Deux ans après nous voici de retour à la vente des petits frères des pauvres, qui s’est tenue ce samedi 10 mars au Siège, 33 avenue Parmentier à Paris 11ème. On ne saurait trop recommander aux chineurs cette vente, il y a plein de choses intéressantes, et en plus c’est pour la bonne cause.
Envolée, la collection de tastevins d’argent, vendus aux enchères à Mâcon. Mais nous y avons déniché celui-ci, qui vient de Saint-Emilion.
Les amis du clos apprécient Boris Vian, l’homme qui boit systématiquement, ci-devant inventeur du pianocktail.
Une belle expo lui est consacrée à la Bibliothèque Nationale « François Miterrand » (jusqu’au 15 janvier 2012). On apprend ainsi que ce trompinettiste a été appelé Boris par ses parents mélomanes en hommage à l’Opéra éponyme. Et bien d’autres choses.
Le voici photographié par Michel Cot. « Un portrait un peu trouble qui met en scène la face obscure de Boris Vian« .
Il était l’an dernier de passage à la Pinacothèque, le voici au Musée d’Art Moderne du Centre Pompidou. Toujours pas de « lendemain de cuite » (the day after) mais un autoportrait aux bouteilles intéressant (il a peint des dizaines d’autoportraits, plus de 40 après 1900, « comme s’il voulait enregistrer l’effet du passage du temps », écrit son ami Stevensen)
autoportrait aux bouteilles (1938)au bordel - zum sussen Madel (à la douce jeune fille)
Ces hôtesindésirables (vers 1935) viendraient-ils perturber des libations ?
Nous n’ignorons pas au bon clos le raffinement des civilisations antiques, notamment en matière de bien vivre et … de bien boire. Qu’on se souvienne des expositions de la reine margot (le nectar des dieux, le jubilé) ou des vins d’Egypte, ou encore de Chio…
L’exposition Pompéi, un art de vivre , qui se tient au Musée Maillol à Paris 7eme devait apporter quelque pièce au dossier. A près une chasse aux images compliquée par la présence de cerbères soupçonneux, l’heure est venu d’en présenter le tableau aux lecteurs du bon clos.
Et en effet Bacchus Dionysos est partout. Le vin n’était-il pas boisson d’immortalité ?
Il nous accueille bien vite, assis sur son trône avec tous ses attributs : la panthère, les cymbales, le thyrse (long bâton, piqué d’une pomme de pin), le canthare en or (vase à boire).
Dionysos trônant (viendrait de la" maison du navire")
Un peu plus loin, voici une grande fresque représentant Dionysos découvrant Ariane endormie, qui se trouvait dans la « maison du Cithariste »
fresque : la rencontre de Bacchus et d'Ariane
Voici ce qu’en disent Jean Charbonneaux et alias dans Grèce Hellénistique, Gallimard 1970 (trouvé là)
Ariane est couchée sur les genoux de Hypnos, le génie ailé. Éros la dévoile au regard de Dionysos, couronné de myrte, qui tient le thyrse. Au second plan, Pan, admiratif lui aussi, une ménade, un joueur de flûte, un satyre qui aide Silène à grimper la montagne avec sa canne ; un autre dieu Pan regarde au sommet du rocher un dernier personnage (Pan, lui aussi). « C’est le ciel, mais un ciel chargé de nuages, qui règne au-dessus des rochers de l’île de Naxos. La découverte par Dionysos d’Ariane endormie est présentée avec une singulière poésie : le mouvement arrêté de Dionysos, qu’enveloppe le vent, la grâce du corps nu d’Ariane forment un premier plan qui laisse par derrière s’agiter la troupe insoucieuse des compagnons de Dionysos ; seul le vieux Pan a déjà conscience de la découverte d’Ariane et son geste souligne celui du jeune dieu. Le mouvement d’un satyre, qui se retourne pour appeler son compagnon, resté en arrière-plan, au sommet des rochers, accentue la profondeur d’un espace que la brume du matin rend presque fantomatique. Cette pâleur de l’aube ne marque les corps que d’ombres légères, mais les couleurs tendres, les ors, les verts, les bruns rouges, présentent une variété de tons infinis sous l’effet de la lumière : ici les ombres ne sont plus que des nuances de couleur et la lumière elle-même ne semble que le reflet de ces nuances. » Jean Charbonneaux – Roland Martin – François Villard, Grèce hellénistique, Gallimard, 1970, p. 148.
Le voici aussi porté par son père nourricier, Silène
Bacchus dans les bras de Silène (table en marbre)
Une statue de Bacchus posant le pied sur une panthère
Cet éphèbe a été paré d’une vigne (maison de Fabius Rufus)
Celui-là d’un appendice naturel
Il y a aussi ces médaillons présentant des divinités Cette applique ornait un lit de banquet (triclinum)
Florilège de vases et gobelets
rhyton en argile noisette
En sortant, les soiffards peuvent se rafraîchir le gosier chez CDiscount ( autodégustation non stop)
et glisser un oeil chez Kin Liou au 81 rue du bac (Objets uniques objets anciens objets de charme)
pour dénicher ce superbe vendangeur noir en bronze (le tonneau est en bois) qui daterait du 19ème siècle (dites un prix pour voir)
Voici une étonnant sculpture découverte par l’amie Sylvette à Piégon, dans la Drôme.
Ce petit village de 250 habitants est situé à une dizaine de kilomètres de Vaison-la-Romaine et de Nyons. Tous les ans, le deuxième dimanche de juillet, s’y déroule la fête de la belle vendangeuse et son vide-greniers.
