Voici encore un opéra plutôt dramatique où l’on trouve une chanson à boire. C’est à 2h32 mn sur la version jouée au Bolchoi en 1982, et ça ne dure que deux minutes !
Buvons, amusons nous, mettons notre vie en jeu,
La jeunesse est fugace, et la vieillesse ne tarde guère
Noyons notre jeunesse dans le vin, les cartes et l’amour
Ce sont les seules joies du monde, la vie s’enfuit comme un rêve !
Nous avons rencontré l’Épitre à Ambroise de la Porte, parisien, où Ronsard faisait l’éloge de certains vins de Brie, suite à notre passage à Coulommiers. (On a vu que d’Eustache Deschamps à Boileau, les avis sont plutôt contraires.)
Mais Ronsard a des mots réjouissants pour décrire les plaisirs de la vendange…
C’est la Confrérie des Coteaux Briards qui accueillait, ce dimanche 21 janvier, la Saint-Vincent des Confréries d’Ile de France regroupées dans Cocorico.
Avaient répondu présent Bagneux, Saint-Ouen, Yerres, Livry sur Seine, Villiers sur Marne, Coubron, Combs-la-ville, Rosny sous bois, Nogent sur Marne, Clamart…
et les Confréries de la Pomme de Villiers sur Morin, du sucre d’orge de Moret sur Loing, du Brie de Meaux et du Brie de Melun, et de Saint-Grégoire.
La Confrérie des coteaux briards a été fondée en 1990 par Jean Chéron, figure emblématique disparue tragiquement quelques jours avant cette fête.
Depuis 1976 il s’était attaché à replanter des ceps à Coulommiers (au coteau de Monte-à-Peine) et dans les communes avoisinantes. C’est Philippe Jaulneau qui a repris la charge de Grand-Maître.
Après l’office, dans un garage où l’on se pressait pour déguster chocolat et vin chaud,
à l’abri d’une pluie importune et persistante, nous avons eu le bonheur d’assister à la déclamation par Denis Sarazin, historien de la Brie et membre de la Confrérie des coteaux briards, de faits historiques relatés dans le Code rural concernant la répression d’infractions à la réglementation sur la circulation des vins dans les années 1733-34.
On apprit aussi de sa bouche que l’exigüe chapelle ND des Vignes toute proche avait été construite en 1867 à l’initiative du chevalier Gougenot des Mousseaux,
après qu’il eut chassé le diable du lieu avec un cep de vigne !
(Nous reviendrons en fin d’article sur l’histoire des vins de Brie)
Il y eut bien sûr des intronisations,
et près de 170 convives déjeunèrent en musique avec Gilou
et les chanteurs amateurs montés sur scène comme l’ami René Alain, 88 ans, qui en connait des chansons ! Merci à tous, et ne nous quittons pas sans réécouter la chanson culte de Gilou, du temps où il était l’accordéoniste de Licence IV, « viens boire un petit coup à la maison »
Le corps me rompt, le cuer me crie, Quand je pense au pays de Brie: Durs vins y a, neant charnus, Apres de goust, de liqueur nus ;
3 siècles plus tard Boileau n’en disait guère mieux (satire 3) :
« Je consens de bon cœur, pour punir ma folie, Que tous les vins pour moi deviennent vins de Brie »
Ne disait-on pas d’ailleurs « qu’il fallait être quatre pour en boire : un qui buvait, deux pour le tenir et un quatrième pour le faire boire !
Un bémol pourtant, ces vers élogieux de Ronsard (in Epître à son ami Ambroise de la Porte, 1554):
Meaux dont Bacchus soigneux a pris la garde
Et d’un bon œil ses collines regarde,
Riches de vin qui n’est point surmonté
D’un vin d’Ay en friande bonté.
