Quelques peintres suisses

La Suisse, grand pays du vin. Nous connaissons sa fête des vignerons, qui se tient 4 fois par siècle à Vevey. Ses musées consacrés au vin, comme celui de l’Aigle, où se tenait une exposition « Eros et Bacchus  » il y a 2 lustres. Et ses vins bien sûr, comme ces chasselas dégustés à la fête de Russin il y a peu ; de ce cépage sont issus plus de la moitié des vins blancs suisses.

De ses artistes, nous connaissions Hans Erni (1909-2015) pour ses 60 lithographies illustrant des poésies bachiques (de Goethe, Khayyam, Hafiz, Apollinaire, Hugo, Heredia, Baudelaire, Nietzsche, Rilke, Ramuz, Claudel, etc.) dans un ouvrage paru en 1962 : Ivresse. La vigne – le vin.

Mais aussi pour son Bacchus dessiné à la craie sur un foudre de feu le domaine de la Milhère dans le vignoble bandolais.

Magie du Net, nous en avons découvert quelques autres.

Frédéric Rouge (1867-1950, natif d’Aigle, a peint ce grand tableau intitulé « le retour de vendanges » en 1934

On lui doit aussi ce récit de chasse (1892)

et ce petit portrait, « la verte » (1893)

Marius Borgeaud (1861-1924), natif de Lausanne, a peint de nombreuses scènes d’intérieur, où il y a toujours une bouteille sur la table, comme ici : le bistrot(1912) !

voir aussi l’intéressant article d’André Deyrieux sur son blog les 5 du vins.

Ernest Biéler (1863-1948), originaire de Préverenges près de Lausanne, nous a laissé plusieurs oeuvres remarquables.
Voici « les vendanges », réalisé pour la fête des vignerons de Vevey en 1905

un buveur (mais est-ce du vin ? peut-être coupé d’eau ?), à la pause du moissonneur

et, là pas de question, c’est le « vin nouveau » ou « le bon vin » (1944)

enfin, une sympathique tablée (lithographie ).

« Schweizer verschiedener Stände beim Wein »

François Barraud (1899-1934) est né à La Chaud-de-Fonds dans le canton de Neuchâtel. Voici une de ses nombreuses natures mortes.

Nature morte avec carafe de vin, pain et lunettes.

Voici encore Friedrich Dürrenmatt (1921-1990), natif de Berne, peintre et écrivain, et son « portrait d’un psychiatre« .

Voici maintenant Jean-Michel Jaquet, né à la Chaud-de-Fonds en 1950. Son style est sobre,

 En souvenir du Ciel
Série: En attendant la pluie III. Lithographie 2006

peut-être un peu inquiétant ?

Visitons maintenant la galerie galantica, une galerie online pour des tableaux de peintre suisses. On y a fait une jolie vendange. Avec des paysages comme ce tableau de Ernst Hodel senior(1852-1902), natif de Thoune et décédé à Lucerne.

Les vendanges, sur le Chemin du Dézaley

et cette Huile sur toile de Walter Malfi 1950, dévoilant un joli clos

Vue sur le lac Léman – St-Saphorin,- Château de Glérolles 

On travaille dans les vignes, en voici la démonstration avec Charles Menge (1920-2009)

Travaux des vignes, au printemps (1959)

et avec son fils Olivier Menge né à Sion en 1971

Travail dans les vignes, maison rose à St-Léonard, année 2001

David Arnold Burnand(1888-1975) a traité le même sujet

Travail aux vignes

Terminons ce tour d’horizon de la peinture oenophile suisse avec cette porteuse de raisin de Paul-Théophile Robert (1879-1954), natif de Bienne

et avec Marguerite Burnat-Provins (1872-1952), écrivaine et peintre franco-suisse, et son affiche de 1905 pour l’emblématique fête des vignerons de Vevey

Fête des Vignerons, Vevey en 1905 lithographie

estampes, dessins et autres…

Le site analectapictura.fr , créé il y a 1 an 8 mois, présente déjà 5000 « miettes culturelles choisies ». Nous en avons trouvé une trentaine susceptibles d’intéresser les lecteurs du bon clos…

Voici pour commencer cinq oeuvres de Jacob Gole (1660-1737), un graveur et dessinateur néerlandais. Elles sont extraites d’un ouvrage édité à Amsterdam « avec privilège d’Innocent XI », Le Renversement de la Morale Chrétienne par les désordres du Monachisme, 1ère partie, « un pamphlet resté anonyme et considéré à juste titre comme la plus importante attaque contre les moines et les jésuites ».

