la dernière bouteille…

c’est celle que pleurait Gaston Couté , « le gâs qu’a mal tourné », dans sa langue de paysan beauceron.

gastoncouté

« Il flagellait les tartuferies, magnifiait les misères, pleurait sur les réprouvés et sonnait le tocsin des révoltes« , nous dit-on.

On connaissait « sur le pressoir« , chanté par Gérard Pierron dans le recueil de chansons à boire « chanter les vins de Loire » (éditions chasse-marée).

Le même Gérard Pierron qui enchante l’Européen ces jours-ci avec trois musiciens et ses deux complices chanteurs/diseurs Hélène Maurice et Bernard Meulien avec un spectacle dédié à Gaston Couté, le « discours du traineux » .

Gaston Couté en a écrit bien d’autres qui auraient leur place dans le cabinet de lecture du bon clos : le champ d’naviots, après vendanges, feu de vigne, hymne au vin nouveau, les vignes sont gelées, ma vigne pousse, sapré vin nouvieau

On trouvera nombre des oeuvres de ce poète mort à trente ans en 1911, sur le très beau site qui lui consacré.

Voici

LA DERNIERE BOUTEILLE

Les gas ! apportez la darniér’ bouteille
Qui nous rest’ du vin que j’faisions dans l’temps,
Varsez à grands flots la liqueur varmeille
Pour fêter ensembl’ mes quat’er vingts ans…
Du vin coumm’ c’ti-là, on n’en voit pus guère,
Les vign’s d’aujord’hui dounn’nt que du varjus,
Approchez, les gas, remplissez mon verre,
J’ai coumm’ dans l’idé’ que j’en r’boirai pus !

 

Ah ! j’en r’boirai pus ! c’est ben triste à dire
Pour un vieux pésan qu’a tant vu coumm’ moué
Le vin des vendang’s, en un clair sourire
Pisser du perssoué coumme l’ieau du touet ;
On aura bieau dire, on aura bieau faire,
Faura pus d’un jour pour rempli’ nos fûts
De ce sang des vign’s qui’rougit mon verre.
J’ai coumm’ dans l’idé’ que j’en r’boirai pus !

 

A pesant, cheu nous, tout l’mond’ gueul’ misère,
On va-t-à la ville où l’on crév’ la faim,
On vend poure ren le bien d’son grand-père
Et l’on brûl’ ses vign’s qui n’amén’nt pus d’vin ;
A l’av’nir le vin, le vrai jus d’la treille
Ça s’ra pour c’ti-là qu’aura des écus,
Moué que j’viens d’vider nout’ dargnier’ bouteille
J’ai coumm’ dans l’idé’ que j’en r’boirai pus.

Gérard Lavilliers l’a aussi chantée

https://www.youtube.com/watch?v=585-CWVZDLE

Tiens voici « sur le pressoir » chanté par la Tordue

vin de chio

Qu’était ce vin de Chio que, dans l’opéra de Riccardo Zandoni,

zandonai

Francesca da Rimini sert à son époux Gianciotto Malatesta, qui lui ordonne d’en boire, puis d’en faire boire aussi dans la même coupe à son frère le beau Paolo Malatesta ?

FRANCESCA
Ecco, bevete, È vino di Scio.

GIANCIOTTO
Prima bevete, in grazia, un sorso.
[ Francesca accosta le labbra alla coppa. ]
È dolce cosa
Rivedere la vostra faccia, dopo
La battaglia, e da voi avere offerta
Una coppa di vin possente, e beverla
D’un fiato!
[ Egli vuota la coppa. ]
Cosi, tutto si rallegra
Il cuore. E Paolo?
Paolo, vieni. Non hai tu sete? Lascia
Il fuoco greco per il vino greco.
Donna, versategli una piena coppa
E bevetene un sorso anco, per fargli
Onore; e salutatelo, il perfetto
Saettatore.

(le texte est là)

Un vin fameux depuis l’Antiquité.

Produit dans l’île de Chios (patrie putative d’Homère) dans la mer Egée, il était apprécié des Romains.

carte

Pour les habitants de l’île, c’était le fils de Dionysos qui leur aurait appris à faire ce vin rouge foncé. « Le meilleur des vins grecs selon plus d’un auteur », rapporte Alexis Lichine dans son Encyclopédie des vins et alcools, « irréprochable et qui ne donne jamais mal à la tête », « évidemment un breuvage doux et plutôt épais ».