Plus sérieusement, le « Mémoire des Intendants sur l’état des Généralités pour l’instruction du duc de Bourgogne » , réalisé vers 1700, les dit « de qualité fort médiocre, durs et grossiers », vendus 20 à 25 livres le muid, soit quelques 20 centimes actuels le litre en gros, grosso modo, et consommés sur place. Ils sont « sont très propres, à cause de leur dureté, à être convertis en vinaigre »
Le cépage le plus courant était le gouaix (ou gouais, goet, gouet, etc.), très productif.
Gageons que les actuels vins des coteaux briards, que nous n’avons pas encore dégustés, sont d’une bien meilleure qualité !
Voici une oeuvre d’Antoine Bourdelle représentant Beethoven, sur laquelle sont gravées ces paroles attribuées au génial compositeur :
« Moi je suis Bacchus, qui pressure pour les hommes le nectar délicieux. »
Cette citation invite à la réflexion : pourquoi diable Beethoven s’identifie-t-il à Bacchus?
Ces mots ont été rapportés par Elizabeth Brentano, alias Bettina von Arnim, dans une lettre à son ami Goethe, après avoir rencontré Beethoven en 1810. Citons-en plus exhaustivement les paroles :
« je méprise le monde qui ne comprend pas que la musique est une révélation plus sublime que toute sagesse, que toute philosophie ; qu’elle est le vin qui inspire les créations nouvelles? Moi je suis le Bacchus qui pressure pour les hommes ce nectar délicieux ; c’est moi qui leur donne cette ivresse de l’esprit, et quand elle a cessé, voila qu’ils ont pêché une foule de choses, qu’ils rapportent avec eux sur le rivage. »
Voici donc la réponse à notre question : en identifiant la musique qu’il vénère au vin, Beethoven honore l’un et l’autre, qu’il place au-dessus de toutes les créations humaines.
Et voici aussi quelqu’un qui se croyait (sans doute à raison) « sorti de la cuisse de Jupiter », ce n’est pas si courant ! Peut-être un peu forcé car il y a plus d’un compositeur de la trempe de Beethoven (enfin, ça se discute), mais un seul Bacchus ! On lui pardonne, notamment pour ses chansons à boire, mais pas que !
la première est un trinklied, un chant d’adieu qui date de 1792 (WoO109)
Erhebt das Glas mit froher Hand
und trinkt euch heitren Mut.
Wenn schon, den Freundschaft euch verband,
nun das Geschicke trennt,
so heitert dennoch euren Schmerz
und kranket nicht des Freundes Herz.
Nur trinkt, erhebt den Becher hoch,
ihr Bruder, hoch und singt nach treuer Freunde
weisem Brauch und singt das frohe Lied.
Uns trennt das Schicksal,
doch es bricht die Freundschaft treuer Herzen nicht.
(Lève ton verre d’une main joyeuse et bois au courage… Buvez, mes frères, et chantez, comme de vrais amis, ce gai lied)
la deuxième un punchlied ( WoO 111)
Wer nicht, wenn warm von Hand zu Hand der Punsch im Kreise geht, der Freude voll’re Lust empfand, der schleiche schnell hinweg. Wir trinken alle hocherfreut, so lang uns Punsch die Kumme beut.
(Nous buvons dans la joie ce punch qui passe de main en main…)
Prosit, Ludwig !
Bourdelle, Beethoven, Bacchus, Brentano, Bettina, Boeldieu (du nom de l’amie du clos qui nous a signalé cette oeuvre), étonnant, non ? On en reste Bouche Bée !
Des légendes circulaient sur la capacité du guide suprême à tenir l’alcool lors de banquets où se prenaient des décisions politiques. Curieusement il n’est pas facile de trouver de photo de lui avec un verre à la main.
Nous avons trouvé celle-ci, qui est glaçante.From left, German Nazi Foreign Minister Joachim Von Ribbentrop, German Under State Secretary Friedrich Gaus, Soviet head of state Joseph Stalin, and his Foreign Minister Vyacheslav Molotov pose in 1939 at the Kremlin after signing the Soviet-German Non-Aggression Pact. After the ceremony, Stalin proposed a toast: “I know how much the German people love their Fuehrer. I should therefore like to drink to his health.”
