C’est le titre d’un opéra-comique de Charles Lecocq qui date de 1882. Il recèle un boléro fameux : «un soir Perez le capitaine… », un air de l’héroïne, la princesse Micaëla.
Nous avons eu la chance de l’entendre (parmi d’autres merveilles) il y a quelques jours aux Offenbachiades du Briançonnais, chanté par Isabelle Philippe, soprano colorature, bien connue des lecteurs du Bon Clos (voir le mariage aux lanternes, et doux jus de pomme par exemple). Elle était accompagnée au piano par Yoshiko Moriai.
« L’intrigue tourne autour d’un mariage royal arrangé et de la détermination de l’époux réticent à le renverser. Il découvre finalement que son épouse royale est en fait la femme dont il est tombé amoureux sans connaître sa véritable identité.»
Poussé par la curiosité, nous avons découvert que « Le coeur et la main » recelait aussi des couplets à boire, qu’on peut retrouver sur la partition (pp 42-)
Car bien vite apparait une troupe de soldats. Ils ont soif !
Au soldat après la parade, Sous les chauds rayons du soleil, Il faut bien qu’on verse rasade D’un vin généreux et vermeil. Mais si c’est la main d’une femme Qui lui remplit son gobelet Le soldat a la joie à l’âme Car il a tout ce qui lui plaît.
Le soldat est d’humeur vaillante, Le danger ne lui fait pas peur ; Mais lorsque la soif le tourmente Il perd moitié de sa valeur. Le soldat adore les femmes Et pour admirer deux beaux yeux II irait au travers des flammes, L’amour le vin voila ses dieux.
Ah ! Pepita verse rasade A ta santé ! Et nous trinquons camarades A la beauté. Allons, verse nous rasade : A ta santé ! Buvons, trinquons camarades : A la beauté ! Allons verse, verse,verse,verse, verse nous rasade… (ad lib.)
On retrouve les soldats plus tard, un des leurs (Baldomero, un brigadier) est nommé lieutenant.
Nous allons parler d’un poète anglais, Robert Herrick, déjà rencontré en nous intéressant au « Wassailing« , cette pratique britannique du toast porté encore aujourd’hui jusqu’aux arbres fruitiers pour lesquels Herrick a composé un quatrain fameux.
Robert Herrick
Disons tout de suite que le Sack est le nom donné au 16ème siècle par les anglais au vin fortifié qu’ils faisaient venir des Canaries, de Majorque et du sud de l’Espagne. L’origine est discutée. Mais le terme comme la chose était populaire. Ainsi Shakespeare fait-il dire à Falstaff : « If I had a thousand sons, the first humane principle I would teach them should be, to forswear thin potations and to addict themselves to sack. »
Falstaff par Grützner
Pour parler de Robert Herrick, nous nous basons sur la thèse de 600 pages écrite en 1911 par FLORIS DELATTRE, professeur d’anglais au lycée Charlemagne, et sur la synthèse en 30 pages que lui a consacré Camille Chemin, professeur au lycée de Caen, dans la Revue Pédagogique, en 1913. L’homme, né en 1591, vécut une vie d’étudiant assez dissolue au Trinity Hall à Cambridge.
« On s’habille de couleurs extravagantes. On fume partout, jusque dans le hall de Trinity, et même dans l’église de St Mary. On assiste aux combats d’ours et de chiens. On danse, malgré la défense expresse des Proctors. » « On fréquente beaucoup les tavernes,… On y joue aux cartes ou aux dés, et on y boit ferme, Les jeunes poètes, oubliant de parler latin, y lisent leurs premières œuvres au milieu des applaudissements tapageurs, et Herrick a pu y déclamer quelque version primitive de sa Bienvenue au Vin des Canaries ».