Le frère Robinet,
Ie suis maistrre du Robinet,
Prest a tiré du Vin, si tost qu’on le m’ordonne,
Mais sans oublier ma personne,
Car ie bois a Coupe bonnet.

(Au passage, cette expression « boire à Coupe Bonnet » nous interpelle. Peu d’attestations : on la trouve chez Antoine du Verdier (voir ici), un humaniste du 16ème siècle.)

Le père Dominique
Ie bois avec plaisir a la santé du Roy,
Afin de bien gagner l’Indulgence pleiniere.
Si quelqu’un entreprend de combattre avec moi,
Quil s’arme d’un bon verre, et entre en la Corriere.
Le père Ignace
Ie tire les marrons du feu,
Et les ames du Purgatoire.
Parle moi de l’Enfer, ie m’en soucie peu,
Si iay de la santé et de bon vin a boire.
Le père Victoire,
A la gloire de Dieu, ie boiray comme un trou,
Pourgagner le pardon que l’on gagne a bien boire,
Tout m’est un pour cela, ius qu’a faire le fou
Car ie pretens icy remporter la Victoire.
Le Roy du carnaval
Reveillez vous Amis ! Indulgence pleiniere
A qui dit le Roy boit, et y boira aussi :
Point de Messe a present ; mais sans aucun souci,
Beuvons a la Bouteille, et faisons chere entiere

Ce Sac à vin avec sa brouette (1521), est de Hans Weiditz (1495-1537) connu pour ses scènes de genre et pour avoir illustré des oeuvres de Pétanque.

De la même époque est ce dessin de Hans Holbein, le Triomphe de la mort : Le roi, publié en 1780 par Christian von Mechel dans un recueil de gravures.

« On le voit manger en cérémonie, assis sous un dais & servi par ses grands officiers ; la Mort est venue se mettre du nombre, & fait en ce moment l’office d’Échanson. Elle verse à boire au Monarque qui lui tend la large coupe, qu’il va vraisemblablement vider pour la dernière fois. Ce Prince tient de la main gauche un papier, sans doute un placet qu’on vient de lui remettre. »

Plus proche de nous, cette invitation à boire d’Helen M. Sinclair (1914)

Voici maintenant quelques oeuvres de Georges Cruikshank, illustrateur et caricaturiste anglais des années 1800-1850, décriant l’alcoolisme.

Tom et Jerry prennent un mauvais alcool, par Georges Cruikshank (1820)

puis le charme est rompu ( la vie à Londres )

Le commerce anglais d’alcool, par Georges Cruikshank (1829)



Oh là là, c’est une idée choquante.
Ils fabriquent le gin à partir d’eau-forte :
Ils le font exprès pour raccourcir la vie des gens
et le vendent à deux pence le quart.

Les enfants de l’ivrogne(1848)

scène d’ivresse dans une boutique de gin avec des enfants à qui l’on donne de l’alcool.

