Nous avons déjà rencontré Faust, celui de Gounod, et son choeur qui clameVin ou bière, bière ou vin, que mon verre soit plein !
Voici maintenant celui de Berlioz, composé 13 ans plus tôt en 1846. L’histoire est sensiblement la même.
On y trouve aussi un choeur de buveurs, qui clament : « A boire encore ! du vin du Rhin! »
Le voici, par le Choeur de l’Orchestre Symphonique de Montréal, dirigé par Charles Dutoit.
Oh! qu’il fait bon quand le ciel tonne Rester près d’un bol enflammé, Et se remplir comme une tonne Dans un cabaret enfumé! J’aime le vin et cette eau blonde Qui fait oublier le chagrin. Quand ma mère me mit au monde, J’eus un ivrogne pour parrain. Oh! qu’il fait bon quand le ciel tonne . . . Qui sait quelque plaisante histoire? En riant le vin est meilleur.
(C’est ensuite que l’on entend l’ histoire de la rate et celle de la puce…)
Voici un air à boire.. du jus de pomme, enfin, du cidre. On le trouve dans une opérette d’Offenbach créée en 1864, Jeanne qui pleure et Jean qui rit, que l’ami Keck a eu le bon goût de faire jouer ces jours-ci en version de concert à l’Odeon de Marseille. Evidemment, par les temps qui courent, il n’y avait guère de spectateur, mais le spectacle a été filmé pour le plus grand bonheur des aficionados, dont nous sommes.
Avec nos chouchous Isabelle Philippe (Jeanne), Frank T’Hézan (Cabochon) et Dominique Desmonds (Nicolas), et aussi Charles Mesrine (Savinien), et au piano Diego Mingolla.
En voici un court extrait
Doux jus de la pomme, Fruit du paradis Qu’Éve au premier homme Fit croquer jadis, Celui qui t’ consomme Est toujours content. L’ buveur d’eau pleur constamment. Voilà c’qui fait qu’à toute heure Jeanne pleure Et moi je ris. Qu’al’ plus d’esprit, D’ Jeann’ qui pleure Ah ! ah ! ah ! D’ Jeanne qui pleure Ou d’ Jean qui rit ? À coup sûr c’est Jean qui rit !
Liqueur adorée, Joli cidre doux, De couleur dorée, Aux joyeux glous glous, Ta mousse sucrée Nous rend gais et gris. L’ buveur d’eau pleure jours et nuits. Voilà c’qui fait qu’à toute heure Jeanne pleure Et moi je ris ! Je vous le dis, Jeanne pleure, C’est Jean qui rit !
C’est une pépite cachée au tréfond de Croesus, cet opéra de Rheinhard Keiser qui mêle étrangement tragédie et comédie que l’on a puvoir ces jours-ci à l’Athénée. Ce compositeur contemporain (1674-1739) de Bach et Haendel composa plus de 70 opéras. Croesus (Der hochmütige, gestürzte und wieder erhabene Croesus) a été créé en 1711 à Hambourg avec un livret de Lukas von Postel inspiré du drame de Nicolo Minato Creso.
Le titre résume l’intrigue : le fier Crésus, roi de Lydie, est vaincu, menacé de mort mais finalement épargné par le roi des Perses Cyrus, tandis que les amoureux voient leurs voeux s’accomplir.
Un personnage burlesque, Elcius, « ténor de caractère », intervient au milieu du 1er acte pour railler les amoureux qui donnent libre cours à leurs passions alors que la guerre menace, et conclut :
Viva la trink, trink Cappo, das ist ein schönes Ding und steht mir besser an, wenn ich beim guten Wein ein Liedlein singen kann. Liebesschmerzen gechlossener Herzen ei, wie macht ihr die Leute so toll! Mir gibt edler Saft rheinischer Reben ein lustiges Leben, drum sauf ihr mich voll.
Vive le vin, buvons, morbleu ! Que voila une vraie merveille et que j’ai le coeur satisfait quand devant le jus de la treille je puis entonner mon couplet. Chagrin d’amour des coeurs brisés Tu fais toujours d’un homme un fou! Le nectar des coteaux rhénans est plus réjouissant, C’est pourquoi je bois tout mon soûl.
René Jacobs, Akademie für Alte Musik Berlin ; Kurt Azesberger est Elcius video à 0:44:48
Et merci à l’ami Bernard à qui cet air n’avait pas échappé et qui nous a communiqué le livret !
Nous avons un faible pour K560 « amis buvons à plein verres » (en allemand Freunde lasset uns Zechen, ou encore O du eselhafter Martin
Freunde, lasset uns beim Zechen
wacker eine Lanze brechen!
Es leb’ der Wein,
die Liebste mein!
Drauf leer’ sein Gläschen jeder aus.
Mit euch ist gar nichts anzufangen,
da sitzt ihr still wie Hopfenstangen.
Sie lebe hoch!
So schreiet doch!
Sie lebe hoch!
So schreiet doch,
so schreiet doch!
Seid ihr wie Stockfisch denn geworden stumm,
seid ihr wie Stockfisch denn geworden stumm?