« Welcome to the Sack » est en effet un des deux fameux poèmes écrits par Herrick à la gloire du Sack. Il y dit « son ravissement à retrouver sa liqueur aimée, dont l’éloignement lui avait été si cruel… la comparaison de la liqueur avec une épousée est reprise ici et poussée à l’extrême. La boisson est divine, elle est la Douce Amie, la Sainte du poète. Elle est son allégresse, sa force, et rien ne pourra plus à présent l’en séparer.«
The Merry Drinker de Frans Hals 1627
En voici un extrait (le poème entier compte 92 vers) traduit par Floris Delattre (en v.o. ici)
..Bienvenue, bienvenue, ô mon illustre épouse ; sois bienvenue, ô toi qui couronnes mes vœux. Encor mieux accueillie que l’est la terre heureuse quand, après maints travaux, ballotté par les vents, le marchand la salue de ses pleurs, découvrant les toits de son Ithaque où montent des fumées. Où donc t’en allas-tu si longtemps, loin de moi, pauvre chère exilée ? tes grâces mécontentes avaient-elles voulu s’enfuir, et, un moment, prodiguer leurs faveurs à des climats nouveaux ? ou bien t’éloignas-tu pour que ta courte absence excitât plus d’amour et plus d’ardeur en moi ? D’où vient, ma Belle, ton courroux ? Pourquoi, ma Sainte, refuser ton sourire à ton fervent dévot ?… Ai-je été froid dans mes caresses ? négligent, trop modéré dans mes étreintes ? le désir de toi s’est-il éteint dans l’âtre, et nulle braise ne vit-elle en le tas de cendres remuées, y préservant au moins l’éclat d’une étincelle ? Aurais-je divorcé d’avec toi, pour m’unir en fougueux adultère avec un autre vin ? Certes, je te quittai, je l’avoue, mais proteste que je le fis pour mieux affermir mon ardeur, et pour doubler l’amour que je te porte, ainsi que font ceux dont la haine enflamme la passion…
Mais tout a une fin, et sans doute contraint par ses excès, ou par un retour à la raison suite à sa nomination comme vicaire dans le Devon, il écrivit son Farewell to the Sack (en v.o. là)
« Il y chante l’affection qu’il porte à la généreuse liqueur, tout le véritable amour même dont il l’enveloppe, comme il ferait d’une maîtresse adorée. Bien qu’il soit contraint de s’éloigner d’elle, et de sa » beauté ensorcelante, » il l’assure que son admiration amoureuse ne faiblira point. Citons seulement ici le début et la fin du poème :
Adieu, toi qui jadis m’étais si familier, si cher, comme le sang à la vie, plus intime que ne sont des parents, des amis, homme et femme, plus que des époux même, ou que l’âme et le corps?, vie animant nos jours, ou le flanc doux et chaud de l’épousée qui se résigne, mais résiste. Baisers de vierges, et prémices de la couche, caresses, tendres mots, lèvres, virginité, et mille autres douceurs ne purent jamais être plus intimes, plus chères que tu fus pour moi. O toi nectar des dieux et des anges, ô vin qui répands le désir et l’ardeur, dont l’éclat semble plus radieux qu’un pur soleil d’été… …… Mais pourquoi plus longtemps te contempler ainsi d’un regard plein d’amour et d’admiration, puisque je suis contraint de te quitter, de dire : « éloigne-toi » à ta beauté ensorcelante ?… Que d’autres librement te boivent ; qu’ils désirent un baiser conjugal de tes lèvres ; pour moi t’admirant et t’aimant, plus ne te goûterai. Que ma Muse, privée de tes secours d’antan, n’ait désormais recours qu’à sa force première ; et mes vers, jusqu’ici tout pleins de ta saveur, las ! n’exhaleront plus que l’odeur de la lampe !
Herrick publia l’ensemble de son oeuvre en 1648, mais les 2 poèmes dédiés au Sack dateraient des années 20-30 (dixit ChatGPT!)
Pour en savoir plus sur Robert Herrick, voir cet article
Fritz Vanderpyl (1876-1965),néerlandais immigré à Paris en 1899, poète et critique d’art aujourd’hui presque totalement oublié, a publié en 1907 dans son recueil de poésies « les saisons douloureuses » deux sonnets bachiques « à la mémoire d’Omar Khayyàm« , que son biographe Daniel Cunin, qui le qualifiait d' » infréquentable bon vivant parmi la bohème artistique parisienne« , a eu le bon goût de nous faire connaitre. Les voici.