Le Cognac français, du même (1831)

Un siècle plus tard, le combat contre l’alcoolisme est toujours d’actualité…

L’alcool et la prostitution sont les tueurs de l’humanité (1919)

affiche de propagande hongroise

Et maintenant quelques dessins d’humour de l’époque Napoléon III…

Guide du noble étranger dans Paris, tempérance (1863) La vie parisienne – 1ère année – 1863
Un grand diner, un valet (1863)La vie parisienne – 1ère année – 1863 

et de la 3ème République

journal satirique Le Rire – 9 février 1895
Une bombe turque étant tombée sur la table (1889) M. de Crac, sans lâcher son verre, prit la bombe et la renvoya par le même chemin chez les Turcs, où elle éclata.
Les aventures de M. de Crac – Le petit français illustré du 18 mai
Famille bouteille de champagne, par Heinrich Kley (1909)
Nos viticulteurs (1902) L’album comique de la famille n° 13
Mon mari est cachottier, par Perré (1928) Midinette n° 90, le journal illustré du 3 août 1928

Nous finissons avec des scènes de genre, comme cette inspirante  » fine bouteille « de Daumier

Daumier : la fine bouteille (1864)

et ce touchant « verre de vin » de Jean Veber (1905)

Le verre de vin, par Veber Jean (1905)

Arrêtons nous là avec cette affiche pour le vin mousseux Robba de Leonetto Cappiello (1911), que nous avons rencontré à plusieursreprises.

Vu en mars

A la Halle des Blancs Manteaux, le coutumier Expo4art réunissait 90 artistes.
4 ont attiré notre attention.

Sig (Sigrid HUET) se plait à représenter les jeunes femmes d’origine africaine de la Réunion, communément (et positivement) appelées les Cafrines.
En voici deux qui prennent du bon temps, un verre à la main.

Un peu plus loin c’est Carole Géniès, qui peint féminins, masculins, et esquisses.

Son motto : Capturer l’essence féminine, sublimer l’émotion, peindre l’âme. L’art comme un hommage à la femme. On en verra plus sur instagram.

Cette belle composition, la dernière valse,  est une photographie de Victoria Vinas, photographe multiprimée. (voir une impressionnante présentation sur Instagram).

Elle donne envie d’en savoir plus : la soirée a été chaude, les verres n’ont pas été vidés, que s’est-il passé ?

Et pour tous ceux et celles qui ont imaginé le pianocktail de l’Ecume des Jours, en voici une réalisation miniature en diorama. L’auteur ? Alain Pras, qui fut fabricant de maquettes industrielles et se plait maintenant à « mettre en volume une petite histoire teintée d’humour, un clin d’œil à l’art, un hommage aux artistes… » 

Merci à tous pour ce bon moment !

Dans un tout autre registre, voici des stèles funéraires mégalithiques appelés balbal qui viennent du Kazakhstan. Le personnage masculin porte une coupe libatoire. Elles datent du 6ème siècle.

On pouvait les voir, exceptionnellement prêtés par les plus grands musées kazakhs, au musée Guimet (expo Kazakhstan, Trésors de la Grande Steppe).

A domicile

Le centre d’art Albert Chanot de Clamart accueille depuis le 7 mars et jusqu’au 13 avril cinq artistes clamartois, qui jouent donc … à domicile. C’est la deuxième saison de ce rendez-vous avec des artistes clamartois.

Les oeuvres de notre ami Jean Dessirier occupaient une place de choix, nous y avons retrouvé ce faune,

attiré peut-être par la bacchanale qui se jouait dans la pièce attenante.

Elle est l’oeuvre de Guillaume-André Morinet, qui s’est inspiré des oeuvres de Nicolas Poussin, comme le Triomphe de Pan. Qu’on en juge :

et la bacchanale devant une statue de Pan :

L’artiste clamartois utilise le carton pour supporter ses oeuvres, ce qui permet notamment des effets de volume, « avec des personnages au premier plan et un arrière-plan végétal ».

On en saura plus sur sa production sur le site qui lui est dédié.

Virée belge

C’est par les Ardennes que nous commencerons cette petite virée ; le hasard des itinéraires nous fait passer par Treignes, un village qui compte 4 musées pour 650 habitants… Sur la place de Treignes, village jumelé à Quincié en Beaujolais, une curieuse sculpture y évoque Toine, obèse ardennais… un héros local imaginé par Arthur Masson.

