Bonum Vinum !

…laetificat cor hominum, on croit connaitre la chanson (voir ici, et , ou encore ). Pas celle-ci du moins, trouvée sur Gallica.

Elle est d’Emile André et fut chantée par Vialla, vers 1874. Prenons ses accents nationalistes (Fi de la pomme normande ! Fi de la bière allemande !) au second degré !

Le bon vin est l’ami de l’homme, certes. Mais qu’est ce que ce « rogomme » que l’on voudrait abattre ? D’étymologie inconnue, c’est de l’eau de vie, de celle qui casse la voix (on dit voix de rogomme). Le terme est attesté dans Zola, Balzac ou encore Céline.

(On ne sait pas grand chose d’Emile André, qui fut aussi bien compositeur que parolier dans les années 1870-1910. Il collabora notamment avec Robert Planquette ;  il a laissé quelques partitions accessibles sur gallica : des chansons légères, d’autres patriotiques ou sentimentales.)

 

 

Gwinllan a roddwyd

Le vignoble donné… C’est le titre d’un chant patriotique gallois que les festivaliers de Lorient ont pu entendre cet été. Il trouve son origine dans des écrits du leader nationaliste  Saunders Lewis. C’est un standard des choeurs d’hommes gallois. Le voici chanté  par Dafydd Iwan

Ce vignoble qui nous est confié, qui nous est donné, dont nous nous occuperons… est très hypothétique, et pour tout dire, métaphorique.

Il semble n’avoir guère sa place au pays de Galles, au climat frais et humide. Mais tout change ! Il y a actuellement une vingtaine de vignobles au pays de Galles...

Geneviève de Brabant

C’est l’opéra-bouffon que la joyeuse équipe de musiciens et de chanteurs qui se réunit chaque année à Bruniquel  autour de Frank T’hézan et de Jean-Christophe Keck avait choisi de monter cette année. Ce n’est pas la plus connue d’Offenbach, mais elle valait quand même le déplacement !

En 3 actes et sept tableaux, on peut suivre l’histoire moyenâgeuse de Geneviève, chassée par son mari le duc de Curaçao Sifroy (Christophe Crapez, très en forme) qui la croit infidèle. Il y a un félon, Golo, et Charles Martel (excellent Michel Vaissière) est de la partie. L’histoire, rocambolesque, se termine bien…

Il y a quelques désopilants morceaux de bravoure comme cette « poule sur un mur » (qui picotait du pain dur…) ou le « rondeau du pâté » (qui renferme du veau mêlé de jambon..) , mais il faut attendre le 7ème tableau pour découvrir la Farandole…

Voici pour vous mettre en goût, Vous monter la tête ;
L’ivresse doit avant tout Être de la fête…

Buvez de ce punch brûlant Après le champagne ;
Le punch vous fait plus gaîment Battre la campagne.
Qu’on remplisse mon verre Des vins les plus exquis !
Moi, je veux faire Raison à mes amis !
Du bon jus de la vigne, Point ne crains les effets,
Je ne m’indigne Que contre le mauvais !
Boire et rire, C’est tout dire !
Voilà, oui-dà, Ce qui me va !
Je bois le premier verre, A mon pays, toujours !
Je prends le second verre, Pour boire à mes amours !
Boire et faire Bonne chère,
Voilà, oui-dà, Qui me va.
Je vide un autre verre, Pour les amis présents.
Je bois encore un verre. Le dernier, aux absents !

En attendant le CD que l’on pourra gagner lors du tirage au sort quotidien lors d’un prochain festival ou à défaut acheter sur le site du festival, on peut visionner en ligne la version de la Classe de Chant du Conservatoire de Sarreguemines jouée en 2016. La Farandole commence à 2:11:19

In vino delyr

Pas grand chose à Avignon cette année sur le thème du vin ( ou alors ça nous a échappé), si ce n’est In vino delyr, le joli spectacle des Allumés : Sylvie Marin (que nous avions vue il y a quelques années dans les fantaisies oenolyriques)

et Bruno Duchâteau qui joue de l’accordéon… et  de la guitare.