Ainsi Athénée de Naucratis (170-230) dans son banquet des savants recensant les avis sur les vins de son temps :

Théopompe dit que les habitants de Chio ont les premiers planté et cultivé la vigne, et fait du vin noir : selon lui, ils l’apprirent d’un fils de Bacchus, nommé Enopion,  qui peupla cette île. Il ajoute que ce furent ces insulaires qui en communiquèrent la culture aux autres hommes.

Hermippus fait ainsi parler Bacchus :

« Le vin de Mende fait pisser les dieux même sur leurs tapis mollets. J’aime la douce saveur du vin de Magnésie : quant à celui de Thase, il répand une légère odeur de pomme ; mais je le regarde comme le meilleur de tous les vins, après le vin parfait et innocent de Chio.

Et Eubule :

« Après avoir pris du Thase, ou du Chio, ou du Lesbos, dont les gouttes sont autant de gouttes de nectar. »

En général, le vin de Chio est digestif, nourrissant ; il fait un bon sang, engraisse, et est des plus favorables à la santé, vu les excellents principes dont il est formé.

Quinze siècles plus tard, en 1700, lors d’un grand Voyage au Levant entrepris sur ordre du Roy, le botaniste Joseph Pitton de Tournefort visitera Chio. Voici ce qu’il dit de ses vignes et de son vin :

tournefort1

tournefort2

tournefort3

Et ce qu’en dit l’Encyclopédie de Diderot et d’Alembert, assez fidèlement…

articlencyclo

articlencyclo2

Et voici l’emblème de l’île, frappé d’un sphinx, d’une amphore et d’une grappe de raisin,

piece431BC

cette pièce daterait de 431BC

piece chios

amphores pleines d’un vin de Chio devenu comme un baume par le long travail des ans (Chateaubriand)

de cette ville orgueilleuse qui connut un destin cruel.

Au cours des siècles maintes fois assiégée, ravagée, pillée, elle passa sous domination ottomane au 16eme siècle. En 1822, au cours de la guerre d’indépendance grecque, sa population qui comptait alors plus de 100 000 habitants, fut massacrée ou réduite en esclavage par les Turcs.

Les Turcs ont passé là : tout est ruine et deuil,

Chio, l’île des vins n’est plus qu’un sombre écueil

écrivit Victor Hugo ( l’enfant dans les orientales, 1828).

Rattachée à la Grèce en 1912, Chios compte aujourd’hui 50 000 habitants et ses vignes ne couvrent plus qu’une centaine de « stremmas » (une dizaine d’hectares). Que n’a-t-on, comme le demandait lord Byron, laissé couler le vin de Chios !

In vain—in vain: strike other chords;
    

Fill high the cup with Samian wine!


Leave battles to the Turkish hordes,
    

And shed the blood of Scio’s vine:


Hark! rising to the ignoble call—


How answers each bold Bacchanal!

 

 

Vierge à la grappe

Revenons sur cette statue de vierge à la grappe vue au musée de la vigne et du vin d’Arbois.

C’est semble-t-il un thème assez courant aux 15-16eme siècles notamment dans les cités vinicoles.

Comme ici à Beaune (au musée du vin)

viergeauraisinbeaune

à Soisy sur Ecole (Essonne)

Il n’est pas inintéressant de lire les explications données sur Topic Topos, le site du patrimoine des communes de France

« La Vierge et l’Enfant affichent ici, malgré leur maintien un peu raide, des visages souriants qui reflètent l’idéal de bien-être redécouvert à la Renaissance. La grappe de raisin, image médiévale du sang qui doit être versé, se mue en symbole dionysiaque de l’instant à croquer et la colombe, présence de l’Esprit saint, reprend discrètement dans la main de l’Enfant sa connotation antique d’oiseau de l’amour entre les mains du petit Éros. »

viergeauraisinsoisy

Chalou-Moulineux (Essonne)

« Cette Vierge à l’Enfant tient dans sa main droite une grappe de raisin, symbole de la fête célébrée à la mi-août. À cette époque, les raisins ne sont pas encore mûrs. Les festivités sont destinées à demander la prospérité et la bénédiction des vendanges à venir. L’Enfant Jésus tient un oiseau, évoquant le Saint-Esprit. »

viergeauraisinchalot

Ou encore à Troyes à la basilique saint-urbain

sainturbaintroyes

ou ci-dessous à aix en provence (photo jean-louis cambon)

viergeauraisinaixenprovence

ou ce bois sculpté ici avec Sainte Anne(vu sur une page de l’expert christian raud )

viergetsteannetroyes

Et voici des peintures.

