Deux nouvelles qui illustrent tant les méfaits que le bon usage que l’on peut faire de la boisson, voila ce que nous avons trouvé dans cet ouvrage écrit au quinzième siècle.
Les cent nouvelles nouvelles (aussi appelées cent nouvelles du roi Louis XI) ont été commandées par le duc de Bourgogne Philippe le Bon, qui reçut le manuscrit en 1462. Ce sont cent histoires drolatiques, attribuées à des auteurs divers, et largement inspirées du Décaméron de Boccace paru un siècle plus tôt. On trouvera la version intégrale sur Gallica (édition de 1858).
La sixième est intitulée un Hollandais au Paradis (ou encore l’yvroigne au Paradis)
Elle nous conte comment un ivrogne menaça de mort un prieur qui ne le voulait confesser, puis, assuré d’aller au Paradis, exigea d’être mis à mort, puis enterré.
La quarante-et-unième nouvelle estl’amour en armes, eu égard aux étranges façons d’un chevalier, encore appelée la coustume des clercs. Celle-ci consisterait à boire du vin après les grâces (dites en fin de repas), et donc avant de se livrer aux plaisirs de la chair. Mais laissons les lecteurs du Bon Clos découvrir cela.
Une étape à Delft nous rappelle que les méfaits de l’alcoolisme sont combattus depuis longtemps.
Puis c’est La Haye qui, après la médiévale Anvers, offrirait plutôt un air de modernité. C’est au Mauritshuis, ancienne demeure du comte Jean Maurice de Nassau Siegen qui la fit édifier, que nous pouvons admirer les collections royales.
L’essentiel de ce qui nous intéresse date du 17ème siècle, avec notamment les oeuvres du grand Jan Steen, et de son ami Frans van Mieris. Il y a beaucoup de vie, et il ne faut pas s’étonner si certaines scènes ont déjà été traitées par d’autres peintres.
Cette allégorie de l’automne (vers 1750) siège au-dessus d’une porte.
Ce n’est pas de la bière que boivent ces mangeurs d’huitres dans ce verre délicat (Frans van Mieris, 1681)
ni celle-ci d’ailleurs (Jan Steen,vers 1660)
et que boivent ceux-ci ? (scène de maison galante, Frans van Mieris 1658)et que boit ce docteur en visite (Jan Steen, vers 1660)
Quoi de mieux qu’un petit verre sous la treille ? (Jan Baptist Weenix, vers 1660, paysage italien avec auberge, détail)Ces néerlandais aiment faire la fête au village (David Winkboons, 1629)
Boire et faire de la musique en famille, voilà l’idéal (As the old sing, so pipe the young , Jan Steen1665) ; on ne sait pas trop si l’auteur conseille ou déconseille ce comportement. Jordaens avait traité ce sujet en 1640.
mais il ne faut pas rouler dessous la table (Paysans ivres à l’auberge, Adriaen Brouwer vers 1625) En voici une qui n’en est pas loin !Ce dernier tableau est connu sous le titre « A pig belongs in the sty« ,( Jan Steen, années 1670).
…ne fait pas forcément le bonheur des autres, il s’en faut de beaucoup. Mais quand c’est « pour de faux » comme au cinéma, ou pas vraiment grave, il peut faire rire. On ne compte pas les émissions de télé sur les chutes les plus drôles.
En voici une, terrible si l’on y pense, au rayon vins d’un supermarché.
Ceux-la (Superior Discount Liquors à Sheboygan -Wisconsin) l’ont pris avec bonne humeur. Apprécions la musique (when the wine is gone de Rink Hardin, encore une chanson country sur l’absence et la souffrance « quand il n’y a plus de vin »))
Notre comité de rédaction a décidé de ne pas mettre en ligne la video d’un mariage adressée par l’ami Hervé. Trop horrible ! Lecteur du bon clos, Sache seulement que si tu veux prendre une coupe sur une pyramide de coupes de champagne, il faut commencer par le haut !
Voici, vu chez un ami fin gastronome, un tableau qui trône dans sa salle à manger. Il est de Michèle Benamou.
Ce thème inspire bien des peintres, nous en avons rencontrés des hyper-réalistes (voir ici et là), on se souvient aussi de Martine Gonnin et Pierre-Jean ou encore des bouteilles de Magritte.
Mais pour les âmes portées sur la religion, ce tableau évoquera certainement la Cène, bien qu’il manque deux bouteilles. La Scène se situerait donc après la Passion.
Et pour les sportifs, ce sera plutôt le Onze de France posant fièrement verre au pied. Sans doute la troisième mi-temps !
