Il est à Barbizon une ancienne auberge, aujourd’hui musée, qui accueillit jadis des artistes désireux, à l’instar de Camille Corot, de sortir leurs chevalets et d’aller peindre dans la nature. Barbizon, en bordure de la forêt de Fontainebleau, accessible depuis la capitale, s’y prêtait bien et fit école. Le ménage Ganne les accueillera dans son épicerie transformée en auberge.
Investissant le lieu, ils y peignirent murs et boiseries, et laissèrent nombre d’œuvres. En voici quelques unes.
La noce de la fille Ganne, dont le père de l’époux, photographe, était lui-même peintre, en mars 1859, fur mémorable. « Quiconque arrivait était tenu de boire à la santé de la mariée. .. C’est Corot qui nous a montré comment on pratique la danse des bouteilles », écrira l’un des participants, le peintre René Ménard.
Difficile de se représenter aujourd’hui le monstre sacré qu’a pu être en son temps Sarah Bernhardt, actrice,tragédienne, mais aussi peintre, sculptrice, dirigeant le théâtre qui porta longtemps son nom place du Châtelet à Paris….
Une exposition au Petit Palais (jusqu’au 27 août) permet de la connaitre mieux. En voici quelques images
diner dans la serre, de Lousie Abbéma, 1877
Sarah dégustant des fraises, pastel, Lousie Abbéma 1885
Edmond Rostand portant un toast à Sarah Bernard, vers 1897-1900
le toast de Victorien Sardou, pour le journal l’Illustration, par George-Bertin Scott 1896
C’était le temps de l’absinthe reine…
Cette affiche a une histoire, que l’on peut lire sur le site sliteshare.net :
« Sur l’affiche de 1892 par Tamagno pour l’absinthe Terminus figurent deux personnalités de scêne célèbres de l’époque: Constant Coquelin et Sarah Bernhardt. Bernhardt fut furieuse de se voir dépeinte sans avoir donné son accord, et poursuivit avec succès les fabricants en justice – après quoi ils furent forcés de faire enlever toutes les affiches des murs de Paris »
Il est d’autres expos en ville, comme celle réunissant Manet et Degas au Musée d’Orsay (jusqu’au 23 juillet), où l’on peut voir ces buveuses
Nous poursuivons la relation de notre visite au Portugal, où nous sommes venus pour participer au Congrès de la Fédération Internationale des Confréries Bachiques au cours duquel nous avons découvert ces deux régions du Nord du Portugal. L’une produit le vin du même nom, l’autre le célèbre Porto.
Le Vinho Verde, Le vin vert, ce n’est donc pas qu’un vin, c’est aussi une région située au Nord-ouest du Portugal, où le vent du Nord souffle et rafraichit océan et région côtière. La terre ne manque pas d’eau, le pays est bien vert. La vigne est cultivée en hauteur, et les raisins, exposés à l’humidité et aux maladies, sont généralement vendangés avant d’arriver à maturité. Le vint « vert « est donc peu alcoolisé, sec et gagne à être bu frais. Historiquement majoritairement rouge, c’est le blanc qui prédomine dorénavant. Une multiplicité de cépages (45…) induisent certainement une multiplicité de vins. Nous en retenons un : Casa da Senra, de cépage loureiro.
C’est à Viana do Castelo que la Confraria do Vinho Verde a célébré son 54ème chapitre ; une trentaine de congressistes ont été intronisés.
On reconnaitra un costume et une tête bien connus des amis du Clos !
Les danses folkloriques ne nous ont pas surpris, de semblables ont bien souvent accompagné nos chapitres clamartois.
La Confrérie du Vinho Verde a un hymne, l’âme du vinho verde ! (Artur Coimbra, João Martins). Le voici, chanté par Cristina Lima
Desde a raiz da memória Nas terras férteis do Minho Colhe-se na tradição O mais saboroso vinho! Nas festas e romarias Por esse país profundo Brinda-se à alegria Com o melhor néctar do mun- do!
REFRÃO Pelo nosso vinho verde Que aquece o dia a dia Pelos confrades, enfim Viva a nossa Confraria!
No mais fresco vinho verde Constrói a alma o seu hino Entre a serra e o mar É que se bebe o destino! Numa mesa portuguesa Sobre a toalha de linho Há sempre um naco de pão E um bom copo de vinho!
REFRÃO
Nas lides dos nossos campos Quando é p’ra descansar Põe-se a merenda ao dispor E um tinto a acompanhar! Não há vinho como o nosso Regado a esforço e suor O sangue de todo um povo Num copo de puro amor!
Il faut signaler ici que la version portugaise du fameux Vino Griego a été adaptée, et a pour titre ici « Verde Vinho » ! L’exil des portugais vaut bien celui des grecs ! Elle est chantée par Paulo Alexandre.