So schreit, so schreit, so schreit,
ihr Esel, doch, seid nicht so dumm!
Es leb’ die Liebe und der Wein!
Was könnt’ auf Erden Schön’res sein?
Vivat, vivat, vivat,
sie lebe hoch!
Amis buvons à plein verre, Vite avant qu’on nous enterre ! Vive le vin ! nectar divin ! trinquons amis vive le vin !
Mais avec toi y a rien à faire, on sait bien ce que tu préfères, et ton démon, ta Jeanneton, t’a fait jurer de renoncer au carafon !
Pourquoi rester sans boire et sans chanter ? de tout un peu, qu’il est bon de goûter ! Chantons ! Buvons ! Et débouchons ensemble un vieux flacon !
Vive le vin, vive l’amour ! Buvons jusqu’à la fin des jours ! Frère ! Frère ! Verse toujours !
C’est l’ami Jean-Christophe Keck qui nous a mis sur la piste de cette opéra-comique qu’Offenbach composa en 1855 (et que Keck fit chanter en version de concert en décembre dernier à l’Odeon de Marseille).
Jean, contrebandier de son état, et sa jeune épouse Fanchette, vont faire boire le douanier Hercule pour qu’il ne fasse pas capoter les affaires…
Il y a dans cette oeuvre sans prétention un air intéressant : Allons Fanchette ! On peut l’écouter dans cet enregistrement qui date de 1969, par l’orchestre lyrique de l’ORTF, sous la direction de Robert Martignoni, avec la distribution
Fanchette ………… ……… ……… ……… .. Monique Stiot
Hercule ………… ……… ……… ……… …. Joseph Peyron
Jean ………… ……… ……… ……… ……. Bernard Demigny
Allons Fanchette allons, versez ma ménagère De chez vous commencez à faire les honneurs Du vieux vin jusqu’au bord Emplissez votre verre Quand nous aurons vidé la bouteille dernière La cave est là tout près pleine de vins meilleurs Ouverte aux francs-buveurs !
Aimons le vin pour fêter la nature Avec le vin dans le monde enchanté Le créateur verse à la créature L’espoir, l’amour,la force et la santé Le ciel sourit dans les coupes vermeilles Pour oublier nos maux de chaque jour A notre sang mêlons le sang des treilles Le front paré des roses de l’amour !
Que l’ivresse charmeresse s’allume en nos coeurs joyeux C’est pour vivre qu’on s’enivre d’amour jeune et de vin vieux.
Depuis le temps qu’Eve a cueilli la pomme On la reproche aux femmes sans pitié Mais le raisin qui réjouit tant l’homme Peut bien aussi réjouir sa moitié ! La femme doit dans les coupes vermeilles Boire la force et l’espoir chaque jour Rougir sa lèvre au sang divin des treilles Le front paré des roses de l’amour
Cet opéra comique d’Offenbach, qui n’avait pas été joué depuis 1861, a enfin été monté l’an dernier par l’Opéra du Rhin avec Pauline Texier dans le rôle de Maïma. Et pour cause, la partition De Barkouf était perdue… jusqu’à ce que l’infatigable Jean-Christophe Keck, spécialiste mondial d’Offenbach, la retrouve…
Remercions-le, ainsi que la troupe, et Benoit Duteurtre, qui a diffusé sur France Musique un air à boire assez atypique. En effet, l’invitation à boire s’adresse à des empoisonneurs…. qui ne peuvent plus supporter d’être gouvernés par un chien, Barkouf!
Cet opéra comique d’Offenbach, qui n’avait pas été joué depuis 1861, a enfin été monté l’an dernier par l’Opéra du Rhin avec Pauline Texier dans le rôle de Maïma. Et pour cause, la partition était perdue… jusqu’à que l’infatigable Jean-Christophe Keck, spécialiste mondial d’offenbach, la retrouve…
Remercions-le, ainsi que la troupe, et Benoit Duteurtre, qui a diffusé sur France Musique un air à boire assez atypique. En effet, l’invitation à boire s’adresse à des empoisonneurs…. qui ne peuvent plus supporter d’être gouvernés par un chien, Barkouf!
Voici un poème d’Alphonse Daudet, mis en musique par Reynaldo Hahn en 1891. C’est une histoire un peu triste.
Je l’ai rencontrée un jour de vendange, La jupe troussée et le pied mignon ; Point de guimpe jaune et point de chignon : L’air d’une bacchante et les yeux d’un ange.
Suspendue au bras d’un doux compagnon, Je l’ai rencontrée aux champs d’Avignon, Un jour de vendange.
Je l’ai rencontrée un jour de vendange. La plaine était morne et le ciel brûlant ; Elle marchait seule et d’un pas tremblant, Son regard brillait d’une flamme étrange.
Je frissonne encore en me rappelant Comme je te vis, cher fantôme blanc, Un jour de vendange.
Je l’ai rencontrée un jour de vendange, Et j’en rêve encore presque tous les jours. Le cercueil était couvert en velours, Le drap noir avait une double frange.
