceps de vignes, de sarments et de grappes.
C’est en fer ! Voici bien un travail extraordinaire. Merci Gibo !
En voici d’autres que, poussés par la curiosité, nous avons dénichées sur son site. Elles mesurent une 40aine de cms de large et pèsent chacune une quinzaine de kilos…
C’est sous le signe de l’Argentine que le chapitre d’octobre des Echansons de France s’est tenu ce dimanche 25 octobre, preuve s’il en fut de l’esprit internationaliste de cette belle Confrérie. On y a vu l’illustre oenologue Michel Rolland, débarqué du bout du monde (et sans doute y repartant) avec force valises, intronisé comme Grand Officier,
avec d’autres impétrants parmi lesquels on reconnaitra le Docteur Jean-Pierre Rifler,
médecin et oenologue, spécialiste du « french paradox », et, last but not least, notre camarade Gérard Maurice dont on pourra lire le compliment plus bas.
Mais parlons des vins d’Argentine proposés par EVA (El Vino Argentino de Juan Pablo Monserrat) et sélectionnés par la grande Pipetière Monique Josse pour accompagner une mémorable et gastronomique collation (empanadas, bife angosto salsa chimichurri, dulce de leche helado…).
Nous retenons le Festivo de la bodega Monteviejo (Torrentès, cépage argentin emblématique du pays) vin blanc sec d’altitude délicatement fruité,
et le fameux Monteviejo colecciones 2009 « édition limitée », assemblage de malbec (80%) et de syrah (20%) cultivé et élevé à 1100 m d’altitude dans la Vallée de l’Uco, au pied de la cordillère des Andes, et dont l’étiquette reproduit le tableau Paris-Buenos Aires d’Antonio Segui, (1991)
qui illustre un passage fantastique entre ces deux cités -ce qui nous rappelle certaine nouvelle de Julio Cortazar (Autre ciel).
Il n’y eut pas de concert du Souffle de Bacchus, ce qui n’empêcha pas certaine tablée d’entonner les grands standards de la chanson à boire, quelle ambiance mazette !
Compliment d’intronisation de Gérard Maurice
Voici venir vers nous un singulier garçon
Qui, sensible à je n’ sais quel mystérieux attrait
Depuis quelques années caresse le souhait
D’entrer dans notre belle Confrérie d’Echansons.
Certes il fut élevé loin de la religion Du vin, il n’eut pas la tétée au jus d’octobre*, Et toute son enfance désespérément sobre Il n’eut pour ce breuvage nulle prédilection.
Ainsi consacra-t-il ses forces et sa jeunesse A exceller dans les sports les plus assoiffants Courant à perdre haleine, marchant, roulant, glissant Sautant et bondissant et navigant sans cesse.
Mais le destin un jour sourit à ce bon fils. Son père lui commanda d’aller dans le Médoc Collecter quelques vins du côté de Moulis. Il faut bien l’avouer ce fut pour lui un choc.
Ayant dans l’assurance fait toute sa carrière L’homme ne pouvait prendre cela à la légère Il décida de faire son éducation Et d’étudier à fond la dégustation Auprès d’un « nez » ma foi des plus considérés Et pour ses qualités maintes fois décoré**.
C’est alors qu’il connut du vin tous les mérites. En pratiquant son art il progressa bien vite, Il dégusta des crus de toutes les contrées. Quelques années plus tard le voici affairé A courir les jurys des concours généraux Où il siège (et parfois qu’il préside, n’est-ce pas trop ?)
Il a pour nom Maurice, se prénomme Gérard, Il vit à Palaiseau mais naquit à Clamart Deux cités qui ont vu renaitre la culture Oubliée de la vigne et où quelques mordus S’acharnent à produire du vin comme nous l’aimons. Notre ami s’y active fort et doublement, Taillant, triant, pressant et bien sûr festoyant entre deux marathons et trois courses de fond qui le voient parcourir nos vignobles chéris En Beaujolais, Médoc, cotes de Blaye, Cheverny
Grand-Maître, convenez qu’avec ce pedigree Nous pouvons recevoir ce Gérard de bon gré !