(Œuvres de l’artiste belge Claude Rahir, les trois statues de bronze évoquent les héros principaux de la Toinade : Toine Culot, Hilde son épouse, et le cousin T. Déome.)

C’est un bon début : avec nos amis belges, l’humour et le bonne humeur ne sont jamais loin.

Descendant la Meuse, la route nous mène à Dinant, où l’on fait des couques, biscuits très durs faits de farine et de miel, que l’on décline sous toutes les formes comme ici cette belle grappe.

Un peu plus loin Namur, capitale régionale, est une jolie ville accueillante où le dessinateur, caricaturiste, peintre, illustrateur, graveur Félicien Rops (1833-1898), l’enfant du pays, jouit d’un musée qui lui est consacré. Il y avait de quoi faire pour les lecteurs du Bon Clos.

le gandin ivre, gravure d’Albert Bertrand d’après un dessin de Rops
Bouge à matelots, pastel pierre noire et sanguine 1875
La chanson de Chérubin (in cent légers croquis, dessin sur papier, vers 1880)
Le 4ème verre de cognac (gravure, 1880)

Le regard de cette buveuse d’absinthe est saisissant

Que sert à boire cette cantinière du pilotage ?

La Cantinière du pilotage, 1876,
huile sur toile, 32 x 21 cm.

Voici aussi une illustration de illustration de la légende d’Ulenspiegel de Ch. de Coster

Bon buveur vidant les pots rien qu’en les regardant

En 1853, âgé donc de 20 ans, Rops collabora, sous le nom de Duverger, au journal estudiantin « Le Crocodile ».

On peut y lire en premiere page la marche crocodilienne signée (attribuée à ?) Victor Hugo, dont on retiendra le motto

« Mon verre est tout rempli de liqueur parfumée,
Et ma pipe vomit des torrents de fumée »

et ce couplet :
Quand dix mille buveurs viennent au son du cor,
Il leur répond ; il boit, et son souffle farouche
Aspire à plein gosier les verres qu’il embouche.
On roule sous la table ; lui seul sent son essor
Qui croît. Pour rafraîchir sa figure écarlate,
Il pousse Chlodomir qui se lasse, et le flatte
Pour qu’il lui serve à boire encor !

Si ce n’est pas du Hugo, ça lui ressemble !

Avec le peintre surréaliste Paul Delvaux, passionné par les trains et les nus, exposé à Liège à la Boverie, on a été moins chanceux. Voici son banquet des philosophes, décor pour la maison du président de la Sabena  Gilbert Périer.

On se rattrapera au Musée des Beaux-Arts d’Anvers, où l’on tombera sur Silène endormi (vu il y a un bail), sculpture de François Duquesnoy (voir cette note sur quelques oeuvres inédites d’icelui).

Le sommeil de Silene de François Duquesnoy

On va croiser les 4 saisons (l’automne) d’Abel Grimmer (1607) : taille, vendange, foulage et transport des fûts.

et puis aussi ce joueur de cartes

joueurs de cartes (détail) de Theodor Rombouts (1597-1637) 

La mort est féroce et rapide, de Joos Craesbeeck (1649), présente ce rare squelette bachique

Curieuse, cette inscription en bas à droite du tableau

Remercions Daniel Cunin, écrivain et traducteur littéraire néerlandophone que les lecteurs du Bon Clos ont déjà rencontré, qui nous a fait parvenir cette traduction littérale :
La mort est cruelle et rapide
Gardez-vous des péchés, ainsi vous agissez bien.
Ne calomniez personne de sorte que Dieu ne vous rende pas la pareille.
Et ne prenez à personne ce qui lui appartient afin de garder ce qui est à vous.