Une que l’on peut voir actuellement à l’expo Cranach au musée du Luxembourg

viergecranach

Lucas Cranch, vers 1520

Une autre du fils, Lucas Cranach le Jeune, avec Sainte Catherine

viergetcatherineraisin

Mais la palme va à Pierre Mignard qui peignit cette Vierge aux raisins ( maintes fois copiée) vers 1640

viergegrappemignard

Un exemple de copie, cette Vierge faisant la moue découverte chez un amateur clamartois (avez-vous vu le chapardeur à gauche ?).

Voici enfin une « Vierge des champs et des vignes   » transmise par un de nos lecteurs, Marc Tissot, que nous remercions.

Elle se trouve à Chignin en Savoie où elle a été édifiée en 1897 en réaction à la propagation du phylloxéra.

 

 

 

back chez mélac

Toujours à l’affût de déco originale, nous avons déniché ces bouteilles peintes chez l’ami Mélac. Nous auraient-elles échappé lors de notre précédente visite ?

Nous retrouvons des noms connus, comme Jean-Paul Chambas , et sommes heureux d’accueillir beaucoup de nouveaux dans la galerie du bon clos…

Ils ont nom Olivier Lapidus, Brito (dessinateur bien connu des lecteurs du Canard), Alain Challier, Gérard Guyomard , Arthur Beatty, Christine Ankaoua

Et de gauche à droite Paul Jacquette (*), Charlelie Couture (sic), Lelia (?) Pissarro, Bonnin….

(Photos Bernard Chatreau)

* « Peintre contemporain »,comment ne pas aimer ce « pique-nique »?

Poursuivant notre tour voici un alambic rutilant

Déjà l’heure de rentrer ?

La Khamriade (l’éloge du vin)

Ou plutôt la Khamriyya est l’oeuvre d’un poète égyptien du 13eme siècle rencontré récemment à la Percée du Vin Jaune , Umar Ibn al-Faridh,   » Sidi Umar « . Il chante cet éloge du vin étonnant en terre d’Islam. C’est que le vin dont il s’agit est d’essence divine ? Les traductions sont infidèles. Voici l’une, d’esprit mystique :

Nous avons bu à la mémoire du Bien Aimé un vin qui nous a enivrés avant la création de la vigne

Notre verre était sa pleine lune, lui, il est un soleil ; un croissant le fait circuler

Que d’étoiles resplendissent au fond du verre quand on s’en abreuve

Sans son parfum, je n’aurais pas trouvé le chemin de ses tavernes

Sans son éclat, l’imagination ne le pourrait concevoir.

( Dermenghem Emile, Omar ibn af-Fârid, L’éloge du vin, poème mystique, traduction de E. Dermenghe) Nous en avons retrouvée une autre complète assez différente dans une anthologie de poésies arabes rassemblées et commentées par Grangeret de Lagrange parue en 1828. Umar Ibn Al_FAridh est peut-être le plus grand poète mystique d’Egypte, où il est fêté comme un saint. Voir l’article passionnant de Pierre-Jean Luizard dans Egypte monde arabe n°14 1993.

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Arbois… donc un coup !

Revenons à cette Percée du Vin Jaune qui se déroulait à Arbois, les 5 et 6 février derniers.

(tous les détails sur FR3 Franche Comté )

Le vin d’Arbois, on le sait, plus on en boit, plus on va droit !

C’est sans doute ce qu’avaient en tête les près de 60 000 amateurs venus participer à cette 15eme percée, en goûtant les crus de pas moins de 84 domaines.

Disons deux mots de ce vin issu du cépage savagnin, qui demande un peu plus de 6 ans de maturation en foudres pour voir se développer un voile de levures produisant une molécule, le sotolon, à l’origine de son goût étonnant de noisette et de curry qui ne plait pas à tout le monde mais dont les amateurs ne peuvent plus se passer.

Le vin d’Arbois  est d’une haute antiquité. On se plait à dire que Pline le Jeune mentionnait déjà les vins du Jura (en fait rien n’est moins sûr (cf l’ouvrage d’émile gauthier : forêts et agriculteurs du jura, les quatre derniers millénaires pp 147-8) ; mais au 13eme siècle le trouvère Jacques Bretex écrivait, dans le Tournoi de Chauvency :

… foi que devez

au vin d’Erbois que vous bevez ..

Toute la ville avait fait assaut de coqueterie pour la circonstance.

Voici ce que l’on pouvait découvrir en venant de Poligny, passage obligé pour monter dans les navettes et rejoindre Arbois.

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Une installation de brûles-sarments annonçant cette sculpture monumentale.