Vamos brindar com vinho verde Que é do meu Portugal E o vinho verde me fará recordar A aldeia branca que deixei atrás do mar.
Allons trinquer au vinho verde Qui est de mon Portugal Et le vinho verde me rappellera Mon village blanc au-delà de la mer.
Vamos brindar com verde vinho P’ra que possa cantar, canções do Minho Que me fazem sonhar, Com o momento de voltar ao lar.
Allons trinquer au vinho verde Qu’on puisse chanter, les chansons du Minho Qui font me font rêver, Au moment de retourner à la maison
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Au delà des serras do Marão et de Montemuro, la région du Douro jouit d’un climat méditerranéen beaucoup plus clément. Le paysage de collines en terrasses est superbe, et a été classé par L’Unesco.
La Quinta da Pacheca, dont le nom rend hommage à la première propriétaire identifiée (1738) du domaine, Da. Mariana Pacheco Pereira, produit des vins Douro DOC et Porto. Ce fut le lieu d’une belle dégustation.
Le vin de Porto rouge est fortifié après quelques jours de macération par ajout d’eau de vie de vin à 77°, stoppant ainsi la fermentation, puis passe quelques années en fût ou en foudre. Le tawny est le produit phare, mais le porto blanc, plus sec, s’avère agréable à l’apéritif.
Sa production est sans commune mesure avec celle du Madère. On en saura plus sur le Porto en lisant la synthèse de wikipedia.
Cette curieuse structure prolonge la vie d’un chêne multi-séculaire. Son nom : Nectar da Pacheca, son auteur : Oscar Rodrigues (2014).
Voici une autre oeuvre vue sur place.
Le retour en bateau vers Porto donne l’occasion d’admirer les incroyables paysages du Douro et de franchir la plus haute écluse d’Europe (36m).
Le chapitre de la confrérie du vin de Porto était parfaitement rythmée. Toutes les confréries présentes ont été intronisées.
Et du porto 10 anos Tawny fut servi au diner de gala dans l’historique maison de la Douane.
Ne quittons pas le Portugal sans écouter les commandements du vin !
Comme chaque année, nous sommes allés faire un tour au Carrousel du Louvre pour cette nouvelle édition de « l’art contemporain accessible » (entendons : à moins de 5000 euro). De taille plus réduite que les années précédentes, il y avait quand même quelques images à grappiller pour les amateurs du bon clos.
Tout d’abord, cette « Cène des Médecins », une huile du peintre chinois Cai Pingpei, installé à la Grande Chaumière depuis plus de 20 ans, la Cène des Médecins, sur un thème suggéré par la pandémie.
Cai Pingpei est aussi restaurateur. Son restaurant, le Mandarin Dunois, au 77 de cette rue du 13ème arrondissement de Paris, mérite sûrement une visite !
Voici aussi une scène onirique avec un verre, de l’artiste turque Gülay Hakgönül. Un homme (dans le verre), une femme (au pied du verre), une lune, un arbre, une mer, une île ? Cette symbolique reste à décrypter…
Et voici pour finir une jolie photo d’un verre de vin avec pour fond un glacier. Tchin !
Un air de ressemblance avec ce mangeur de haricots peint en 1584 ?
Annibale Carracci, avec son frère Agostino et son cousin Lodovico, est connu pour son style baroque et son refus du maniérisme. Nous en connaissons le Triomphe de Bacchus, peint sur la voûte du palais Farnese. Il a aussi peint ce Bacchus en pied…
et dessiné ces tonneliers…
et ce porteur de vin en pleine action.
Une partie de pêche sur le Net ramène toujours quelques surprises, comme ce triomphe de Silène du néerlandais Gerrit van Honthorst (« Gérard de la Nuit », années 1620) qui se trouve au Musée des Beaux-Arts de Lille et que nous n’y avions pas vu lorsque nous l’avions visité.
Terminons avec cette scène de beuverie (dessin à l’encre) qui était en vente il y a quelques jours chez Ka-Mondo, commissaire priseur à Drouot. Elle daterait de la fin du 18ème.
1 : créé en 1884, « sans jury ni récompense », pour « permettre aux artistes de présenter librement leurs oeuvres au jugement du public » 2 : née en 1881 de la volonté de l’Etat qui a voulu que le Salon historique, créé sous Louis XIV, soit désormais organisé par les artistes. A partir de 1901, le GRAND PALAIS, conçu et édifié par des artistes, tous sociétaires, devient le lieu du Salon et de l’association. 3 : 31 groupes d’artistes, pour comparer les tendances de l’art actuel (depuis 1955) 4: depuis 1954, valorisation du dessin et de la peinture à l’eau
Les reporters du Bon Clos en ont parcouru les allées…
Commençons par ce pressoir traité de façon humoristique par Nicolas Charrier, « peintre imagier » pâtissier de formation, illustrateur, qui n’est pas loin de l’univers de la BD ; un profil rare !