Sonnet I
sonnet II
Celui qui parle ici n’a que trente ans, il se voit déjà vieux et ridé, en proie à la peur de mourir sans avoir « écrit ce qu’on eût dû écrire ». Ah ! Cet ange au « grand verre tentant » ! Le vin est ici l’ami dangereux qui nous éloigne du bon chemin.
Omar Khayyam, lui, était déjà un grand savant lorsqu’il écrivit ses quatrains. Le vin ne s’oppose pas pour lui à l’accomplissement personnel, il en serait plutôt la récompense. Qui donc bois du vin, si ce n’est le sage ? dit-il, et aussi :
Bois du vin…c’est lui la vie éternelle, C’est le trésor qui t’es resté des jours de ta jeunesse : La saison des roses et du vin, et des compagnons ivres ! Sois heureux un instant, cet instant c’est ta vie.
Le site analectapictura.fr , créé il y a 1 an 8 mois, présente déjà 5000 « miettes culturelles choisies ». Nous en avons trouvé une trentaine susceptibles d’intéresser les lecteurs du bon clos…
Le frère Robinet, Ie suis maistrre du Robinet, Prest a tiré du Vin, si tost qu’on le m’ordonne, Mais sans oublier ma personne, Car ie bois a Coupe bonnet.
(Au passage, cette expression « boire à Coupe Bonnet » nous interpelle. Peu d’attestations : on la trouve chez Antoine du Verdier (voir ici), un humaniste du 16ème siècle.)
Le père Dominique Ie bois avec plaisir a la santé du Roy, Afin de bien gagner l’Indulgence pleiniere. Si quelqu’un entreprend de combattre avec moi, Quil s’arme d’un bon verre, et entre en la Corriere.Le père Ignace Ie tire les marrons du feu, Et les ames du Purgatoire. Parle moi de l’Enfer, ie m’en soucie peu, Si iay de la santé et de bon vin a boire.Le père Victoire, A la gloire de Dieu, ie boiray comme un trou, Pourgagner le pardon que l’on gagne a bien boire, Tout m’est un pour cela, ius qu’a faire le fou Car ie pretens icy remporter la Victoire.Le Roy du carnaval Reveillez vous Amis ! Indulgence pleiniere A qui dit le Roy boit, et y boira aussi : Point de Messe a present ; mais sans aucun souci, Beuvons a la Bouteille, et faisons chere entiere
Ce Sac à vin avec sa brouette (1521), est de Hans Weiditz (1495-1537) connu pour ses scènes de genre et pour avoir illustré des oeuvres de Pétanque.
« On le voit manger en cérémonie, assis sous un dais & servi par ses grands officiers ; la Mort est venue se mettre du nombre, & fait en ce moment l’office d’Échanson. Elle verse à boire au Monarque qui lui tend la large coupe, qu’il va vraisemblablement vider pour la dernière fois. Ce Prince tient de la main gauche un papier, sans doute un placet qu’on vient de lui remettre. »
Plus proche de nous, cette invitation à boire d’Helen M. Sinclair (1914)
Voici maintenant quelques oeuvres de Georges Cruikshank, illustrateur et caricaturiste anglais des années 1800-1850, décriant l’alcoolisme.
Tom et Jerry prennent un mauvais alcool, par Georges Cruikshank (1820)
puis le charme est rompu ( la vie à Londres )
Le commerce anglais d’alcool, par Georges Cruikshank (1829)
Oh là là, c’est une idée choquante. Ils fabriquent le gin à partir d’eau-forte : Ils le font exprès pour raccourcir la vie des gens et le vendent à deux pence le quart.
Les enfants de l’ivrogne(1848)
scène d’ivresse dans une boutique de gin avec des enfants à qui l’on donne de l’alcool.