Un peuple débonnaire éclusait des godets dans la bonne humeur.

foule

 trois jeunesses qui « récupèrent » sous un  porche

L’école maternelle était de la partie.

avez-vous vu ?

decoecole

Le clou de la fête fut sans doute cette bouteille datant de 1774 vendue aux enchères pour 57 000 euro !

L’église Saint-Just n’était pas en reste avec une exposition baptisée « vin de l’ivresse, vin de la sagesse »…

En tout bien tout honneur car nous dit-on « l’ivresse mystique est sobre… l’alcool […] n’est qu’une contrefaçon de la seule véritable ivresse à laquelle Dieu invite toute l’humanité« 

on y pouvait découvrir les méfaits de l’ivresse avec Jacobus de Voragine (chroniqueur du 13eme siècle)

vs. le Pont des Anges attribué à un comte de Poupet par Luc Boilley (sic)

le festin d’Assuerus, sous la treille comme il se doit ( Jacopo del Sellaio, 15eme siècle)

festindassuerus

et un bel exemple de prosélytisme oecuménique, cette évocation de Ibn Al Fâridh, poète mystique arabe du 12eme siècle qui écrivit l’éloge du vin !

Au hasard des rues on pouvait découvrir cette treille « de Lignan plantée en 1854 par Zenon Morin et entretenue par le domaine Jacques Tissot ».

Il ne fallait pas manquer bien sûr la visite du musée de vigne et du vin, installé dans le chateau Pecauld.

vitrail de saint-just

Ce vitrail de l’église saint-just représente les porteurs du « biou », cette grappe géante faite d’une multitude de grappes confectionnée chaque année en l’honneur de saint-just début septembre.

bouteille historique de 1774, tiens.

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Plus originaux cette Vierge au raisin, pierre polychrome du 15eme siècle provenant de l’ancien hopital d’Arbois

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et ce garde-vignes, mais on s’étonne de ne pas voir de grappes à garder !

enfansdarbois

Mais réservons notre Palme pour l’exposition d’art contemporain où nous avons déniché quelques belles choses.

Figure imposée aux artistes : utiliser comme support les filtres utilisés pour filtrer le vin avant la mise en bouteille, sortes de carrés de papier cartonné de 50 cm sur 50  environ.

Voici quelques oeuvres qui ne dépareront pas dans la galerie du bon clos.

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deux brûle-sarments, de Chantal Rident

Jadis… le foulage, d’Arlette Badoz

nouvelle histoire du vin jaune, par Luce Clavel Davignon (acrylique, encre de chine, collage)

Le bon Pasteur en est tombé du paquetage, dirait-on

Pasteur hip’ sation, de Michel Veysset (respectueuse impertinence)

Ce sculpteur affectionne aussi photo et video. Voici une série sur l’art et la manière de boire…

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enfin cette grappe extraordinaire, d’Yves Gravel

Une belle fête donc, que l’on quitte en psalmodiant : l’an prochain à Ruffey sur Seille ?

Au grand Colbert

Voici une jolie brasserie qui se cache derrière la Bibliothèque Nationale, au numéro 2 de la rue Vivienne.

entrée

L’immeuble date de 1828 et abritait des magasins d’articles de mode dont l’un prit le nom de grand Colbert sous Louis-Philippe, nous dit-on. Un « bouillon » ouvert en 1900 garda ce nom, pour laisser la place après rénovation à l’actuel restaurant en 1985.

Qu’a-t-il de si extraordinaire ? Outre un « bon manger » comme on en trouve dans ce beau pays, une décoration d’époque qui met en valeur le volume de la salle (6m sous plafond) et dont nous ne citerons que le papier peint en trompe-l’oeil à la pierre cietti , on comprendra pourquoi.

papierpeintcolbert

Et ne quittons pas ce lieu sans un coup de chapeau au grand homme.

colbert

 

 

 

 

Cabanes vigneronnes du Biterrois

On les appelle cabinets de vignes, choquettes, loges, cabioles, grangettes, mazets.. selon la région. Elles servaient à entreposer le matériel de viticulture. Un site leur est consacré :cabanesdevignes.fr, qui mérite vraiment une visite.

Après avoir été longtemps abandonnées aux amoureux et aux sans logis, depuis quelques années elles font l’objet de réhabilitations diverses.

Saluons ainsi l’initiative des autorités de l’Agglomération de Béziers et de l’agence artistique atdown.fr qui ont entrepris de mettre en valeur les cabanes vigneronnes et autres édicules épars dans les vignes.  C’est peint à la bombe, on cite les artistes Zest et Vania .