Ils interprètent des chansons connues mais toujours bonnes à se remémorer de Juliette (petite messe solennelle), Gaston Couté (sur le pressoir (paroles et musique) ou encore Gérard Morel (cantique en toque).Outre des chansons de sa composition, Bruno Duchâteau s’est aussi amusé à habiller de paroles bachiques des grands airs lyriques (libiamo, l’amour est un oiseau… fidèle, je veux vivre,- juliette dans le roméo de gounod, etc.) où tout l’art de la soprano Sylvie Marin se révèle, mais aussi des tubes internationaux (manha de carnaval, bacchianas brasileiras… etc.On n’oubliera pas sa version d’Alexandrie Alexandra (le vin d’ici), du tango corse (le rosé corse) Voir ici un résumé video du spectacle

C’est à l’Atypik Théâtre jusqu’au 29 juillet. Courez-y ! Et pas d’inquiétude : tous les spectateurs pourront gouter le château-neuf du pape offert pendant le spectacle !

Aventures médiévales à Clichy la Garenne

Recevant ses villes jumelles, Clichy s’est mis en frais les 9 et 10 juin en organisant une évocation médiévale à laquelle étaient conviées les confréries des Hauts de Seine, exclusivement.

Celles de Bagneux, Issy-les-Moulineaux et Clamart s’y sont retrouvées

et ont défilé, derrière le char de la compagnie Soukha, de l’Office du tourisme au parc des Impressionnistes, leurs beaux costumes suscitant l’admiration des populations. Elles ont bien sûr appréciées les frontons du pavillon Vendôme

où siège l’Office du tourisme.C’est un ancien pavillon de chasse ayant appartenu il y a plus de 300 ans à la maitresse du grand prieur de France…

Joutes, spectacles de fauconnerie, campements médiévaux, etc. allaient occuper les populations pendant tout le week-end…

Hibou grand-duc du Canada  dressé pour la fauconnerie

Amis de Clichy, merci de votre accueil chaleureux.

la nonne sanglante

On peut voir cette oeuvre de Gounod ces temps-ci à l’Opéra Comique. Il s’agit d’un drame qui se termine bien, si l’on veut (l’assassin expie son crime à la fin, libérant ainsi les amants d’un sortilège). Il date de 1854.

Malgré son thème sombre, on y découvre quand même une chanson à boire. C’est au 4ème acte, scène 1

Pour imiter nos braves aïeux, chantons amis, et buvons comme eux !

(extrait du livret de Scribe et Delavigne)

Dans l’extrait ci-dessous (direction d’orchestre Laurence Equilbey) , Jérôme Boutillier est Luddorf (voir l’extrait à partir de 2h07mn25s) 

Cocktail dinatoire à l’Ecole de cuisine Alain Ducasse

On ne peut que saluer l’initiative de l’Ecole de cuisine Alain Ducasse (44 rue du Ranelagh à Paris) et du groupement Inter Rhône de viticulteurs et négociants de la vallée du même nom, d’inviter quelques amateurs et élèves à déguster les vins de la région avec des mets recherchés.

On a pu ainsi déguster Condrieu, Côte Rôtie, Saint-Joseph, Vinsobres, Lirac, Grignan-les-Adhemar et Ventoux, les uns avec des tapenades et olives de Nyons, d’autres avec des gambas poëlées à la mangue, du ceviche de saumon au poivron, oignon rouge et citron vert, de la salade de chou au pastrami, de la terrine de pintade, etc.

De ces agapes on retiendra (il faut bien faire un choix) pour les vins :

le goûteux Grignan-lès-Adhémar cuvée blanc de charme 2017 (assemblage de Marsanne, Grenache et Roussane) du château Bizardle Condrieu du domaine Farjon, aux savoureux arômes de pêche et d’abricot,

et celui du domaine Christophe Pichon, qui fleure étonamment l’écorce d’orangeRetenons aussi du même l’exquise cuvée Promesse de Côte Rôtie (qui n’est certes pas donnée)


Sans oublier ce délectable VDN Rasteau ambré 2009 du domaine des côteaux des Travers, sublimé par un moëlleux chocolat-framboise.Et l’on sort de là un alcootest à la main en fredonnant : Ah quel diner je viens de faire et quels vins extraordinaires…

le triomphe de Michaelina

Ce triomphe-là est celui de Michaelina Wautier, une femme peintre qui vécut au 17ème siècle en Flandres, et fut reconnue de son vivant, puis oubliée, ses oeuvres étant souvent attribuées à son frère Charles dont elle partageait la vie.