Les sœurs d’Avignon pleuraient tout autour… La vigne avait trop de raisins ; l’amour A fait la vendange.
Alphonse Daudet, Les Amoureuses, 1858
La voici interprétée par Jaroussky
Il semble qu’un autre auteur, Emile Durand l’ait aussi mis en musique (vers 1850)
Il se joue ces jours-ci à l’Opéra Comique Fortunio, cette opérette composée par André Messager en 1907. C’est une adaptation du Chandelier d’Alfred de Musset, une pièce assez licencieuse et drôle publiée en 1835, et jouée à la Comédie française en 1850.
Comment déjouer les soupçons d’un mari jaloux ? En les faisant dévier vers un leurre, le chandelier. Mais quand celui-ci est un amoureux transi, Fortunio, et qu’il chante une chanson écrite par Musset, tout peut arriver…
Il y a un petit air à boire au début du 3ème acte, un peu ampoulé, ce n’est pas l’air le plus connu mais il a sa place dans la collection du Bon Clos. C’est le mari trompé, maître André, qui invite ses convives à boire :
Coteaux brûlants, Terre des champs, Et des verdures, C’est votre sang Qui monte dans Les vignes mûres.
Cieux empourprés, Couchants dorés, Des soirs d’automne, Tout votre éclat Tient ici-bas Dans une tonne.
(Ce n’est pas celui évoqué par Musset dans le chandelier : « Amis buvons, buvons sans cesse », une chanson jugée trop vieille par le capitaine Claveroche (l’amant) ; nous en reparlerons)
Dès 1861, Offenbach avait composé la Chanson de Fortunio, un opéra comique qui raconte une suite de cette histoire. Fortunio, devenu âgé, se retrouve dans la situation du mari du Chandelier… Mais sa vieille chanson, qui avait fait défaillir la belle Jacqueline, le trahira…
On a donc deux airs pour une même chanson, celui d’Offenbach qui eut en son temps un succès retentissant, et celui de Massenet. Chacun choisira…
On peut écouter là la version d’Offenbach (avec Bruno LAPLANTE, baryton et Marc DURAND, pianiste)
et celle de Messager
Si vous croyez que je vais dire Qui j’ose aimer, Je ne saurais pour un empire Vous la nommer.
Nous allons chanter à la ronde, Si vous voulez, Que je l’adore, et qu’elle est blonde Comme les blés.
Je fais ce que sa fantaisie Veut m’ordonner, Et je puis, s’il lui faut ma vie, La lui donner.
Du mal qu’une amour ignorée Nous fait souffrir, J’en porte l’âme déchirée Jusqu’à mourir.
Mais j’aime trop pour que je die Qui j’ose aimer, Et je veux mourir pour ma mie, Sans la nommer.
On se souvient de ces « joyeux vignerons de Bagneux » rencontrés à Gentilly en juin dernier, membres d’une goguette, société chantante. Nous les avons retrouvés ce samedi 16 novembre à Bagneux, au chapitre des Chevaliers Balnéolais de Bacchus.
Deux d’entre eux (une en fait) s’y sont faites introniser. Le temps était maussade, la ville encombrée de travaux. On resta donc au chaud, en petit comité avec les amis de Combs la Ville (compagnons d’Irminon), Houdan (la Poule de), Sannois (Asperge et Vigne), Richelieu (truffe et plus)… L’après-midi fut belle…
Où fut-ce ? A Bagneux, Jarnibleu, Par Bacchus ! En novembre, Un samedi Ah ! Ventre Saint-Gris ! Jour de Chapitre Des Chevaliers Balnéolais, Oh ! Fichtre ! En voisins, De Clamart, De plus loin, De toute part, Les invités, Les compères, Les Confrères S’étaient pointés.
Jean et Jean, de la Confrérie Gastronomique de la Poule et du Pâté de Houdan
Accueillis Par la pluie On les reçut, Un peu déçus
Du contretemps Mais bien contents D’être à l’abri A la Mairie! Et comme hélas Le vent soufflait De défiler On s’défila. On papota, Puis on écouta Deux beautés Qui chantaient
Au son du luth.
Du baroque Mais pas que (*) Dames ! Vous me plûtes Et vous accompagner Tourdionner Et labourer les vignes Fut un plaisir insigne.
Vint l’heure des intros (Pour l’apéro Il faudra attendre) de nouveaux membres Pressés de rentrer Dans la Confrérie Et prêts à jurer Sans forfanterie
Que le bon vin blanc du Clos des Bru- Gnauts est bon !
Parmi ces bienheureux Je reconnais deux têtes. Elles sont de la goguette Qui fleurit à Bagneux Ces joyeux vignerons Qui chantent pour pas un rond !
Elles sont enchantées Et se plaisent à goûter Ce jus délicieux Que l’on fait en ces lieux.
Las ! Il faut déjà Déserter ce séjour Sans même boire un coup ! Rrrh On enragea ! On ne les verra pas Faire chanter les convives Du dîner de gala. Mais que liesse s’ensuive !