Cette « Vénus frigida« , que vient réchauffer Bacchus, semble bien transie

Venus frigida, Rubens (1614)

On retrouve Bacchus convive au mariage de Thétis et Pelée, de Frans Floris (1550)

Voici une »scène de bordel » vue par Joachim Beuckelaer (1563)

Joachim Beuckelaer, scène de bordel (1563), détail

et, dans le même genre, une scène de taverne qui aurait pu porter le même titre, de Jan van Amstel (1200-1550 ca.)

où l’on ne fait pas qu’y boire

Plus proche de nous, nous voici au bar de la vieille auberge, la maison des pilotes (De Braekeleer, 1877)

Et l’on termine cette visite du Musée des Beaux-Arts d’Anvers, comme on l’avait commencé, avec le sommeil d’un buveur à l’auberge rouge (1894) de Charles Mertens.

Ne quittons pas le Musée, sans un regard sur la vinothèque qui peut contenir près d’un millier de bouteilles.

Ces porte-bouteilles pourraient servir

Et combien de chopes dans cette taverne de Bruxelles ?

le Mainz

Trinquons y avec le Chat de Geluck, un familier du Bon Clos

Concluons cette tournée en allant humer l’air marin d’Ostende. Son Mu.Zee présente un aperçu des arts visuels belges de 1860 à nos jours.

Alice Frey (1895-1981) a peint ce Bal du Rat Mort en 1964.

(Le bal du rat mort, du nom d’un ancien cabaret de Pigalle, est un bal masqué et costumé organisé annuellement à des fins philanthropiques à Ostende depuis 1898.)

Annonce du premier Bal du Rat mort (1898)

Allez, un dernier verre (en bas à droite) avec Paul Joostens (1889-1960) et son caleidoscope (1935), une vision breughelienne moderne…

Les cènes du pitre

De son vrai nom Stéphane Thierry, l’artiste pitre poursuit sa carrière mouvementée. Nous verrons ici que le thème de la cène continue à le hanter.

l’artiste pitre croisé en septembre dernier à Expo4art
(halle des blancs manteaux)

Nous connaissions une Cène selon Saint-Marque, présentée au Salon d’automne des Champs Elysées en 2013.

et le vin d’ici vaut mieux que l’eau de là, où l’on voit verres de vin et bouteilles d’eau coexister pacifiquement.

En 2022 il a présenté une nouvelle version de la Cène selon saint-Marque dans sa série  « Dommage aux maitres »

Le diable (les marques ! st-moret, st-yorre, st-michel, st-estèphe etc.) est dans les détails

Et voici maintenant les Noces de Cana

Le site pari-bistro.com compte parmi ses admirateurs. Voici ce qu’il en dit :

« L’Artiste Pître poursuit son œuvre sur le thème hagiographique. Après sa « Cène selon St Marque« , clin d’œil un chouïa ironique sur ces saints devenus des marques agroalimentaires. Voici donc ses Noces de Cana (bis) inversées où le vin d’une quinzaine de belles cuvées aux noms inspirés par le ciel – « château Saint-Ange » de St Emilion, « la Croix » de Saint Estèphe- est transformé maladroitement en eau comme une œuvre rêvée par le lobby anti-alcool. De quoi pousser Bacchus à souhaiter voir à nouveau les chrétiens jetés dans la fosse aux lions ! »

Salut Stéphane ! A la prochaine (cène) !

Dans le Roussillon

Roussillon, Catalogne Nord, Pyrénées Orientales ? Quelle différence ? ce sont les 438 km2 du Fenouillèdes… pays de tradition occitane. Le reste des P-O est catalan.

C’est un pays de vignobles (25000 ha) qui cultive la tradition des vins doux naturels, obtenus par mutation du moût par de l’alcool neutre en cours de fermentation.

Dans un premier temps, c’est un chapitre de la Commende Majeure du Roussillon qui nous y attira. On pourra en lire le compte-rendu sur le site de la FICB.

De quoi tomber amoureux de ces beau pays, de ses vins et de ses gens. Il fallait donc y retourner. 

C’est à Arnaud de Villeneuve (1240-1311), médecin, chirurgien et savant qui maitrisa la distillation alcoolique que l’ on attribue l’invention du vin doux naturel.