Poursuivons dans la même veine humoristique avec cette « flingueuse » de Sybil Aubin, « artiste-peintre designeuse ». BB aquatique et guerrière s’apprête à tout dézinguer au champagne !
« De grains en grappe » est une grande (120*100 cm) oeuvre d’Adélaïde
Martine Allart-Boquet propose ce curieux assemblage de fruits, de feuilles et de branches…
Voici la vigne vue par Olga Aleksandrova et Nadège Martynova, sous la forme d’un triptyque mythologique
Et voici un déjeuner sur l’herbe très personnel de Nicole Beauvallet, peintre impressionniste émule de Claude Monet.
Nous terminerons cette visite avec cette photographie suggestive de Dominique Woisard : »Fatale«
N’importe, cette maison abrite des collections qui méritent notre intérêt, comme cette toile de Ferdinand Roybet peinte en 1903.
Elle représente Don Cesar de Bazan, personnage haut en couleur de Ruy Blas, pièce de VH crée en 1838.
Mais que diable fait donc Don Cesar avec ce verre de vin ?
Nous le saurons en parcourant la pièce. A l’acte 4 scène 2, Don César de Bazan, noble bohème dont son cousin l’ignoble don Salluste croyait s’être débarrassé en le livrant à des corsaires, est de retour, affamé, déguenillé, descendu par la cheminée dans la maison de Ruy Blas. Il tombe sur « un garde-manger bien garni.«
Voyons, ceci m’a l’air d’une bibliothèque.
Il y va et l’ouvre.
Justement. — Un pâté, du vin, une pastèque. C’est un encas complet. Six flacons bien rangés ! Diable ! sur ce logis j’avais des préjugés.
Examinant les flacons l’un après l’autre.
C’est d’un bon choix. — Allons ! l’armoire est honorable.
Il va chercher dans un coin la petite table ronde, l’apporte sur le devant et la charge joyeusement de tout ce que contient le garde-manger, bouteilles, plats, etc., ilajoute un verre, une assiette, une fourchette, etc. — puis il prend une des bouteilles.
Il emplit le verre, et boit d’un trait.
Lisons d’abord ceci.C’est une œuvre admirable De ce fameux poëte appelé le soleil ! Xérès-des-Chevaliers n’a rien de plus vermeil.
Il s’assied, se verse un second verre et boit.
Quel livre vaut cela ? Trouvez-moi quelque chose De plus spiritueux !
Il boit.
Ah Dieu, cela repose !
(Vient un laquais qui apporte une sacoche d’argent qui « vient de qui vous savez pour ce que vous savez ». Ravi, Don Cesar le fait boire)
Il remplit de vin l’autre verre.
Approche, galion, et d’abord —bois-moi ça !
Le Laquais.
Quoi, seigneur !
Don César.
Bois-moi ça !
Le laquais boit. Don César lui remplit son verre.
Du vin d’Oropesa *!
Il fait asseoir le laquais, le fait boire, et lui verse de nouveau du vin.
Causons.
À part.
Il a déjà la prunelle allumée.
Haut et s’étendant sur sa chaise.
L’homme, mon cher ami, n’est que de la fumée Noire, et qui sort du feu des passions. Voilà.
Il lui verse à boire.
C’est bête comme tout, ce que je te dis là. Et d’abord la fumée, au ciel bleu ramenée, Se comporte autrement dans une cheminée. Elle monte gaîment, et nous dégringolons.
Il se frotte la jambe.
L’homme n’est qu’un plomb vil.
Il remplit les deux verres.
Buvons. Tous tes doublons Ne valent pas le chant d’un ivrogne qui passe. ».
(*) sans doute Oropesa del Mar, près de Valence où l’on produit un moscatel
La maison de Victor Hugo présente actuellement une exposition Louis Boulanger, peintre ami du poète qui dessina les costumes de ses personnages, illustra ses œuvres etc. Nous y avons vu ce » festin à la mode vénitienne », grand panneau commandé pour la salle à manger de M. Malher 52, faubourg saint Honoré,
dont on peut apprécier certains détails
et aussi cette scène de fête intitulée « Vive la joie » ou encore « les truands », fidèle illustration de la Cour des miracles de Notre Dame de Paris (livre X chap. 3), » ruche monstrueuse » convertie en lieux de plaisirs par les truands, qui s’apprêtent à aller délivrer Esméralda.
« Tavernière ma mie, d’autre vin ! j’ai encore de quoi payer. Je ne veux plus de vin de Suresnes. Il me chagrine le gosier. J’aimerais autant, corbœuf ! me gargariser d’un panier ! »
Ce n’est pas un des plus grands noms de la peinture et de l’illustration, et pourtant il connait son heure de gloire par son imagination foisonnante et son humour débridé.