Voici quelques réalisations, qui nous parlent de vin.

unbuveur

un buveur

destonneauxetdesgrappes

ducôtédesérignan

du côté de Sérignan

routedevalras

route de valras

 

routedebedarieux

route de Bédarieux

ducôtédelignan

du côté de Lignan sur Orb

Vaux-de-vire

Olivier Basselin , foulon de draps, vivait à Vire au 15eme siècle. On lui doit les premiers poèmes bachiques et chansons de table à une époque qui ne connaissait que les fabliaux, qui prêchaient l’amour et la dévotion.

Il les appelait les vaux-de-vire, et l’usage en fera bien plus tard des vaudevilles. Ce sont des chansons naïves, sans prétention, transmises de bouche à oreille, qu’un compatriote normand (Jean Lehoux) réussit à faire imprimer un siècle après sa mort.

Voici quelques échantillons sélectionnés par le bon clos.

elogedenoé1

elogedenoé2

NB : il ne s’agir pas là du roi Lycurgue de Thrace qui eut maille à partir avec Bacchus

 

laguerretlevin1

laguerretlevin2

laguerretlevin3

comparaisonsbachiques1

comparaisonsbachiques2

lescomparaisonsbachiques3

Il y en a soixant-quatre comme ça .

maison

Raschi, vigneron champenois

Certes ce n’était pas encore « le » champagne, mais on cultivait déjà la vigne dans la région de Troyes au onzième siècle. Le nom d’un de ces vignerons est parvenu jusqu’à nous : Raschi, contraction de RAbbi CHlomo ben Itzchaki (fils de).

timbre

voir  le dossier consacré à Raschi par La Poste surle site http://actutimbree.laposte.fr/

Et oui à cette époque les Juifs cultivaient la terre,mais c’est par l’étude que Raschi parvint à la notoriété, une notoriété qui a traversé les siècles et les frontières. C’est en effet en quelque sorte le père de l’éxégèse biblique et talmudique, un traducteur exigeant des textes anciens dont les commentaires font toujours autorité.

On connait l’importance de la vigne et du vin dans les textes sacrés : on peut s’en rendre compte par soi-même sur le site sefarim.fr qui dispose d’un moteur de recherche par mot-clé ; on  trouve ainsi dans l’Ancien Testament 158 occurences de « vin » (et 69  de « vigne »), juste derrière le pain (189) et l’huile (188) ;  le miel (56) et le lait (46) sont loin derrière.

Qu’en penser ? au bon clos on ne prétend pas rajouter des gloses après tous ces patriarches ; on rappellera simplement la légende hébraïque qui rapporte qu’un ange arrosa de sang d’agneau, de lion et de porc le cep que Noé planta sitôt débarqué de son Arche, signifiant ainsi qu’un verre de vin rend doux comme un agneau, deux fort comme un lion, mais au-delà, bonjour les dégâts (traduction libre en français de la fin du 20eme siècle)…

Raschi écrivait en caractères hébraïques, mais utilisait largement la langue vernaculaire, c’est-à-dire le français du onzième siècle.

C’est ainsi que bien des mots de la viticulture nous sont parvenus. En voici quelques uns, rapportés par le linguiste Raphaël Lévy dans un article daté de 1956 : l’aspect linguistique de la littérature judéo-française

chienes, jaines = fleur de vin (moisissures)

ordon = rangée de ceps de vignes

paissel = échalas, pieux pour soutenir la vigne

sac = quantité de raisin mis sous le pressoir

sospiriel = trou pratiqué dans un tonneau

Le lecteur qui voudra en savoir plus se rapportera utilement aux « gloses françaises dns les commentaires talmudiques de Raschi  » disponible sur Gallica. En voici quelques autres, parmi plus de mille…

bufet= piquette, vin de marcs

carole = « vase à vins avec des tubes auxquels plusieurs personnes peuvent boire en même temps »

cepiere = fabriquant de ceps (?)

corjède : sarment particulièrement long

doisil = trou dans un tonneau

enter = enter

entonedoir = entonnoir

espenir = épanouissement (de la vigne)

estende = filtre (pour le vin)

fresc = vin frais tiré du tonneau

jumeles, serors = montants du pressoir

mait, maiz = huche, partie du pressoir ou on met le raisin

ponton = grand tonneau

redegier = soutirer du vin, tirer au clair

redorte = clayonnage retenant le raisin dans le pressoir

solder = souder, boucher (pour un tonneau  défectueux)

tonels = tonneaux

treil(l)e(s) = treille

viz = vis de pressoir

souslatreille