On peut retenir de lui l’enseignement suivant :

« Le vin conforte l’esprit. Il lui permet d’aborder la subtilité et de faire face à la difficulté. Il prodigue à l’âme audace, sollicitude, libéralité. Le vin crée la parfaite harmonie des parties. Corps, esprit et âme coopèrent. »

Mais dès l’époque romaine la viticulture prospérait dans la région dite Narbonnaise, conquise au 2ème siècle avant notre ère.

Une trace remarquable de ces temps révolus est cette inscription latine trouvée sur un vase : « bois esclave, je ne suis pas vide pour toi », que nous a fait connaitre l’historien Bernard Rieu lors d’une conférence sur l’histoire de la vigne en Roussillon.

Screenshot

Longtemps la viticulture en Roussillon a été synonyme de vin doux naturels, produits à Banyuls, Rivesaltes, Maury.

enseigne vue à Villeneuve de Conflent

(Il y eut plus tard le Byrrh, apéritif au quinquina qui eut son heure de gloire et dont nous avons visité le fameux site de production, à voir en fin d’article).
 Mais les temps changent, et l’on produit aujourd’hui quasiment autant de vins non mutés.

Pour mieux connaitre ce vignoble et ses vins, on pourra visiter ce site, et celui-ci.

A Perpignan, on se doit de visiter le musée Hyacinthe Rigaud, peintre du roi Soleil, enfant du pays. On y trouve ce grand tableau de Jacob de Backer (16 siècle) représentant Vénus, Bacchus et Cérès

Et cette Cargolade (un plat emblématique catalan) de Louis Delfau (1871-1937)

où l’on peut voir, posé sur la table, le fameux « porro », carafon pour boire à la régalade

et ce marbre sculpté.

A l’hôtel Pams, les superbes grandes fresques ignorent hélas vigne et vin, cette publicité pour Byrrh est juste une consolation et un avant-goût (voir plus bas)

On se consolera en se restaurant au Jean,

excellente adresse à la décoration aérienne

située dans une ancienne tonnellerie près du Centre du Monde (la gare de Perpignan), et dont le patron Jean-Claude,

pâtissier de formation, sait se montrer très hospitalier. Il nous présente cette étonnante bouteille d’un avenir passé :

une cuvée très spéciale !

A Céret, l’église Saint-Pierre présente ce « breuvage du salut » de William Fenech, un peintre local, surprenant calvaire dressé au milieu des vignes.

Au Musée d’Art Moderne, rien à signaler ici, si ce n’est ce Picasso à table

Un peu plus haut, à Arles /Tech, on danse la sardane au son de la cobla en ce jour de « festa major »

L’arrivée à Thuir, patrie du Byrrh, annonce la couleur avec cette rangée de ceps qui borde la route :

Les caves Byrrh, un élixir (« vin tonique et hygiénique au quinquina ») inventé par les frères Simon et Pallade Violet en 1866, y sont installées depuis plus de 100 ans. Exportée sur tous les continents, elle devint aussi la première marque d’apéritif en France dans les années 1930.

Vu sur une porte du fort Queyras

On entre dans la fabrique comme dans une cathédrale

 Le clou de la visite est un foudre de plus d’1 million de litres, où l’on faisait vieillir l’élixir afin que toutes les bouteilles aient le même goût !

Voici le tableau de commande de ce gigantesque site de production

Et voici des vues d’époque du hall de gare Eiffel et du quai de chargement

Coup de génie publicitaire, un concours d’affiches lancé en 1903 a inspiré plus d’une centaine d’artistes. En voici quelques unes

On trouvera les 112 primées sur le site du cartoclub aveyronnais, comme celle-ci qui reçut un 2ème prix

Concours d’Affiches BIRRH

et celle-ci, attendrissante, un 5ème prix

autres temps autres moeurs

Les enfants sont les bienvenus chez Byrrh d’ailleurs !

la publicité, le nerf de la guerre. Ces affiches sont de Georges Leonnec.

En voici quelques autres du même.