Le Cognac français, du même (1831)
Un siècle plus tard, le combat contre l’alcoolisme est toujours d’actualité…
L’alcool et la prostitution sont les tueurs de l’humanité (1919)
affiche de propagande hongroise
Et maintenant quelques dessins d’humour de l’époque Napoléon III…
Guide du noble étranger dans Paris, tempérance (1863) La vie parisienne – 1ère année – 1863
Un grand diner, un valet (1863)La vie parisienne – 1ère année – 1863
et de la 3ème République
journal satirique Le Rire – 9 février 1895
Une bombe turque étant tombée sur la table (1889) M. de Crac, sans lâcher son verre, prit la bombe et la renvoya par le même chemin chez les Turcs, où elle éclata. Les aventures de M. de Crac – Le petit français illustré du 18 mai
Famille bouteille de champagne, par Heinrich Kley (1909)
Nos viticulteurs (1902) L’album comique de la famille n° 13
Mon mari est cachottier, par Perré (1928) Midinette n° 90, le journal illustré du 3 août 1928
Nous finissons avec des scènes de genre, comme cette inspirante » fine bouteille « de Daumier
Daumier : la fine bouteille (1864)
et ce touchant « verre de vin » de Jean Veber (1905)
Le verre de vin, par Veber Jean (1905)
Arrêtons nous là avec cette affiche pour le vin mousseux Robba de Leonetto Cappiello (1911), que nous avons rencontré à plusieurs – reprises.
Cette chanson moque des moines qui font bombance en oubliant leurs compagnons. Nous verrons comment ceux-ci voudront se venger et ce qu’il en advint. Nous sommes bien là dans une tradition rabelaisienne, que l’auteur décrit ainsi : « Il n’ a rien de plus agile, de plus spirituel et de plus malin que le Fond de la besace. On dirait que le souffle de Voltaire a passé la-dessus ». Et plus loin il confesse : « Je l’avoue humblement, il n’y a guère de chansons que nous n’ayons plus chantées que celle-ci, mes camarades de collège et moi, aux heures de promenades et de récréations… »
les 3 frères Etienne, Eugène et François
Un jour le bon frère Etienne Avec le joyeux Eugène, Tous deux la besace pleine, Suivis du frère François, Entrant tous à la Galère*, Y firent si bonne chère Aux dépens du monastère, Qu’ils s’enivrèrent tous trois.
Ces trois grands coquins de frères, Perfides dépositaires Du dîner de leurs confrères, S’en donnent jusqu’au menton : Puis, ronds comme des futailles, Escortés de cent canailles, Du corps battant les murailles, Regagnèrent la maison.
Le portier, qui les voit ivres, Leur demande où sont les vivres. « Bon ! dit l’autre, avec ses livres, Nous prend-il pour des savants ? Je me passe bien de lire, Mais pour chanter, boire et rire, Et tricher la tirelire, Bon! à cela je m’entends.»
Au réfectoire on s’assemble, Vieux dont le râtelier tremble Et les jeunes tous ensemble Ont un égal appétit. Mais, ô fortune ennemie ! Et bien fou qui s’y confie, C’est ainsi que dans la vie, Ce qu’on croit tenir nous fuit.
Arrive frère Pancrace, Faisant piteuse grimace De ne rien voir à sa place, Pour boire ni pour manger. A son voisin il s’informe, S’il serait venu de Rome, Quelque bref portant réforme Sur l’usage du dîner.
« Bon ! répond son camarade, N’ayez peur qu’on s’y hasarde, Sinon, je prends la cocarde Et je me ferai Prussien. Qu’on me parle d’abstinence Quand j’ai bien rempli ma panse, J’y consens ; mais sans pitance, Je suis fort mauvais chrétien.
— Resterons-nous donc tranquilles Comme de vieux imbéciles ? Répliqua père Pamphile Oh ! pour le moins vengeons-nous ; Prenons tous une sandale, Et sans la crainte du scandale, Allons battre la cymbale Sur les fesses de ces loups. »
Chacun ayant pris son arme, Fut partout porter l’alarme ; Mais au milieu du vacarme, Frère Etienne fit un p… Mais un p… de telle taille, Que jamais jour de bataille, Canon chargé de mitraille, Ne fit un pareil effet.
Ainsi finit la mêlée ; Car la troupe épouvantée, S’enfuyant sur la montée, Pensa se rompre le cou ; Tandis que le frère Etienne, Riant à perte d’haleine, Et, frappant sur sa bedaine, Amorçait un second coup.