Regardons bien en haut à droite cette femme qui, seule, nous fixe.

autoportrait de Michaelina Wautier

 C’est bien elle, si l’on se fie à son autoportrait ! Une exposition lui est consacrée cet été au MAS (museum aan de stroom), à Anvers.

Le vin & la musique à la Cité du Vin

Vin et Musique, l’un ne va pas sans l’autre, le vin pousse à chanter, et chanter donne soif ! (A vrai dire c’est un ménage à trois, car il y a un troisième larron, l’Amour, qui n’est jamais loin !)

nature morte aux instruments de musique et verres de vin, Eugène Appert 1848

Voila pour légitimer la très belle exposition que nous sommes allés voir à Bordeaux, dans cet étonnant carafon dont nous avons déjà parlé.

Dès l’abord on voit des signes prémonitoires comme ces grandes bouteilles trônant sur les terrasses d’un édifice voisin.

Tableaux, objets décoratifs, instruments de musique, livrets et partitions… sont rassemblés là en nombre pour cette exposition. Et l’on peut  aussi écouter de la musique de diverses époques, allant des airs à boire de la Renaissance aux grands airs d’opéra et aux goguettes du  19ème siècle.

Commençons par quelques tableaux. Nombre honorent Bacchus comme ce Triomphe de Bacchus de Nicolaes Moeyaert (1624) qui s’est amusé à représenter des types contemporains de paysan, soldat, ou vieillard réputés bons buveurs…

et ces Bacchanales de Michel-Ange Houasse (1719)

et de Jacques Blanchard (1636)

On aura remarqué les tambourins, omniprésents sur ces tableaux.

On voit aussi des scènes d’auberges où l’on boit au son du violon

scène d’auberge, attribuée à Jan Steen

buveurs devant une auberge italienne, Johannes Lingelbach 1650-5

des poètes attablés (ci-dessous Piron, de Jacques Autreau, début 18ème),

(NB : le verre en haut à gauche ne fait pas de la lévitation, il est suspendu à un patère)

des buveurs jouant de la musique

joyeuse compagnie de Dirck van Baburen, 1623

et des musiciens buvant !

Eau forte de Jean 1er Leblond d’après Gerrit van Honthorst (17ème siècle), qui préfère le vin à la musique semble-t-il.

Quoique l’harmonie soit belle
Des instruments dont je me sers
Je quitte les plus beaux concerts
Pour boire une liqueur pareille
Car quoique l’on dise j’aie mieux
Un vin qu’un accord curieux
réunion de buveurs de Nicolas Tournier vers 1615-20
(voir le contraste entre l’élégance des buveurs du premier plan et la gloutonnerie de ceux de l’arrière-plan)

On porte des coupes en escortant le boeuf gras

le cortège du boeuf gras, dit la fête du vin, vers 1640
(remarquer le mini-violon, appelé pochette, joué par le personnage le plus à gauche)
et le cortège du bélier, lors du Carnaval de la Courtille par exempleCurieuse scène d’intérieur que cette chambre de rhétorique (anonyme, vers 1659).

Populaires en Flandres aux 17ème siècle, on s’y retrouvait pour composer poèmes et chants, débattre et philosopher, boire et faire la fête. On nous y fait remarquer Calvin, Luther qui joue du luth, des représentants de diverses confessions reconnaissables à leur costume.

Passons à la 3ème dimension avec cet autre Triomphe de Bacchus (terre cuite en ronde bosse) que l’on doit à Louis-Simon Boizot (vers 1772)

Cette cruche à vin représentant une noce paysanne vient de Wallonie (1600-10). Elle est en grès gris et étain.

Voici une bouteille de vin en faïence de Nevers représentant une bacchanale (vers 1680)Le cavalier juché sur ce tonnelet de faïence nous dit en vers : « Je veux boire jusqu’à demain/ puisque je suis le dieu du vin/ et tant que mon tonneau durera/ monsieur Rivin en boira »Ce superbe instrument peint de toutes parts est un virginal double (il y a un deuxième clavier au-dessus du premier). Il date de 1580 et a été fait à Anvers par Martinus van der Biest.