A la sortie, c’est l’embarras du choix

Nous terminons ce bref parcours à Maury, à la cave des vignerons, où l’on peut déguster la production du cru :

des vins doux naturels, reconnaissables à la bouteille trapue créée dans les années 80,

« Ces vins dits TUILÉS parce qu’ils proviennent de raisins noirs ou AMBRÉS parce qu’ils proviennent de raisins blancs sont des vins aromatiquement complexes servis en début ou en fin de repas », avec « des arômes de fruits confits, d’orange et de miel … pour les AMBRÉS », et aussi « des notes de cacao, de torréfaction, de pruneau … pour les TUILÉS ».

Mais il y a aussi depuis quelques années des vins rouges secs, où domine « LE CEPAGE de prédilection, lequel peut être vinifié soit en vins doux soit en vins tranquilles : le grenache noir. » 

Voulez-vous déguster ? nous a-t-on demandé gentiment. Vin(gt) dieu(x) ! on est là pour ça !

Et merci encore !

A Majorque

Grande comme un petit département français (3640 km2), l’ile de Majorque compte quelques 1350 hectares de vignobles, principalement dans sa partie centrale et sur les pentes de la chaine « Tramontane » qui la domine au Nord.

Notre baptême du vin de Majorque, c’est avec ce « rosat Novell » aux « sutils aromes fruitals » servi par l’ami Francesco que nous le recevons.

L’histoire du vin à Majorque remonte aux romains. Outre l’usage religieux, beaucoup de fermes produisaient traditionnellement un vin de consommation courante à boire « ici et maintenant », comme dit Pierre Guigui.

ancien pressoir de la finca Son Pieras près de Llucmajor

Laissant le hasard guider nos pas, nous remontons la scénique route de la Tramontane

un clos sur la route de Valldemossa

qui ici est la montagne (et non pas le vent) du nord, et avisons Valldemossa, petite cité sise à 500 m d’altitude, fameuse pour son monastère, la Real Cartuja, ses visiteurs (George Sand et Chopin), ses ruelles, ses jardins, et la Santa Catalina dont chaque maison porte un carreau…

Nous y rencontrons Pablo, natif d’ Argentine qui tient une atypique « Boutique de vinos y camisetas personalizadas ».

Plasticien, il vend aussi sa production artistique dont voici quelques exemples.

Cette Cène rassemble des écrivains familiers de Majorque

Nous y dégustons ce savoureux malvoisie « Mar de Bé » de la Bodega Can Rubi.

On y peut lire aussi cette citation de Gustav Malher : « Un verre de vin au moment opportun vaut plus que toutes les richesses de la terre ».

Cette maison ( la Bodega Can Rubi) tient boutique à Santa Maria del Camí où le hasard mènera nos pas quelques jours plus tard.

On n’y goûte que le vin vendu en vrac, mais toute la production du domaine peut être achetée là, et notamment Mar de Bé, en version Malvoisie et Sauvignon blanc.

sur la route des vignes en DO Binissalem

Santa Maria del Camí est la porte d’entrée à l’ouest de la DO Binnissalem.

Un peu plus loin Binissalem nous accueille avec ses vendangeurs

Une petite faim ? la Ca s’hereu est l’endroit où retrouver pour déjeuner la population locale.

La bodega José L. Ferrer accueille les visiteurs avec ostentation

dans des locaux impressionnants où l’on note un effort de décoration.

A 500 mètres d’altitude, le monastère de Lluc jouit d’un site exceptionnel en pleine Serra de Tramuntana. Un musée y abrite quelques bijoux dans la collection du peintre Josep Coll Bardolet,

comme ce dessin de buveurs attablés devant de grands foudres

ou ces « trois portraits » au verre et au raisin de Pau Fornés

et cette scène champêtre sur un petit éventail très 18ème, sans doute plus tardif en Espagne.

Terminons cette promenade majorquine avec ces quelques images rapportées de Palma, la capitale.
Ces grappes de raisin ont été placées dans La Chapelle San Pedro de la cathédrale de Palma (la Seu) par Miquel Barceló, lors d’une rénovation dans les années 2000.