Les paroles sont de je ne sais qui (anonyme). S’appuyant sur la phrase « et je me ferais prussien », Nisard date la chanson de l’époque de la guerre de sept ans (1756-1763).
L’air est celui des Trembleurs de Lully (Isis, 1677), consigné dans la Clé du Caveau (731), dont s’inspirera Purcell pour son fameux Cold Song dans King Arthur (1691), et que reprendront des dizaines d’oeuvres comme on peut le voir sur le site Theaville.
Des chansons bachiques, dont Nisard va chercher les origines jusqu’aux scolies des Grecs (Alcée, Anacréon, Simonide), son ouvrage en écrit l’histoire, jusqu’à la glorieuse époque du Caveau fondé en 1729 ou 35, c’est selon, dont il cite les plus populaires à son époque :
« Plus on est de fous, plus on rit », et « l’Eloge de l’eau », avec le refrain : C’est l’eau qui nous fait boireDu vin (ter); l’une et l’autre d’Armand Gouffé; le Cabaret: « A boire je passe ma vie »,., par J.-J. Lucet; le Mouvement perpetuel,« Loin d’ici, sœurs du Permesse, » etc., et le refrain fameux « Remplis ton verre vide, Vide ton verre plein, » etc.; Vive le vin! la Barque à Caron; les Glouglous; plus récemment, une demi-douzaine de chansons de Désaugiers, comme le Panpan bachique : Lorsque le champagne. Fait en s’échappant Pan pan, Ce doux bruit me gagne L’âme et le tympan le Délire bachique: Quand on est mort, c’est pour longtemps. Dit un vieil adage Fort sage le Carillon bachique : Et tic, et tic et tic, et toc et tic, et tic et toc, De ce bachique tintin Vive le son argentin enfin le « Nec plus ultra de Grégoire »
J’ai Grégoire pour nom de guerre. J’eus en naissant horreur de l’eau Jour et nuit, armé d’un grand verre Lorsque j’ai sablé mon tonneau, Tout fier de ma victoire Encore ivre de gloire, Reboire, Voilà, Voilà Le Nec plus ultra Des plaisirs de Grégoire
Ensuite, « dès que Béranger commença de faire un peu de bruit… Lui seul ou à peu près chanta pendant trente ans, et l’on ne chanta que ce qui venait de lui. »
Mais nous avons vu qu’on n’en avait pas fini avec la chanson bachique…
Nous attendions depuis des années de le revoir, ce petit opéra-comique créé en 1862 aux Bouffes parisiens, et donné par les Délasscoms en 2012 au petit théâtre de Naples. C’est qu’il recèle un des plus beaux airs à boire que notre génial Offenbach a composé. Il a été donné en version de concert à l’Odéon de Marseille ce dimanche 6 avril, dans le cadre des dimanches d’Offenbach.
Maestro, pianiste, chanteurs, les voilà !
L’intrigue en elle-même est un peu maigre, mais qu’importe ! On est là pour se faire plaisir. L’action se passe en 1750. Le filleul (Gaston) de M. Denis vient en son absence chez celui-ci avec leur nièce (Lucile) qu’il a enlevée de son pensionnat ; mais les soldats du guet (Brindamour et Jolicoeur), conduits par le sergent Bellerose, ont vite fait d’y rattraper les tourtereaux. Heureusement, il y a à la cave un vieux Jurançon (« excellent, mais sournois en diable« ). Et une accorte chambrière (Nanette), qui sait y faire. Car comment ne pas boire à la santé du roi et de la reine (« des militaires ne peuvent pas refuser !« ?
Screenshot
Ecoutons cet air avec on l’espère, la bénédiction des chanteurs, du pianiste et du maitre de cérémonies !