Nous avons déjà croisé la route du roi de Thulé et de sa coupe, lors d’un concert au Musée de Cluny il y a une paire d’ans. Nous l’empruntons à nouveau, étant tombés par hasard sur une Légende du Nord en 10 chants, intitulée Le Roi de Thulé (musique de Jean Fragerolle, Poème de Desveaux Vérité) qui doit dater de 1908,
Thulé est une île légendaire située quelque part en Islande ou aux alentours de la Norvège, dont on dit qu’elle fut découverte par Pytheas vers -330. Elle inspira Goethe, qui en 1774 écrivit Der König in Thule (le Roi de Thulé), qu’il incorporera dans Faust, et qui fut traduit par Nerval (voir en fin d’article)
L’histoire tient en peu de mots : sentant la mort venir, le Roi de Thulé jeta au flot la coupe d’or qu’il tenait de son amante disparue, et jamais ne devait plus boire.
Voici la partition du chant 9 de Fragerolle.
Ce poème inspira de nombreux musiciens et compositeurs comme Schubert, Berlioz, Liszt, Schuman, Gounod…
Voici une très belle version par Karl Friedrich Zelter, sur un air populaire (volkslied) dont nous ne connaissons pas l’auteur, illustrée d’images du film de Fritz Lang les Niebelungen.
Et voici la composition de Schubert (1816), chantée par Hermann Prey
Et voici l’air de Marguerite (la Callas) dans Faust de Gounod
et la version de Robert Schumann, par le choeur 43
et celle de Berlioz (la damnation de Faust, autrefois un roi de Thulé…) par Yvonne Minton
Au vieux roi de Thulé sa maîtresse fidèle Avait fait en mourant don d’une coupe d’or, Unique souvenir qu’elle lui laissait d’elle, Cher et dernier trésor.
Dans ce vase, présent d’une main adorée, Le pauvre amant dès lors but à chaque festin. La liqueur en passant par la coupe sacrée Prenait un goût divin.
Et quand il y portait une lèvre attendrie, Débordant de son cœur et voilant son regard, Une larme humectait la paupière flétrie Du noble et doux vieillard.
Il donna tous ses biens, sentant sa fin prochaine, Hormis toi, gage aimé de ses amours éteints ; Mais il n’attendit point que la Mort inhumaine T’arrachât de ses mains.
Comme pour emporter une dernière ivresse. Il te vida d’un trait, étouffant ses sanglots, Puis, de son bras tremblant surmontant la faiblesse» Te lança dans les flots.
D’un regard déjà trouble il te vit sous les ondes T’enfoncer lentement pour ne plus remonter : C’était tout le passé que dans les eaux profondes Il venait de jeter.
Et son cœur, abîmé dans ses regrets suprêmes, Subit sans la sentir l’atteinte du trépas. En sa douleur ses yeux qui s’étaient clos d’eux-mêmes Ne se rouvrirent pas.
Coupe des souvenirs, qu’une liqueur brûlante Sous notre lèvre avide emplissait jusqu’au bord, Qu’en nos derniers banquets d’une main défaillante Nous soulevons encor,
Vase qui conservais la saveur immortelle De tout ce qui nous fit rêver, souffrir, aimer. L’œil qui t’a vu plonger sous la vague éternelle N’a plus qu’à se fermer.
C’était, en 1933, l’injonction du Ministère de l’Agriculture, qui éditait cette affiche de Leonetto CapielloIl s’agissait sans doute de promouvoir la viticulture française, à une époque où l’on était moins regardant sur les méfaits de l’alcool.
Est-ce cette campagne qui donna l’idée à Raymond Souplex (bon dieu ! mais c’est bien sûr !), et Georges Matis de composer la fantaisie musicale du même titre, en 1935, pour la Revue des Deux Anes ?
Nous l’avons retrouvée dans les Quarts d’Heure de Rabelais *,
une publication humoristique d’inspiration gastronomo-éroto-bachique parue en 1949 sous l’égide de l’Académie Rabelais** que nous a diligentée l’ami Alain, merci à lui. La voici :
* Pour la petite histoire, le quart d’heure de Rabelais est « le moment où il faut payer la dépense d’une consommation quelconque »
** Quant à l’Académie Rabelais, c’est une compagnie de bons vivants (elle a pour objet d’encourager chez ses membres et leurs amis le respect des principes du Maître François RABELAIS: le rire, l’ironie, la farce, la chanson joyeuse, le bien penser, le gai savoir, et bien sûr le bien manger et le bien boire) qui compte ou a compté dans ses rangs des gens aussi illustres que Curnonsky, Kleber Haedens, Henri Jeanson… qui s’étaient retrouvés à Lyon pendant l’Occupation. (Voir son histoire là). Elle décerne annuellement un prix littéraire (qui eut entre autres pour lauréats René Fallet en 1980 pour sa Soupe aux choux, François Cavanna pour les yeux plus grands que le ventre, Alphonse Boudard pour la fermeture, Jacques Pessis pour son Pierre Dac, Pierre Perret…) , et la Coupe du Meilleur Pot de Beaujolais (attribué à l’ami Jacques Mélac en 1981, au Vin des Rues en 1989…)
Certes il y eut des vignes à Bagnolet comme dans toute l’Ile de France, même si l’on n’en entend plus guère parler. L’abbé Lebeuf écrit en 1754 dans son Histoire de la Banlieue Ecclésiastique que « tout est presque planté de vignes » dans le Parc de Bagnolet. Le petit vin se vend bien aux barrières ; à la Révolution les vignerons demandent le réaménagement des taxes sur leur petit vin gris à l’entrée dans Paris (cf l’histoire de la ville).