Et voici une tête de Bacchus ornant une basse de viole (Michel Collichon, 1689)

Venons en maintenant à l’autre dominante de l’exposition, la musique écrite.

Cette assiette (Roue 1740) fera la transition. On y lit

pour passer doucement ma vie
avec mon petit revenu
amis je fonde une abbaye
et je la consacre à Bacchus

On trouve cette chanson dans ce recueil d’ariettes et chansonnettes de table et à danser (18ème siècle)

Nous aimons bien le 3ème couplet :

je veux qu’en ce lieu chaque moine
qui viendra pour prendre l’habit
apporte pour tout patrimoine
longue soif et bon appétit

Voici maintenant, dans un recueil d’airs sérieux et à boire imprimé en 1729, « Avec du vin endormez-nous« , le fameux canon de Rameau (qui sera repris dans le ballet Anacréon), qui montre que le maître de l’harmonie n’était pas dénué d’humour.

Le recueil suivant date de 1718

Divin sommeil par vos charmes puissants endormez tout le monde…
Mais à présent qu’avec ce vin nouveau je travaille à rougir ma trogne…
Gardez vous bien d’endormir un ivrogne occupé à vuider son tonneau

Dans un autre recueil nous lisons

verse verse verse
à longs traits ce nectar si doux
si bacchus nous jette à la renverse
verse verse verse
l’amour aura soin de nous…

Nous voici en 1713 avec ce recueil de chansons et vaudevilles de Dailichamps

Bacchus d’heureuse mémoire
Dit un jour à ses enfants
Croyez moi l’on ne peut boire
Assez tôt ni trop longtemps
Suivons suivons tour à tour
Bacchus et l’Amour

Voici encore une chanson joliment illustrée.

Le fameux Diogène philosophe d’Athènes…

vivait dans un tonneau
Cela nous signifie
Que la philosophie
Ne s’apprend point dans l’eau

Malheusement sans musique, voici le recueil général des chansons du capitaine Savoyard, par lui seul chantées dans Paris. C’était au 17ème siècle un fameux chanteur des rues, du nom de Philippot, aveugle de par son ivrognerie disait-il. On peut en trouver une édition  sur gallica.

Accourez filles et garçons/écoutez bien notre musique…

Il a composé de nombreuses chansons à boire. Que doit-on préférer, le vin ou la musique ? On retrouve ici le point de vue violoniste vu plus haut.

Ca buvons c’est assez chanté
Il faut penser à nos bouteilles
J’aime mieux boire une santé
Que laisser charmer mes oreilles
Plus près de nous voici un recueil de chansons de Vadé Jean-Joseph, chansonnier qui vivait au 18ème siècle,
Nous ne pouvons rien trouver sur la terre
qui soit si bon ni si beau que le verre…
et
que mon flacon
me semble bon
sans lui
l’ennui
me nuit
me suit
Plus près de nous encore, voici des chansons de Pierre Capelle (1775-1851), l’homme qui ressucita le Caveau, célèbre goguette, et publia des centaines d’airs notés dans la Clé du Caveau. Un petit air de ressemblance...
Buvons, amis, et buvons à plein verre ;
Enivrons-nous de ce jus divin !

Voici enfin musique et vin réunis avec cette joyeuse Rocambole, ou Baccanale au sujet de la paix (1679, fin de la guerre de Hollande qui aura duré 7 ans)

Enfin apres la Guerre et ses tristes allarmes
La Paix, l’aimable Paix, vient étaler ses charmes,
Et rétablir le Calme en ces paisibles lieux ;
On n’y voit que festins, tout respire la Joye
Dans le jus du Raisin le noir Chagrin noye,
Et chacqu’vn à trinquer s’excite à qui mieux mieux.
Ces Peuples ennemis que l’vnion rassemble
Quittant leurs differens
pour s’accorder ensemble,
Tous vnanimenent ont mis les armes bas ;
Et s’il y reste encor quelqu’image de Guerre
Leurs plus grans démeléz et leurs plus fiers combats
Se font entre les plats la bouteille, et le verre
    On n’a pas pu tout dire, ni tout montrer. Mais il reste encore quelques semaines pour voir cette belle expo qui se termine le 24 juin.