Versez et buvons à pleins verres/ Bellerose ici l’obtempère/ Buvons buvons buvons ! Vive un vin frais et clair qui pétille / Dès qu’il mousse et qu’il brille / rougissant un pur cristal / Du plaisir est le signal. C’est un ami qui charme qui console / Par son pouvoir s’envole / des ennuis des soucis fâcheux / salut vin généreux A notre reine (à notre roi) à notre reine au roi je bois etc. Ah pour eux quelle aubaine / Buvez la coupe est pleine / Ce vin vieux les entraine Mes amis il faut boire /A notre souveraine / A la reine buvez je bois au roi buvons à sa gloire
Voyez ce Jurançon plein de flammes / Il électrise l’âme / Fils d’un rayon du soleil / Comme lui vif et vermeil Frais compagnon oui partout il sait plaire / Il anime à la guerre /Il charme et distrait en garnison / Vive le jurançon! Merci pour le roi pour la reine mais vous ne pouvez refuser de boire aussi à votre capitaine Allons buvons à notre capitaine ça ne peut pas se refuser Ni de trinquer à notre belle demoiselle/Et puis mes amis au bon monsieur Denis, à madame Denis souvenez vous en et finalement buvons çà la ronde à tout le monde buvons buvons buvons buvons… chantons oui trinquons oui chantons et vidons les flacons Ce vin est vraiment un nectar un velours je le préfère à tou les amours et je voudrais en boire toujours buvons buvons…
Notons qu’on n’aura pas vu de tout le spectacle ni monsieur ni madame Denis, partis à la campagne. Mais ce ne sont pas des inconnus pour les spectateurs de l’époque. En effet, en 1808, avait été créé au Théâtre des Variétés « Monsieur et madame Denis ou la veille de la Saint-Jean »,
Demain, songez s’il vous plaît, À me donner mon bouquet.
Madame Denis, tenant la prise de tabac sous le nez.
Quoi ! c’est demain la Saint-Jean ?
Monsieur Denis, rentrant dans son lit.
Souvenez-vous-en, souvenez-vous-en… Époque où j’ai des retours Qui me surprennent toujours.
Madame Denis, se recouchant.
Oui, jolis retours, ma foi ! Votre éloquence avec moi Éclate une fois par an ; Souvenez-vous-en, souvenez-vous-en… Encor votre beau discours Ne finit-il pas toujours.
dont l’air charmant est celui d’un Noël bourguignon (Guillo prend ton tambourin), qu’Offenbach a repris à plusieurs reprises, pour notre plus grand plaisir, dans son Monsieur et Madame Denis.
Dans le vieux port de Copenhague Je pars sur un vieux bâtiment Comme le vent pouss’ au grand largue Je suis le matelot errant. Volant là-haut dans le gréement Je ne peux qu’espérer demain Je tourn’ et vir’ au cabestan Et pleur’ la tête dans les mains.
Alors je pars à la dérive Visitant tous les continents J’erre comme le bateau ivre Qui sombrerait en s’enivrant Et le vin devient dans ma quête Bleu comme l’eau bleue des lagons Rouge comm’ le sang d’une aigrette Coulant à flots sur son plastron
‘ayez crainte que je ne meur’ Et n’en ayez point de remords Satan n’a point sonné mon heur’ Affûté sa faux dame mort Voilà que les lumièr’s s’éteignent A demain seigneur aubergiste Entends ces deux enfants qui geignent Mon dieu que le vin me rend triste.
C’est ce qu’on dit encore aujourd’hui en Angleterre pour porter un toast à l’époque de Noël. Nous avons déjà rencontré cette expression d’origine nordique qui veut dire à votre santé.
Elle a donné son nom à un breuvage que l’on boit en Angleterre à Noël et jusqu’à la nuit des rois (la 12ème nuit voire au delà), à base de cidre chaud, ou de bière, d’hydromel, d’épices, les recettes varient.
En 1913 Camille Chemin, professeur au lycée de Caen, écrivait dans un article consacré au poète Robert Herrick (1591-1674) : « A Christmas …on boit le wassail, liqueur antique « faite d’ale, de noix muscade, de gingembre, de sucre, où l’on ajoutait des rôties de pain ou de pommes sauvages ».
ci-dessus présentant une bouteille de cidre à la reine Elizabeth
Il la fait remonter au 8ème siècle, au temps des vikings conquérants qui disaient vas heil en vieux norrois, expression qui devint wes hael en vieil anglais, formule utilisée dès lors comme formule de boisson, à quoi les anglo-saxons répondaient drinc hail ! A partir du 9ème siècle, waes hail devient le nom du breuvage accompagnant le plus souvent ces libations.