Piégon, la belle vendangeuse
Cette sculpture monumentale de 26 mètres de long dans le safre affleurant (oxyde de cobalt) est l’oeuvre du sculpteur JP Eichenberger, étonnant personnage, fondateur du Centre Artistique de Piégon, qui la réalisa et l’offrit à la commune en 1997 (en savoir plus là).
Addendum (août 2014)
nous y sommes passés en juillet 2014 et avons pris quelques photos supplémentaires
Le GMAC est ce Grand Marché d’Art Contemporain, qui se tient régulièrement en divers lieux de Paris. Ce week-end de la Toussaint, le long du bassin de l’Arsenal près de la Bastille, plus de 500 peintres, sculpteurs, plasticiens y exposaient leurs dernières créations. Le thème était la Femme. Nous y avons rencontré quelques artistes intéressants du point de vue du bon clos.
NoraB, une canouharde, rendait hommage aux vendanges avec cette terre cuite patinée.
Philippe Andrieux, vitrailliste, nous a surpris avec ce carillon fait de bouteilles de verre aplaties
On peut acheter des bouteilles à l’unité (25 euro), et aussi des lampes.
Ce maître-verrier préside l’association Connaissance du Vitrail, et à son atelier à la maison du vitrail 67 rue desnouettes à Paris 15e. Nous lui rendrons visite en voisins !
Lin Min, autre peintre vitrailliste, exposait tout à côté…
Elle aussi s’est fait une spécialité de ces bouteilles peintes aplaties
Avec Yann Rebecq, nous pouvions boire un coup sur le port au bord de la Méditerranée…
servi par ce serveur empressé, de Michel Temim ?
Ce peintre a beaucoup donné sur le thème du vin, nous y revenons en fin d’article.
Avec Vero Van der Esch qui affectionne tranches de vie et instants volés, les verres ne manquaient pas…
C’est ainsi que les chinois trinquent, littéralement cela veut dire cul sec.
Car même si la Chine est d’abord le pays du thé, on y boit des boissons alcoolisées depuis l’âge de bronze au moins, si l’on en croit Hugh Johnson et son histoire mondiale du vin.
Voici quelques bouteilles et gourdes de bronze ou de céramique vues au musée Cernuschi à Paris.
début de l'époque des Printemps et des Automnes (vers -700)bouteille Hu, vers -500bouteille Fang Hou en terre cuite, époque des Han de l'Ouest (vers -100)
Ici un miroir aux motifs grappiformes.
miroir d'argent (8eme siècle)
En fait la vigne n’aurait été introduite en Chine qu’au deuxième siècle avant J.C. par le général Chang Chien, au retour d’une expédition en Bactriane -actuel Ouzbekistan- (des découvertes récentes attestent cependant la présence de vitis vinifera dès le 3eme siècle avant J.C. dans le Xinjiang).
Bonsai vu à la Cité Interdite
grappe en jade
Cet objet qui date de la dynastie Song (vers l’an 1000) servait à réchauffer le « vin » dont on ne sait trop s’il était issu du riz, du raisin ou d’autres fruits…
que l’on buvait dans des gobelets de ce style
Mais dès le 13eme siècle Marco Polo écrivait : « dans la province de Chang-Hai poussent de nombreuses vignes excellentes, qui donnent beaucoup de vin.. » (Hugh Johnson, op.cité).
Plus près de nous, les européens émigrés au début du vingtième siècle dans le Nord de la Chine y ont apporté leurs représentations et leurs us ; voici quelques fers forgés vus à Dalian et Harbin.
grille à Dalian
auvent à Harbin (début 20eme)
seau à champagne exposé à l'hôtel Moderne de Harbinvasque
Harbin beerbarriques de rueporte bouteilles "champenois"
Mais l’usage du vin se répand et la production locale se développe. Voici quelques bouteilles vues ou dégustées.
vins produits à Tienjin avec le concours initial de Rémy Martin
Les grands producteurs sont Changyu, Dynasty, Great Wall et Dragon Seal (en savoir plus ici).
Quant à la qualité de ces vins, on peut lire sur peopledailycom.cn : Selon le célèbre dégustateur de vin britannique, Jonathan : « Changyu Cabernet a un goût de plume fort et particulier, qui fascine les gens.»
On sait que les vins étrangers et notamment français bénéficient d’un immense prestige, et les amateurs chinois font grimper les prix des fleurons de notre viticulture. Il faudra du temps, mais le marché chinois l’attend, comme nous l’a assuré Lambert, jeune manager du Bordeaux Café, récemment ouvert à Dalian.
Nous lui souhaitons le succès. Vive le Bordeaux Café de Dalian, qu’il vive longtemps, très longtemps !
Il ne reste plus beaucoup de temps pour voir l’exposition de photos de Philippe Martineau, un spécialiste de la vigne et du vin, au Pictorium, rue du Moulin Joly à Belleville (jusqu’au 8 juin).
Il y a là un travail saisissant qui s’intéresse tant aux paysages qu’à l’architecture et bien sûr aux bouteilles et aux verres !
Philippe Martineau a récemment publié quelques beaux ouvrages comme « Des boissons et des hommes » et « les plus grands vins d’Europe ».
Pour ceux qui auraient ratée l’expo voici quelques photos notables.
"superposition", domaine Arvay, Hongrie"sous la voûte, ca del bosco, Italie"pupitres d'or", maison Krug, Champagne"le repos du vendangeur", Malaga Virgen, Espagne"Et au loin coule le Douro", domaine Symington, Portugal"Espèce lunaire", Lanzarote, Canaries