Gageons que cette photo n’était pas connue de Picasso !
Nous avons déjà rencontrés Erigone et Bacchus, tendrement enlacés dans une peinture d’Octave Tassaert.Erigone était la fille d’Icarios, roi d’Attique, à qui Bacchus avait enseigné la culture de la vigne et la fabrication du vin. Il la séduisit en prenant l’apparence d’une grappe de raisin. Destin funeste, le roi invita à boire avec lui des bergers qui, ivres, le tuèrent. Erigone, désespérée, se pendit au-dessus de sa tombe et Bacchus la changea alors en constellation de la Vierge.
Voici un dessin du pastelliste Jacques-Philippe Caresme (1734-1796)et une peinture de François Boucher (1745)
A ne pas confondre avec Francois Bouchot (1800-1842) dont voici la version
Celui-ci, plus ancien ( Bertholet Flemal (17ème) semble raconter la fin de l’histoire,
Très pudique la version de Simon Vouet (début 17ème, dite aussi l’automne)
Le mythe d’Erigone inspira aussi musiciens et chorégraphes. Un ballet (de Jean Joseph Cassanea de Mondonville, livret Le clerc de la Bruère) fut ainsi joué à la cour de Louis XV en 1747 (Madame de Pompadour était Erigone..). Il fut ensuite intégré comme acte 2 dans les fêtes de Paphos.
On remercie l’université Harvard d’en avoir mis une interprétation en ligne.
Voici l’argument :
Érigone se lamente ( dieu des amans recois les voeux d’un coeur tendre qui t’implore, mets ta flamme dans mes yeux pour triompher du héros que j’adore) : Bacchus ne lui rend pas l’amour qu’elle lui porte. Mercure vient la rassurer : Jupiter souhaite son mariage avec Bacchus. Il lui conseille de séduire Bacchus en réunissant les Plaisirs. On entend les Sylvains approcher pour célébrer Bacchus. Mercure veut rester seul avec ce dernier. Bacchus arrive sur un char tiré par les Sylvains. Comus et les Plaisirs l’accueillent. Mais Bacchus ne cherche que le repos. Bacchus confie à Mercure que sa gloire ne le satisfait pas. Mercure et Comus vantent les mérites d’une enchanteresse dont on aperçoit le palais. Érigone apparaît, richement parée et accompagnée de ses Nymphes. Bacchus s’enflamme pour celle qui a les charmes de Vénus et les traits de l’Amour. Érigone est celle que Bacchus recherchait pour connaître le bonheur. Bacchus appelle Ménades et Sylvains à célébrer le triomphe de l’Amour. Ballet.
Une nouvelle année commence qui nous donne l’occasion de vous adresser nos meilleurs voeux pour 2018. Et c’est avec le peintre Octave Tassaert (descendant d’une lignée d’artistes anversois) et son torride Bacchus et Erigone que nous vous invitons à vous y préparer.
(Erigone, fille de l’Athénien Icarios, qui avait introduit dans ses États le culte de Dionysos, fut aimée du dieu, qui, pour la séduire, se transforma en grappe de raisin. Apprenant la mort de son père, qui avait été massacré par des bergers ivres, elle se pendit de désespoir.)
Comme chaque année, nous proposons une « piqûre de rappel » pour ceux ou celles qui auraient pu passer à côté d’articles qui nous sont chers.
Aimerez-vous cette chanson peu connue de notre regretté Johnny ? « Il faut boire à la source » (d’eau dans sa version anglaise, mais de vin dans celle francisée par Philippe Labro). Ou plutôt cette chanson écossaise à boire, arrangée par Ludwig Van : « Come fill, fill… »., , et celle des 3 baisers du diable de Jacques Offenbach (le travail c’est la tristesse, le bon vin c’est la gaieté). Ou encore ce festival de canciones latinas de borrachos ?