André Devambez 1867-1944
On peut s’en rendre compte en visitant l’exposition en cours au Petit Palais (jusqu’au 31 décembre).
Né en 1867, fils d’un graveur, imprimeur et éditeur, après les Beaux-Arts de Paris il obtient le grand prix de Rome en peinture en 1890. Il se fera connaitre comme peintre de la modernité, mais aussi comme illustrateur, dessinateur, graveur…
Voici des buveur/ses solitaires,
ou rassemblés.
Belle scène d’époque.
Cette eau-forte met en scène deux soldats buvant un coup avec une « espionne » (titre de l’oeuvre) pendant la guerre de 14.
« Charmant Bacchus, dieu de la liberté, tu nous permets de rire ».
Cette citation tirée du Platée, ballet bouffon de J.Ph. Rameau, résume bien l’intérêt pour la mythologie et singulièrement pour Bacchus, des classiques depuis la Renaissance.
Les Bacchanales, les voyages et aventures de Bacchus (retour des Indes, rencontre d’Ariane, etc.) sont un sujet central de l’art du 17ème siècle où elles offrent un espace de liberté. Car « ces sujets d’origine antique, donc respectables, permettaient d’aborder des thèmes difficiles pour des raisons de morale ou de décence : le rire grotesque, la débauche, l’ivresse. »
C’est ce qu’a voulu expliciter Philippe Malgouyres, Conservateur en chef du Patrimoine au Louvre, lors d’une conférence donnée au Musée du Vin de Paris le 13 novembre dernier.
Après un rappel historique sur les cérémonies bachiques importées à Rome depuis la Grèce, célébrées nuitamment dans les bois, les participants ont eu le privilège de voir sur grand écran une sélection d’oeuvres des plus grands peintres, depuis les italiens Mantegna,
Bacchanale à la cuve, plaque gravée, Mantegna, vers 1458
Bellini, Titien,
Bacchanale des Andriens, Titien vers 1526
Carracci…
Triomphe de Bacchus, voûte du Palais Farnese, Carrache,1595
jusqu’à Rubens et Poussin, lequel se détache singulièrement, avec son cycle de bacchanales, commande du Cardinal de Richelieu…
la grande bacchanale (bacchanale à la joueuse de guitare, N.Poussin vers 1628)
bacchanale devant une statue de Pan, N.Poussin, vers 1631
Les sarcophages antiques aux riches bas-reliefs sont la source majeure d’inspiration.
On retrouve les thèmes du triomphe de Bacchus, rentrant victorieux d’Orient, accompagné de son fidèle Silène quand ce n’est pas le dieu Pan, Priape ou Venus, ou rejoignant Ariane à Naxos, entouré de ces « putti » (petits enfants) vendangeurs, de bacchantes dénudées, de faunes et de satyres entreprenants.
Le thème des bacchanales ne s’arrête pas à l’époque classique. Il en est de modernes, comme on a pu le voir à Bordeaux il y a quelques années avec l’exposition le vin et la musique à la Cité du Vin en 2018), ou celle intitulée les bacchanales modernes au Musée des Beaux Arts en 2016. On peut voir aussi des putti vendangeurs sculptés sur des immeubles fin 19ème-début 20ème , un peu partout à Paris.
Signalons pour terminer une expositionPoussin et l’Amour, qui comprendra un volet Picasso Poussin Bacchanales. Elle vient de commencer au Musée des Beaux Arts de Lyon (jusqu’au 5 mars, voir le dossier de presse).
Voici revenu au Carrousel du Louvre ce salon commercial où se croisent artistes du monde entier, oeuvres bling bling et parfois des petits joyaux. Du vertige de parcourir les milliers d’oeuvres exposées émergent quelques unes qui nous touchent.
Voici un « verre à moitié plein », de l’italienne Arianna Pignatelli, également tatoueuse de talent, dont on a pu retrouver aussi une version en cours d’élaboration.
L’américaine Brittany Faning, qui a longtemps vécu en Corée, pointe la coexistence du plaisir et du danger avec ce « Pinot Gris et volcan »
Pinot Grigio and a volcano
et ce jeu avec un alligator
poking the alligator détail
Le coréen Youngil Hwang , avec sa série « waiting for myself » interroge notre espèce où chacun est confronté à ses choix de vie. Tous ses personnages portent un coeur sur l’oeil gauche.
La roumaine Smagdan (Magdalena Stanescu) a fait alliance avec le Clos de la Bierle, un domaine du Bugey qui produit un fameux « Frizant » de Cerdon du Bugey, médaillé plusieurs fois et sacré « meilleur vin du monde » ( Il fut même servi en 2014 au Président Xi lors d’un dîner de gala à l’hôtel de ville de Lyon).
Tout un stand à la gloire de ce rosé de Gamay pétillant !