Mais le vin de Bagnolet, c’est toute une histoire, la voici.
L’histoire du vin de Bagnolet (1883), c’est toute une histoire, qui nous rappelle le grand metingue du metropolitain, de la même époque (1887) une grande histoire aussi ! La voici, chantée par Stéphane Branger
Une vente de tableaux anciens chez Artcurial, c’est l’occasion de découvrir quelques toiles savoureuses, comme ces jeunes danseurs devant une taverne, de Karel Dujardin (1626-1678)
C’est sous le signe de l’Argentine que le chapitre d’octobre des Echansons de France s’est tenu ce dimanche 25 octobre, preuve s’il en fut de l’esprit internationaliste de cette belle Confrérie. On y a vu l’illustre oenologue Michel Rolland, débarqué du bout du monde (et sans doute y repartant) avec force valises, intronisé comme Grand Officier,
avec d’autres impétrants parmi lesquels on reconnaitra le Docteur Jean-Pierre Rifler,
médecin et oenologue, spécialiste du « french paradox », et, last but not least, notre camarade Gérard Maurice dont on pourra lire le compliment plus bas.
Mais parlons des vins d’Argentine proposés par EVA (El Vino Argentino de Juan Pablo Monserrat) et sélectionnés par la grande Pipetière Monique Josse pour accompagner une mémorable et gastronomique collation (empanadas, bife angosto salsa chimichurri, dulce de leche helado…).
Nous retenons le Festivo de la bodega Monteviejo (Torrentès, cépage argentin emblématique du pays) vin blanc sec d’altitude délicatement fruité,
et le fameux Monteviejo colecciones 2009 « édition limitée », assemblage de malbec (80%) et de syrah (20%) cultivé et élevé à 1100 m d’altitude dans la Vallée de l’Uco, au pied de la cordillère des Andes, et dont l’étiquette reproduit le tableau Paris-Buenos Aires d’Antonio Segui, (1991)
qui illustre un passage fantastique entre ces deux cités -ce qui nous rappelle certaine nouvelle de Julio Cortazar (Autre ciel).
Il n’y eut pas de concert du Souffle de Bacchus, ce qui n’empêcha pas certaine tablée d’entonner les grands standards de la chanson à boire, quelle ambiance mazette !
Compliment d’intronisation de Gérard Maurice
Voici venir vers nous un singulier garçon
Qui, sensible à je n’ sais quel mystérieux attrait
Depuis quelques années caresse le souhait
D’entrer dans notre belle Confrérie d’Echansons.
Certes il fut élevé loin de la religion Du vin, il n’eut pas la tétée au jus d’octobre*, Et toute son enfance désespérément sobre Il n’eut pour ce breuvage nulle prédilection.
Ainsi consacra-t-il ses forces et sa jeunesse A exceller dans les sports les plus assoiffants Courant à perdre haleine, marchant, roulant, glissant Sautant et bondissant et navigant sans cesse.
Mais le destin un jour sourit à ce bon fils. Son père lui commanda d’aller dans le Médoc Collecter quelques vins du côté de Moulis. Il faut bien l’avouer ce fut pour lui un choc.
Ayant dans l’assurance fait toute sa carrière L’homme ne pouvait prendre cela à la légère Il décida de faire son éducation Et d’étudier à fond la dégustation Auprès d’un « nez » ma foi des plus considérés Et pour ses qualités maintes fois décoré**.
C’est alors qu’il connut du vin tous les mérites. En pratiquant son art il progressa bien vite, Il dégusta des crus de toutes les contrées. Quelques années plus tard le voici affairé A courir les jurys des concours généraux Où il siège (et parfois qu’il préside, n’est-ce pas trop ?)
Il a pour nom Maurice, se prénomme Gérard, Il vit à Palaiseau mais naquit à Clamart Deux cités qui ont vu renaitre la culture Oubliée de la vigne et où quelques mordus S’acharnent à produire du vin comme nous l’aimons. Notre ami s’y active fort et doublement, Taillant, triant, pressant et bien sûr festoyant entre deux marathons et trois courses de fond qui le voient parcourir nos vignobles chéris En Beaujolais, Médoc, cotes de Blaye, Cheverny
Grand-Maître, convenez qu’avec ce pedigree Nous pouvons recevoir ce Gérard de bon gré !
Il est loin le temps où les Charentes ne produisaient qu’un vin bon pour la distillation du Cognac. Les efforts accomplis depuis quelques dizaines d’années ont donné des résultats, et l’on produit aujourd’hui des vins blancs secs aimables, aromatiques.. et de petit prix avec les cépages traditionnels ugni blanc et colombard, mais aussi avec les sauvignon, chardonnay et autres chenin, souvent assemblés.