A ce propos, savez-vous que la fête juive de Pourim est la seule où il est permis de s’enivrer ? Et connaissez-vous la symbolique chrétienne du pressoir mystique ?
Découvrez avec Alexandre Dumas les moeurs des géorgiens et sachez ce que veut dire : « allah verdi » et « yack schioldi ».
C’est un peu vieillot, mais ça a bien sûr sa place dans la discothèque du bon clos.
-Où diable cours-tu si vite, Jean le tonnelier? -Je m’en vais travailler De mon beau métier Au château de Bonne cuite Je vais mettre en train Vingt barriques de vin Livrées ce matin
Y’a d’la mise en bouteilles Au château Du bon jus de nos treilles De Bordeaux Pour respecter les tonneaux, Faut avoir l’âm’ d’un héros Y’a d’la mise en bouteilles Au château
-Où vas-tu donc, pèr’ Gustave, Et Louis, le chauffeur, Et toi, le facteur? -Nous descendons à la cave Jeter un regard Et goûter le nectar De ce vieux renard.
Y’a d’la mise en bouteilles Au château Du bon jus de nos treilles De Bordeaux Mais l’bon vin, quand il fait chaud Fait bouillonner du chapeau Y’a d’la mise en bouteilles Au château
V’la huit jours, c’est fantastique, Qu’y n’sont point r’montés Dit l’châtelain, je vais aller Voir c’qui c’est passé… Mais derrière mes barriques Quels sont ces soupirs, Ces baisers, ces gros rir’s, Qu’est-c’ que ça veut dir’?
Y’a d’la mise en bouteilles Au château Du bon jus de nos treilles De Bordeaux J’crois qu’les garçons du hameau Ont dû s’tromper de goulot Y’a d’la mise en bouteilles Au château
-Tu n’as plus le pas rapide Mais bien chancelant. D’où viens-tu, père Jean, Au nez flamboyant? – Ca y est, mes tonneaux sont vides Hélas, je ne puis Dir’ Qu’il en est ainsi Des fill’s du pays.
Y’a d’la mise en bouteilles Au château Du bon jus de nos treilles De Bordeaux Les soubrettes en prirent trop Ell’s ont le ventre un peu gros. Y’a d’la mise en bouteilles Au château
-Silenc’, Messieurs et Mesdames, Le vieux médecin Va nous donner, enfin, Le mot de la fin -Apprenez, c’n’est pas un drame Que depuis tantôt Il y a au château Douz’ petits jumeaux
Y’a d’la mise en bouteilles Au château Ils aimeront nos treilles Et l’bordeaux Car ils ont, tous ces marmots Déjà douz’ petits pipeaux Y’a d’la mise en bouteilles Au château
Un peu sonné par le décès de l’idole des jeunes, au bon clos où on l’est resté (en tout cas on essaye) on tente de refaire surface en réécoutant ses tubes et ses chansons moins connues.On sait que Johnny aimait le vin (et pas que), témoin cette cuvée du chateau saint-martin de graves à son effigie
« Il faut boire à la source » est une chanson sortie en 1971 dans l’album Flagrant Délit, c’est l’adaptation par Philippe Labro d’une chanson de Joey Cooper « drink from the water » mais « francisée » :c ‘est une source qui distille… du vin.
Derrière la colline Derrière les cheminées Au-delà des nuages de fumée Il y a une source Qui distille du vin Un vin plus enivrant Que tous les vins
Si tu veux le choisir Si tu veux le goûter Il te suffit de franchir la vallée Ce n’est pas très loin Ça ne te coûte rien Il suffit d’oublier tes préjugés
Il faut boire à la source Boire à la source Boire à la source de la vie Boire à la source Boire à la source Boire à la source de la vie
Déchire ton argent Déchire tes papiers Brûle tes vêtements et tes souliers Ouvre grand tes bras et tu retrouveras Le torrent de la vie qui coule en toi