Eloge de la Bénédictine

Cette boisson, dont l’invention en 1510 par un moine vénitien, Dom Bernardo Vincelli est plus qu’hypothétique, est la création d’un négociant en vin, Alexandre Le Grand, qui l’aurait concoctée vers 1863, à partir d’un vieux grimoire d’alchimiste. Rien à voir donc avec ces pauvres Bénédictins, contraints par leur Règle de ne boire guère qu’un quart de litre de vin par jour, si ce n’est cette filiation douteuse !

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vendanges 2013 à Clamart

Voici de nouveau venu le temps des vendanges à Clamart. Elles se dérouleront les 27 et 28 septembre pour les raisins hâtifs et précoces, les 11 et 12 octobre pour les autres.

Le pressoir est en place, son fond remastiqué, nous disposons maintenant d’un érafleur électrique, toute l’attention des bénévoles (dix-sept sont annoncés, il y aura même des people) pourra se concentrer sur le tri des raisins.

Au Clos des Volontaires, nous vendangerons le 10 au soir et attendons les amis qui viendront obligeamment nous prêter main forte. Nous les restaurerons, qu’ils se le disent !

 

Très illustres Buveurs

Buveurs très illustres, et vous goutteux très précieux…

Ainsi commence le Tiers Livre des faits et dits héroïques du bon Pantagruel,  de François Rabelais. Dans une autre édition, ces « bevveurs » suivent les  « Bonnes Gens ». Dans le Prologue de Gargantua, ils précèdent les Vérolés. Bref, c’est bien à nous, aux gens de bien et autres buveurs de prime cuvée, que s’adresse Maître François.

L’expression a dû faire florès car un siècle plus tard, vers 1635, le graveur Abraham Bosse  (collaborateur et ami de Jacques Callot, émule du mathématicien Desargues qui l’initia aux lois de la perspective) publie une planche intitulée

« Aux buveurs très illustres et hauts crieurs du Roy boit« 

(« le roy boit » est l’acclamation traditionnelle  du tirage des rois, thème de prédilection de  Jakob Jordaens)

Cette planche (que l’on peut trouver sur gallica) mérite qu’on la regarde de plus près. Ils sont là vingt-quatre, du Roy au Portier, du Sommelier au Laquais, à proclamer leur bachique addiction. Chacun y va de son épigramme. Voici, à tout seigneur tout honneur,

le Roy : »Bacchus me fait maintenant croire Que je suis prince quand je bois »

Le Chancelier : « J’ordonne qu’on boive en délices Aux bonnes grâces des Destins »

Le Conseiller d’Etat : « Et que chacun prenne sa coupe Pourvu qu’on ne s’enivre pas »

Le Médecin : »…qu’on boive tant qu’il en tonne Et que l’on remplisse les pots »

Le Musicien : » Ma voix sait charmer les oreilles Je ravis les coeurs doucement Mais pour bien faire des merveilles iIl me faut boire abondamment »

Le Maitre d’hôtel : « Les mets que je sers sur la table Sont pour faire boire à tous coups Que le bon vin est souhaitable Au monde rien n’est de plus doux »

Et bien sûr l’Echanson : « Je fais courir parmi le monde Pour du vin bien délicieux Quand mon Prince en boit à la ronde Il se croit le maître des Dieux »

Le Sommelier : » Courage enfants bravons l’ennui le bon vin ne nous manque pas C’est lui qui réjouit la vie Et qui surmonte le trépas

Le Tireur de vin :  » Quoiqu’on me tienne en peut d’estime Pour me mettre à tirer le vin J’entends bien le jeu de la prime L’on me croit sot mais je suis fin »

Le Laquais « Je ne vais jamais en campagne Alors que l’on fait un banquet Ai-je bu du bon vin d’Espagne Je cause comme un perroquet »

Le Portier : « Toujours une douleur me presse Si je ne suis parmi le vin »

Le Suisse : Quand je suis saoul j’ai du courage Rien ne peut être mon vainqueur Surtout le vin et le fromage Sont les bons amis de mon coeur »

Laissons le  dernier mot au Fou : « Ma gloire gît en la bouteille Je veux mourir dedans le vin Rien ne contente mon oreille Si ce n’est le bruit d’un festin « 

 

En ce temps de vendanges..

 

On ne saurait mieux dire ! Ces vers sont de Ronsard, qui a traduit en vers français l’hymne à Bacus, écrit en latin par Jean Dorat.Celui-ci préférait le latin, et le grec…

C’est le mentor de la Pléiade, nous dit-on sur le site pantherspirit.com. C’est le plus important poème français consacré à Bacchus de la Renaissance, apprend-on.

L’hymne est dédié à Jean Brinon, fameux mécène héritier d’une immense fortune, qui vécut entre 1520 et 1555, chéri des poètes et des humanistes. Comme dit Ronsard :

Te serai-je toujours redevable, Brinon ?
Je pensoi estre quitte en paiant un canon,
Une dague, un Bacus, un verre, une alumelle,
Et voicy de rechef une debte nouvelle.

En quelques trois cent vers, il raconte l’histoire du dieu, sa « naissance » à Thèbes où Junon, furieuse de l’infidélité de Jupiter, fit avorter sa mère Sémélé, sa gestation dans la cuisse de Jupiter, l’ « accouchement » en Arabie, puis son envoi à Nyse auprès des nourrices Ippe, Inon, Athame et Mélicharse. Comment il échappa de nouveau à la fureur de Junon qui voulait le faire manger par une chienne…. Et comment

« soudain tu fus fait
D’un jeune enfant qui tette un jouvenceau parfaict ».

La rencontre décisive avec le bouc,

Sans ce père cornu tu n’eusses point trouvé
Le vin, par qui tu as tout le monde abreuvé.
Un grand bouc qui broutait la lambrunche sauvage :
Et soudain qu’il eut bien de la vigne brouté,
Tu le vis chanceler comme yvre d’un costé…
A l’heure tu pensasqu’une force divine
Estoit en cette plante, et bêchant sa racine,
Songneusement tu fis ses sauvages raisins
En l’an suivant d’après adoucir en bons vins
 

Le départ en char, talonnant Silene, entouré des Ménades, Pans, Sylvans, Lenes, Thyades, faisant « grand bruit de corps et de tabours » pour « enseigner aux humains l’usage de ton vin« . Les mille noms qu’il reçoit, et parmi ceux-ci « Bacus le Vendômois« , car

« Tu vins camper ton ost au bord gauche de l’onde
De mon Loir, qui pour lors de ses couteaux voisins
Ne voyait remirer en ses eaux les raisins »
« (Miracle) tout soudain fertile, elle produit
La vigne hérissée en feuilles et en fruit
Là ta main provigna une haute coutiere
Qui de ton nom Denys eut nom la Denysiere »

 Restons en là.

Le texte intégral, en latin et en français, est publié sur gallica,

et disponible intégralement ici