La coutume du wassailing se répandit en Angleterre. Lors de la nuit des rois, les manants allaient de porte en porte, chantant et offrant à boire en échange de dons.
wassailing, une illustration de Jack et le haricot magique (the beanstalk)
Ces chants différaient d’une région à l’autre, en voici quelques uns.
wassail du Kent: wassail, drincail, to you a hearty wassail !
wassail de Gower (pays de Galles): Fal the dal, drink and be merry it’s a jolly wassail !
wassail de l’Essex : come listen to our call !
Gloucestershire Wassail
Wassail, wassail all over the town! Our toast it is white and our ale it is brown; Our bowl it is made of the white maple tree; With the wassailing-bowl we’ll drink to thee!
une autre version dans un verger.
Et en effet, plus étonnant, le waissaling des arbres fruitiers (Orchard-visiting Wassail) est une coutume toujours vivante où les pratiquants vont de verger en verger boire à la santé des arbres fruitiers pour qu’ils produisent des fruits en quantité. Ce court poème de Robert Herrick évoque cette tradition
Wassail the trees, that they may bear You many a plum, and many a pear: For more or less fruits they will bring, As you do give them wassailing.
Les pommiers à cidre faisaient l’objet d’un culte particulier :
Apple tree, apple tree, we all come to wassail thee, Bear this year and next year to bloom and to blow, Hat fulls, cap fulls, three cornered sack fills, Hip, Hip, Hip, hurrah, Holler biys, holler hurrah.
On trouvera de nombreuses paroles et chants dans ce toolkit
A la Halle des Blancs Manteaux, le coutumier Expo4art réunissait 90 artistes. 4 ont attiré notre attention.
Sig (Sigrid HUET) se plait à représenter les jeunes femmes d’origine africaine de la Réunion, communément (et positivement) appelées les Cafrines. En voici deux qui prennent du bon temps, un verre à la main.
Un peu plus loin c’est Carole Géniès, qui peint féminins, masculins, et esquisses.
Son motto : Capturer l’essence féminine, sublimer l’émotion, peindre l’âme. L’art comme un hommage à la femme. On en verra plus sur instagram.
Elle donne envie d’en savoir plus : la soirée a été chaude, les verres n’ont pas été vidés, que s’est-il passé ?
Et pour tous ceux et celles qui ont imaginé le pianocktail de l’Ecume des Jours, en voici une réalisation miniature en diorama. L’auteur ? Alain Pras, qui fut fabricant de maquettes industrielles et se plait maintenant à « mettre en volume une petite histoire teintée d’humour, un clin d’œil à l’art, un hommage aux artistes… »
Merci à tous pour ce bon moment !
Dans un tout autre registre, voici des stèles funéraires mégalithiques appelés balbal qui viennent du Kazakhstan. Le personnage masculin porte une coupe libatoire. Elles datent du 6ème siècle.
On pouvait les voir, exceptionnellement prêtés par les plus grands musées kazakhs, au musée Guimet (expo Kazakhstan, Trésors de la Grande Steppe).
Si ce n’est dans le vin que le mathématicien SIMON PLOUFFE a trouvé la vérité avec cette formule permettant de calculer la nième décimale du nombre Pi,
c’est avec du vin qu’il a célébré cette découverte.
La formule BBP (Bailey-Borwein-Plouffe) permet de calculer le nième chiffre après la virgule de π en base 2 (ou 16) sans avoir à en calculer les précédents. Elle a été obtenue en 1995 par Simon Plouffe en collaboration avec David H. Bailey et Peter Borwein.
Ceux qui n’ont pas peur d’un peu de technique mathématique pourront approfondir le sujet là.
Les autres pourront se remémorer ce quatrain du mathématicien Alphonse Rebière :
Que j’aime à faire apprendre un nombre utile aux sages Immortel Archimède, artiste ingénieur, Qui de ton jugement peut priser la valeur ? Pour moi, ton problème eut de pareils avantages.
Pas facile de trouver des matheux trinquant. En voilà deux