Le Castell Bellver, citadelle circulaire qui domine la ville, abrite un musée d’Histoire de la Cité de Palma. On y a vu ce joli carreau de faïence, représentant un marchand de vin en pleine action

et cette « hermadionisiac » sculpture du 18ème, d’après l’antique.

On quitte Majorque avec le sentiment qu’il reste encore beaucoup à voir, et à boire !

A Bientôt Majorque !

Moisson d’avril

Ce n’est pas une grande moisson, mais il serait dommage de garder ces quelques images pour soi.

Voici tout d’abord deux peintures de Jean-Yves Templier (@jy_templier), artiste peintre de la Cadière d’Azur, représentant les vignes au printemps, et en automne.

(exposition à la maison Flotte de Sanary/mer jusqu’au 12 mai de ce peintre coloriste aux multiples techniques)

A Sanary également on a pu assister à cette danse géorgienne particulièrement endiablée, la bouteille impavide semblant vissée sur le crâne du danseur.

une bouteille en parfait équilibre

Un peu plus loin à l’entrée de Bandol cette sculpture, monument de 22 tonnes installé au « Jardin de la Mer », honore la Mer et la Vigne depuis plus de 20 ans. Elle est l’oeuvre de Robert Rayne, sculpteur et peintre, lauréat du concours lancé par la ville de Bandol pour symboliser la ville.

Mer et Vigne, du sculpteur Robert Rayne.

A Marseille, au Musée Regards de Provence, on a revu avec plaisir ce repas de paysans, (Lou gousta, du peintre Alphonse Moutte dont on a vu récemment La régalade (au musée des Beaux-Arts de Marseille).

Remercions Lissinck, notre correspondante au Comtat Venaissin, qui nous a fait parvenir cette décoration bachique que l’on peut voir au Palais des Papes d’Avignon.

Téléportons-nous pour conclure à Strasbourg, où l’on peut voir cette belle enseigne du Gasthof Schwanen. Ce n’est pas si loin ! (7h de TGV depuis Toulon)

En noir et blanc et en couleurs

Deux expositions où l’on se presse en ce moment au Petit Palais, sur l’art de la gravure (Trésors en noir et blanc) et le Paris de la modernité.

Dürer, Callot, Rembrandt, et bien d’autres. Impressionnante galerie de gravures, où l’on distingue cette estampe de Francisco de Goya, Los Duendecitos, qui représente trois « petits lutins » buveurs de vin, caricatures de moines goulus.

Elle fait partie de la série des caprichos, 80 gravures moquant la société espagnole de la fin du 18ème siècle, dont est extraite aussi celle-ci (Nadie nos ha visto= personne ne nous a vus) où l’on voit des moines se gobergeant verre en main :

Cette photo en noir blanc du danseur étoile des Ballets russes Nijinski portant une grappe de raisin fera la transition avec le Paris de la modernité.

Ce « banquet de Braque » de Maria Vassilieff aurait pu faire aussi la transition. Il commémore le banquet offert en l’honneur de Braque et Matisse, rentrant du front, blessés, en 1917.

A côté de l’auteure, découpant la dinde, Matisse, Blaise Cendrars qui a perdu un bras, Georges et Marcelle Braque, en face de Picasso(en double exemplaire ?) etc. et Modigliani debout qui vient faire un esclandre à son ex, Beatrice Hastings…

Autre gloire de l’époque, le brésilien Santos Dumont, pionnier de l’aviation, invite à s’envoyer en l’air avec Bénédictine.

S’il fallait monter dans les nues pour boire de la Bénédictine, il y a longtemps que le problème de la locomotion aérienne serait résolu, nous dit-il.

Voici enfin une scène festive de grande taille (près de 3 m sur 4). On y boit, on y joue de la musique et on y danse. C’est la danse du pan-pan au Monico (un ancien cabaret de la place Pigalle) de Gino Severini (vers 1911). Un tourbillon !